Qui plus est, malgré la distribution de milliers de drapeaux pour donner des couleurs au public, inciter les spectateurs à encourager l’équipe de France, l’ambiance est restée morte pendant l’intégralité de la rencontre hormis une ola timide et 12 secondes de chant. De toute façon, comme le Gouvernement a décidé d’éradiquer la passion dans le football en pondant des lois affolantes dont personne ne parle, il ne faut pas s’étonner d’entendre les mouches voler dans un stade plein. Bientôt, tous les clubs auront droit à ça chez eux.

Heureusement, les nouveaux maillots Nike des 2 équipes sont plutôt réussi, le décor était pourri, pas les costumes. Le but de cette rencontre était, on le rappelle, d’en faire la pub, le côté sportif passait en second dans l’organisation de cette confrontation amicale.

La prestation des 2 équipes n’a pas été au niveau du prestige de l’événement. L’affiche était belle, mais Mano DoMenezes avait opté pour un casting presque sans star. C’est un peu comme si Ocean’s Eleven avait été tourné avec des inconnus dans les rôles campés par George Clooney, Brad Pitt, Julia Robert et Matt Damon. Les seuls internationaux confirmés dans le DoMenezes’ Eleven étaient Robinho, Daniel Alves, Julio César et dans une moindre mesure Alexandre Pato. Le reste de son effectif n’était composé quasiment que de jeunes peu expérimentés au très haut niveau (la défense centrale Thiago Silva-David Luiz a les qualités pour devenir excellente, individuellement les 2 sont hyper forts… moins que Mamadou Sakho, certes :-p , mais hyper forts tout de même). Si DoMenenzes n’a pas envie de donner sa chance à des joueurs comme Nenê en pensant déjà à 2014 – ou plutôt à 2018 vu la jeunesse des mecs qu’il prend ! – alors que la Copa America dans quelques mois est très importante s’il veut durer et construire sereinement, tant pis pour lui, je l’expliquais déjà il y a quelques jours, il suit les traces de son modèle, Ray[1]. S’il espère gagner beaucoup de match en prenant Ederson dans sa première liste et en sélectionnant contre la France des tas de gars qui ne jouent que sporadiquement en club, il va au-devant de graves déconvenues !

Avec Ganso et Neymar, ça aurait sans doute pu donner un meilleur résultat, avec Hulk, réduit au rang d’observateur pendant 85 minutes, ça aurait aussi pu être beaucoup mieux. A vrai dire, si le Brésil a totalement manqué l’équipe de France jusqu’à l’exclusion d’Hernanes, il n’a sollicité qu’une fois Lloris – à la 2e minute – sur une frappe de loin d’Alves avec rebond que le gardien des Bleus a arrêté en 2 temps. Possession, circulation, conservation du ballon, quelques gestes techniques… C’est bien gentil, mais il faut aussi être efficace dans les 30 derniers mètres, et ça les Brésiliens ne l’ont pas du tout été, à 10 comme à 11. La dernière passe n’est arrivée qu’une fois (Jadson pour Hulk en fin de rencontre, le joueur de Porto a loupé son contrôle, permettant à Lloris de plonger pour lui piquer le ballon).

Pendant 40 minutes la France a été étouffée par le pressing des attaquants et milieux adverses, a eu énormément de mal à sortir le ballon de sa moitié de terrain à l’image des 4 premières minutes passées intégralement à plus de 45 mètres de la cage gardée par Julio César. Récupérer le ballon était un calvaire, Alou Diarra et Yann M’Vila, alignés devant une défense assez classique (Sagna, Adil Rami, Mexès, Abidal), ont eu un rendement très moyen, le jeune Rennais a plutôt bien débuté avant de devenir au mieux quelconque quand son capitaine a été d’un bout à l’autre de la rencontre très en-dessous de ce qu’il peut faire, souvent en retard, plusieurs fois à la faute, douteux dans ses choix (genre passe en retrait casse-croûte en direction de Lloris, ce dernier a alors totalement manqué son dégagement), jouait trop vers l’arrière. Diarra s’est même mangé au moins 2 petits ponts. A défaut d’être très efficace dans son rôle de meneur de jeu, Yoann Gourcuff se battait bien pour aider ses coéquipiers à la récupération.

