Kim Clijsters contre Alizé Cornet. A priori on se dit que la petite Française a intérêt à numéroter ses abattis parce qu’elle va se faire écarteler, démembrer sauvagement… Et bien non. Un beau morceau de bravoure nous a été offert cette nuit par la Niçoise. Certes, la Belge a commis un four de grosses erreurs inhabituelles, il n’empêche qu’accrocher un tie-break dans la première manche (bien maîtrisé par la Flamande alors que l’Azuréenne, le jour de ses 21 ans, a un peu craqué nerveusement… si elle était plus puissante physiquement sa raquette sa serait passée) semblait déjà bien peu probable face à la favorite du tournoi. Alizé s’est bien battue, elle a même repris le service de Clijsters après avoir concédé son engagement, mais la marche était trop haute et à force de tomber ou de finir en grand écart à la fin des rallyes (ça lui est arrivé au moins 3 fois, en général à cause de la fatigue), la corde a fini par casser. Alizé a eu de plus en plus de mal physiquement, son tennis s’est déréglé, elle galérait pour mettre la balle dans le court, plus de jus… Il y a eu une réaction d’orgueil pour survivre aux 2 balles de match concédées sur son service, réaction de courte durée, une dernier gros loupé a eu raison de la sortie du court, anniversaire oblige.

Chez les hommes, c’est pire, car on avait d’autres espoirs. 3 au 3e tour, c’est déjà très moyen, on a l’habitude de mieux (Llodra a par exemple pris cher au 2e tour face à Milos Raonic, un jeune qualifié Canadien pas encore connu mais qu’on dit excellent[1], en particulier au service). Les 3 étaient Gasquet, Monfils et Tsonga, ces 2 derniers ont chacun été menés 2 sets à 0 avant de se réveiller pour passer le 1er tour. Gasquet a fait son chemin sans problème jusqu’à Berdych (n°6 donc bon…), il n’a rien pu faire.

Au 3e tour contre Wawrinka "la Monf" a déconné. Gaël avait bien débuté, fait le break dans la première manche, malheureusement ça a dû se finir au tie-break, et là, patatras[2], il a mené 4-2 puis est totalement sorti du match. Avoir gâché son mini-break – une volée manquée après un rallye si je ne me trompe – a eu d’énormes conséquences, après ça il a pris une volée, mais une volée dans le sens bran-bran. Il ne absolument pas cherché à masquer sa frustration, bien au contraire, il se gueulait régulièrement dessus, se tapait la raquette sur la tête… Du coup son adversaire était 10 fois plus confiant, lui de moins en moins, il ne maîtrisait plus rien (d’où une série de doubles fautes aux pires moments) à part sur quelques séquences. Ça s’est terminé en résignation.

Le Suisse n’est pas une quiche mais normalement le 12e mondial devait l’emporter, c’est très décevant, surtout de cette façon.

Le dernier Français était Tsonga. Devinez quoi… Sorti. Alexandr Dolgopolov, jeune Ukrainien moyen/bon contre qui il avait galéré pour s’imposer 10-8 au 5e set à Wimbledon après avoir mené 2 sets à 0. Cette fois encore, 5 sets, mais pas du tout aussi serrés… 6-3, 3-6, 6-3, 1-6, 1-6… mal au dos paraît-il, ou alors manque de rythme… Je n’ai pas vu, je regardais les Spurs battre les Knicks, un très beau match avec un Tim Duncan fabuleux, un DeJuan Blair énorme, un TP fantastique (qui a dominé assez nettement Raymond Felton) et dans le camp d’en face un bon Ronny. Mal au dos je ne sais pas, mal aux fesses sans doute. Pour son classement c’est une catastrophe, il était en finale en 2008, en quart en 2009, en ½ l’an dernier, il risque de dégringoler à l’ATP…

Pas le moindre Français, pas la moindre Française en deuxième semaine… (Il reste Llodra en double, les juniors et le tennis en fauteuil.)

En fait le Frenchy le plus impressionnant lors de la tournée australienne a été Gilles Simon, seulement le tirage au sort a été salaud avec lui, il lui a filé Federer dès le 2e tour. Federer en Grand Chelem, c’est très dur, à la limite vers la fin s’il a eu beaucoup de matchs difficiles et qu’il est fatigué, si ton nom commence par Na et finit par –dal, que ton bras gauche est 2 fois plus volumineux que le bras, OK, de presque injouable ça peut devenir "simplement" difficile. Gilles menait 2-0 dans les confrontations directes, cette fois il a été mené 2-0… 2 manches à 0. Normalement, contre cet adversaire à cet endroit, à ce moment de la saison, on se dit que c’est mort. Sauf que Gilles s’est mis à jouer dans le 2e set puis a confirmé que sa place de 7e mondial à la fin de l’année 2009 n’était pas le résultat d’une période faste presque accidentelle[3] Il n’a peut-être pas le jeu le plus spectaculaire du circuit, contrairement à Llodra il ne va pas faire 248 service-volée sur 250 points, ne va pas sauter et glisser partout comme Monfils, n’est pas aussi démonstratif que Tsonga lorsqu’il gagne des points importants/improbables, va moins délecter le public de coups de génie qu’un Gasquet en forme… Et pourtant quand il est à son véritable niveau, il est excellent, il vaut sans problème le top 10 mondial.

