Le duel entre les têtes de série n°1 et 4 était en quelque sorte la revanche de la demi-finale du tournoi de Monte-Carlo. Jouant blessé et sous infiltration, Murray avait réussi à empocher la 2e manche, il avait fini par s’incliner. Cette fois, c’est à la cheville qu’il était touché, ce qui ne l’avait pas empêché de battre Troiki au cours d’une rencontre épique disputée sur 2 jours, puis Chela.

L’Espagnol a fait le break à 1-1, mais le jeu suivant… dantesque ! Le niveau était très élevé. Pour sauver une première balle de 2-2, Nadal a dû s’employer, il a tout ramené, a trouvé les lignes, on a cru au moins 5 fois que le point était terminé. Murray a encore eu une occasion de recoller immédiatement, il n’y est pas parvenu, l’homme au bilan presque impeccable à RG a finalement pu confirmer son avantage, 3-1. La rencontre avait déjà débuté depuis 28 minutes, le temps mis par Nadal pour servir n’étant qu’une raison annexe de cette très longue durée. Murray a beaucoup fait courir son adversaire, mais pour le déborder, quelle galère ! Sans doute le Britannique a-t-il payé ses efforts puisqu’en pratiquement 10% de la durée des 4 premiers jeux il a concédé le 5e. Avec un double un double break d’avance le Majorquin semblait avoir manche gagnée, pourtant à 5-2, il est comme sorti du match, distrait par une erreur d’arbitrage. On l’a vu craquer sur une balle de break au bout d’un long rallye, quelque chose de tout à fait inhabituel, lui dont le niveau est en souvent proportionnel à l’importance et à la durée du point[1]. Murray est sorti vainqueur de plusieurs rallyes sur des balles de set, il a même eu l’occasion d’égaliser à 5-5, seulement cette fois Nadal a pu effacer la 2e balle de débreak et conclure 6-4 en 1h02.

Le niveau de cette première manche a été à la hauteur de l’événement, un match de oufs. Le set suivant ? Du même acabit ! On y ajoute d’énormes bourrasques de vent à quelques moments. 7-5 pour l’Espagnol en 1h13 de combat avec échange de breaks à 2-2 puis 3-3 (l’Ecossais a donc réussi 2 fois de suite à recoller immédiatement après avoir perdu son jeu de service). Le 7e jeu a été phénoménal, il a duré très longtemps avec des occasions pour l’un et l’autre de le remporter, des échanges impressionnants (jusqu’à 33 coups !)… et des cadeaux du Murray. Notons que ce dernier a fait intervenir le kiné au milieu de cette manche pour faire retirer son bandage me semble-t-il. Après avoir – enfin – chacun su profiter de leur engagement pour gagner un jeu sans difficulté, donc à 5-5, l’outsider de la rencontre a pris l’eau, concédant un nouveau break en ayant pourtant mené 40-15, puis sauvé joliment 2 balles de break supplémentaires.

Nadal a encore su élever son niveau au bon moment, il a enchaîné pour mener tout de suite 2-0 dans la 3e manche. Profitant de l’incapacité de Murray à convertir des balles de débreak dont il a bénéficié à 1-2, 2-3 et 3-4 – la stat est terrible, lors de cette rencontre il en a converti 3/18 ! – le Majorquin a fini par l’emporter 6-4, 7-5, 6-4, 3h17, très long pour un 3 sets (chacun ayant duré plus d’une heure).

Nadal a passé le Murray (prononcez muret…), son 48e match de la saison s’est soldé par une qualification en finale le jour de son anniversaire. Son destin n’était dès lors plus complètement entre ses mains, il ne pouvait plus qu’espérer un cadeau, la première défaite de Djokovic cette année.

