Avoir beaucoup d’argent a surtout pour intérêt de permettre les erreurs de recrutement, de parier sur des joueurs sans avoir de certitude absolue sur ce qu’ils apporteront. Bien sûr, ça permet aussi de s’acheter de super joueurs, cependant les joueurs de classe mondiale, on peut aussi les former et les récupérer quand ils ne coûtent pas trop cher. Quoi qu’on en dise, en France on en forme beaucoup de très bons joueurs, il suffit de regarder les effectifs des grands clubs européens, on y trouve beaucoup de joueurs qui viennent de chez nous. C’est un défaut de la Ligue 1, étant un nid à très bons joueurs toute l’Europe vient y faire son marché, c’est difficile de construire sur la durée en conservant ses meilleurs éléments puisqu’on leur répète partout que notre championnat est naze et qu’ils doivent absolument partir.

Le manque d’attractivité de la L1 par rapport à la Premier League et à la Liga peut être évoqué si on regarde Tottenham, mais d’autres, qui en bénéficient au moins autant ont subi le même sort que les clubs français, on pense à Liverpool et Manchester City en EL, Valence et Arsenal en LdC (sans parler d’autres clubs éliminés avant ça, l’Atlético et le FC Séville). Que dire des équipes italiennes ? La Juve, Palerme, le Milan AC, l’AS Roma, la Sampdoria, Naples… Seul l’Inter est toujours européen.

Si on regarde vers l’est, il devient évident que l’argent peut en partie compenser le manque d’attractivité du championnat. On citera par exemple le cas de Douglas Costa pour s’en convaincre, le Chakhtior Donetsk a des arguments très convaincants pour attirer notamment d’excellents Brésiliens, y compris les plus convoités (le Dynamo Kiev est dans le même cas). Là aussi, l’argent ne suffit pas à mettre un club d’un championnat de seconde zone au niveau des cadors présents chaque saison en quarts d’une coupe d’Europe (ex : le Zénith Saint-Pétersbourg et le CSKA Moscou sont aussi éliminés[1]).

Bien sûr, avoir de la chance au tirage au sort aide, mais on ne peut pas se dire poissard si on s’est soi-même mis dans de sales draps en se qualifiant 2e de sa poule, surtout si comme l’OL on avait un groupe facile et les cartes en mains pour se faire une place dans le saladier des adversaires à éviter. Si on prend le cas du PSG, le tirage n’était pas facile, groupe très relevé, puis adversaire chiant dans des conditions improbables, en 8e on pouvait prévoir un match aller-retour à l’extérieur contre Benfica (qui ne réussit pas vraiment aux clubs français), pourtant on l’a bien vu, et je vais évidemment y revenir plus longuement ultérieurement, il y avait largement la place de passer.

L’OM, en tombant sur Manchester United, avait en réalité eu du bol, car les nombreuses absences et méformes en faisaient un adversaire vraiment abordable. Si l’OM ne s’était pas contenté de jouer le 0-0 à l’aller, qui sait ce qui aurait pu se passer ? Après une purge absolue à Marseille les Sardines sont allés pêcher beaucoup de regrets et de frustration à Old Trafford en encaissant 2 buts évitables de Chicharito (Javier Hernandez) à des moments où ça fait très mal, quasiment d’entrée (5e minute), puis juste après une énorme occasion manquée par Cheyrou, une des assez nombreuses occasions franches de l’OM. Pendant le dernier quart d’heure MU a été carrément mauvais, s’est même mis un csc qui a redonné espoir aux Marseillais, pourtant on en est resté là. Il ne s’agit clairement pas d’un problème d’argent mais d’une incapacité "tragique" à profiter des situations favorables qui se présentent à soi. Un manque d’expérience ? Qu’on ne me dise pas que Mandanda, Diawara, Ketchupman, Taïwo, Loutcho (très mauvais, ce n'est pas le seul), Cheyrou manquent d’expérience ! C’est plus un problème de façon d’aborder les matchs – quelle passivité de la défense sur les 2 buts ! – et surtout de choix stratégiques de l’entraîneur et des dirigeants, ils misent beaucoup trop sur le physique, pas assez sur de vrais footballeurs techniques. Chicharito n’a rien d’un colosse, les coéquipiers du secteur offensif mancunien non plus, ils mesurent tous entre 1m70 et 1m80, il y a du jeune comme du vieux, mais que des mecs très techniques. Perso je n’ai jamais compris comment l’OM avait pu préférer Gignac (pathétique mardi soir) à Gameiro[2], surtout à 15 millions+bonus…

