S’agit-il d’une volonté de Médiapart de faire sa pub au détriment de l’honneur et de la réputation du sélectionneur national et de certains membres de la Direction Technique Nationale (en surfant sur la vague de critiques envers la direction et les services de la FFF) ? D’une vengeance montée de toutes pièces par Domenech – ou un autre ancien cadre écarté ces derniers mois – et ce qui lui reste d’amis dans la place ? D’une polémique créée à quelques semaines des élections à la fédé dans le but de promouvoir un candidat/une liste au détriment de l’équipe en place, quitte à utiliser des procédés aussi nauséabonds que ce que Médiapart dit dénoncer ? De faire de la propagande idéologique purement politique ?

On peut en effet s’interroger sur le moment de ces pseudo-révélations, cette réunion enregistrée en loucedé par un participant ayant eu lieu le 8 novembre. Avoir besoin de pratiquement 6 mois pour retranscrire les paroles prononcées par les cadres techniques de la FFF présents dans cette salle et ne même pas comprendre de quoi ils parlent, c’est assez fabuleux… Ou alors le moment a été choisi pour une raison spéciale – on aimerait savoir laquelle – et on a présenté le contenu de cette réunion en en déformant le sens de façon volontaire. Faire croire que la FFF veut limiter le nombre, je cite, «de noirs et d’arabes» dans les centres de formation, c’est un mensonge énorme. Balancer ce titre : «Foot français : les dirigeants veulent moins de noirs et d’arabes», c’est du racolage ! On livre à la vindicte des professionnels reconnus sans leur laisser l’opportunité de se défendre et sans laisser le public se faire sa propre opinion. C’est du prêt-à-penser !

Le plus fort dans cette histoire est que 2 jours plus tard on nous sort une preuve prétendument irréfutable de ces allégations d’une gravité extrême… Preuve qui démonte totalement tout ce qui nous était rapporté avec force d’indignation !

Les interprétations idéologiques sont dangereuses, tout comme l’est l’accusation elle-même, car calomniez, il en restera toujours quelque chose. Si ensuite il est prouvé que l’accusation n’avait pas lieu d’être, vous en trouverez toujours pour vous parler de complot, mais pas un complot pour charger un innocent, un complot pour protéger la personne en question, car c’est bien connu, il n’y a pas de fumée sans feu. En l’occurrence, le feu est celui ayant servi à allumer une bombe, un feu d’artifice, car tout là-dedans est artificiel. Dans les journaux les accusations font souvent les gros titres, les démentis, et publications judiciaires sont en général en petit au coin d’une page…

L’image du football français n’a-t-elle pas été suffisamment dégradée depuis 4 ou 5 ans ? Faut-il se réjouir que des individus faussement bien-intentionnés viennent faire leur pub sur son dos ?

Ces accusations de racisme sont fantasmées, il ne s’agit absolument pas d’une histoire de couleur de peau, des amalgames sont faits à partir de 2 sujets :
-le problème des joueurs binationaux,
-le problème de la prédominance du physique dans le recrutement des centres de pré-formation et de formation.

Les binationaux, sujet complexe. Avant toute chose, expliquons de quoi il retourne.

Depuis 2004, un changement des règlements au niveau de la FIFA, permet à tout joueur n’ayant pas disputé de match officiel en A[1] pour une sélection peut choisir de représenter un autre pays. En 2009, suite au lobbying mené par l’Algérie (avec dans son sillage d’autres pays pouvant en profiter), on a encore modifié la loi. Il n’y a désormais plus de limite d’âge pour changer de nationalité footballistique. On peut dès lors imaginer de graves dérives. Je vais vous soumettre un cas d’école. Rendez-vous compte qu’un joueur sorti de l’INF, ayant débuté en EdF U16, puis porté le maillot frappé du coq de la FFF dans toutes les catégories jusqu’en espoirs et même "honoré" 10 ou 15 sélections en EdF A entre août 2014 et mai 2016[2], pourrait ensuite décider de passer du bleu à une autre couleur, faire une énorme carrière et, pourquoi pas, marquer 2 buts contre la France en finale de Coupe du monde ! Je n’imagine pas que cela puisse se produire, quand tu es passé chez les Bleus l’idée d’intégrer une autre sélection semble impensable. Néanmoins, réglementairement, sauf nouveau changement des lois FIFA, c’est possible. Aberrant mais possible.

Parmi les aspects de ce problème des binationaux, on peut parler de la réduction du réservoir de joueurs à la disposition du sélectionneur de l’EdF A, mais aussi de celui des Espoirs. Ainsi, ces derniers mois Erick Mombaerts a eu du mal à construire une équipe cohérente, il perdait des joueurs régulièrement en cours de campagne… Conséquence, ni Euro espoirs, ni JO. En A dans l’absolu on aurait pu avoir des joueurs comme Didier Drogba, Kanouté, Marouane Chamakh, Momo Sissoko (celui de la Juve), Karim Aït-Fana, Ryad Boudebouz, Hassan Yebda, Youssef El-Arabi, Moussa Sow, et j’en passe. Attention, je ne suis pas en train de vous expliquer qu’ils auraient tous pu faire les belles heures de l’équipe de France, je pense même que pour certains la question ne se posait même pas, opter pour leur pays d’origine – pour certains de naissance – était une évidence plus qu’un choix. On notera aussi que les sélectionneurs sont parfois passés à côté d’éléments dont ils auraient eu besoin, par exemple quand Frédéric Kanouté brillait en 2003 avec Tottenham, Jacques Santini aurait dû le prendre, il lui préférait Steve Marlet. Dans ce genre de cas, lorsque manifestement si on ne veut pas d’eux, on peut comprendre sans peine leur choix de représenter le pays de leurs parents.

Mais si on ne les appelle pas en A à 20 ou 21 ans car ils n’ont pas le niveau, qui dit qu’à 24-27 ans ils n’auront pas leur place ? Si entretemps ils ne sont plus sélectionnables, le sélectionneur du pays qui les a formé – en l’occurrence la France mais d’autres pays sont concernés – peut être frustré, non ? Surtout si son prédécesseur est fautif. Les joueurs qui explosent un peu plus tardivement que les Mamadou Sakho, Yann M’Vila, ou encore Karim Benzema, la France en perd de plus en plus car les sélections étrangères – beaucoup de fédérations africaines, mais aussi la Pologne et le Portugal, ou encore la Turquie (spécialisée en Germano-Turcs) – viennent chercher les binationaux de plus en plus tôt.

Parmi la longue liste des joueurs ayant été contactés, on trouve Gameiro, Benzema, Ben Arfa, Cissokho (plusieurs pays se le disputaient^^), Brahimi, Koscielny, Bafé Gomis (qui retrouvera bientôt l’EdF s’il reste à son niveau actuel), Kana-Biyik, Aït-Fana, El-Kaoutari, Belhanda, Dia, Erding, Tafer… Il y en a des dizaines.