Quand il est frustré, il n’en fait pas mystère, un peu comme Alizé Cornet – les Niçois sont-ils tous comme ça ? – en beaucoup plus solide mentalement, car quand il se parle ou s’engueule, en général il réagit derrière (j’ai dit en général… de temps en temps il part complètement en sucette).

Le fait est que Gilles Simon est supérieurement intelligent dans son jeu. On l’a encore vu contre Federer, il est capable de tout, en particulier de repérer les faiblesses de son adversaire et de les exploiter parfaitement. C’est un gros casse-couill*s ! S’il doit vous envoyer 80 fois la même frappe molle dans la même diagonale pour vous faire craquer sur votre 81e revers, pas de problème, il va le faire ! Au-delà de cet aspect tactique, son niveau tennistique contre le n°2 mondial a vraiment atteint des sommets, il était incroyable, Federer était dominé, et pas qu’un peu. Il n’y a qu’à voir les réactions du Suisse dans le 5e set pour comprendre à quel point il était soulagé… Il en a chié jusqu’au bout… mais est passé.

Ces résultats français peuvent provoquer quelques réactions sarcastiques, on peut penser que les Français sont venus en touristes. En effet, la tenue de "Gillou" face à Federer prêtait à confusion, il ne lui manquait que la paire de tongs. Je ne suis pas particulièrement à cheval sur les aspects vestimentaires… Il y a des limites ! Le short vert (même pas un beau vert) taillé super large accompagné par le t-shirt/polo rayé qui ne pas pas du tout avec… si vous y ajouter la serviette, on aurait vraiment dit un vacancier faisant le chemin entre le camping et la plage (ou entre son bungalow et le court de tennis du club de vacances[4]), c’était à s’y méprendre ! Son résultat à Brisbane pour la reprise (une défaite assez lamentable face à un Colombien en carton) allait dans ce sens, seulement il a enchaîné avec une victoire au tournoi de Sydney, le 8e titre de sa carrière. Noah en a 23, Forget 11, Leconte 9, Gilles est juste derrière, il en a plus que n’importe quel autre Français en activité.

Pour l’emporter à Sydney – un tournoi 250 series dont la tête de série n°1 était Sam Querrey… mais si c’était facile, les autres n’avaient qu’à le gagner à la place de Gilles ! – le Niçois a battu successivement Lu, Gil, Dolgopolov, Gulbis et Troïki, tous en 2 sets et sans difficulté à part en finale contre le Serbe qui nous a fait si mal en finale de la Coupe Davis. En finale Gilles a été mené plein de fois, il s’en est sortir en revenant de façon improbable à plusieurs reprises. Ainsi, mené 3-0 puis 6-5, il a dû reprendre 2 fois le service de Troïki pour égaliser à 3-3 puis encore une fois pour obtenir un tie-break, ceci après avoir déjà arraché la première en sauvant des balles de break lors de jeux différents. Les 2 fois il a su accélérer sur la fin pour faire sauter le bouchon… le Serbe était sous pression, la pression de leur historique commun, il avait toujours perdu contre le Français sans jamais lui prendre de set. Les plombs ont failli sauter…

On aurait préféré que la victoire sur Troïki ait lieu en finale de la Coupe Davis, mais bon… c’est la vie. On peut toujours se demander comment ça se serait terminé si on avait lancé Llodra contre Djoko et gardé Simon un 5e match décisif ou que si on avait caché Simon pour faire mariner Troïki dans le doute[5], on ne le saura jamais. Les choix de Forget n’étant pas incohérents, à quoi bon ressasser ?

L’important maintenant est de relancer la machine pour la nouvelle saison.

Notes

[1] Confirmation, il est très bon, il a sorti Youzhny en 16e.

[2] Et non «patatrac» comme dit Laurent Blanc – et de plus en plus de monde – en mélangeant avec patraque, ce qui n’a strictement rien à voir.

[3] C’est pourtant la thèse que beaucoup défendaient… pas moi bien sûr.

[4] Oui, il a les moyens de se payer mieux que le camping de base.^^

[5] Mais tout le clan français pensait affronter Tipsarevic.