L’OL, c’est différent, au match aller les Lyonnais ont fait honneur au football français, le 1-1 restait un résultat équitable. En face, c’était tout de même un bon Real Madrid. Au match retour après une première période très correcte, une première demi-heure de bonne qualité, un bon match de Ligue des Champions, l’OL a complètement pris l’eau. Cris et Lovren ont bu la tasse, après l’ouverture du score de Marcelo à la 37e les Lyonnais ont eu vécu un calvaire, surtout en seconde période. Ils n’ont plus existé. Benzema (qui en est à 5 buts marqués en 4 matchs de LdC contre des clubs français) et Di Maria ont aggravé le score, et heureusement que Lloris est un très grand gardien, sinon Aulas aurait dû faire le voyage de retour allongé sur le ventre faute de pouvoir s’assoir. Il n’avait pas besoin de ça, ses migraines depuis l’achat de Gourcuff sont déjà assez douloureuses… A chaque fois qu’il le voit tirer un corner rasant au premier poteau il a l’impression que sa tête va exploser comme une Playstation stéphanoise…

Défaite de l’OM 2-1 (2-1), de l’OL 3-0 (4-1)… et donc beaucoup de regrets. L’OM avait la place de passer, l’OL s’est mis dedans en gâchant son super début de phase de poule (3 victoires en 3 matchs puis 2 défaites grotesque et un nul honteux).

:*: Le tableau de la LdC est le suivant :
Real Madrid-Tottenham
vs Barça-Chakhtior Donetsk.

Inter-Schalke 04
vs Chelsea-Manchester United.

:*: Quand je vois celui des quarts et demi-finales de l’EL, ça me fout la rage.
Braga-Dynamo Kiev
vs Benfica-PSV Eindhoven

Porto-Spartak Moscou
vs Villarreal-Twente

Le LOSC et/ou le PSG avai(en)t largement le niveau pour arriver au minimum en demi-finale, pourquoi pas en finale… à condition de la jouer à fond. Rudi Garcia aura beau soutenir le contraire, il a tout fait pour que son équipe soit éliminée en 16e de finale, sentant ce sacrifice nécessaire pour défendre ses chances de jouer le titre jusqu’au bout.. Au PSG, bien sûr, on a joué à peu près à fond le match retour – et encore… – mais pas l’aller, or c’est à l’aller que se jouent la quasi-totalité des rencontres européennes[3]. Pour moi ce n’est pas le mauvais placement d’Edel qui coûte sa qualif au club de la Capitale, c’est Kombouaré avec ses choix merdiques à l’aller (dont celui de se priver d’un banc de qualité, celui de ne pas faire jouer Sakho, le coaching bidon en seconde période), les très nombreuses occasions de 2-0 gâchées ou du moins non converties par Erding, Bodmer et Chantôme ou encore l’individualisme de Nenê en seconde période. Si tu mènes 2-0 à l’aller, ça change absolument tout ! Seulement le PSG n’a jamais mis le second but. Encaisser un BALC au retour sur un contre de 80 mètres, c’est une conséquence de l’aller : si on est en position de qualifié, on peut gérer, éviter de trop se découvrir, et on peut même se permettre de louper de grosses occasions sans le payer.

Vous l’avez bien compris, les raisons de cette absence des clubs français des quarts de finale des compétitions européennes sont nombreuses, plusieurs facteurs se combinent avec des incidences plus ou moins importantes sur le résultat final. Le gros problème des clubs français est évident : il y a trop de suspense en L1. La principale qualité du championnat est aussi un gros défaut.

Regardez qui est qualifié et dans quelle situation se trouvent ces clubs en championnat.

Le cas du Portugal est parlant.
-Porto est déjà sûr d’être champion et donc qualifié en LdC,
-Benfica est certain de finir 2e et donc d’aller au tour préliminaire de la LdC,
-Braga est en lutte pour une place en EL.
La structure du championnat portugais assure presque aux 2 clubs principaux d’être qualifiés tous les ans au pire au tour préliminaire de la LdC, d’où des ressources financière assurées. Au pire, chaque saison, ces clubs sont européens, c’est plus facile pour attirer de bons/très bons joueurs.