Quelqu’un va regarder sur les sites internet des clubs et des fédérations des pays d’immigration[3] pour repérer les joueurs dont le nom de famille pourrait indiquer telle origine. Un représentant de cette fédé étrangère va au renseignement et débute un marquage à la culotte pour convaincre les footballeurs convoités s’ils se révèlent réellement intéressants. Un sélectionneur comme Eric Gerets[4] peut facilement contacter les 3 ou 4 Franco-Marocains qu’il souhaite attirer. Laurent Blanc ne peut pas téléphoner à des centaines de joueurs de 17 à 25 ans susceptibles un jour d’intégrer sa sélection en leur faisant miroiter ce qu’il ne peut leur promettre sincèrement.

Le principal souci est bien là, on n’a même plus le temps de savoir si untel a le potentiel pour devenir international français, souvent il aura déjà pris la tangente pour une raison ou une autre. C’est la course à qui récoltera les fruits de la formation française, la France, ou les autres ?

Il est question de double-nationalité. Question, qu’est la nationalité ? Il y a plein de façon de la déterminer (en France rien n’interdit d’en avoir plusieurs, ce n’est pas le cas partout) : droit du sol, droit du sang, résidence, mariage, et j’en passe, il faut y ajouter la naturalisation sur fait du prince. Pour moi, qui suis un idéaliste de ce point de vue, le plus important n’est pas l’aspect juridique, c’est le sentiment d’appartenance à la Nation. Ceci me semble d’autant plus important que les footballeurs internationaux représentent cette Nation aux yeux du monde, défendent ses couleurs, son honneur.

Si ces pays ne se limitent pas eux-mêmes l’octroi de leur citoyenneté – certaines fédérations se contentent de trouver une grand-mère née dans leur pays pour justifier leur "recrutement" – et acceptent d’être représentés par n’importe qui, si la FIFA accepte ces pratiques sans mettre en place le moindre garde-fou pour éviter les abus, alors la FFF risque ces prochaines années de se faire piller. Pas piller dans le sens où il ne resterait rien mais piller de ses pépites, celles qui font la différence au niveau international. Cette crainte transparaît de façon limpide dans le discours de Laurent Blanc : lorsqu’en parlant de ces binationaux partis sous d’autres cieux faute de pouvoir intégrer l’EdF A, Francis Smerecki[5] lui dit «on peut reconnaître que c’est humain de vouloir jouer» (ndGR&B : pour une équipe nationale "accessible"), le champion du monde 1998 lui répond «Je le reconnais. Mais il ne faut pas que ce soit tous les joueurs qui puissent faire ça. Parce que tous les blacks, si tu enlèves les Antillais, ils ont des origines africaines. Donc, africaines, ils vont pouvoir aller dans une équipe africaine. »

Un peu plus tôt Blanc avait prononcé ces phrases : «Moi c’est pas les gens de couleur qui me posent un problème. C’est pas les gens de couleur, c’est pas les gens nord-africains. Moi j’ai aucun problème avec eux. Mais le problème, c’est que ces gens-là doivent se déterminer et essayer qu’on les aide à se déterminer. S’il n’y a – et je parle crûment – que des blacks dans les pôles et que ces blacks-là se sentent français et veulent jouer en équipe de France, cela me va très bien. » D’accord, il parle de «blacks», mais en quoi ces paroles sont-elles racistes ?

Concernant le choix de représenter un pays ou un autre, il me semble nécessaire de distinguer les choix légitimes et les choix artificiels. Les premiers, dont on trouve plusieurs variantes, donnent pour la plupart de véritables internationaux fiers de représenter leur pays d’origine. Les seconds donnent des joueurs contents de disputer des compétitions internationales et… des mercenaires.

Comment les différencier ? C’est très simple : si l’individu en question n’a aucune d’attache réelle et directe avec ce pays, s’il n’y est jamais allé ou quasiment jamais allé (certains n’ont même jamais survolé son territoire en avion sur la route de leurs vacances et sont incapables de le situer sur une carte), n’en parle pas la langue, n’en connaît pas l’Histoire, l’hymne, le drapeau, n’en partage pas les valeurs, alors le caractère artificiel de ce choix est indubitable.

  • Parmi les choix légitimes on peut en distinguer 4 sortes : le choix de cœur, le choix sous pression, le choix par défaut, le choix de l’ambition sportive.

-Je vais être très clair, si c’est le cœur qui parle, un changement de sélection est inenvisageable. A 15 ans un jeune sait de quelle sélection il est supporter, il ne le découvre pas à 20 ou 21 ans. Pour le déterminer il suffit de répondre à cette question : en cas de 8e de finale de Coupe du monde entre les 2 pays dont j’ai la nationalité, duquel souhaiterais-je la qualification ?
Rapporté à notre cas, on peut s’interroger : si tu n’es pas supporter de la France, pourquoi accepter de jouer en équipe de France chez les jeunes ? Sauf très rares exceptions choix du cœur et transfert d’allégeance – c’est le terme utilisé en athlétisme – sont incompatibles.

-Pas mal de jeunes joueurs subissent la pression de la fédération qui veut les récupérer et d’une partie de leur entourage (certains membres de leur famille, leur agent, des amis ou connaissances). Ça peut friser le harcèlement, certains se font forcer la main, on cherche à les faire culpabiliser en leur disant que s’ils choisissent le pays où ils ont grandi plutôt que le pays d’où viennent leurs ancêtres, ils seront des traitres. Combien de fois ai-je vu sur des forums/blogs ou sur Facebook des joueurs de l’EdF se faire insulter pour ce motif ridicule ? Des dizaines de fois. Mesut Özil a même reçu des menaces de mort pour avoir choisi l’Allemagne et non la Turquie. Ça peut aller très loin.

-Si un joueur comprend ou croit[6] que ses chances de réaliser son rêve de jouer pour son équipe nationale de cœur sont nulles, il va fort logiquement être tenté d’accepter de jouer pour l’autre pays qu’il peut légitimement représenter si celui-ci, généralement de moindre standing, l’appelle. Il s’agit alors d’un choix par défaut (chaque cas est différent, selon le degré d’attachement à son pays d’origine il peut s’agit d’un choix n°2 ou d’un pis-aller).

-Le choix de l’ambition sportive, car objectivement si ta sélection de cœur n’a quasiment aucune chance de participer aux phases finales des compétitions majeures et d’y être performante, jouer pour elle n’est pas très attirant. Avec tout le respect que j’ai pour le Gabon, si Pierre-Eymerick Aubameyang avait pensé pouvoir un jour être titulaire en équipe de France A, il n’aurait probablement pas choisi de porter le même maillot que son père, Pierre-François Aubame-Eyang, du moins on peut le supposer.

  • Les choix artificiel sont de 2 types : le choix opportuniste et le choix financier.

