Dimanche, c’était presque Verdun, ils étaient tellement à tomber que rapidement on a dû arrêter de compter. Au départ les équipes étaient composées de 8 membres, à l’arrivée les escadrons étaient décimés. A Roubaix, pas la moindre trace d'un Katusha, un seul Euskaltel-Euskadi, un seul Movistar, que 2 Leopard-Trek (dont Fabian Cancellara) ou encore Vacansoleil. En revanche les 8 Europcar ont tous rallié l’arrivée, dont 4 parmi les 40 premiers.

Parmi les favoris, certains ont connu une journée particulièrement galère. On espérait voir Sylvain Chavanel briller comme la semaine dernière sur le Tour des Flandres, et pourquoi pas, faire mieux. On se demandait comment la cohabitation avec Tom Boonen allait se passer, une semaine après que ce dernier ait plombé son équipiers pendant la grande classique du Plat Pays… On n’a rien vu. Les 2 Quick Step ont collectionné les ennuis mécaniques (dont des crevaisons) et les chutes. Boonen a même perdu plusieurs minutes en restant comme un con au milieu de la Trouée d’Arenberg – très herbeuses cette année – à attendre sa voiture pour un dépannage (refusant au passage de prendre le vélo d’un de ses lieutenants). Cette image était irréelle. Quelques kilomètres plus loin, on remet ça, encore une grosse chute sur un secteur pavé. Le Belge avait fait un énorme effort pour se rapprocher du peloton (si on peut parler de peloton). Un peu plus tard il a dû abandonner. Chavanel devenait le seul leader de la Quick Step, malgré pour lui aussi pas mal de problèmes. A moins de 65 bornes de l’arrivée il a perdu presque tout espoir en chutant lourdement sur le bitume, victime d’une vague dans un virage. Les coureurs devant lui ont voulu éviter un bac à fleurs mal placé et mal conçu… A l’avant, un gros groupe s’était formé à partir de plusieurs paquets, ils étaient 17 dont 3 Français, notamment Frédéric Guesdon, ancien vainqueur de l’épreuve[1]. Dans le peloton les Garmin-Cervélo de Thor Hushovd roulaient avec les rouges de l’équipe BMC (pour Alessandro Ballan, mêlé à une affaire de dopage). Les écarts n’étaient pas énormes, une trentaine de secondes entre les 17 (en tête desquels roulaient des Omega Pharma-Lotto car ils étaient en surnombre) et 4 chasseurs, puis le peloton encore à distance équivalente.

La composition de l’échappée a été modifiée par des aléas de Paris-Roubaix, ça allait super vite, le peloton cassait par l’avant, ça tombait toujours, et si les pavés étaient sales, la route l’était tout autant, on en a même vu se ramasser à cause de cailloux présents sur des parties goudronnées. Balayer ? Vous n’y pensez pas, ce serait trop facile !

Et alors que Chavanel, dans un triste état, avait presque réussi à rejoindre le peloton, que le peloton avait environ 1’30 de retard à environ 48 bornes de l’arrivée, les cadors ont commencé leur explication. Mauvais timing pour le Français, malchanceux jusqu’au bout.

Hushovd et Cancellara ont attaqué sur un secteur pavé, Flecha et Ballan ont été les seuls à suivre l’accélération (Cancellara, Hushovd et Flecha était sur le podium l’an dernier). Ballan était un ton en-dessous, il a fait l’élastique alors que Cancellara tentait de décrocher ses adversaires en en remettant quelques couches. Malgré toute cette agitation l’écart restait conséquent. Le groupe de tête était trop important, sans doute par peur du retour des leaders certains ont voulu contrer. Grâce aux efforts du Suisse, le trio italo-helvéto-norvégien est revenu à 25 secondes des rescapés du groupe de tête, mais lassé de se faire fourrer régulièrement ces derniers temps en faisant tout le travail pour les autres, Cancellara a décidé de ne plus rouler. Avoir tout le monde sur son porte-bagages, il n’en pouvait plus… Malheureusement pour lui, il ne pouvait compter sur personne pour mener la poursuite, toute son équipe ayant disparu depuis un bail alors que celle d’Hushovd avait du monde parmi l’échappée, donc un motif pour ne pas bouger une oreille.

A environ 30 bornes du vélodrome de Roubaix la situation devenait délicate pour les grands favoris, repris par ceux à qui un peu plus tôt n’avaient pu suivre leur rythme, notamment Flecha. La seule chance de ce reste de peloton était la mésentente au sein du groupe de 14. Ça ne roulait plus vraiment, de temps en temps un ou plusieurs hommes essayaient de se faire la malle. Guesdon a crevé au pire moment, à 25km de l’arrivée, à peine 2 bornes plus tard la bonne est partie avec Lars Bak, suivi par Johan Vansummeren, Grégory Rast et Maarten Tjallingii. Un Garmin roulait pour Hushovd, mais comme Vansummeren[2], de son équipe, a décroché ses 3 compagnons dans le secteur du Carrefour de l’arbre, le Norvégien ne pouvaient plus que laisser l’initiative aux autres et suivre.

Lorsque Cancella a accéléré à l’arrière, il a été bloqué par une moto pendant quelques instants, de toute façon c’était déjà trop tard, le géant Belge – 1m97 – s’était envolé vers la victoire. Avec Hushovd dans sa roue il a accéléré, doublé, mais pas gagné. Profitant d’atermoiement entre les 2 hommes, un Français d’Europcar, qui était encore dans le paquet de 14, Damien Gaudin, a même tenté d’aller chercher une place d’honneur (sans succès, il a fini 16e).

Les poursuivants de Vansummeren ont progressivement perdu du terrain, si bien que Cancellara, en attaquant à 4 bornes de la fin, a pu les reprendre et finalement prendre la 2e place derrière le surprenant héros du jour. Tjallingii (Rabobank), battu au sprint, a complété le podium. Rast (2e Suisse dans le top 4) n’a pu rivaliser, il est classé dans le même temps. Hushovd a fini 8e, Frédéric Guesdon, 1er Français, est 11e. Le Belge, plus crade que s’il s’était roulé dans une fange, n’avait jusqu’ici remporté que 2 courses chez les pros (à 30 ans)… Il peut remercier les leaders de s’est mis des bâtons dans les roues… Comme si la route n’était pas déjà assez dangereuse pour en plus se mettre des bâtons dans les roues… La veille méthode de l’éclaireur est toujours aussi efficace. Le cyclisme est un sport d’équipe.

Dimanche beaucoup ont vécu l’enfer, pour Vansummeren c’était le Paradis. Saint Pavé – le frère jumeau de Saint Pierre – lui en avait filé un double des clés…

Notes

[1] En 1997… Il a 39 ans.

[2] Ou Van Summeren à en croire ce qui était écrit sur les synthés de la réalisation télé.