Outre ce titre féminin les ceintures mondiales détenues par des français sont bâtardes si j'ose dire, il s’agit de titres dit "par intérim" alors qu’en réalité ils ne sont pas du tout par intérim, il y a bel et bien un champion, il s’agirait plutôt d’une sorte de ceinture de challenger numéro 1 (en réalité c’est souvent plus compliqué que ça). On le sait, la multiplication des ceintures s’explique notamment par la nécessité d’avoir un titre en jeu pour (titre européen, de l’Union Européenne, international, intercontinental, titre par intérim… c’est à n’y plus rien comprendre). Commercialement, il est évident que proposer des combats en 12 reprises affichant un enjeu est plus intéressant, c’est plus vendeur.

Celui qu’on annonce comme étant la nouvelle/future figure de proue de la boxe en France est Hassan N’Dam, 26 ans. Il y a quelques semaines on a pu voir sur Direct 8 – donc commenté par Delpérier… ça gâche tout ! – son combat contre un Géorgien ayant la même tête que Vincent Moscato, malheureusement il n’a pas été à la hauteur des attentes. On retiendrait presque plus les entrées des boxeurs, les organisateurs avaient fait venir des danseurs traditionnels géorgiens avant l’entrée Avtandil Khurtsidze, la marque de fabrique d’N’Dam est aussi une histoire de danse, mais c’est lui qui danse. Ensuite pendant les hymnes il a tenu un coin du drapeau et chanté la Marseillaise, tenue mettant en avant qu’il est et se sent à la fois Français et Camerounais (il a été naturalisé, il y a quelques années il a disputé les JO d’Athènes avec le Cameroun, depuis il a gagné le Grand Tournoi), j’aime bien la démarche.

La ceinture en jeu était donc une ceinture mondiale WBA par intérim des poids moyens, mais pour se préparer à un authentique championnat du monde, c’est bien pour sa progression. Le problème est qu'en face il avait un adversaire plus petit que lui mais très difficile à boxer. La victoire aurait sans doute été beaucoup plus aisée avec une préparation d’un autre niveau, le problème est qu’Hassan n’a pas eu les sparring-partners prévus, tactiquement il a eu beaucoup de mal, il a pris beaucoup plus de coups qu’attendu, il s’est plusieurs fois fait bloquer dans les cordes, a été ouvert à l’arcade dès la 2e reprise, un peu à l’autre arcade à la suivante. S’il se faisait matraquer, il en mettait aussi des bonnes. Le protège-dents du géorgien a sauté 2 ou 3 fois.

En tournant beaucoup avec sa garde basse N’Dam se mettait en danger, il a réussi quelques bons rounds en se déplaçant bien de façon à piquer puis partir en empêchant son adversaire de le cadrer, en esquivant. Faire le show a ses limites, il cherchait plus à fuir qu’à combattre, ce qui nous a valu une réaction désopilante du Géorgien. Le mec a fait une petite dense du ventre l’air de dire : t’es une danseuse ou un boxeur ? Il était très énervé de se faire balader ! Ce type était un véritable pitbull, il avançait et matraquait, et quand il coinçait le Franco-Camerounais ou que ce dernier acceptait l’épreuve de force, le boxeur de l’est mettait de nombreux coups.

C’est devenu plus intense dans les derniers rounds, N’Dam a failli envoyer son adversaire au tapis à la fin de la 9e je crois, il mettait les coups les plus francs, les plus précis, ceci grâce à son excellente technique. Néanmoins, c’était assez équilibré, les 2 ont mangé. Le Français a pris le dessus dans le 11e, a cherché à gagner du temps et à casser le rythme en perdant volontairement son protège-dents, a fait en sorte de prendre de l’avance en mettant quelques coups avant de se barrer, de s’accrocher.

A l’issue de cette opposition de style contre ce vrai dur géorgien hyper résistant qui ne lâchera jamais rien jusqu’à la fin de sa vie, les arbitres ont à l’unanimité donné la victoire au local (117-111, 115-114, 115-114… le premier a été très généreux, les deux autres beaucoup plus proches de la vérité). Le bilan du champion est maintenant de 25 victoires dont 17 avant la limite, 0 défaite.