En Russie le championnat vient de reprendre, l’EL était pour le moment l’objectif prioritaire, les qualifications européennes pour la saison prochaines sont déjà attribuées depuis la fin de la saison dernière, le Spartak Moscou a pris 4-0 en ouverture, on devine que la priorité n’était pas là mais à l’Europe. L’avantage est aussi un handicap car pour des gros matchs ne pas avoir retrouvé le rythme de la compétition pardonne rarement (et il est impossible de se préparer spécialement pour l’EL).

En Ukraine on sait déjà quasiment qui sera champion et qui sera 2e :
-le Chakhtior Donetsk sera champion sans problème,
-le Dynamo Kiev sera 2e et qualifié pour le tour préliminaire de l’EL (sauf catastrophe).
Là aussi, il est aisé de donner priorité à l’Europe. La structure de ce championnat avec 2 clubs très au-dessus du lot est un très gros avantage pour eux, ils peuvent même axer leur préparation dessus.

En Espagne :
-le Barça et le Real jouent forcément l’Europe à fond, c’est leur objectif n°1, ils sont tellement au-dessus du lot qu’ils peuvent gérer en championnat s’ils le souhaitent, et de toute façon tous les ans ils sont certains de participer à la LdC avec l’attractivité et l’argent que ça amène,
-Villarreal finira 3 ou 4e et sait que l’EL est le seul gros titre à sa portée.

Le football allemand ne compte plus qu’un représentant, Schalke 04, largué depuis le début de la saison en Bundesliga et qui par conséquent peut se donner à fond en LdC.

Le football anglais n'échappe pas à la règle, outre-Manche aussi on a des priorités. Ainsi Manchester City joue avant tout la qualif en LdC. Liverpool n’avait pas axé sa saison sur l’EL (même pas la fin de saison), les 2 ont été sortis en 8e de l’EL. Arsenal c’est la loose, il est arrivé la même chose aux Gunners qu’à l’OL (il fallait terminer 1er de son groupe, c’était bien parti, puis l’excès de confiance et la boulette), contre le Barça, hop, à la trappe. Passons aux qualifiés
-Chelsea et MU sont sûrs tous les ans de jouer la LdC, ils ont l’obligation de le faire dans l’objectif de la gagner, leur effectif est construit dans cet objectif.
-Tottenham est un cas un peu à part, la 4e place est accessible, a priori les Spurs finiront au pire 5e, donc en EL. En outre ça peut n’être qu’un one shot, il y a un bel effectif, complet, un nombre de très bons joueurs suffisants pour jouer sur plusieurs tableaux. Maintenant, un demi-exploit face à un Milan AC dont la défense ne vaut pas tripette, c’est bien, reste à confirmer.

On trouve aux Pays-Bas, le football néerlandais est l'exception qui confirme la règle : le PSV est en tête du championnat mais n’a qu’un point d’avance sur Twente et 3 sur l’Ajax, sachant que comme pour le Portugal c’est 1+1 pour l’EL et les 2 suivants en EL. Ces 3 clubs seront européens en août/septembre, néanmoins leurs rencontres du week-end ont toujours un enjeu réel, ils ne peuvent se permettre de laisser filer des points, pourtant ils jouent l’EL (et la LdC quand ils y sont) à fond (ça n’a pas suffi à l’Ajax). L’Eredivisie ne vaut plus grand-chose, les compétitions continentales sont une vitrine encore plus importante que dans d’autres pays, c’est une question de survie[4].

C’est évident, tout le monde joue à fond la Ligue des Champions, une question de prestige, de retombées financières, de motivation… Quand on a en plus le temps de se préparer, quand on peut faire tourner le week-end, c’est encore mieux. Conclusion : structurellement, certains championnats sont plus propices que d’autres à la réussite européenne de leurs représentants. C’est le cas lorsque certaines "institutions" trustent sempiternellement les premières places.

En effet, en Angleterre et en Espagne les gros font largement tourner pour la ou les coupes nationales, en France, c’est impossible car aucun club n’a une marge suffisante, un effectif assez étoffé pour se le permettre (le niveau des titulaires ne compte pas, on parle ici du niveau de l’équipe B), sauf s’il veut se faire éliminer.

