Les Françaises ont montré lors de la descente du super-combiné de vendredi qu’elles valent beaucoup mieux que leurs résultats médiocres de la saison. Ingrid Jacquemod 4e, Aurélie Revillet 7e, Marion Rolland 9e ex-aequo et Marie Marchand-Arvier 11e (elle est restée un moment en tête mais son dossard 6 n’était pas un avantage pour une fois, au contraire même, preuve en est que parmi les 10 meilleurs temps de la descente 6 ont été réalisés par des filles parties après les 30). Prometteur avant les autres épreuves du week-end, non ? Cet été quand elles iront travailler en Amérique du sud les filles du groupe de vitesse pourront se rappeler de ces courses pour se motiver. Elles sont capables de batailler avec les meilleures, elles doivent s’en convaincre !

2 Françaises sont passées à côté, Margot Bailey, a chuté à la réception d’un saut, elle est retombée sur une jambe et s’est bien affaissée dessus, j’ai cru qu’elle s’était pété un genou (plus de peur que de mal, elle est redescendue sur ses skis et a participé au super-G dimanche). Marion Pellissier, quant à elle, s’est loupée, beaucoup de fautes, 2.31s de retard sur Vonn.

Sur cette descente Lindsey Vonn a mis tout le monde d’accord, plus de 4 dixièmes d’avance sur Riesch, 5 sur Paerson, presque 8 sur Maze. Les résultats de la manche de slalom sont assez étonnants, on voit que les spécialistes n’étaient pas là et que la piste comme le tracé étaient assez faciles. Malheureusement pour les Françaises ça s’est mal passé, d’une part Jacquemod et Rolland ont déclaré forfait (comme 4 autres des 30 meilleures de la descente), on s’y attendait, mais la raison invoquée, un souci au genou… arf D’autre part, MMA est tombée plusieurs fois et a fini pour finir, Revillet a enfourché à quelques portes de la fin. Pellissier, qui partait après les meilleures à cause de sa 33e place le matin, a réalisé le 8e temps de slalom, ce qui lui a permis de terminer 12e, confirmant ses bonnes dispositions en combiné.

La victoire est revenue à Tina Maze, sur environ 45 secondes de slalom la Slovène a mis 9 à 12 dixièmes à Reich, Vonn, Mancuso, Paerson et Görgl, elle a franchi la ligne avec un écart improbable, -1.74 sur fond vert. Riesch a perdu l’occasion de gagner un premier petit globe cette saison, car manquant d’engagement et commettant quelques fautes elle a ouvert la porte à Vonn, rarement si à l’aise en slalom qu’à cette occasion. Vonn 2e, Riesch 3e, ça nous donne ce classement :
1. Lindsey Vonn, 220
2. Tina Maze 212
3. Maria Riesch 205
4. Elisabeth Görgl 185.

L’Américaine était 3 fois plus heureuse à l’arrivée malgré sa 2e place que si elle avait remporté la course, elle savait que le globe irait sur sa cheminée. Et puis, reprendre 20 points sur son amie Allemande au général ne pouvait pas faire mal au moral.

Des points, elle en a encore repris un petit parquet lors de la descente. Ingrid Jacquemod est restée longtemps en tête (finalement 5e à 0.12 du podium), puis Maze a amélioré son temps pour quelques centièmes, pour Riesch ça s’est encore joué à rien, elle était derrière, Görgl est devenue leader pour rien du tout, c’était super serré, on ne s’attendait donc pas du tout au spectacle offert par Paerson. La Suédoise a atomisé la concurrence.

Lindsey Vonn a fait jeu égal sur la première partie, puis perdu progressivement du temps mais assuré la 2e place et donc très facilement le petit globe de cristal (600 points, Riesch 457, Görgl 273… il n’y a pas photo). En revanche pour revenir à hauteur de la Suédoise au nombre de victoire en Coupe du monde (désormais 42) il allait falloir attendre encore un peu. Paerson n’a que 29 ans, bientôt 30, je ne devrais pas l’appeler "mamie" en introduction, comme sa première victoire date de 1998, on a l’impression qu’elle en a plutôt 38…

Dimanche en super-G l’Américaine a commencé le travail pour devenir la skieuse en activité possédant le plus gros palmarès. Quand on a gagné 40 fois et qu’on vise les 42 victoires il faut d’abord obtenir la 41e (^^), elle l’a fait sans difficulté (les Américaines ont failli faire un triplé, Mancuso 2e, Ross 4e, devancée par Riesch… oublions les Françaises cette fois). Pour relancer la course au petit globe il aurait fallu qu’elle sorte, elle l’a donc assuré (560 points, Riesch 389, Mancuso 315). 3 globes en 3 jours avec 3 podiums, n’importe qui s’en contenterait, Lindsey n’a pas fait exception.