Lors de la première demi-finale il sait beaux, chaud, le vent était toujours présent. La seconde, débutée à presque 18h, s’est déroulée sous un ciel nettement plus nuageux, dans une atmosphère lourde, il y avait de l’électricité dans l’air… On n’a pas vu d’éclairs, même pas d’éclairs de génie. Le génie ne s’est pas résumé à des éclairs, Roger Federer (assisté de Novak Djokovic) nous a invités à un spectacle de haute volée (^^), une démonstration de génie tennistique. On a assisté à un phénomène rare permis uniquement grâce à la réunion de toute une série d’éléments qui ont réussi à se combiner : la météo digne des plus grandes finales mondiales ou olympique du 100 mètres, l’horaire (et le risque de ne pas pouvoir finir) donc la luminosité, le public acquis à la cause du Suisse, le record de Djoko, la place de n°1 en jeu en plus de la qualification en finale, le contentieux personnel entre les deux joueurs[2], le talent des deux hommes, la confiance accumulée par le Suisse depuis le début du tournoi, le fait que le Serbe ait joué son dernier match dimanche à cause du forfait de Fognini… Tout ça s’est lié pour nous offrir quelque chose d’historique, de mémorable, un classique qui mériterait d’être édité en DVD collector…

Ce match, c’est un peu comme si la légende des lourds un peu sur le déclin rencontrait la nouvelle terreur invaincue des lourds… et à la fin, au terme d’une baston comme on en a rarement vu sur un ring, l’ancien l’emporte après avoir mis un genou à terre. C’est le combat de l’année.

La rencontre a débuté de façon assez étrange. Perturbé par l’évacuation d’un spectateur victime d’un malaise, le Serbe a concédé un break d’entrée, il l’a aussitôt effacé puis s’est retrouvé à 0-40 sur son service. Il a sauvé les 3 balles et conclu. 2-1 en 20 minutes, ça donnait le ton. A 2-2, Djoko a encore dû effacer une ou deux bdb[3], il a alors serré le jeu et repris le large… Mais mené 4-2, le Suisse a haussé son niveau pour atteindre des sommets. Très rapidement le score a été porté à 4-4, Djoko en a remis une couche pour s’offrir 2 balles de set à 5-4. Bien sûr, Federer a fait parler le talent et l’expérience pour s’en sortir, et après encore 2 jeux hyper intenses faits quasi exclusivement d’aces ou services gagnants et coups gagnants au bout d'échanges de folie, la solution tie-break s’est imposée.

Le jeu décisif… de la folie. Le public était à grande majorité pro-Federer, on se serait cru en Coupe Davis avec un Français disputant le dernier set du match décisif. L’intensité n’a absolument pas diminué, presque chaque point a été disputé par les joueurs comme s’il s’agissait du dernier de leur carrière. Défense acharnée, gifles phénoménales, mini-break dans un sens pour dans l’autre… et au final, cadeau de Djoko, manche pour Federer. Déjà 1h10. A ce rythme l’espoir de terminer avant la tombée de la nuit était mince.

D’entrée de 2e set le Serbe a eu une balle de break sans pouvoir la convertir. Par la suite il a comme perdu le fil, a lutté pour éviter de perdre son jeu de service mais a fini par craquer, le Suisse étant aidé par le filet. Federer a eu plusieurs balles de 5-1 toutefois Djoko s’est accroché pour revenir tant bien que mal à 4-2. Le Suisse a alors laissé entrevoir une ouverture à son adversaire (0-30) mais a enchaîné 7 points de suite pour se retrouver à 5-2 avec 3 occasions de conclure la 2e manche. A ce moment de la partie, le Serbe était devenu nul, il accumulait les erreurs grossières, dommage que Gasquet n’ait pas eu la chance d’affronter ce Djoko plutôt que imbattable des semaines précédentes. Le possible – probable – futur n°1 mondial a sauvé 5 balles de set avant de gagner le jeu. A cet instant du match une statistique assez étonnante venait ternir la prestation de l’ex-n°1 mondial : 3 balles de break converties sur 22 (1/12 lors de cette manche) !

