Les Bleues n’avaient pas le droit à l’erreur, elles devaient imposer leur supériorité technique et tactique à une équipe championne d’Afrique mais dont la défense semblait être le gros point faible. Semblait, car en réalité les Nigérianes ont été très "solides"… Enfin… Solides… Plusieurs ont réussi à se blesser, mais dans l’impact physique et la rigueur défensive, elles n’ont pas été ridicules, tant s’en faut. Cette équipe n’avait gagné aucun de ses 7 derniers matchs en Coupe du monde, une si belle série doit continuer… La France a copieusement dominé, a multiplié les centres, en première période ils venaient tous du côté gauche car le duo Louisa Nécib-Sonia Bompastor – en particulier Nécib – était très en jambes, très entreprenant, en seconde beaucoup plus du côté droit (une fois Eugénie Le Sommer entrée en jeu puis Elodie Thomis placée sur cette aile après avoir suppléé Gaëtane Thiney dans la foulée du but, Nécib ayant été recentrée après la mi-temps). Ces centres ont presque tous été dégagés plus ou moins en catastrophe, pas mal ont donné lieu à des corners sur lesquels la France a parfois été dangereuse, en particulier en première période.

Officiellement, les Bleues ont frappé 15 fois et cadré 7 fois, ça me semble un peu généreux en ce qui concerne la précision, en revanche il est vrai que Bérangère Sapowicz, si elle a dû parfois sortir en catastrophe, n’a pas eu un arrêt à faire. Le Nigéria nous a fait du Stade Rennais, pas la moindre tentative cadrée (pas un tir avant la 22e minute) et du gâchis,je pense en particulier à une occasion énorme de la n°9 partie côté droit dans le dos de la défense (Bompastor était montée) pour se présenter face au dernier rempart du PSG (elle vient de prolonger comme les autres internationales, elles joueront la Ligue des Champions au Parc)… Desire Oparanozie s’est présentée excentrée dans la surface et a beaucoup trop croisé sa frappe, sur ce coup Bérangère semblait s’être contentée de fermer l’angle de tir vers le premier poteau, la Nigériane s’est déchirée en cherchant le second. Encaisser un but à la 25e minute sur cette action aurait fait très mal aux Bleues car en dehors de quelques phases plus équilibrées ou lors desquelles les Africaines ont pris le dessus et poussé (fin du premier quart d’heure, vers la demi-heure de jeu… ce n’était pas très long à chaque fois), la France a nettement dominé la première période sans en être payée.

Il est vrai qu’hormis une grosse frappe de loin d’Elise Bussaglia – l’effet extérieur semblait envoyer le ballon hors du cadre – détournée par le gardien et capitaine du Nigéria, la formidablement nommée Precious Dede, puis sur le corner tiré à ras de terre au premier poteau une reprise de Gaëtane Thiney en plein sur le montant (17-18e), l’EdF n’a été réellement dangereuse qu’à la 23e sur une volée réflexe de Wendie Renard – connue pour ses buts de renard sur CPA (je précise qu’il ne s’agit même pas d’un jeu de mot mais de la pure réalité) – après que P.Dede se soit déchirée sur un nouveau corner et lui ait envoyé le ballon sur le ventre (reprisée encore une fois détournée au-dessus de la barre, cette fois par un défenseur). On pourrait éventuellement citer une frappe contrée de Camille Abily (27e), un corner direct jusque au-dessus de la première lucarne en touchant la transversale (32e), une autre occasion d’Abily qui a tardé à frapper (37e ; j’avoue n’avoir pas bien vu l’action, de temps en temps avec internet ça lag) et un tir de loin de Nécib pratiquement identique à celui d’Elise (44e), mais le frisson propagé dans le stade n’était pas justifié.

La composition d’équipe mise en place par Bruno Bini était sans doute trop prudente, Laura Georges et Ophélie Meilleroux formaient la défense centrale avec Renard à droite (qui me semble jouer stoppeur en temps normal, je peux me tromper) et Bompastor à gauche, on trouvait Sandrine Soubeyrand en 6 (ainée du groupe, capitaine, 16846 sélections environ), Bussaglia et Abily en 8 dans un milieu à 3, Nécib à gauche, Thiney à droite a priori (elle s’est très peu mise en valeur), et Marie-Laure Delie seule en pointe… beaucoup trop seule.