Comme nouvelle tête d’affiche en train de faire son chemin, on a bien sûr Khedafi Djelkhir, le petit Tyson de Besançon, vice-champion olympique des poids plumes. Il est devenu champion de France en plumes en battant Anthony Arimany aux points lors de la réunion lors de laquelle Jean-Marc Mormeck a affronté l’imposant Ouzbek Timur Ibragimov (pas son adversaire prévu au départ, mais un boxeur classé parmi les meilleurs de la catégorie… même s’il est loin du niveau des champions actuels ; ceci dit, 30 victoires, 1 nul, 2 défaites, 7e à la WBA, c’est pas mal). Il ne faut pas le confondre avec Sultan Ibragimov, son cousin, qui, lui, a été champion du monde des lourds. Depuis son retour en passant chez lourds JMM commence à avoir l’habitude d’affronter des gars beaucoup plus grands que lui.

Le grand utilisait son jab pour tenir la distance, le moins grand cherchait à s’approcher, et quand il s’approchait l’autre s’accrochait ou s’éloignait, il était donc difficile à cadrer malgré son gabarit. On n’a pas vu de la belle boxe, Mormeck a passé pas mal d’uppercuts, quelques crochets. L’Ouzbek frappait surtout dans les gants. Au bout d’un moment ça s’est mis à ressembler beaucoup plus à de la boxe, JMM était précis, son adversaire était obligé de s’accrocher, parfois quand l’armoire à glace à la technique suspecte tentait de frapper il prenait un contre.

Les coups passaient, surtout les uppercuts, Jean-Marc mettait du rythme, la salle le poussait à envoyer du gros, l’Ouzbek déclinait, il a pris assez cher, a été réprimandé pour avoir mis des coups par derrière.

Malgré la surabondance de corps à corps en s’accrochant on a pu voir quelques passages dantesques de véritable baston, malheureusement trop peu (dans la 10e, suite à de nombreuses réprimandes l’arbitre a retiré un point à l’adversaire du Français). Le coup du protège-dents qui tombe, Ibra-guimauve l’a fait pour reprendre son souffle… Je préfère Ibra et son chewing-gum…

C’était un match à sens unique, contrairement à ses précédents combats dans la catégorie le souffle n’a pas semblé manquer à JMM, il a pu tenir physiquement pendant beaucoup plus longtemps. Il a revu son entraînement, ça a payé, il est sur la bonne voie. Esquives, parades, variété dans les coups, précision, bonne application de sa tactique. Les progrès sont évidents. Suffisants pour espérer dès maintenant décrocher un titre mondial ? Sans doute pas, à mon sens il faut encore se tester une ou deux fois pour prendre de l’expérience.

Les 2 ont levé le bras en signe de victoire mais il n’y avait pas photo, loose-beck a eu du culot de faire mine d’avoir gagné… M. Reyes, un des 3 arbitres, a réussi à lui donner 115-113, d’où une improbable décision partagée. Les 2 autres ont vu le même combat que moi, 116-112 et 116-111 (l’écart n’a pas été plus large à cause de la période d’observation et celle pendant laquelle il ne se passait pas grand-chose.

Là, je vous parle de ce que j’ai vu, il y a beaucoup d’autres réunions, beaucoup de sportifs – pas que des boxeurs ou anciens boxeurs – viennent y assister. Et comme je vous parle de ce que j’ai vu, j’en arrive à la WSB (World Series of Boxing), le nouveau système mis en place par le CIO à base de franchises réparties dans des conférences continentales, système à mi-chemin entre le monde amateur et le monde pro. Les boxeurs n’ont pas de casque, pas de t-shirt, ont des bandages et des gants beaucoup moins durs qu’en pro, car ils doivent pouvoir boxer toutes les 2 semaines. Il n’y a que 5 catégories, il y a un match par catégorie lors de chaque soirée, le format des combats est de 5x3 minutes, les points ne sont pas comptés comme en boxe amateur, il n’y a pas de scoring machine mais une scoring card pour chaque juge qui donne un gagnant à chaque reprise, celui qui a le plus de juges l’emporte si ça se termine aux points, on peut aussi l’emporter par KO ou TKO… Autrement dit la mode de désignation du vainqueur est celui du monde professionnel.