Djokovic ne s’est pas laissé abattre, il a tenté de réagir, en faisant craquer Federer au terme d’un long échange il a même obtenu une balle pour effacer l’avantage de son adversaire, seulement le seul joueur à ne pas encore avoir concédé une manche depuis le début du tournoi a serré le jeu, et sorti 2 gros services pour écarter le danger. Le Serbe a semblait dégouté, il a signifié à son clan son impuissance quelques instants avant de se retrouvé mené 2 manches à rien. 45 minutes pour un 6-3, on pouvait maintenant penser que le match finirait à temps, que la surprise allait forcément avoir lieu, d’ailleurs Nadal était à cet instant en train d’essayer de souffler les bougies de son gâteau d’anniversaire (par de bol, il ne s’agissait pas de bougies qui s’éteignent mais de ces bâton qui font des étincelles en brûlant, il n’a pas eu l’air malin). Un beau cadeau assez inattendu se préparait pour lui sur le central le jour de ses 25 ans.

La 3e manche a rapidement tourné en faveur de Djokovic, il a réussi à faire le break dès le 3e jeu et a bien tenu par la suite, calmant le public. 6-3 en seulement 37 minutes, 2 manches à une pour Federer… et pourquoi pas un renversement totale de situation ? Le Suisse n’a pas pu tenir le rythme et surtout rester au niveau surhumain des 2 premiers sets, il n’a pas obtenu une seule bdb et a commis plus de fautes directes. Etait-il en train de craquer ?

Non, Federer n’a pas craqué. Pas tout de suite. Pas mal de téléspectateurs ont dû commettre l’erreur de leur vie d’amateurs de sport : changer de chaîne pour regarder le foot sur TF1. BOULETTE !!!!

Après déjà 3h de jeu (il était déjà 21h), à 4 jeux partout, Djoko a fait le break sur sa 2e bdb (obtenue de haute lutte après plusieurs avantages)… et s’est retrouvé à 0-40 quelques instants plus tard. Le Serbe n’a pu empêcher son adversaire de recoller à 5-5. Il semblait incrédule, le public était debout. Presque KO debout, le potentiel n°1 mondial a réussi un coup droit avec un angle incroyable pour se procurer une nouvelle occasion de prendre le jeu de service du Suisse, mais ce dernier était injouable : second service sur la ligne puis nouvelle bdb sauvée avec un 16e ace[4], et finalement jeu pour Federer. Quelques minutes plus tard, nouveau tie-break. Le match allait forcément s’arrêter car sur le court on n’y voyait plus grand-chose (les caméras permettent de mieux voir à la vidéo que sur place). Soit Djoko revenait à 2 sets partout, dans ce cas le match allait devoir reprendre samedi (avec dès lors un gros avantage physique et psychologique en sa faveur), soit Federer terminait le travail et réalisait un des exploits les plus mémorables de sa carrière.

Quelle chance ! Les organisateurs sont passés tout près de la catastrophe. Le match a pris fin à 21h36, le bout du bout du possible. 7-6(5), 6-3, 3-6, 7-6(5) en 3h39 d’un combat d’anthologie. Federer aura été brillant jusque dans l’obscurité, sans doute ne l’a-t-on jamais vu si fort sur terre battue. 1. Je souhaite ardemment que Federer tape Nadal en finale, il écrirait une nouvelle page d’histoire et on changerait de n°1 mondial.
2. Je ne crois pas du tout en une victoire de Federer en finale, Nadal a un trop gros ascendant psychologique, il va probablement être boosté par le soulagement de ne pas devoir affronter Djoko, devenu sa bête noire. Pour le Suisse le plus le style de jeu du Serbe est beaucoup moins gênant que celui de l’Espagnol et les circonstances ne seront pas favorables au favori du public français. Ne pas jouer pendant 5 jours et de reprendre en demi-finale contre un joueur du niveau de Roger est très compliqué, Djoko est un peu sorti du tournoi entre dimanche et vendredi. Nadal, lui, sera à bloc.

Notes

[1] Concernant les balles de break ses stats sont globalement hors normes, il est en outre le roi des longs échanges.

[2] Federer n’a pas apprécié que Djoko qualifie Nadal de meilleur joueur de tous les temps.

[3] bdb=balles de break… Je crois que j’aurais dû utiliser ce sigle plus tôt…

[4] En tout il en a fait 18… Un grand serveur ce Roger, on ne le souligne pas assez.