Je n’ai noté que 3 actions plus ou moins dangereuses pour les Bleus à 11 contre 11. La grosse occasion de Benzema à la 9e minute aurait dû au moins forcer Julio César à réaliser un exploit, si ce n’est être transformée en but, le remplaçant du Real Madrid a trop croisé sa volée. La passe de Gourcuff en déviation était magnifique, elle aurait mérité meilleur sort. A la 28e le CF mal tiré par Malouda – je pense qu’il voulait le tenter direct – a pu être repris par Diarra d’une tête plongeante, le ballon est passé au-dessus de la barre. Environ 10 minutes plus tard un autre CF, cette fois tiré par Gourcuff le long de la ligne de touche côté gauche, n’a pu être coupé par personne, le gardien a pu capter le ballon facilement devant ce que certains appellent le soupirail par analogie avec la lucarne. En résumé, il ne s’est rien passé, ça jouait à 2 à l’heure, le rythme du championnat brésilien, l’EdF n’avait jamais le ballon, Malouda se situait beaucoup trop souvent dans l’axe, n’avait aucune influence positive sur le jeu, perdait le ballon à chaque fois. Benzema, plutôt actif, remplaçait souvent le Guyannais à gauche loin de la position censée être la sienne, les rares fois où il touchait la gonfle il tentait des actions individuelles. De l’autre côté du terrain Jérémy Ménez avait du mal à se situer, il n’a pas été aidé par Sagna, incapable de combiner correctement avec lui. Le joueur de la Roma montrait de la bonne volonté, il revenait assez bas pour tenter de récupérer et de remonter le ballon. On l’a parfois vu chercher à jouer avec Benzema mais ça ne donnait pas grand-chose.

En fait, si la France a tenu le coup en subissant, c’est à la fois grâce au manque de précision des Brésiliens que grâce à l’énorme prestation de Philippe Mexès, extraordinaire pendant les 94 minutes de la rencontre. Pendant le premier quart d’heure Adil Rami a été très en vue, se permettant même une belle montée de balle, ensuite il a eu plus de mal, laissant trop de marge à Pato et Robinho pour tirer au but, il s’est fait lober bêtement sur une passe en profondeur, a été moins bon dans la relance, a offert un CF dangereux dans l’axe à Daniel Alves. Mexès a pris le relais, il a été impérial, montrant toute la panoplie du grand défenseur central, apportant plusieurs fois le surnombre devant en relançant lui-même balle au pied avec parfois en bonus le geste technique super classe (en particulier un double contact pied droit-pied gauche pour éliminer 2 joueurs au milieu).

Avant l’exclusion d’Hernanes les Bleus semblaient déjà un peu en progrès, plus agressifs, ils se faisaient moins balader. C’est alors que soudain, après un coup du sombrero de Benzema à 40 mètres de la cage brésilienne, le milieu offensif de la Lazio pète un câble : BIG FOOT[2] ! (Ou alors geste de danse classique inspiré de The Black Swan. Hernanes fan de Natalie Portman ?)
Pied haut, semelle en avant en plein dans la poitrine de l’attaquant français[3] ! Depuis déjà quelques minutes ça envoyait du pâté, les chocs étaient sévères, Benzema avait déjà reçu un coup juste au-dessus du genou, les interventions défensives étaient de plus en plus rugueuses. M. Stark (paraît-il élu pire arbitre de la phase aller de la Bundesliga) a pris la décision qui s’imposait, sortir un rouge direct. Sans leur n°10 à la conservation du ballon impressionnante, les Brésiliens étaient très handicapés.

A 11 contre 10 les Français ont immédiatement réussi à se lâcher, en particulier Ménez, tout de suite beaucoup plus libre. Les Bleus n’ont pas attendu pour mettre le pied sur le ballon et pousser, même à 10 contre 10 pendant que Benzema se faisant bander le bas de la cuisse. Le milieu offensif de la Roma a réussi en 5 minutes plusieurs actions très intéressantes, notamment un débordement conclu par un centre repoussé par les poings de Julio César, auteur d’un magnifique plongeon (pour la photo ?). Au second poteau qui aurait pu profiter du centre ? Mexès.

Fatalement, en seconde période, l’EdF a dominé, elle cherchait à déséquilibrer le solide bloc brésilien en faisant tourner le ballon. Les occasions sont vite arrivées, une volée totalement manquée de M’vila à la 47e, une énorme pour Benzema une minute plus tard (centre de Malouda, David Luiz se fait lober, dans son dos le Français contrôle de la poitrine et enchaîne une volée qui me semblait être effectuée du tibia, Luiz et l’autre défenseur ont eu le temps de se repositionner pour contrer), une frappe de loin cadrée par Gourcuff captée par Julio Cesar sans trop de difficulté. Puis enfin, le but, marqué au bout de 10 minutes.

