Le programme.
Poids coqs : Magomed Abdulhamidov (Azerbaïdjan) contre Giorgi Kilanava (Géorgie).
Poids légers : Semen Grivachev (Russie) contre Abdelkader Chadi (Algérie).
Poids moyens : Mahamed Nurudzinau (Biélorussie) contre Stéphane Cuevas (France).
Mi-lourds : Denys Poyatsyka (Ukraine) contre Ludovic Groguhe (France).
Lourds : Magomedrasul Medzhidov (Azerbaïdjan) contre Tony Yoka (France).

Pourquoi cette compo ? J’analyse ça ainsi : le but était d’aller cherchez des points à l’extérieur, d’où Ludo Groghue, la valeur sûre (je parierais bien sur lui pour une médaille olympique). Il fallait aussi garder une équipe très forte à domicile, mais le règlement oblige à avoir au moins un boxeur étranger dans chaque équipe, c’est pourquoi Paris devait garder ses Croates, Hrvoje Sep et Filip Hrgovic, pour le retour, d’autant qu’a priori ce dernier est un peu plus fort que Yoka (contre le n°2 de la catégorie, Medzhidov, qui logiquement devait gagner chez lui, autant ne pas mettre notre meilleur lourd). Chadi, nouvelle recrue, et donc débutant en 5 reprises et sans casque, a été pris pour remplacer Artur Schmidt en raison des problèmes récurrents de ce dernier, donc l’arcade explose à chaque fois. Pourquoi Cuevas ? Parce qu’Alexis Vastine est toujours blessé et que Michel Tavares a été préservé pour le retour, de même que Nordine Oubaali (n°2 en coqs) et Rachid Azzedine (3e en légers).

  • Poids coqs : Magomed Abdulhamidov (Azerbaïdjan) contre Giorgi Kilanava (Géorgie).

Le Géorgien (2-0) affrontait le seul véritable Azéri des Baku Fires (les autres sont tous des Russes naturalisés), un boxeur classé n°3 de sa catégorie avec 5 victoires à domicile et une défaire à l’extérieur. 1ère reprise donnée au local malgré pas mal de coups très francs de Kilanava dont un ayant ébranlé son adversaire… Discutable. Ensuite, c’est bien simple, on a vu le local multiplier les mouvements de lutte, il prenait des coups, c’est pourquoi il s’accrochait souvent irrégulièrement à son adversaire et a tout simplement tenté un arraché, a poussé son adversaire au sol… C’était n’importe quoi ! 2 juges ont donné la reprise au Géorgien, le 3e était sans doute parti satisfaire un besoin naturel, il aurait pu prévoir, la soirée venait de débuter ! Le round suivant, pas de problème, pour l’Azéri, même s’il a encore beaucoup truqué. Un Kilanava beaucoup plus actif n’a pas suffi lors de l’avant-dernière reprise car Abdulhamidov a réussi à enchaîner quelques coups en sortie de corps à corps, notamment un dans l’arrière de la tête du boxeur de Paris United, l’arbitre considérant que le Géorgien s’était retourné, l’Azéri n’a pas été réprimandé. Le local en a remis quelques couches, ça aurait presque pu envoyer son adversaire au tapis. Encore une fois, victoire logique du représentant de Bakou lors de cette reprise. Pour Paris le combat été perdu, sauf miracle, il fallait tout de même gratter quelques points, c’est pourquoi le Géorgien a avancé face à un boxeur décidé à gérer les 3 dernières minutes, garde haute, préférant reculer. Abdulhamidov a repris l’initiative par moments… J’aurais donné la reprise à Kilanava, c’est aussi ce qu’a fait un juge, celui qui était parti uriner pendant la 2e…

Score final identique pour tous les juges : 49-46, donc 1-0 pour Bakou, logique, même si le score aurait dû être moins large (du genre 49-46, 48-47, 48-47).

  • Poids légers : Semen Grivachev (Russie) contre Abdelkader Chadi (Algérie).

Le Russe n’avait pas de grosses références en WSB (n°23, 1-1), mais il avait déjà battu l’Algérien au même endroit en finale d’un gros tournoi amateur en 2009. Chadi étant un débutant, n’ayant jamais combattu en 5 reprises et sans casque, on pouvait craindre le pire.