Les franchises affrontent chaque équipe de leur conférence, une fois à domicile et une fois à l’extérieur, A l’issue de chaque soirée l’équipe qui a obtenu le plus de victoires prend 3 points, celle qui perd 0, ou 1 point de bonus si elle a gagné 2 des 5 combats. Ensuite il y aura des playoffs. En parallèle il y a un championnat individuel qui en plus d’être récompensé par un titre honorifique de champion du monde de la WSB permettra aux meilleurs de se qualifier pour les JO, car l’intérêt principal de ce système est de donner une expérience de la boxe professionnelle et un contrat de travail à des boxeurs toujours considéré comme amateurs. En conséquence ils pourront participer aux Jeux Olympiques et autres compétitions de boxe amateur. C’est une bonne manière de faire la transition.

Brahim Asloum s’est associé à la Fédération française pour monter le Paris United, une des 4 équipes de la conférence européenne avec les Istanbulls, les Kremlin Bears et le Milano Thunder sponsorisé par une marque de Dolce & Gabana. Le moins qu’on puisse dire est que ça fonctionne très bien. Niveau business je ne sais pas si ça prend déjà, sportivement c’est une réussite. En 4 soirées, donc 20 combats (que j’ai pu presque tous voir), je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu un match volé. Les meilleurs boxeurs amateurs français sont dans l’équipe ainsi que plusieurs étrangers, dont certains sont très bons. J’ai vu l’Allemand (Artur Schmidt), pas mal du tout, l’Irlandais John Joe Nevin est excellent, il y a aussi 2 Croates dont un lourd de 18 ans, Filip Hrgovic, qui après avoir été dominé pendant la 1ère reprise de son 1er combat (c’était vendredi) a martyrisé son adversaire.

Parmi les Français ont trouve notamment Alexis Vastine, la tête d’affiche (il aurait dû être champion olympique à Pékin), Nordine Oubaali, Ludovic Groguhe (lourd-léger hyper impressionnant, à Istanbul il affrontait un Lapin, Sergiy Lapin, pendant un round le gars s’est jeté à l’attaque, ensuite il a terminé en pâté de Lapin), Jaoid Chiguer, chez les lourds on a aussi le jeune Tony Yoka, 18 ans. Ils sont tous invaincus, la plupart en 2 combats.

Toutes les vidéos sont ici : cliquez ici.

Le bilan est excellent, Paris est en tête de sa conférence grâce à 3 victoires, 2 à domicile face à Moscou (5-0) et Istanbul (4-1), un succès en Turquie (3-2) et une défaite à Milan (3-2). L’équipe a 2 ou 3 combattants par catégorie, on ne peut pas aligner 2 fois de suite le même. 4 des 6 défaites ont été concédées par le Marseillais Zied Jouini (disqualifié à Istanbul après avoir perdu 4 fois son protège-dents, une fois sur un coup, une fois volontairement, 2 fois sans faire exprès, mais l’arbitre lui a compté 3 points de pénalité et l’a donc disqualifié alors qu’il était moins à la rue qu’en Italie) et par le Toulousain Stéphane Cuevas (mis KO très rapidement à Milan).

Vendredi les 3 Français qui ont débuté la soirée ont tous gagné de belle manière, c’est un beau spectacle, un format bien pensé. Pour une fois on peut féliciter le CIO !

Le prochain match est prévu en janvier à Moscou, la réception de Milan pourrait bien décider qui remportera le mini-championnat. (C’est à suivre le vendredi sur L’équipe TV et en streaming gratos sur l’équipe.fr ou quand Paris reçoit à la Halle Carpentier.)