98% du travail sur ce but est l’œuvre de Jérémy Ménez, il s’est enfoncé côté droit en effaçant 3 joueurs pour délivrer un véritable caviar à celui qui était déjà son coéquipiers il y a plusieurs années dans les différentes catégories de jeunes. Benzema ne pouvait pas manquer cette occasion, c’était impossible, il suffisait de pousser le ballon derrière la ligne, les défenseurs et le gardien avaient tous été éliminés par la passe, ça me fait penser au second but d’[Emmanuel Rivière à Montpellier samedi soir|/index.php?post/2011/02/07/Juste-pour-me-casser-les]. Benzema a été bon dans le jeu quand il avait envie de jouer avec les autres, en quelques occasions il a un peu abusé des dribles, mais ce n’est pas ce que je vais lui reprocher. Benzema a eu beaucoup d’occasions :
-l’action de la 9e minute,
-celle de la 48e,
-une autre monumentale à la 56e lorsqu’à la retombée d’un centre foireux de Sagna une remise de la tête de Gourcuff sert parfaitement Benzema pour une tête plongeante repoussée magnifiquement par le gardien,
-encore une nouvelle à la 61e, cette fois-ci avec Benzema profitant d’une récupération du ballon de Gourcuff pour partir droit au but avant de tenter un crochet extérieur qui l’excentre côté droit puis de frapper sur le gardien.
On pourrait aussi ajouter une action à la 84e suite à une nouvelle passe de Gourcuff (côté gauche dans la surface le joueur du Real réussit un petit pont chanceux sur David Luiz avec contre favorable, la frappe est complètement manquée) elle était difficile, parler d’occasion franche serait abusif.

Sur ses 5 très grosses occasions, il ne marque que la fois où tout le travail a été fait pas son coéquipier. Depuis plusieurs matchs Benzema marque mais croque énormément, et personne ne le lui reproche, y compris lorsqu’il manque l’immanquable. L’action de la 9e minute, il n’a pas le droit de la gâcher à ce point ! C’est facile de dire que Benzema est le seul attaquant qui marque des buts en EdF, mais il est nécessaire d’ajouter qu’il est le seul attaquant à jouer. Ce ne sont pas avec ses 5 minutes de temps de jeu que Gameiro va pouvoir planter, idem pour Hoarau, dont le temps de jeu exploitable[4] en EdF est famélique depuis ses débuts

Benzema part avec un apriori favorable car il joue au Real et a été écarté par Domenech, il a un gros potentiel, est rapide et technique, est intéressant dans le jeu (ce qu’Hoarau serait aussi dans un système mettant ses qualités en valeur), surtout lorsqu’il s’élance côté gauche où il peut beaucoup décrocher en raison de la transparence de Malouda. Dans l’ensemble il a été l’auteur d’une bonne prestation, un but, une exclusion provoquée, c’est forcément un bon bilan. Omettre son problème d’efficacité est impossible et injuste pour ses concurrents, pourquoi tombe-t-on violemment sur les autres lorsqu’ils font briller les gardiens et épargnerait-on Benzema lorsqu’il fait de même (surtout qu’il s’agir de récidive) ?

Pendant une partie de la seconde période les Bleus ont joué au ballon, seulement Laurent Blanc n’était pas content : tout passait par le côté droit. Du coup, il a sorti Ménez pour mettre Loïc Rémy après avoir déjà remplacé M’vila par Diaby. Le Rennais n’était pas bon, à sa place est entré un fantôme. Avec Rémy et Diaby la France jouait à 9 contre 10, elle n’a quasiment plus rien fait offensivement, les débats sont devenus particulièrement mous du genou, on faisait tourner le ballon dans notre défense. A part 2 ou 3 éclairs de Benzema dont une terminée par une centre-tir sorti directement du terrain tout près du second poteau et pour finir un départ de Rémy côté droit à la 93e achevé par un tir en bout de course beaucoup trop croisé au lieu d’une tentative de centre pour Gameiro, on n’a pas vu les Bleus attaquer.

Pendant la période jouée à 9 contre 10 – 9+2 joueurs faisant seulement acte de présence… en fait 8+3, Malouda étant le 3e – les Bleus ont laissé le ballon à leurs adversaires, lesquels ont fait peur aux Français plusieurs fois, je pense notamment à une frappe trop croisée d’André Santos lancé dans notre surface, ou encore à l’occasion d’Hulk empêchée par la sortie de Lloris dans les pieds du musculeux avant-centre. Daniel Alves en train d’enchaîne les petits ponts sur plusieurs Bleus alors que la France aurait dû profiter des circonstances pour confisquer le ballon et tranquillement gérer son avance, ça n’a choqué que moi ?