-Un footballeur à qui on offre la possibilité d’avoir une carrière internationale et de participer à de grandes compétitions, peut saisir l’occasion si sa conception de ce qu’est une équipe nationale ne s’y heurte pas. Au mieux il va se trouver un alibi, une fausse bonne raison de représenter ce pays, ça peut donner «ça aurait fait plaisir à mon grand-père» ou encore «j’avais envie de me rapprocher de mes racines» bien qu’issu de 3 générations de culture hors sol. En fait peu importe, il serait contacté par le Botswana, le Kirghizstan, la Moldavie ou le Venezuela, il dirait oui si ça lui permet de disputer une Coupe du monde. Vous connaissez tous le célèbre «je rêve de jouer l’Europe» sorti par des joueurs moyens pour justifier leur envie de se barrer vers club en bois qualifié pour un tour préliminaire d’une des 2 compétitions européennes… C’est à peu près la même idée. Il se fait son petit plaisir de pouvoir raconter qu’il a joué tel grand match ou tel grand événement. S’il décide de s’impliquer réellement, c’est le petit bonus, s’il lâche l’affaire rapidement, tant pis.

-Un joueur obscur gagne en exposition en devenant international, il prend des primes, souvent y gagne l’augmentation de salaire prévue dans son contrat, sa cote monte, ça ne peut qu’être positif pour sa carrière. S’il est international d’une équipe africaine la perspective de le voir partir à la CAN pourrait poser problème à certains clubs, mais comme rien ne l’oblige à aller la disputer…

-Je ne vous parle même pas des mecs qui acceptent de rejoindre une sélection exotique juste pour partir en vacances quelques jours pendant la saison… Ça existe.

Point commun entre les choix par défaut et les choix artificiels, si l’encadrement de l’équipe nationale n’est pas assez professionnel (ça inclut les problèmes de primes), si ça ne se passe pas très bien, si on les critique, autrement dit si les conditions ne leur conviennent pas : un fort taux de désertion.

Ces importations de binationaux ne sont pas la panacée, car elles se font au détriment des joueurs locaux, ou plutôt devrais-je parler de joueurs formés au pays/issus des clubs locaux. Dans certains cas le grain est net quant au niveau purement sportif de l’équipe. Dans d’autres cas elles provoquent une perte d’identité, un problème d’identification entre le peuple et son équipe, et sont très mal vécues par les victimes de ce système, ceux qu’on écarte de l’équipe nationale pour faire place aux joueurs estampillés "made in E.U."[7]. Le coup de la main d’œuvre étrangère qui vient piquer votre travail en somme… Ce truc-là fait son chemin un peu partout on dirait.

Le comble là-dedans est qu’en France certains analyseront cette volonté de jouer pour l’Algérie, le Maroc, le Sénégal, la Tunisie ou autre en évoquant un échec de l’intégration, et que si la mayonnaise ne prend pas, si les résultats ne sont pas probants, dans ces pays on analysera ça comme… un manque d’intégration de ces binationaux trop imprégnés de leur culture européenne pour s’adapter au football africain. Il s’agit de la traduction footballistique d’un phénomène souvent raconté par les jeunes d’origine algérienne ou marocaine[8] qui en France se sentent parfois étrangers et quand ils passent leurs vacances au bled se sentent… encore plus étrangers par rapport aux "bledards" !

J’en reviens à mon sujet, l’attitude des fédérations de pays de forte émigration. Il leur est beaucoup plus facile de s’approprier le travail des autres que de le faire par elles-mêmes. Surtout, ça coûte moins cher. Ne me dites pas qu’il est impossible pour les pays africains de former leurs propres joueurs car les faits sont là, il y a sur ce continent de plus en plus de très bons programmes d’éducation et de formation dont la plupart ont pour instigateurs d’anciens footballeurs ayant réussi en Europe. En équipe de Côte-d’Ivoire on trouve ainsi des Gervinho[9], Kolo Touré, Yaya Touré, Romaric, et plein d’autres, tous issus de l’académie de l’ASEC Mimosas. Le Centre Salif Keita au Mali ou encore l’Institut Diambars au Sénégal en sont d’autres bons exemples.

Il est bon de le signaler, la DTN de la FFF détache régulièrement des entraîneurs pour aider les fédérations africaines à se structurer. D’ailleurs François Blaquart a lui-même été DTN à l’Ile-Maurice, il y a créé une sorte d’INF local qui porte son nom pour le remercier de sa très grande contribution. Une belle bande de racistes paraît-il… Ils ont juste fait 100000 fois plus pour le foot africain que l’ensemble de leurs accusateurs.

De toute façon, quand bien même le souhaiterait-elle, il serait strictement impossible pour la FFF d’éradiquer le phénomène des binationaux. Les membres de la DTN en sont bien conscients et on le comprend très facilement en utilisant l’exemple d’un club que je connais bien…

On entend souvent des réflexions débiles à propos de la formation parisienne, réflexion du genre «encore un joueur que le PSG a laissé passer». C’est mathématique, un club ne peut récupérer et former tous les bons jeunes issus d’un bassin de population de 12 millions de personnes, d’autant qu’il n’est tout seul à chercher à les recruter. De toute façon, il n’y a pas de dérogation permettant d’aligner 45 joueurs au lieu de 11. Pour l’équipe de France, c’est la même chose avec 62 ou 63 millions d’habitants au lieu de 12, une capacité de formation environ 40 à 50 fois supérieure et au bout du compte une grosse trentaine de joueurs utilisés sur chaque campagne (2 ans à chaque fois) dont 23 seulement participeront à la grande compétition qui la conclut. Il n’y a pas de place pour tout le monde en EdF, fatalement on produit plus qu’on utilise.

L’enjeu pour la FFF est de pouvoir garder la crème, qu’il s’agisse de crème fleurette, de crème au beur ou de crème au chocolat (oh ça va, on peut faire des jeux de mots pourris de temps en temps !). Si les joueurs un peu moins forts renforcent d’autres sélections, peu importe, dès lors que l’EdF peut compter sur les meilleurs. Si on ne parvient pas à retenir – ou qu’on se fait "voler" – certains des fleurons de notre formation, non seulement on s’affaiblit, mais en plus on voit croître le risque de finir assis sur le cageot de carottes. Qu’y aurait-il de plus douloureux que de se faire éliminer d’une compétition internationale par une équipe composée en grande partie d’anciens Bleuets ou anciens pensionnaires des pôles fédéraux, donc formés au moins en partie grâce à l’argent investi par la fédé ? La FFF n’a pas vocation à renforcer ses concurrents, mais à former l’élite du football français, donc les futurs internationaux tricolores.

A ce niveau il faut faire une distinction fondamentale entre
-les centres formations des clubs, donc privés, qui travaillent pour leur propre compte en accueillant en toute connaissance de cause des jeunes étrangers dont l’EdF ne profitera pas (on peut citer les Hazard, Pjanic, Cana, Adebayor, Ayew, etc.),
-et l’INF Clairefontaine ainsi que les autres pôles espoirs fédéraux, financés, comme leur nom l’indique, par la FFF, dont le but est de former uniquement les futurs footballeurs français. Je rappelle qu’avoir la nationalité française est une condition d’entrée à l’INF.