Le nouveau a dû laisser passer l’orage en début de combat, il a reculé, encaissé, essayé d’être mobile et de répondre en piquant avant de fuir. La différence de puissance sautait aux yeux, l’Algérien a tenté d’accélérer sur la fin, sans grand succès. 10-9 pour les 3 juges. Chadi manquait de précision, d’impact, il était souvent réprimandé par l’arbitre, en particulier pour des coups par derrière. Le visiteur subissait, de temps en temps ça allait un peu mieux, il réussissait à mettre quelques coups, on peut même dire qu’il a fini le round plus fort que le Russe, ce qui ne suffisait pas. Même sentence que 4 minutes plus tôt.

Chadi a tout donné au début de la 3e reprise, chacun leur tour les 2 boxeurs ont imposé leur rythme et poussé leur adversaire dans ses retranchements, l’obligeant à s’accrocher pour éviter le se faire trop malmener. C’est au Parisien que les 10 points auraient dû revenir sans l’accélération lors des dernières secondes, Grivachev a plus touché, 2 juges se sont fait avoir, un seul a vu juste. Sauf Knock-Down, KO ou pénalité, c’était foutu. Le rythme a baissé, le Russe a encore tapé par derrière (les 2 l’ont fait pendant ce combat), s’est beaucoup accroché, il a été averti environ 170 fois… Dans l’ensemble, pas de doute, je donnais la reprise au local… pourtant le juge lucide lors de la 3e reprise ne l’a pas du tout été cette fois, on avait donc 2 juges à 4 points d’écart et un… à égalité. Etrange, non ? D’autant que les 3 dernières minutes ont été largement dominées par l’Algérien, Grivachev se contentant de gérer pendant la majorité du temps.

Là, c’est carrément à n’y rien comprendre, on aurait dû avoir la décision partagée la plus improbable de l’histoire des WSB – on l’a eu un peu plus tard^^ – mais le juge dissident a encore fait n’importe quoi, d’où finalement un score de 49-46, 48-47, 49-46. 2-0 pour Bakou, toujours logique, sauf en ce qui concerne le détail des points.

  • Poids moyens : Mahamed Nurudzinau (Biélorussie) contre Stéphane Cuevas (France).

Cuevas, plus grand que son adversaire, ne m’inspirait aucune confiance. Le Toulousain avait toujours perdu en WSB (3 défaites plus un forfait). Son adversaire n’avait pas l’air d’être une terreur, sa puissance était un peu supérieure. Le Biélorusse a gagné le round en prenant l’initiative et en envoyant du pâté, surtout pendant la dernière minute. Il n’hésitait pas à attraper la tête du Français de façon irrégulière, mais comme l’arbitre laissait faire, pourquoi s’en priver ? Lors de la 2e reprise Cuevas s’est montré plus volontaire mais il frappait dans le vide, souvent trop haut (plus petit, Nurudzinau n’avait qu’à se baisser pour esquiver). Si la tendance semblait légèrement s’inverser, le début du round avait été trop dominé par le boxeur de Bakou pour permettre au Toulousain d’égaliser. Le saignement de nez du Biélorusse n’a suscité aucune réaction de l’arbitre.

La catastrophe a eu lieu au cours de la 3e reprise, ça tapait dur, ça s’accrochait beaucoup, et soudain, arrêt de l’arbitre. Bon, là, rien à dire, Cuevas avait la pommette totalement explosée, coupé profondément, impossible de continuer. Le problème est qu’au lieu d’une simple victoire aux points abrégée, on a compté un TKO injury… Si j’ai bien compris, et j’insiste sur le si j’ai bien compris, car je ne suis pas sûr du tout, j’ai fouillé dans le règlement des WSB, je n’ai pas trouvé la réponse, ça revient à considérer que les 3 derniers rounds ont été gagnés 10-0 par Nurudzinau. Paris a pris 90 points de retard rien sur que ce combat. Autrement dit, sauf victoire(s) avant la limite, Paris ne pourra pas se qualifier en finale avec une victoire 4-1 au retour.

