Jamais on n’avait vu une équipe être aussi bidon en finale du tournoi NCAA (le record de nullité était de 21,5% de réussite générale, il datait de 1941, réalisé par Washington State, alors 18,8%...), et à vrai dire je ne suis pas sûr d’avoir déjà vu ça quelque part en basket. On se plaint de voir des purges en L1, mais ça, franchement, ça battait des records. C’était si ridicule que ça en devenait drôle, d’autant qu’environ 70000 spectateurs avaient faire le déplacement jusqu’au Reliant Stadium (stade des Houston Texans) pour voir ça… Pensons aussi aux millions de téléspectateurs impatients de pouvoir suivre cette finale. Mouaaaaah !!

On rappelle le principe, les matchs NCAA ont quelques spécificités : 2x20 minutes avec des possessions de 35s et une ligne à 3pts à distance batarde[1], pas mal de règles changent. La March Madness est quelque chose de phénoménal, c’est suivi par des dizaines de millions de personnes aux Etats-Unis. La finale avait donc lieu lundi.

On connaissait les qualifiés pour le Final Four du tournoi NCAA de basket masculin la semaine dernière, je vous avais expliqué quelques trucs à savoir à ce sujet. Vendredi ont eu lieu les demi-finales, pour en savoir plus sur ces matchs, c’est ici.

Le scénario a été le suivant.

Premier panier pour Uconn (en blanc), ça partait à 200 à l’heure, mais on sentait déjà la crispation, les joueurs des 2 équipes gâchaient déjà quelques paniers faciles. A ce niveau – le gâchis – on peut le dire, c’était du lourd, on aurait dit qu’ils faisaient exprès. Butler (en noir), comme pendant toute la rencontre, a cherché prendre un max de tirs à 3 points car UConn dominait très clairement à en taille et en puissance dans le secteur intérieur. Le dénommé Chase Stigall en a planté un, son premier depuis des lustres, Matt Howard aussi un a réussi un après me semble-t-il une série de 8 loupés de chaque équipe.

Le premier écart sensible (13-8) a été créé par un and one de Kemba Walker, la star des Huskies, ceci juste avant son premier passage – très court – sur le banc en 4 matchs. Heureusement pour le Petit Poucet, UConn a très vite été dans la pénalité, offrant des LF à Butler à chaque nouvelle faute, ce qui permettait aux Bulldogs de marquer quelques points. Si j’ai écrit «heureusement pour le Petit Poucet», c’est parce qu’à 3/16 aux tirs en 10 minutes, on n’avance pas. Ceci dit, les joueurs de l’Indiana étaient presque incapable de faire passer le ballon au milieu du cercle, ils loupaient tout, y compris pas mal de ces LF providentiels. C’était assez pathétique, pourtant soudain, surprise, Stigall plante un nouveau panier primé, il a jeté son ballon… pfiou… au moins du parking. Il était suuuuper loin ! Un peu étrange de ne pas mettre un panier à 2 points mais de planter des shoots si longue distance, non ?

Avec ce tir improbable Butler passait devant, ça n’a pas duré, UConn a marqué 2 fois de suite, on en était déjà à 14-0 dans la peinture. Shelvin Mack, la vedette du double finaliste, a encore égalisé à 3 points (1/5 pour lui). Quelle opposition de styles ! On avait d’un côté une équipe pas foutue de mettre un jump-shot, donc orientée sur le jeu en pénétration et surtout le jeu intérieur, de l’autre une bande de tireurs de loin.

Ça défendait plutôt bien, beaucoup de contres (UConn en a réussi 10 en 40 minutes, record égalé), quelques fautes offensives provoquées (une a obligé Walker a retourner sur le banc à 3’ de la mi-temps), Butler se replaçait vite et bien sur les contre-attaques, gênait considérablement le jeu placé de ses adversaires, mais était mangé au rebond (9 d’écart à la mi-temps).

De façon assez inexplicable le plus petit des 2 était en tête à l’issue de la première période, un nouveau 3 points de Mack ayant porté le score à 22-19 sur le buzzer.

Comment peut-on mener après 20 minutes en ayant réussi 1 tir sur 13 à 2 points, 5 sur 14 à 3pts, en n’ayant pas mis un point dans la raquette et en ayant pris 9 rebond de moins que ses adversaires ? Un mystère. Kenny Smith et Charles Barkley ne semblait pas avoir de réponse, eux qui d’habitude sont les stars du Tip-Off, du Half-time show et de l’OverTime sur TNT mais étaient "prêtés" à CBS pendant la March Madness.