0-0 à la mi-temps, il fallait changer quelque chose, prendre plus de risques, rééquilibrer l’équipe. Eugénie Le Sommer – que perso j’ai vu pour la première fois au Mondial U20 qui devait être au Chili, elle était déjà assez impressionnante – a fait énormément de bien, elle a apporté de la profondeur, a commencé par mettre le feu côté droit puis a été envoyée côté gauche mais elle n’a pas hésité à plonger dans l’axe (on l’a par exemple vu prendre 2 fois le ballon de la tête sur des centres en profondeur sans toutefois pouvoir cadrer).

C’est d’elle qu’est venu le but à la 56e minute au terme d’une des très bonnes actions collectives produites par les Bleues. Décalée sur la droite Le Sommer a centré pour Nécib qui n’a pu que légèrement dévier la course du ballon, Delie était juste derrière, son contrôle approximatif a levé le ballon, elle a pu le reprendre de volée à l’arrache et marquer son 22e but en 21 sélections… Elle restera pour l’éternité l’auteur du premier but du Mondial allemand.

La Montpelliéraine aurait pu encore un peu plus affoler les compteurs à la 64e mais à la réception d’un centre elle n’a pu frapper directement et dû frapper en 2 temps. P.Dede a pu arrêter ce tir. Entre-temps Abily avait mangé une énorme occasion suite à une bonne combinaison et un centre en retrait. L’ancienne Californienne a déchiré sa reprise. Par la suite, les Bleues ont continué à tenter sans se créer de situation réelle occasion de but avant un CF dans le temps additionnel pour une faute sur une Française qui partait au but. Nécib a tiré juste au-dessus.

En seconde période les Nigérianes – dont beaucoup ont un âge largement sous-évalué (comment croyez-vous qu’elles brillent dans les catégories de jeunes ?) – ont causé plusieurs frayeurs aux Bleues (47e : une touche, contrôle et centre dos au but, Sapowicz sort le poing en avant alors que Renard et une adversaire se disputaient le ballon de la tête ; 52e : long centre que la n°8 a failli couper ; 65e : contre-attaque nigériane, le ballon est envoyé dans la surface, Bussaglia manque d’agressivité pour dégager, une adversaire frappe… à côté ; s’y ajoutent 3 ou 4 têtes ou tirs non cadrés ou repoussés). A la 67e Wendie Renard a même failli provoquer un penalty avec un coup d’épaule à l’extrême limite de la régularité, heureusement l’arbitre venue des Etats-Unis d’Amérique s’est montrée très clémente lors de cette partie. Elle est passée à côté d’une fausse touche assez évidente et n’a rien dit lorsque systématiquement sur les corners une Nigériane venait gêner Bérangère.

Pour la 12e fois en 13 matchs lors de cette campagne mondiale la France n’a encaissé aucun but (ça fait 12 victoires, 1 nul, 0 défaite, 54 buts marqués, 2 encaissés).

Notons que Renard s’est blessée à la patte cuisse et a dû être remplacée par Laure Lepailleur (du PSG), dont l’entrée en jeu a été bonne. Il y a eu plus de casse chez les adversaires des Bleues.

L’objectif est donc atteint même si on aurait aimé un écart plus large (1-0, contre la moins forte des équipes du groupe le plus relevé pourrait être un peu léger), car en plus de la victoire les filles ont donné une bonne image du foot français, du foot féminin et de l’équipe de France de football féminin : tout le monde chante l’hymne, la volonté de jouer au ballon est évidente, on ne peut pas doute un instant de leur envie… Et puis jouer avec le beau maillot bleu plutôt qu’en marinière, pour l’image c’est autre chose.

Cette équipe allie créativité, audace et qualités techniques : beaucoup de dribbles tentés (et pas mal réussis), des frappes de loin, des combinaisons inventives, du jeu rapide à une ou deux touches, une alternance de construction en partant de derrière et le jeu plus direct… Attention, car le plus dur commence.

89% des équipes qui gagnent le match d’ouverture vont en quart… Si on bat le Canada on y sera vraiment. Jeudi à 18h, les Bleues devront être au top car le Canada n’a perdu que 2-1 face à l’Allemagne.