  • Mi-lourds : Denys Poyatsyka (Ukraine) contre Ludovic Groguhe (France) .

L’Ukrainien vient de la catégorie supérieure, mais personne ne fait peur à Ludo Groguhe, le meilleur mi-lourd de la catégorie (il est n°2 de sa catégorie mais en fait vaut largement la première place).

On a vu le Strasbourgeois plus efficace, mettre plus de rythme, boxer plus en avançant en étant plus précis, matraquer son adversaire d’entrée. Il a été gêné par les longs bras de son adversaire, avait un peu de mal à trouver la distance, mais merde ! Comment un individu honnête et sain d’esprit pouvait-il donner le 1er round à l’Ukrainien ? Le Cubain et le Canadien – Tony Germain de son petit non, il doit être de la famille de Germain le Lynx ! – ont considéré le local supérieur au Français. Quelle honte ! Regardez par vous-même !

Lors de la reprise suivante ça a envoyé du lourd d’entrée, Ludo nous a fait un festival d’esquives, il ne prenait pas assez l’initiative, n’imposait pas son rythme, l’Ukrainien s’accrochait, il les coups les plus francs (souvent des contres) étaient ceux du Strasbourgeois, mais l’activité était Ukrainienne, je peux comprendre que Poyatsyka ait été considéré comme supérieur sur ces 3 minutes. Le Ricain et le Canadien ont été de cet avis.

Ludo a imposé sa puissance pendant la première minute du 3e round avant de retomber dans ses travers, donnant un peu l’impression de subir alors qu’il maîtrisait. L’Ukrainien avançait et s’accrochait beaucoup, sauf sur la fin. Le boxeur de Paris United a bien plus touché, et avec beaucoup plus de puissance, alors que celui des Baku Fires était brouillon et frappait le plus souvent dans les gants. Pas grave pour le juge Canadien, il a encore vu Poyatsyka devant ! C’est à croire qu’on avait affaire à un raciste… Les 2 autres ont enfin donné l’avantage à Groguhe.

Ludo s’est énervé, il s’est mis à marcher sur son adversaire, lui a fait mettre un genou à terre (pas de Knock-Down), la victime faisait son maximum pour gruger, s’accrocher autant que possible, car ce pauvre gars mangeait chaud !! Il n’était pas loin de devoir ramasser ses dents, pourtant c’est au Français qu’il a fallu remettre le protège-dents tombé pendant qu’il se faisait tenir la tête. L’intensité était impressionnante, au point que l’Ukrainien n’en pouvait plus, il ne tenait plus sur ses jambes, il a encore fini au sol (toujours sans Knock-Down), cette fois en se laissant tomber (poussé ? un alibi). Son adversaire ne cherchait qu’à éviter l’affrontement. Une série de coups surpuissants a failli abréger le combat à quelques secondes de la cloche. Cette fois les 3 juges ont dû se rendre à l’évidence, 9-10. Sauf cata, c’était gagné. Et pour finir, 180 secondes en avançant, en matraquant, pratiquement pas de garde (c’est à voir, environ 17’ après le début sur la vidéo)… Avec ce qu’il a mangé de plein fouet, comment Poyatsyka a-t-il fini debout et crédité de la victoire pour un des 3 juges ? Décision partagée, 46-49, 46-49, 48-47… Une put*in de honte !

  • Lourds : Magomedrasul Medzhidov (Azerbaïdjan) contre Tony Yoka (France).

Après avoir été battu 2 fois par Clemente Russo, le n°1 au classement individuel, Tony affrontait le n°2, mais à l’extérieur cette fois. Beaucoup plus petit mais aussi lourd que le Français de 18 ans, l’Azéri (Russe nationalisé) était un gros morceau. Le grand espoir de l’équipe a été volé contre l’Italien, il aurait mérité de gagner au moins un combat, alors pourquoi pas rêver à l’exploit ?