Au général ça nous donne :
1. Maria Riesch 1676
2. Lindsey Vonn 1580.
Encore une descente et un super-G, mais 2 géants et 2 slaloms. Avantage net pour l’Allemande. Je ne vois pas comment Vonn peut encore reprendre 96 points sur ces épreuves. Le suspense demeure, il est faible.

Chez les hommes aussi la bannière étoilée a brillé (jeu de mots^^). A Kranjska Gora (Slovénie) les Ricains ont obtenu 2 podiums et presque assuré le petit globe du géant. Presque. Les Bleus aussi ont brillé, surtout en géant.

Quel slalom géant ! Sur cette piste gelée avec 2 gros mur au début et à la fin, le probable futur roi de la discipline s’est révélé[1] aux yeux du monde, et il est… français.

Carlo Janka avec son dossard 1 a établi le meilleur temps. Jusqu’ici, rien d’étonnant, c’est limite une lapalissade. Un seul a fait mieux. Là, je dis bravo ! La piste ne s’est pas tellement dégradée, donc partir le premier n’était pas un avantage aussi décisif que dans beaucoup de cas. 10 jours plus tôt le Suisse était à l’hôpital, opéré du cœur pour soigner un problème d’arythmie… Ça prend une autre dimension quand on sait ça.

Si Philipp Schörghofer (ou Schoerghofer si on ne connait pas le Umlaut), a mis une claque à tout le monde (-0.71 au 2nd intermédiaire, -0.65 à l’arrivée), ça semblait très ouvert avant la seconde manche avec Svindal largué, les autres au rendez-vous, Ted Ligety (0.72), Jansrud (0.87), les Italiens (1.15 et 1.36), et surtout les Français, présents en nombre. Thomas Fanara, en avance en haut, a ensuite commis une énorme faute au milieu, il a arraché le drapeau d’une porte qui s’est accroché à lui pendant un bon moment, il a tout de même terminé à 1s63 (8e), un peu devancé par Cyprien Richard (7e à 1s ½) qui a trop marqué certains appuis et a eu tendance à déraper sur la glace. Gauthier de Tessières, lui aussi très engagé, sans doute trop (il m’a semblé manquer de souplesse), s’est classé 9e à un petit centième de Fanara et à égalité avec Reichelt. Un peu plus tard Steve Missillier s’est lui aussi placé en embuscade à… 1.64 du podium (à 2 centièmes de la 8e place). Pas de Jean-Baptiste Grange, il avait décidé de ne pas s’aligner pour se préserver en vue du slalom, en revanche avec de gros dossards, le 32 et le… 62 (!!) Alexis Pinturault et Thomas Mermillod-Blondin ont réussi à se qualifier, respectivement 16e à seulement 1.99 de l’Autrichien de tête malgré 2 grosses fautes dans la partie médiane, et 27e à 2.88.

6 Français dans les 30, 5 dans les 16, 4 dans les 11… Difficile de ne pas en avoir un sur le podium à l’arrivée ! Le podium, Ivica Kostelic n’en rêvait plus, à la rue dès le haut, 2 secondes ½ en bas.

Cette seconde manche sur une piste qui avait eu le temps de prendre le soleil – car il faisait très beau et le soleil avait tourné[2] – a bien débuté. Mermillod-Blondin (27e) a pris la tête pour 0.03, le premier à améliorer son temps au passage de la ligne a été… Alexis Pinturault (16e au départ de la manche). Entre-temps Murisier, Palander, Neureuther, Baumann, Kostelic, Svindal et autres avaient tous échoué dans leur tentative d’améliorer le chrono du dossard 62. Mermillod-Blondin, monté pour la première fois sur un podium en CdM la semaine dernière, était détenteur du 2e temps provisoire de la manche, seulement devancé par l’Allemand Fritz Dopfer, sorte de début de révélation des Mondiaux de Garmisch-Partenkirchen. La tornade Alexis Pinturault l’a balayé.

Le double champion du monde junior a été éblouissant. Les écarts : -0.89, puis -1.24, puis -1.73, et enfin -1.65 ! MONSTRUEUX !!! Il a volé sur la piste. A un moment il manque de partir au tas mais continue à gagner du temps… Fantastique ! Sa 6e place improbable en super-G juste avant les Mondiaux (grâce à laquelle il a obtenu sa qualification) avait déjà marqué les esprits.