La seconde période a débuté idéalement pour Butler, encore un gros 3 points de ce Stigall. A -6, UConn a immédiatement réagi. Jeremy Lamb a été énorme après une première période anonyme. Ce freshman a presque à lui seul fait tourner la rencontre, il a fait la différence des 2 côtés du terrain, en défense et en attaque, notamment avec un 3 points (le seul de son équipe en 40 minutes), une interception suivie d’un dunks, encore quelques points, des rebonds… Ce joueur a une particularité, son père a joué au basket à l’université, il est connu pour avoir marqué un panier au buzzer en 1984 lors du tournoi NCAA, panier qui avait éliminé Northwestern, équipe dirigée à l’époque par Jim Calhoun, qui aujourd’hui est le coach de… UConn. Le clin d’œil du destin est déjà assez énorme, alors imaginez si en demi-finale Virginia Commonwealth (VCU) avait sorti Butler ! Pour bien comprendre il faut savoir que le père de Jeremy Lamb jouait à l’époque à VCU…

Butler s’est enterré à tenter des tas de paniers primés sans les réussir. Il est vrai que les nombreuses bâches de UConn avaient un effet dissuasif non négligeable, les Bulldogs avaient peur d’attaquer en direction du cercle. Après 14 ou 15 manqués consécutifs (et au moins un 0/2 aux LF), Butler a marqué un panier !!! Yeeeeeeeeeah !! 28-33, seulement -5 malgré 18,6% de réussite générale[2] en environ 28 minutes ! Quel match grotesque !

La relative embellie a été de courte durée, UConn a augmenté son avance, +7, +9 sur un nouveau panier de Lamb, ça sentait bon, surtout que Butler était de plus en plus ridicule, foirant encore en position idéale et commettant déjà une 6e faute d’équipe à plus de 10’ de la fin. Acrobatiquement, Walker a creusé le gouffre qui séparait maintenant les 2 équipes, 11 points, un écart encore jamais connu par Butler depuis le début du tournoi NCAA.

A -13 à environ 6’10 du buzzer final, Butler a marqué à l’intérieur sur rebond offensif ! On n’y croyait plus ! Ça ne faisait plus que 22-2 pour UConn dans la peinture… Les Bulldogs devaient en être à 9/53 ou 54, c’était totalement mort depuis longtemps, ça l’était encore plus après un dunk plus la faute et le LF marqué par les joueurs du Connecticut, pourtant ceux qui auraient dû être désespérés et chercher un trou dans lequel se cacher ont continué à tenter. La réussite s’est enfin jointe à la fête Vanzant a mis un 3 points, puis Mack un autre, et encore un en tête de raquette, toujours par Mack (il en aura réussi 4/11), panier permettant à Butler de revenir jusqu’à -8 à 1’30 enfin de la fin. Les Huskies ont su gérer tranquillement la fin de cette finale en mangeant le chrono et en marquant leurs LF.

Score final 53-41, 3e titre pour UConn après ceux de 1999 et 2004, le 3e pour Jim Calhoun, plus vieux coach victorieux du Final Four à 68 ans, 5e entraîneur avec 3 titres à son palmarès. 68 ans, c’est le double de l’âge de Brad Stevens, entraîneur en chef depuis 4 ans du finaliste malheureux de ces 2 dernières saisons. Ce dernier a une tête à se faire demander une pièce d’identité s’il veut acheter de l’alcool, on dirait qu’il a 17 ans ! Il vient de l’Indiana, comme la plupart de ses joueurs, car c’est une particularité de cette université, n’ayant pas les moyens et la réputation des gros programmes du pays, elle recrute surtout localement.

Chez les Huskies on trouve des mecs venus de partout, il y a même 2 Allemands et un Nigérian. J’aurais plutôt imaginé trouver des Russes, et plus précisément des Russes venus de Sibérie, je croyais cette race canine husky originaire de là-bas…


Comme toujours on a eu droit à la découpe du filet, les joueurs sont tous montés un à un pour en prendre chacun un petit bout en souvenir. Dans 40 ans les survivants seront heureux de pouvoir montrer un bout de ficelle synthétique à leurs petits-enfants.

Je ne sais vraiment pas comment Kemba Walker a pu être nommé M.O.P. (Most Outstanding Player). 16 points et 9 rebonds, OK, mais à 5/19, c’est carrément honteux ! Pourquoi pas Lamb avec ses 12 points (à 4/8) et 7 rebonds (+1 stl et 1 blk) après 12 et 9 à 5/8 en demi-finale ? Il a tellement apporté, a été le difference-maker, ce choix s’imposait ! On aurait aussi pu choisir Alex Oriakhi (11 et 11 à 5/6, 4 contres en 25 minutes).

Petit ajout.
Sachez pour finir que du tournoi féminin opposait Texas A&M à Notre Dame, victoire 76-70 de l’équipe de l’Université du plus grand Etat américain. Il s’agit du premier titre obtenu par ce programme.

Notes

[1] Moins loin qu’en NBA, le court est aussi grand qu’en NBA (c’est un peu moins en règles FIBA me semble-t-il).

[2] 2/21 à 2pts, 6/22 à 3pts.