C’est un gamin, néanmoins son expérience depuis le début des WSB lui a déjà été très profitable, il est de plus en plus à l’aise, en particulier tactiquement. Face à la star locale il a beaucoup tourné, touché une fois de temps en temps, s’est accroché lorsque nécessaire face à cet adversaire dont l’intérêt était de casser la distance pour frapper. Tony a mis quelques jolis coups, en avait pris quelques-uns, le round était serré, ça aurait pu faire un nul[1], mais 2 juges ont eu la bonne idée de "voter" en faveur de l’outsider. La 2e reprise a été une copie de la première, Tony a été grandiose tactiquement, garde bien fermée, déplacements pour empêcher son adversaire de le cadrer, je frappe et je me taille, si l’autre s’approche trop je l’accroche… Et pour finir le bon enchaînement pour rendre la décision évidente aux yeux des juges. De la boxe intelligente. Les n°2 et 3 ont encore compté le round pour le Français, proche de l’exploit.

Tony était bien, lucide, super serein… Peut-être trop, car il s’est fait avoir bêtement. En effet, après 2’30 encore très bien maîtrisées en maintenant la distances, en mettant les coups nécessaires pour être devant dans l’esprit des juges, la catastrophe. Tony prend un contre, rien de méchant, mais il est tombé et a été compté. Il s’est tout de suite relevé, a montré – y compris en chambrant le public – qu’il n’était absolument pas atteint. En revoyant la vidéo on se rend compte qu’il a glissé plus qu’autre chose, n’a pas vu la lueur d’une étoile, alors perdre le round 10-8 pour ça… pfff… C’est une terrible injustice. Le juge n°3, le Ricain, ne s’est pas laissé berner et n’a donné que 10-9, prenant en compte la domination du jeune Français avant le Knock-Down semi-abusif. A 6 minutes de la fin l’affaire était entendue pour le juge indien, 4 points d’écart (ça doit être le fameux humour indien…), pour l’Américain Tony était encore devant, restait à convaincre le Cubain. Il fallait à nouveau appliquer la tactique préparée pour ce combat, mais progressivement le Français en a dévié, il ne se déplaçait plus trop, s’est un peu laissé embarquer dans l’épreuve de force, mettant mais aussi encaissant des coups, sa garde était moins bonne, il ne partait pas après avoir cogné… et a perdu le round pour les 3 juges. Trop de corps à corps dans la dernière reprise, des accrochages… Le cadet des boxeurs de Paris United a touché pas mal de fois, notamment avec de larges coups, son adversaire répondant en uppercuts. A un moment Medzhidov a même vacillé… il aurait presque mérité d’être compté.

Score final : décision partagée : 50-44, 48-46, 47-48. Quel dommage, il avait quasiment la victoire en poche contre le n°2 de la catégorie… La rage…

Bakou l’a emporté 4-1 avec si je ne me trompe 728 points à 614. Bon, je dois me tromper, mais j’ai eu beau cherché, impossible de savoir pourquoi sur le site des WSB on peut lire que l’avance pour les Fires est de 103 points, peut-être est-ce une subtilité du règlement concernant le TKO-I.

Dans l’autre demi-finale aller les Astana Arlans ont battu les Los Angeles Matadors 4-1, rien d’étonnant, quand ils décident de faire leur promo par le sport, les Kazakhs savent y mettre les moyens (et quand on parle cyclisme, il s’agit de moyens douteux).

Vendredi, au retour, a priori, Oubaali affrontera un très bon Mongole (3-1), Azzedine un Géorgien semble-t-il médiocre (1-4 mais 3 défaites contre Mussafirov, un mec d’Astana qui a gagné ses 6 combats), Tavares rencontrera un Azéri[2] très dangereux (5-0 dont un walk over et 2 TKO), Sep aura droit à un Azéri[3] dont le bilan (1-2) ne renseigne pas tellement sur le niveau, idem pour l’adversaire russe d’Hrgovic (1-0, TKO, mais peut-on juger sur un combat ?). Il sera très difficile de gagner 5-0, 4-1, ça semble jouable, ma refaire la différence de points, je n’y crois pas…

Allez Paris ! United we trust !

Notes

[1] Un round nul, en WSB, c’est impossible.

[2] Ancien Russe.

[3] Ancien Russe.