Ma dernière remarque avant de passer aux enseignements de la rencontre concerne le coaching vraiment étrange de Laurent Blanc – et de son homologue, DoMenenzes – en seconde période. J’ai en effet beaucoup de mal à comprendre pourquoi au lieu des 6 changements autorisés par les règlements FIFA les deux sélectionneurs n’ont effectué chacun que 4 remplacements dont 2 chacun entre la 84e et la 89e minute (autrement dit, ça ne sert à rien à part à filer une sélection, en l’occurrence à Gameiro et Cabaye côté français, chez les Brésiliens à Hulk et à André, le néo-Bordelais, qui espèrera ne pas entrer en jeu à la 91e minute ce week-end mais un peu plus tôt, en 2 matchs il a eu moins de 10 minutes de temps de jeu TAC^^). Une rencontre amicale ne sert-elle pas à tenter des combinaisons de joueurs et à donner leur chance à des mecs inexpérimentés pour, justement, qu’ils engrangent de l’expérience ? En période d’accumulation des rencontres à un rythme infernal, ne devrait-on pas faire un peu plus tourner pour ne pas trop tirer sur les organismes ? Ne serait-il pas plus intelligent d’effectuer 4 changements à l’heure de jeu, un à la 75e, le dernier vers la fin si aucun événement n’a forcé le staff à effectuer le dernier ?
Notons que Ménez a été très applaudi et Gourcuff sifflé par une bonne partie du public au moment où ils sont sortis (à 5 minutes près autant laisser Gourcuff sur le terrain pour éviter les risques de sifflet, non ?).

  • Les enseignements de la rencontre.

-La gestion du cas Gourcuff est incompréhensible. On le prend, il est titulaire, il fait un match moyen (Benzema le prive d’une ou deux passes décisives), assez loin de ce qu’on attend de lui, pourtant Blanc le sort avant la fin, l’exposant aux réactions du public. A la place du sélectionneur – mais je ne suis pas à sa place – je ne l’aurais tout simplement pas appelé en expliquant que son niveau de performances n’est pas suffisant en ce moment, ou alors je l’aurais pris sans le faire jouer si ça pouvait l’aider à se changer les idées (il faut être au contact du groupe et savoir exactement ce qui s’est passé en Afrique du Sud). Au retour de Nasri difficile de l’imaginer titulaire.

-La défense commence à être solide, on a trouvé un vrai patron, Mexès s’épanouit dans son rôle, Abidal est en forme au Barça, son apport doit être surtout défensif, mais dans ce cas il faut un latéral qui monte sur le côté droit, et ça, pour moi, on ne l’a pas. Sagna est catastrophique dans ses centres ! Pitié on veut Réveillère, Debuchy ou encore Jallet ! Ces centres ne valent rien !

-Il y a un vrai problème avec Malouda, il est le plus capé mais le moins intégré dans le jeu, on dirait qu’il n’a aucun automatisme avec personne (même pas Abidal), il n’est jamais sur son côté. Quelles consignes reçoit-il ?

-Il n’est pas nécessaire d’être bon pour jouer en EdF, et être très bon en club ne suffit pas à avoir sa chance. Gourcuff n’est pas le seul dans ce cas. Comment Loïc Rémy a-t-il pu entrer en jeu plus de 20 minutes alors qu’il est totalement nul à l’OM ? Gameiro, en pleine bourre, n’a eu droit qu’à 5 minutes, d’autres joueurs méritaient d’avoir leur chance pendant au moins un quart d’heure.

Tout le monde retrouve maintenant son club, le prochain rassemblement aura une autre importance, il s’agira des qualifs pour l’Euro.

Notes

[1] Heureusement pour DoMenezes, le Brésil possède des joueurs beaucoup plus talentueux et moins de têtes de con que la France en 2010, même en faisant n’importe quoi il est foutu d’avoir une équipe qui tient la route alors que Ray, en faisant n’importe quoi, a obtenu un résultat en adéquation avec ses compétences.

[2] Aussi appelé Big boot.

[3] En fait ça a ripé sur son bras.

[4] C’est-à-dire quand l’équipe joue encore de l’avant et surtout d’une façon qui exploite ses qualités.