Concernant l’Europa League c’est pour tout le monde pareil, cette compétition a été si dévalorisée par ses différentes réformes et est si peu dotée financièrement (conséquence de sa dévalorisation) que pour se permettre de la jouer à fond il est nécessaire d’avoir déjà assuré ses arrières. En pratique la plupart des clubs ne donnent leur maximum en EL que si leur sort en championnat est scellé. Certains préfèrent carrément la balancer, c’est le cas du LOSC, de Bordeaux il y a 2 ans (encore sous le nom de Coupe de l’UEFA), la saison passée l’OM s’est félicité d’avoir été battu par Benfica (même si ce n’était pas volontaire). Même Liverpool n’a pas cherché à défendre ses chances en engageant toutes ses forces dans la bataille, tant pis pour la tradition, l’image du club, l’important est de se concentrer sur le championnat afin de se qualifier… en Europa League. Oui, parfois le raisonnement semble assez étrange.

La réalité est celle-ci : en Ligue 1 il y a trop de clubs pour 3 ou 4 places, ça bataille trop, c’est trop homogène ! C’est bien pour le suspense, bien pour l’intérêt du championnat, le revers de la médaille se voir en semaine contre les clubs étrangers. On a le pain quotidien et le loisir, le bonus. Si en L1 le LOSC et le PSG avaient été détachés de leurs poursuivants et de ceux qui les précèdent, ils auraient tout donné et seraient sans aucun doute parmi les 8 derniers de l’EL.

Quand, avant MU-OM Jean-Claude Dassier dit que le match le plus important de la semaine est celui contre Paris dimanche (mais ça aurait pu être n’importe quel adversaire), le message est clair : se qualifier pour la LdC est primordial, la jouer à fond est donc secondaire. En somme, l’important, c’est de participer (encore et toujours pour l’argent, pour le prestige, pour l’attractivité, donc pour le standing). C’est terrible, ça dénote un manque d’ambition regrettable[5], et pourtant, c’est vrai.

De toute façon on sait très bien qu’à moins de circonstances et d’une "génération" exceptionnelle un club français ne peut atteindre la finale de la LdC. Par exemple si l’an prochain le LOSC pouvait garder tout le monde – mais Rami part – tout en recrutant un très bon attaquant, un très bon milieu et un très bon défenseur central, il y aurait ainsi un effectif qui se connaît bien pour avoir joué ensemble depuis plusieurs saisons, qui a des certitudes, qui a évolué ensemble, commence à être expérimenté, est dirigé par un bon entraîneur, et surtout possède en son sein des joueurs de top classe destinés à ensuite s’envoler vers d’autres cieux. Si ces conditions étaient réunies encore faudrait-il avoir de la réussite dans les tirages (le classement UEFA du LOSC est mauvais, il ne faut pas compter sur un groupe facile), être épargné par les blessures et avoir de la chance sur les actions dont l’issue semble décidée par le sort.

L’Europa League est à notre portée en termes de niveau sportif, son très gros défaut est de demander beaucoup trop d’énergie, le PSG et le LOSC auraient dû jouer 17 matchs pour soulever le trophée, c’est environ ½ championnat à jouer en plus pour des retombées infiniment moindres qu’un classement honorable dans leur L1.

Le système fait que pour jouer le titre dans ton championnat tu dois être en C1. Si tu y participes, tu as de quoi te payer de bons joueurs et tu as de bonnes chances de t’y qualifier à nouveau, pas pour aller au bout, juste pour garder tes bons joueurs et ne pas régresser. Ainsi va la vie des clubs… C’est désolant, mais la réforme Platini pérennise ce système, il n’y en a que pour la Ligue des biffetons. Platini, y’a trop de gens qui l’aiment. Beaucoup trop.

Notes

[1] Les Russes ont eu beaucoup de mal en EL, le fait d’avoir repris leur championnat depuis peu n’aide sans doute pas, ce n’est pas rédhibitoire, ils ont passé le tour précédent, les Ukrainiens sont toujours là.

[2] Je trouve néanmoins ce choix excellent, surtout s’il permet au PSG de récupérer l’attaquant que je voulais déjà il y a 2 ans (je l’ai toujours trouvé au moins 10 fois meilleur qu’Erding).

[3] En EL sur 24 doubles confrontations (les seizièmes et les huitièmes de finale) seulement 3 équipes ayant perdu à l’aller sont passées au tour suivant, en LdC c’est 2/8 en huitièmes.

[4] Du moins c’est l’impression que ça me donne, je peux me tromper.

[5] Car dans l’intérêt du football français il FAUT réussir de bons résultats sur la scène continentale.