Attention, le Belge a aussi été très utile à son équipier pendant un certain nombre de kilomètres en lui permettant de rester dans la roue de Cancellara sans prendre le moindre relais. Le duo a réussi à creuser l’écart grâce à un gros effort solitaire du Suisse, l’avance a dépassé la minute malgré la poursuite par équipe menée par l’équipe BMC. Soudain, en l’espace de quelques centaines de mètres, l’écart a fondu à la fois sous l’impulsion d’un peloton lancé à fond et à cause d’un petit coup de moins bien du tenant du titre à l’abord du mur de Grammont (célèbre côté pavée d’à peine 500m mais hyper pentue).

C’est ainsi qu’à 15 bornes de l’arrivée les échappés ont été repris, mais à peine la tête du peloton avait-elle recollé que Cancellara en remettait une couche, provoquant une nouvelle cassure. Un groupe a pu se constituer, dans un premier temps ils étaient 4 avec le Suisse, notamment Chavanel, jamais décroché, et Philippe Gilbert, le Wallon, extrêmement actif. Ce dernier a essayé plusieurs fois de contrer, il a fini par se détacher pendant qu’un groupe de chasse comprenant 7 coureurs, dont Boonen, galérait pour revenir sur les hommes forts du jour.

Alessandro Ballan a voulu rejoindre Gilbert mais c’est grâce à Chavanel que tout le monde s’est regroupé à 8 ou 9 kilomètres de l’arrivée. Ce dernier pétait la forme et courait très bien. Une fois l’échappée de tête reformée on s’est un peu regardé, manifestement le Français attendait Boonen, chose très normale, c’était son rôle. A 7 bornes de la ligne ils étaient 12 en tête.

Dans cette situation, fatalement, certains tentent de se faire la belle : Ballan, Gilbert, mais aussi de Nuyens puis Juan Antonio Flecha, également le Rabobank du groupe. Mais qui est parti ? Cancellara bien sûr ! A un peu plus de 3 bornes de l’arrivée le Suisse est parti à grande vitesse, Chavanel a sauté dans sa roue, Nuyens aussi.

L’écart n’a jamais dépassé quelques dizaines de mètres, difficile de faire plus en 3 kilomètres. Ça ne s’entendait pas derrière, ça ne pouvait donc pas revenir. Du coup Boonen a tenté une première fois de revenir en sautant dans la roue d’un concurrent qui tentait d’attaquer pour recoller.

Les 3 hommes de tête allaient à l’évidence se disputer la victoire, néanmoins ils se retournaient beaucoup pour évaluer la distance les séparant de leurs poursuivant. Chavanel n’aurait jamais dû regarder ailleurs que devant lui. En trop bon camarade – ou plutôt équipier, car il est payé par l’équipe de Boonen pour aider la star de l’équipe – il a cherché son leader, et voyant ce dernier tenter une dernière attaque pour revenir à l’avant juste avant le sprint final, il a cru devoir l’attendre. Quand le Français a compris que Boonen ne pouvait pas gagner, il s’est enfin occupé de lui, mais Cancellara avait déjà lancé le sprint. Nuyens, qui se battait uniquement pour sa pomme, a pu doubler, Chavanel aussi, mais se faisant tasser dans les balustrades par le Suisse il n’a pu pleinement fournir son effort, échouant à la 2e place à quelques centimètres du vainqueur après environ 260km de course.

Boonen a fini 4e, classé à 2 secondes du vainqueur. C’est à cause de lui et de son incapacité à comprendre qu’il ne gagnerait pas que Sylvain Chavanel n’a pas remporté cette mythique classique flamande qu’il méritait tant de gagner. Ah… Si seulement Chavanel avait pu penser à sa gueule…

Peut-être était-ce la plus belle occasion de toute sa carrière d’accrocher une course de ce niveau à son palmarès, peut-être que jamais plus il n’aura la chance de se trouver si bien placé à quelques mètres de l’arrivée d’une grande classique, il tenait la forme de sa vie. Dimanche prochain c’est Paris-Roubaix, cette fois il sera co-leader de son équipe, au moins, s’il ne gagne pas – et il est peu probable qu’il gagne – ce ne sera pas à cause de son insuccès.