Il ressort du verbatim (vous le trouverez par exemple ici) que cette histoire de quotas – simple piste de réflexion, ils lancent des idées, ils n’actent rien, si François Blaquart dit «Faut faire un projet. » c’est bien que rien n’est entériné – n’est pas réellement vue comme une discrimination par ceux qui en parlent dans la mesure où les jeunes qui ne seraient pas retenus dans les structures fédérales pourraient percer en passant par celles des clubs professionnels. Je cite Erick Mombaerts: «Les clubs pros, ils peuvent les prendre. Ils se répartissent! Là on parle des structures fédérales. Nous on travaille pour le football français, on ne travaille pas pour les sélections étrangères. » A un moment Laurent Blanc lance l’idée d’avoir des critères plus strictes concernant les binationaux. Je peux me tromper, mais je comprends ça comme la simple volonté de n’investir que sur les plus fiables et les plus prometteurs, ceux qui semblent offrir le plus de garanties, c’est-à-dire ceux qui risquent le moins de filer entre les doigts des Bleus/Bleuets. La difficulté étant alors de les identifier. A 12 ou 13 ans, c’est extrêmement compliqué.

Les intervenants semblent en outre vouloir combattre une autre discrimination, celle-ci réellement en cours dans le football français, la discrimination envers les joueurs jugés pas assez solides physiquement, trop petits, chérifs.

Bien sûr, si on ne retient que l’idée de quotas, on peut s’indigner. Si on analyse l’ensemble des propos tenus lors de la réunion, la conclusion est radicalement différente. Il s’agit d’une mauvaise réponse apportée à des questions nées de plusieurs constats et nécessités.
-Pourquoi l’INF forme-t-il si peu d’internationaux A français ?
-Comment faire pour rendre le système plus efficace ?

Le premier constat saute aux yeux : le résultat global de la pré-formation à Clairefontaine est mauvais. Je suis incapables de vous dire qui est sorti des 12 autres pôles espoirs interrégionaux, mais quand on regarde les promotions issues du plus connu de ces centres, une seule réflexion est possible : Tout ça pour ça ?!

Ça coûte cher pour un résultat presque ridicule par rapport à l’objectif, travailler pour l’avenir de l’équipe de France. Depuis la promotion sortie en 1996, hormis Abou Diaby, Hatem Ben Arfa, Blaise Matuidi et Jimmy Briand (un seul est réellement installé au sein du groupe de Laurent Blanc), aucun joueur sorti de l’INF n’a été sélectionné en EdF A.

4 internationaux en 15 ans[10] ! Quand bien même les autres pôles auraient-ils sorti des jeunes d’un niveau supérieur, n’y a-t-il pas là une preuve manifeste de la présence d’une énorme couill* dans le potage ? Je vous ai fait une petite liste des joueurs plus ou moins connus passés ayant été pré-formés dans le centre des Yvelines. En plus des 4 cités juste au-dessus, on trouve (j’ai mis un astérisque à côté du nom quand je suis sûr qu’il y a eu changement de sélection) :
Habib Bamogo*
Sélim Benachour*
Lionel Mathis
Jérémy Aliadière
Maxime Baca
Jean-Michel Badiane
Franck Béria
Reynald Lemaître
Jean Calvé
Jacques Faty*
Mourad Meghni*
Damien Perquis (Aux dernières nouvelles il veut jouer pour la Pologne.)
Rudy Haddad
Nicolas Maurice-Bellay
Guillaume Rippert
Sébastien Bassong*
Habib Bellaïd*
Ricardo Faty (En pleine réflexion, il va sans doute rejoindre le Sénégal comme son frère Jacques.)
Geoffrey Jourdren
Medhi Benatia*
Issiar Dia*
Mohamed Diame*
Yannick Boli*
Kévin Bru
Jirès Kembo-Ekoko
Hérold Goulon
Lynel Kitambala
Kévin Olimpa
Gabriel Obertan
Yacine Brahimi
Willy Boly (qui vient de débuter à Auxerre).

Si certains sélectionneurs auraient pu être tentés d’appeler des joueurs comme Bassong et Dia (éventuellement Béria dans une large revue d’effectif et peut-être un jour Haddad s’il confirme en L1 ce qu’il montre maintenant en L2, mais bon, il est encore très loin du niveau de l’EdF), Kitambala et Brahimi sont les seuls qui m’inspirent et pourraient selon mois devenir un jour membres de l’EdF A. Vous remarquerez que dans le lot on trouve pas mal de bourrins… Il faut dire ce qui est, quand on voit Hérold Goulon dans la liste, on touche vraiment du doigt le second problème, celui du recrutement des gamins. Quel genre de joueurs veut-on ?

Dans le genre armoire à glace dont l’apport dans une équipe de football est limité à la taille et à l’impact physique, l’exemple type dans cette liste est bien le mythique Hérold Goulon. C’est vraiment le genre de footballeurs dont on ne veut plus ! En 12 lettres, un prénom, un nom, on tient l’argument massue pour contredire l’affirmation selon laquelle à l’INF on a toujours recruté les meilleurs et pas les plus physiques. OK, dans la liste, on trouve 2 ou 3 crevettes et quelques bons techniciens (mais aussi des mecs capable de s’auto-dribbler du genre Ben Arfa et Obertan), mais si on a réellement pris les meilleurs sans donner la prime au physique, les autres devaient vraiment être très mauvais, limite "j’ai découvert le football hier et je veux entrer à Clairefontaine, il faut signer où ? ", parce qu’on frôle le grotesque.

La base de réflexion est pourtant simple : dans le football moderne la technique triomphe sur le physique. Seulement, depuis des années dans le football français, le physique prévaut sur le reste. On n’a rien compris au film. On cherche des mecs physiques à qui on tente d’apprendre la technique plutôt que de faire travailler physiquement des joueurs techniques. Est-il juste de refuser des gamins au moins aussi bons que les autres au motif qu’ils n’auraient pas un physique pour devenir professionnels ? Ne s’agit-il pas de discrimination ? Antoine Griezmann par exemple a dû aller à la Real Sociedad pour avoir l’opportunité de devenir footballeur professionnel. Aujourd’hui, tous les observateurs lui prédisent un grand avenir, mais ce n’est pas grâce à la formation française. Des exemples comme ça, il y en a des tas, ils ne concernent pas que des blanc, tant s’en faut. Malheureusement la plupart de ces jeunes n’ont jamais eu la chance de passer par un autre chemin pour atteindre leur rêve.

Qui sont les meilleurs joueurs du monde ? Messi, Iniesta, Xavi, Sneijder (c’est le classement du Ballon d’or 2010). Le plus grand mesure 1m72. C’est sûr que par rapport à Hérold Goulon, et son mètre 96, ils sont ridicules.