19 ans… premier podium à 19 ans, et avec la manière… Parce qu’il faut être clair, avec une manche si fabuleuse (35 centièmes de moins que le temps de référence établi par le 2e partant) et un retard pas insurmontable par rapport à ceux qui allaient s’élancer, seule une énorme dose de poisse pouvait l’en priver. On voit ça de temps en temps chez les femmes moins rarement que chez les hommes.

On pouvait s’y attendre, les suivants ont pris cher, à l’arrivée ils étaient tous largués, je dois reconnaître que c’était assez jouissif. Blardone à 1.50, Bank à 1.78, Sandell à 1.92 Matts Olson a bien limité, 0.88. On en arrivait aux autres Français. Steve Missillier (-0.34 au départ) a bien envoyé et bien résisté en haut, perdu pas mal ensuite et a commis une grosse faute en bas, 3e à 1.20. Ex-aequo au départ, Reichelt, pour 4 centièmes, est passé devant Missillier, puis Gauthier de Teissières est sorti, il a repris la course mais bien sûr a fini dernier. Dommage. Manifestement, la piste commençait à se dégrader.

Il nous restait 2 Français, d’abord Fanara, dont la marge sur le gamin de l’équipe était de 0.36s. Il a réalisé un très bon temps, le 4e de la manche en se permettant même d’augmenter légèrement son avance sur le premier mur, il a envoyé, ça n’a toutefois pas suffit, son style m’a semblé plus heurté. Si un extraterrestre n’avait pas assommé la course il serait devenu leader, au lieu de ça Thomas n’était que 2e, à 0.53, ce qui est énorme.

Cyprien Richard possédait quasiment une demi-seconde d’avance au départ, en raison d’une énorme faute il a tout laissé dans le premier mur (+0.16), puis a limité la casse sur la partie médiane (+0.47) et fait jeu égal avec Pinturault en profitant de ce que l’espoir de la discipline avait été moins convainquant dans le mur final. 4e temps de la manche (+0.95), 2e à l’arrivée.

A cet instant on avait 3 Français sur le podium provisoire.

Les Italiens Simoncelli et Moelgg n’ont pas tenu la pression, Jansrud (-1.12, a priori un boulevard) a fini par chuter, ils n’étaient plus que 3 à pouvoir empêcher Pinturault de gagner, il était fort improbable que tous aillent plus vite que lui, le podium était presque assuré, il l’a été lorsque Ligety a passé la ligne avec un dixième de seconde de retard. Je ne pensais pas qu’il allait craquer, pourtant il a dilapidé 1.27s d’avance (-0.84 au 1er et -0.09 au 2e intermédiaire). Ceci dit, même en "échouant" il a augmenté son avance au classement de la Coupe du monde de géant.

Pinturault allait monter sur le podium, mais sur quelle marche ? Carlo Janka allait-il profiter de son énorme avance ? Impossible de gérer. Au départ -1.34… -0.94 après le premier mur…-0.06 au sommet du second… -0.02 sur la ligne… la rage ! On y a cru. Alexis devra attendre pour accrocher une première victoire, il lui reste les finales avec un dernier géant le 18 mars. Schoerghofer ? Il est tombé ! Janka a donc gagné 10 jours après son opération du cœur, il n’avait pas encore remporté de course cette saison. Pinturault a terminé 2e et sans aucun doute un poil frustré, Ligety a accroché un nouveau podium (il le loupe rarement). Les Français ont été assez exceptionnels : 2e, 4e, 5e, 9e et 11e (avec 4 des 5 meilleurs temps de la seconde manche)… Sans compter la 28e place de G.de T.

Au classement de la CdM de géant tout n’est pas complètement joué, mais en gros il faudrait que Ligety sorte pour priver le Ricain du globe de la spécialité.
1. Ted Ligety 383pts
2. Aksel Lund Svindal 306
3. Cyprien Richard 303
4. Kjetil Jansrud 240
5. Carlo Janka 235
6. Thomas Fanara 233

Les équipes de France de ski alpin en sont à 19 podiums cet hiver dont 7 victoires (plus 4 podiums dont 2 titres aux Championnats du monde), le plus impressionnant est qu’ils sont 10 à être montés au moins une fois sur la boîte, 13 si on compte le par équipe aux Mondiaux[3]. 3 – Tessa, JB et Priou – ont encore une chance plus ou moins grande de prendre un petit globe, c’est le cas de Jean-Baptiste Grange, très attendu lors du slalom de cette étape slovène.

On attendait une grosse bagarre entre JB et Kostelic, le Français a enfourché en première manche sur un tracé de papa Kostelic, le Croate s’est fait piéger exactement de la même façon lors de la seconde manche, du coup avant le slalom des finales de la Coupe du monde on a toujours les 36 points d’écart[4]. C’est marrant parce qu’ils ont tous les 2 essayé de jouer le coup en finissant – et plutôt bien – tout en sachant très bien qu’ils allaient être disqualifiés. Comme si personne n’allait s’en rendre compte… Ivica a été bête de ne pas assurer, il aurait pu rendre la tâche impossible pour JB, dont la série de 5 podiums consécutifs en slalom a pris fin. Kostelic fait sa propre série, 3 slaloms de suite sans podium et 2 consécutifs en enfourchant. Jamais 2 sans 3 ? J’espère[5]

La piste ne se dégradait pas trop et sur ce tracé très difficile, commettre des fautes était le lot de presque tout le monde, c’est ainsi que les plus propres ont réussi à bien se placer. La première manche a donné lieu à des écarts ridicules, 1 centième entre chacun des 3 premiers (Axel Baeck avec son dossard 17, Manfred Moelgg et André Myhrer). Steve Missillier (n°14) a réussi le 4e temps à 21 centièmes du premier suédois, jamais il ne s’était si bien classé lors d’une première manche. Il a été plutôt bon partout mais surtout sur le "plat", parfaitement maîtrisé.

Avoir un gros dossard n’empêchait pas d’être performant, d’où 14 concurrents dans la même seconde, dont Mario Matt (+0.23), Nolan Kasper (n°22, +0.36), ou encore, pour ne citer que les dossards relativement élevés, Yuasa (20), Gini (18), Vogel (26) et Mitja Valencic (19), le local.

Avec des écarts si faibles et le soleil qui tapait maintenant sur la neige la couse s’annonçait assez ouverte. En plus de Missillier un second Français a participé à la seconde manche, Maxime Tissot (dossard 31) avait terminé 20e à 1.69 du leader, il a pris la tête comme beaucoup avant et après lui (3e temps de la manche, finalement 11e). Valencic a régalé son public en venant à son tour se classer premier, mais surtout en restant à cette position. Le public a cru au podium car il avait moins d’une seconde de retard sur les premiers au départ de la seconde manche, à la grande déception des Slovènes ça n’a pas suffi, malgré les sorties ou boulettes de plusieurs concurrents (Biggmark, Kostelic, Herbst, Gigni, Yuasa).

Nolan Kasper, jeune Américain en progrès constants (10e la semaine dernière, pas mal de podiums en Coupe d’Europe), a alors explosé le chrono établi par le Slovène, -0.91, et bien sûr le meilleur temps de la manche. 2 ou 3 minutes plus tard Mario Matt, vainqueur à Bansko 8 jours plus tôt, a été particulièrement brillant – brillant tout en restant Matt, une performance^^ – sur les 2 premières sections puisqu’au second intermédiaire il possédait 92 centièmes de marge. A l’issue d’un mauvais dernier mur l’Autrichien s’est adjugé la victoire pour 9 centièmes. Comme Pinturault, Kasper attendra avant de gagner une course de Coupe du monde, il n’est pas encore assez régulier pour que son spectre ne hante l’esprit de ses concurrents pendant leur sommeil.

Les 4 derniers à s’élancer n’avaient pas le droit à l’erreur, Steve Missillier a trop envoyé, manquant de fluidité il a terminé assez loin (finalement 8e à 1.34), Myhrer et Moelgg sont restés au pied du podium (4e et 6e) car Baeck a su limiter les dégâts, le plus jeune des 5 Suédois à l’arrivée a failli tomber mais a pris la 2e place… à égalité avec Kasper, chacun montant sur la caisse pour la première fois.

Le classement de la spécialité est donc le suivant :
1. Ivica Kostelic 478
2. Jean-Baptiste Grange 442
3. André Myhrer 383.
Mathématiquement ils sont 3 à pouvoir obtenir la récompense du slalomeur le plus régulier de la saison.

La saison est presque terminée… presque.

Notes

[1] En fait il s’était déjà révélé avant ça, mais bon, il a particulièrement marqué les esprits cette fois.

[2] En fait c’est la Terre qui a tourné.^^

[3] JB Grange 3+2 (1) ; Tessa Worley 3+0 (1+1) ; Cyprien Richard 1+1 (1+1) ; Thomas Fanara 2 (1+0) ; Adien Théaux 2 ; Julien Lizeroux 1 ; Alexis Pinturault 1 ; Nastasia Noens 1 ; Steve Missillier 1 ; Thomas Mermillod-Blondin 1 ; Anémone Marmottan, Taïna Barioz et Gauthier de Tessières 0 (1+0)

[4] Autrement dit si Grange gagne Kostelic doit être 2e pour garder le globe.

[5] Même si ce n’est pas très sport.