Non, je ne m’acharne pas contre le milieu défensif très peu utilisé à Blackburn – et dire qu’il y a moins d’un an on l’annonçait dans les plus grands clubs d’Europe !^^ – mais son cas est tellement symptomatique… Il est la caricature de ce que dénonce Laurent Blanc en parlant du prototype des joueurs qui grouillent dans les centres de formation : «grands, costauds, puissants. » Vous m’excuserez d’utiliser le terme "bourrins" par facilité de langage. Goulon est allé à l’OL après être sorti de l’INF puis est parti en Angleterre, échec, il revient en France, au Mans, s’enflamme, décide de partir au bout d’une saison au lieu de remercier le club grâce auquel il était sorti du néant, il a cru que le monde entier le voulait, résultat, il n’a trouvé un club que fin octobre et ne joue presque pas. L’an dernier il a été condamné à 8 mois de prison avec sursis pour violences conjugales, c’est vous dire qu’à défaut d’avoir formé un bon joueur, on n’a même pas réussi à former l’homme.

Puissance, taille, vitesse, détente, vivacité, endurance, résistance (aux coups, à l’effort, aux conditions extérieures), physiquement il faut de tout au sein d’une équipe, si on a un seul type de joueurs, on n’arrive à rien[11].

Les équipes qui font trop la part belle aux fameux grands costauds proposent un jeu absolument pas attrayant et obtiennent des résultats médiocres. Je pense en particulier à Rennes et l’OM : quand les 2 ou 3 joueurs techniques de l’équipe sont absents ou en méforme (Brahimi, Leroy, André Ayew, Cheyrou), ne niveau devient vite pathétique.

Globalement il y a un véritable problème de mentalités dans le football français. Pas partout, heureusement. Le LOSC s’est mis aux petits avec tout de même des grands derrière et un attaquant de plus d’1m90 pour avoir une option tactique supplémentaire. On voit le résultat.

Au PSG, on a un monstre, Mamadou Sakho, il cumule à peu près toutes les caractéristiques physiques énumérées 3 paragraphes plus haut mais n’est un super défenseur central pour cette seule raison, il possède toutes les qualités du défenseur central moderne, tant dans les pieds que dans la tête. Des grands, on en a (Hoarau, Bodmer), des petits aussi (Maké, Giuly, Kebano), on a plein de joueurs de taille normale (entre 1m75 et 1m82), on a des bourrins (Tiéné est le seul que j’ai envie de citer, on en a assez peu), des joueurs puissants (Erding notamment), rapides/vifs (Giuly, Kebano, Nenê,…), des lents (Bodmer), des endurants (surtout Chantôme, Clément et Jallet), des joueurs très intelligents (plein), des très techniques (y compris chez les grands)… Ça fonctionne !

Bien évidemment, pour retrouver cette diversité à la fin du processus, il faut la trouver au début du processus. Si on a pour but d’avoir des résultats chez les U14, U15 et U16, faire jouer des adolescents à la maturité physique précoce sera efficace. Si vous avez des vues à plus long terme, c’est-à-dire sortir des joueurs professionnels de haut niveau, beaucoup moins. Quelqu’un qui domine par ses qualités athlétiques ne ressent pas nécessairement le besoin de progresser dans d’autres domaines. Un petit doit compenser son infériorité physique en développant autre chose, la technique, la vision du jeu… Quand on est privé d’un sens, on aiguise les autres, c’est comme ça que ça fonctionne dans l’espère humaine. Entre adversaire tous à maturité, le meilleur sera souvent le petit, surtout s’il est devenu grand.

Penchons-nous sur le cas du Nigéria. Depuis 1985, date de la création de la Coupe du monde des moins de 17 ans (U17 avec la nouvelle terminologie), le Nigéria a gagné 3 fois et fait 3 finales sur 13 éditions en y envoyant des joueurs super physiques dont l’âge annoncé faisait tousser les observateurs. Quand il n’y a plus de limite d’âge et qu’on leur oppose des adultes, leurs faiblisses techniques et tactiques les empêchent de tenir le haut du pavé. Pour illustrer, ça donne de Taïwo, des joueurs tout en force, jamais en finesse ou en réflexion.

Stop au tout physique ! Laissez aussi leur chance aux autres ! Ne serait-il pas plus juste d’évaluer l’intelligence situationnelle, la coordination, l’habileté, la technique en mouvement, la capacité à se situer dans l’espace, le sens du but (je le considère comme inné), l’envie, la sociabilité (s’il est incapable de s’intégrer au groupe et fouteur de merde dans l’âme, ça va 5 minutes), et bien sûr le niveau scolaire ?

Cette modification des critères de recrutement aurait-elle pour but de réduire le nombre «de noirs et d’arabes», comme l’a écrit Médiapart ? NON ! Elle aurait pour but de remettre le jeu au centre de la formation des futurs footballeurs. Un des effets secondaires pourrait être une diminution du nombre de noirs dans les structures fédérales (pas dans le football français), car oui, c’est un fait, dans le football français une majorité de grands bourrins (aussi appelés catcheurs par certains) sont noirs[12]. Du calme, ne vous indignez pas avant d’avoir lu la suite du propos. Des bourrins, il y en a de toutes les couleurs. Des raisons socio-culturelles évidentes expliquent pourquoi ceux du football français sont en majorité noirs.

Pourquoi au Kenya et en Ethiopie trouve-t-on tant de super coureurs de fond ? La réponse va peut-être vous sembler débile, mais la première raison pour laquelle on trouve tant de champions de course à pied est… qu’on y pratique la course à pied, un sport qui ne demande ni infrastructures importantes, ni matériel hors de prix, donc à la portée de tous[13]. De grands champions inspirent la jeunesse, les enfants commencent à pratiquer très tôt sur les pistes en terre, ils continuent en grandissant, les meilleurs sont en général repérés et souvent intègrent des groupes d’entrainement. Sachant que leur meilleure chance de réussir dans la vie est d’imiter leurs modèles en devenant à leur tour des champions, ils ont faim, ils se donnent à fond.

En France, les principaux viviers de jeunes footballeurs sont les cités des grandes agglomérations, cités où on a entassé les immigrés[14] depuis des décennies en leur laissant peu de chances d’en sortir. De fait, on y trouve beaucoup de noirs et de personnes originaires du Maghreb. Transposez le paragraphe précédent en remplaçant la course à pied sur les hauts plateaux africains par le football dans les quartiers : c’est le sport le plus populaire et le plus accessible (d’autant qu’il y a énormément de clubs), il est pratiqué très tôt, beaucoup de gamins rêvent de faire carrière, ils se donnent à fond pour avoir leur chance d’y parvenir, ceux qui développent un potentiel physique ou technique (ou les deux à la fois) s’engouffrent souvent dans cette voie en espérant pouvoir changer de condition sociale et aider leur famille, ils ont faim. Un jeune footballeur issu d’un milieu plus favorisé dont la passion pour le football est la principale source de motivation n’aura pas forcément la même gnaque, devant une difficulté il sera plus tenté de lâcher l’affaire pour suivre une autre voie… car pour lui ces autres voies sont éclairées. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une règle absolue, vous trouverez toujours des exemples pour me contredire, et non, tous les blancs qui jouent au foot ne viennent pas de milieux favorisés, tous les noirs qui jouent au foot ne viennent pas de milieux pauvres, je le sais très bien. Je vous rappelle qu’il est ici question des quartiers et cités ciblés par les recruteurs.

Ces recruteurs surveillent de près ces viviers de jeunes motivés où ils cherchent prioritairement les "grands costauds puissants". Si tu cherches des grands costauds dans un quartier où la population est majoritairement d’origine africaine et antillaise, tu vas ramener peu de bourrins blancs. Si tu cherches des bourrins blancs, direction la Norvège, la Finlande, ou près de chez nous les villages, les petites villes de Province, et bien sûr… les terrains de rugby. Qu’est-ce qu’ils peuvent avoir comme bourrins blancs en rugby ! D’ailleurs on touche ici à un autre aspect socio-culturel de la chose : dans le sud-ouest LE sport populaire est le rugby (dans le sud-ouest et l’Auvergne aussi), les grands costauds sont rarement orientés vers le foot.

Si vous prenez en compte les jeunes repérés en Afrique pour leur gabarit par les marchands d’enfants (vous voyez de quel genre d’individus je parle) et les recruteurs spécialisés dans la détection et l’importation d’armoires à glace en ébène. Les petits techniques n’intéressent pas ces gens, si tu fais 1m35 à 13 ans, tu peux être de n’importe quelle couleur, tu n’as aucune chance d’être admis dans un centre de pré-formation. Si adulte tu mesures 1m65, il faut prouver 10 fois plus qu’un autre pour convaincre un club de haut niveau. Cette année on a eu une nouveauté, le Stade Rennais, spécialisé dans le massif, est allé nous chercher le déjà mythique John Verhoek en D2 néerlandaise… Pour ceux qui ne le connaissent pas – ne vous forcez pas^^ – il est blanc, comme Petter Hansson, parti depuis à Monaco, un bon bourrin suédois à la mode du Stade Rennais.

Attention à ne pas tomber dans une discrimination anti grands. Des grands n’ayant rien de bourrin, on peut aussi en citer des tas, pour les Français on trouve des Diaby, Vieira, Bodmer, Hoarau,… Laurent Blanc,… on peut en citer d’autres, les Raí, Zlatan Ibrahimovic (souvent décrit comme super con, mais méga technique, limite génial), ou encore Javier Pastore (la nouvelle perle argentine auquel tous les clubs français devaient s’intéresser il y a un peu plus d’un an… mais Palerme a raflé la mise), Hulk, Yaya Touré, Piqué si on veut chercher à d’autres postes, sont loin d’avoir des boîtes aux pieds et de porter des œillères. En outre les petits peuvent être des bouffeurs de ballon, des casseurs et des "tout droit".

Au fait, est-ce que quelqu’un peut me dire pourquoi les footballeurs français d’origine asiatique sont rarissimes ? A part Alphonse Aréola, je ne crois pas avoir déjà entendu parler du moindre cas.

Que doit faire la FFF ?

Le but de cette réunion est clair, il s’agit de faire en sorte que les différents pôles de pré-formation de la FFF travaillent pour les équipes de France et pas pour la concurrence. On appelle ça protéger son investissement. Travailler pour les équipes de France, c’est aussi orienter la formation de façon à avoir une plus grande variété de joueurs et mettre l’accent sur le jeu. On a beaucoup de leaders athlétiques, pas assez de leaders techniques.

  • Solutionner le problème du jeu.

Je l’ai déjà expliqué, il est important de donner la prime au jeu ET A LA DIVERSITE. Il faut de tout à la fin du processus, trier en fonction du physique à 12 ou 13 ans n’a aucun sens. La direction technique nationale et Laurent Blanc n’ont jamais caché leur volonté de modifier les critères de détection.

L’idée est aussi d’éduquer les éducateurs pour qu’ils changent d’état d’esprit, arrêtent d’être obnubilés par le physique et par les résultats à des âges où ils ces aspects du football devraient rester secondaires.

Certaines qualités son si précieuses, si rares ! Entre un attaquant d’1m63 ayant le sens du but et un autre de 1m91 qui ne met jamais la balle au fond, vous prenez lequel ? Entre un milieu d’1m70 ayant un sens inné du placement et un autre milieu d’1m89 qui à part dégager de la tête ne sait rien faire, vous prenez lequel ? Il n’y a même pas à hésiter une seconde ! Est-ce que ça court les rues les joueurs capables de dribbler, de centrer, de passer le ballon proprement, de faire la passe au bon moment à qui il faut ?

En tant que spectateur du football français, je vous en prie, donnez-nous des dizaines de Brahimi, de Chantôme, de Gameiro, de Ayew, de Hazard, de Payet, de Benzema,… arrêtez avec las de Mbia, de Mandjeck, de Brandao, Jeunechamp, Tiéné, Gonalons ! (J’ai essayé de faire un petit patchwork, la liste des bourrins qui peuplent la Ligue 1 est super longue, c’est affolant, on pourrait remplir des tas de bus avec ! Celle de joueur technique est beaucoup moins longue, on pourrait ajouter des Nasri, Ménez, Tabanou,… Dommage qu’on n’ait pas profité du tout des Diaby et autres Kakuta…)

  • Solutionner le problème concernant les binationaux.

Déjà, si on forme vraiment de très bons joueurs, que leur futur international avec l’EdF A ne fait aucun doute, on réussira à les garder. Si tu fais toutes tes classes dans les équipes de jeunes de la FFF en ayant presque la certitude d’atteindre le dernier échelon, pourquoi changer ?

Pour les autres, ceux qui exploseront un peu plus tard, l’idée première est de leur donner envie d’attendre, d’être patients. Ça passe par l’éducation qu’on leur donne. A 12 ou 13 ans, âge d’entrée dans les pôles espoirs et à l’INF, le sentiment national n’est en général pas encore marqué, d’où l’idée de l’inculquer ces enfant, pour les aider à s’identifier. Trivialement on peut l’exprimer ainsi : l’âge de la puberté il faut leur apprendre à bander pour le maillot bleu et pas pour un autre. Il faut aussi leur apprendre à être fidèles.

Porter un maillot devrait être un engagement, mais aujourd’hui du fait des règlements de la FIFA, ça n’engage à rien. On représente un pays, on se voir confier une responsabilité, celle de représenter son pays, c’est un honneur, pas d’un dû ou d’une récompense, même s’il ne s’agit que d’une sélection en U17. Lors de la Coupe du monde si c’est parti en sucette en équipe de France, c’est que certains avaient oublié ça. Porter un maillot, ça doit se mériter. Ce maillot, on doit le respecter, on doit l’aimer, ou le refuser poliment en disant honnêtement «merci, mais il ne peut pas, j’en aime un autre, je n’ai pas la légitimité pour le porter. »

Bon, je sais, je rêve. Des mecs qui vont faire ça, on en trouvera 3 sur 89. Mieux vaut rester sur l’idée de les faire patienter, volontairement ou par obligation. Vous remarquerez que la patience peut dépendre de la sélection qui vous fait des appels du pied$$Je vous renvoie à la distinction entre choix légitime et choix artificiel, précisément à la 4e sorte de choix légitimes). Pas sûr que Yanga-Mbiwa soit pressé de rejoindre la République centrafricaine (où il est né) s’il n’est pas appelé en équipe de France d’ici 3 ou 4 ans (beaucoup lui prédisent un avenir international, perso je le trouve beaucoup trop bourrin, c’est l’école du Fight Club).

Etant fan de beaucoup de sports, je pense que le foot devrait savoir s’inspirer des autres. Voici quelques pistes à étudier.

1. Travailler avec d’autres pays touchés par ce phénomène (Allemagne, Angleterre, Belgique, Pays-Bas, Argentine, Brésil) pour que la FIFA accepte de revenir à une limite d’âge. Cette solution n’a pas mes faveurs, elle serait dangereuse car on risque de perdre encore plus de joueurs intéressants qui, ayant peur de ne pas pouvoir s’imposer, choisiront la solution de facilité.

2. Instaurer un quota… Mon Dieu ! Un quota ! Oui, un quota, en l’occurrence l’instaurer dans chaque sélection. Pour limiter le nombre de joueurs ayant porté le maillot d’une équipe de jeune d’un autre pays (4 ou 5/23 serait l’idéal). J’ai aussi envie d’ajouter une limitation du nombre de joueur naturalisés après un certain âge[15] comme c’est par exemple le cas dans les compétitions FIBA (elle en autorise 1/12 afin d’éviter de retrouver des équipes avec 12 Américains hors Team USA). Je ne suis parfois idéaliste mais aussi terriblement réaliste, avec un Mondial au Qatar dans quelques années, je n’imagine pas un instant la FIFA adopter telle règlementation.
Le but de ces mesures serait d’encourager la formation locale, pour les pays qui forment beaucoup de joueurs, ça ne changerait pas énormément, si elles peuvent récupérer 5 binationaux, les fédérations concernées chercheront à prendre les meilleurs possibles, les 5 à 10 joueurs qui auraient pu intéresser le sélectionneur des A du pays dont ils ont porté le maillot.

3. L’idée de prendre en compte la nationalité sportive au lieu de la nationalité civile pour déterminer si un joueur est hors UE me semble impossible à faire passer, juridiquement je ne pense pas que ça puisse tenir. Je précise que cette idée n’est pas de moi, je suis tombé dessus en faisant quelques recherches écrire ce que vous êtes en train de lire.

4. Au lieu de réclamer à la FIFA une limite d’âge, il faut lui demander d’amender ses règles pour créer une période de latence de minimum 4 ans entre la dernière sélection dans une équipe de jeunes (ou en match amical avec les A) et le moment où il est possible à un joueur de changer de sélection[16].
Cette idée me semble plus appropriée, elle correspond parfaitement aux buts recherchés car elle obligerait à attendre, évitant à la fédé du pays formateur de perdre les jeunes avant de connaître leur potentiel réel. Si le joueur binational éclot au plus haut niveau à 24 ou 25 ans après avoir fait quelques passages sous le maillot bleu pendant ses années de formation/post-formation, les chances de pouvoir encore compter sur lui seraient infiniment supérieures. Actuellement concernant le même joueur, dans la quasi-totalité des cas, est irrécupérable car parti sous d’autres cieux.
En outre, porter le maillot d’une sélection chez les jeunes deviendrait un engagement pour une durée d’au moins 4 ans tout en évitant les sélections gadget. Un jeune qui a 17 ans se sent plus proche de son autre pays laissera sa place à un autre qui donne la priorité à la France. Si on veut mettre en place une certaine continuité entre les classes d’âge pour qu’un U19 puisse s’intégrer facilement en U20 puis chez les espoirs et enfin les A sans découvrir à chaque fois une façon différente de jouer.
Bien sûr, avec ce système, si tu refuses une sélection chez les espoirs afin de conserver une porte de sortie rapide, tu te fermes la porte des A… Autrement dit il faut choisir, chaque nouvelle sélection est un engagement pour 4 ans, honorer une sélection en A est un engagement définitif[17].

Et pour finir, le cas Laurent Blanc…

Je vous pose une question simple : doit-on donner dans le politiquement correct lors d’une réunion de travail entre membres d’un service destinée à rester dans le domaine privé ? Il est important de le rappeler, ce débat a été enregistré à l’insu de ses participants (au nombre une petite vingtaine) – excepté bien entendu de l’auteur de l’enregistrement – et n’a abouti qu’à une chose, une volonté accrue d’étudier le problème pour trouver des solutions adaptées qui pourraient être mises en pratique.

Expliquez-moi comment des quotas auraient pu être mis en place sans que ça se sache ? D’une part c’est impossible car les binationaux représentent une proportion beaucoup trop importante des candidats à l’entrée à l’INF pour pouvoir leur fermer la porte sans que ça saute aux yeux. D’autre part, quelqu’un aurait forcément réagi très vite et balancé l’info depuis des semaines, a fortiori si des consignes étaient remontées vers les clubs (qui, je le rappelle, ont des structures privées et assez peu de comptes à rendre à la FFF concernant leur formation).

Outre le caractère déloyal de l’obtention de ladite preuve, on ne peut que déplorer les méthodes de Médiapart. Tatouer le mot raciste sur le front de quelqu’un sans lui permettre de se défendre, sans permettre aux gens de se faire eux-mêmes leur opinion, tenter de fausser la compréhension que le public aura du sujet en multipliant les articles et interviews orientées (un des témoins à charge est le un ancien de la DTN… viré par celui qu’il accuse quelques semaines avant cette fameuse réunion… super fiable donc), c’est à gerber !

Le titre est racoleur, le sujet manifestement mal compris, mal travaillé, à moins qu’il ne s’agisse d’une méconnaissance volontaire des réalités du football (?), on se demande si les inquisiteurs – j’ai du mal à parler de journalistes – ont cherché à en savoir un peu plus sur les personnes livrées aux quolibets avant de publier l’acte d’accusation. Ou alors ils s’en foutaient et faisaient sauter les bouchons de champagne en anticipant le buzz retentissant qu’ils allaient créer…

Sérieusement, comment, après avoir écouté ou lu les paroles échangées lors de cette réunion, peut-on écrire «Pour les plus hautes instances du football français, l'affaire est entendue : il y a trop de noirs, trop d'arabes et pas assez de blancs sur les terrains»?

Sur les millions de personnes qui vont avoir un avis sur la question, combien auront lui et analysé le verbatim de cette réunion en se renseignant sur le fond ? Beaucoup trop peu. Au lieu de lancer un débat constructif, Médiapart a lancé un procès en sorcellerie. François Blaquart, le DTN, a été suspendu le temps des enquêtes, vive la présomption d’innocence.

Maintenant on en vient à se demander si Laurent Blanc va rester à la tête de la sélection. Certains veulent sa peau, d’autres redoutent qu’il jette l’éponge, dégoûté d’avoir été sali injustement.

On lui reproche d’avoir menti en conférence de presse le lendemain du jour où la bombe a explosé. Je le crois de bonne foi. Il y a 6 mois il a assisté à une réunion en y étant invité à la dernière minute, il a été question de du cas des binationaux pendant quoi ? 5 à 10 minutes sur 2 heures ? Je vous défie de vous souvenir précisément sur toutes les paroles prononcées lors d’une réunion, d’un cours, d’un repas ou autre qui a eu lieu 6 mois plus tôt. Vous retenez le principal, en l’occurrence ils ont parlé de critères footballistiques. Médiapart a sauté plus d’une heure de débats pour ne garder que ce qui permettait de faire monter sa sauce.

Laurent Blanc n’a pas menti ! A la question «Etes-vous pour l’instauration de quotas de joueurs étrangers dans la détection ? », sa réponse a été «J’en tombe de ma chaise. Cela m’agace, m’énerve et me révolte. J’aurais cautionné un tel projet ? C’est un mensonge. Je suis indigné! Le 8 novembre, lors de la seule réunion à laquelle j’ai participé avec la DTN, on a fait le constat qu’on avait trop privilégié l’aspect physique dans la détection et pas suffisamment la technique, le dribble ou le jeu. Le 17 juin, nous aurons une autre réunion avec les sélectionneurs de toutes les équipes de jeunes pour remettre au goût du jour l’intelligence de jeu dans la détection. Tout le monde doit avoir sa chance. Il s’agit de critères footballistiques et pas ethniques. A ma connaissance, il n’y a donc pas de projet qui prévoit des quotas de joueurs de couleur. »

Le mot quota a été prononcé une fois pendant la réunion agrémenté d’un «espèce de», et il est totalement exact qu’aucun projet de quotas de joueurs de couleurs n’a été mis en place.

On vit dans un drôle de monde, il a dû s’excuser d’avoir été mal compris. Maintenant sachez-le, quand vous parlez d’un sujet sensible et technique en privé il faut absolument faire attention à ce que vos propos compréhensibles par le plus grand nombre. On n’est jamais à l’abri d’un enregistrement en loucedé et d’une diffusion publique par un média part…iculièrement peu scrupuleux de respecter certains principes éthiques de base.

Quand on s’en prend si violemment à un homme pour quelques paroles au maximum ambiguës sans s’intéresser ni au contexte, ni à ses actions, on perd toute crédibilité. Or les faits prouvent 1000 fois que Laurent Blanc n’a jamais eu de pensées ou de comportements racistes. Est-ce qu’un raciste choisit de passer ses vacances en famille avec quelqu’un qui n’a ni les mêmes origines ni la même couleur de peau ? Ou alors Antoine Kombouaré est périgourdin de père en fils depuis 1328 et il a trompé son monde depuis des années.^^

A-t-on au moins pris le temps de regarder un peu ses sélections ? Si Blanc était raciste, l'EdF serait : Lloris, Debuchy, Mexès, Koscielny, Mathieu, Toulalan, Cabaye, Chantôme, Gourcuff, Ménez, Gameiro... Carrasso, Valbuena et autres sur le banc.

Mathieu Debuchy, reconnu presque unanimement comme étant le meilleur latéral droit de Ligue 1, n’a pas encore eu sa chance, pourtant Bacary Sagna a été très rarement satisfaisant en équipe de France depuis plusieurs saisons. Gaël Clichy est exactement dans le même cas que son coéquipier d’Arsenal, on se demande pourquoi il est toujours retenu. Quand Karim Benzema ne jouait pas du tout au Real Madrid, Blanc lui a fait confiance, a tout fait pour l’aider à se relancer. Installer Adil Rami en défense centrale n’était pas une évidence, idem pour Yann M’Vila au milieu. Confier le brassard de capitaine à Alou Diarra, Samir Nasri ou encore Florent Malouda (lui aussi appelé malgré des performances en bleu très décevantes).

Y’en a un pour qui l’avenir est sombre tant que Laurent Blanc est là… Comme je l’expliquais en introduction, Laurent Blanc n’aime pas les roux… Pauvre Nolan Roux !

Si les résultats des Bleus sont bons, la manière laisse encore beaucoup à désirer, on ne peut vraiment pas m’accuser d’être fan de Laurent Blanc et de ses choix, j’ai vertement critiqué les retours d’Evra et de Ribéry. Son principal mérite est d’avoir changé l’image de l’équipe de France, d’avoir recréé une dynamique, redonner de l’espoir. Je le défends parce que je déteste cette façon de s’acharner sur les gens qui ne le méritent pas.

L’indignation est facile, l’action et la réflexion le sont beaucoup moins. Thuram va-t-il un jour réfléchir avant de parler et agir quand il en a la possibilité ? Comme l’a dit Patrice Evra «Il ne suffit pas de se balader avec des livres sur l'esclavage, des lunettes et un chapeau pour devenir Malcom X.» Pendant 2 ans il a été membre du Conseil Fédéral, où il était peu présent. Qu’a-t-il fait lors de son passage à la FFF ?


Pour finir, je vous conseille une très bonne interview de Malek Boutih (avec qui je n’ai pas souvent été d’accord).

Notes

[1] Qualifications ou compétition internationale.

[2] Etant organisatrice de l’Euro 2016 la France ne disputera que des matchs amicaux pendant cette période.

[3] Immigration récente ou non, mais sans immigration pas de binationaux.

[4] En poste au Maroc depuis quelques semaines/mois.

[5] Sélectionneur des U20.

[6] En cause un manque de confiance en soi, une situation peu encourageante (ex : cirer le banc en L1, jouer le maintien en L2, etc.) ou encore l’impression de ne plus progresser.

[7] Fabriqués en Union européenne.

[8] Je cite ces pays car les exemples portés à ma connaissance sont ceux-ci, on pourrait probablement trouver les mêmes avec plein d’autres pays.

[9] Meilleur joueur de Ligue 1 cette saison selon moi avec Mamadou Sakho, sachant que Nenê, Chantôme et Gameiro méritent aussi de figurer dans le haut du classement.

[10] Pour être honnête il faudrait se limiter à 10 ans car les 4 ou 5 dernières promotions ne sont pas encore prétendants à l’EdF A.

[11] L’Argentine a souffert d’avoir trop de petits ! Messi, Tévez, Agüero, ça n’a presque jamais marché, et pourtant ça ne manque pas de talent !

[12] Ou si vous préférez "de couleur" mais bon, je suis pour appeler un chat un chat, les termes politiquement corrects ridicules, très peu pour moi. "Black" c’est de l’anglais, défendons la langue française !

[13] On ne peut dire de même du golf, du hockey sur glace et du cyclisme.

[14] Immigrés et personnes originaires des DOM-TOM arrivées en métropole.

[15] Là, je l’ajoute pour limiter les abus… Le contingent brésilien à l’Euro 2008 était assez hallucinant. De même, au Mondial 2010, les Sud-Américains étaient un peu partout, pas que dans les équipes sud-américaines.

[16] L’IAAF a instauré un délai de 2 ans à peu près sur le même principe et à quelques différences près, dont une majeure, aucune sélection ne bloque à vie un athlète.

[17] Sauf si un ancien international français veut faire partie des Gwada Boys car il ne s’agit pas à proprement parler d’une sélection nationale, la participation à la Caribbean Cup et à la Gold Cup.