La France est en quart, c’est le principal, elle jouera jeudi soir (20h30) le match le plus important de son tournoi, une qualification garantirait au pire une place pour le tournoi préolympique lors duquel elles se battraient pour un des derniers billets en jeu. La Lituanie sera l’adversaire de l’équipe de France, elle a le même bilan que nous, 2 défaites et 4 victoires.

On ne peut pas dire que les Bleues ont rassuré lors de leurs 2 dernières rencontres du 2e tour, au contraire, la situation serait plutôt inquiétante. La blessure d’Emmeline Ndongue se fait fortement ressentir, c’était criant face au Monténégro. La France a terminé 3e de son groupe avec 2 défaites en 6 matchs, donc 4 victoires, la dernière obtenue très difficilement face à la Pologne, on se serait cru il y a 2 ans lorsque les coéquipière de Cathy Melain avaient gagné ce surnom : "les Braqueuses". Il est vrai que la qualification pour les quarts était assurée avant le début des 2 derniers matchs de poule, peut-être cela explique-t-il aussi en partie la baisse de performances de l’équipe.

Face au Monténégro d’Iva Perovanovic (plus de 20 points et 10 rebonds de moyenne en 4 matchs – tous gagnés – avant d’affronter la France) la présence défensive d’Emmeline Ndongue a manqué. On aurait bien en besoin d’elle pour gêner la joueuse passée par Montpellier cette saison (et qui a donc gagné la Coupe de France). En attaque l’idée était de jouer rapidement en transition en plus de la traditionnelle alternance intérieur-extérieur, faire circuler le ballon et renverser le jeu pour trouver des shoots ouverts. Ça a donc fonctionné un temps. Pendant 3 QT la rencontre est restée très serrée, on assistait à un très gros match… jusqu’à quelques minutes de la fin. L’EdF a alors calé.

Aurélie Bonnan a débuté à l’intérieur avec Sandrine Gruda, ça a plutôt bien commencé pour la France, si Anna De Forge, l’Américaine naturalisée, a lancé la rencontre avec un panier primé, les Bleues ont su se montrer assez efficaces grâce à une Céline Dumerc en grande forme et bien entourée. Ses 8pts (dont 2x3pts de suite), 2 rebonds et 3 passes en moins de 8 minutes ont permis à l’équipe de rester dans le coup et même de mener de 5 points grâce à un 8-0.

Dans la foulée la France a à son tour encaissé un 8-0, une série interrompue à la dernière seconde par Endéné Miyem en marquant… les 2 seuls LF de l’EdF en 40 minutes (Aurélie Bonnan a loupé les 2 autres d’une façon particulièrement horrible). 2/4 aux LF sur l’ensemble d’une rencontre, c’est inimaginable, ça dénote un manque d’agressivité anormal.

L’EdF n’était menée que 22-20 à la fin du premier QT. Le problème principal était l’incapacité des joueuses tricolores à défendre sur Perovanovic et De Forge (respectivement 8 et 9pts chacune à 4/5). Le Monténégro était à 10/14… Qui plus est Clémence Beikes – qui a encore trouvé le moyen de placer son spécial^^ – a pris sa 2e faute au bout de 5’27, ça n’a pas aidé pour la suite.

Chaque équipe a continué à passer devant tour à tour en alternant très bonne et très mauvaise défense (on fermait très mal la raquette, on avait par moment l’impression d’assister à une soirée portes ouvertes), maladresse (sous le cercle les Bleues ont encore beaucoup trop loupé), manque de réussite (quelques gamelles) et au contraire gros coups de bol (le coup du 3 points moisi d’Edwige Lawson-Wade avec la planche… on la sentait au bord du fou-rire).

Jelena Skerovic s’est jointe à Perovanovic pour torturer l’EdF. Heureusement que Miyem était là pour tenir la baraque en attaque. Elle n’a mis que 3 paniers (sur 3 tentés) mais ses 7 points sur les 17 des Bleues lors de ce 2e QT ont permis de rester dans le coup à seulement 3 unités de Monténégrines pourtant en grande forme (40-37) : 65,5% de réussite générale à la mi-temps. Notons que malgré pas mal de ratés sur des occasions de paniers faciles et encore trop de pertes de balle (6 dans ce QT pour un total de 10 dont certaines provoquées), la France avait aussi des pourcentages plus que corrects, quasiment 50% dont un très beau 4/9 à 3 points. Et dire que la stat des rebonds était de 18-10 en faveur des Bleues (dont 9 offensifs ayant permis de marquer 12 points)… Normalement on est devant en dominant à ce point dans ce secteur.

Pour un spectateur neutre ça devait être très sympa, les équipes se rendant coup pour coup, en revanche pour un supporter c’était assez stressant.

Comme en première période Gruda et Beikes ont pris chacune 2 fautes – Gruda à 2.2s de la fin – et dans la mesure ou Aurélie Bonnan n’a pas ététranscendante, Pierre Vincent a décidé de ne pas leur faire débuter la seconde, il a fait confiance à Jennifer Digbeu (victime d’un petit malaise le matin de la rencontre), Isabelle Yacoubou et à Endy Miyem. Cette dernière était on fire, contrairement à Sandrine, pas au top (2/6, que 3 rebonds, une grosse bâche subie), ce choix était assez logique. La force de l’EdF est aussi dans son banc, on a du monde pour faire tourner, il faut en profiter, le Monténégro n’a pas ce luxe, 3 joueuses ont dû disputer les 20 premières minutes, ça aurait pu faire la différence en fin de rencontre… mais ça n’a pas été le cas.

Frustrée en première période d’avoir été sanctionnée de 2 fautes et d’avoir dû retourner sur le banc, la Tarbaise Jelena Dubljevic a fait des misères aux Bleues, elle en était à 2 points à la mi-temps, elle a fini à 15 dont 8 au cours du 3e QT (en ayant pourtant été sanctionnée une 3e fois au bout de 3 minutes). Jamais la France n’a réellement su répondre, elle est passée devant pour la dernière fois à 18’17 de la fin sur un 6-0, l’écart a ensuite varié entre 1 et 6 unités jusqu’à la fin du 3e QT terminé sur le score de 57-55, puis entre 2 et 8 points lors du 4e.

Gruda et Beikes, de retour en jeu à 3’35 de la fin du QT, ont été performantes (surtout Beikes, épatante depuis le début de la compétition), elles se sont bien battues des 2 côtés du terrain, ont apporté un réel plus. Malheureusement entre les 32 et 35e minutes, période creuse de l’EdF lors de laquelle elle s’est retrouvée à -8 en perdant des ballons, en commettant plusieurs fautes, en loupant tous les tirs tentés (3pts ouvert manqué, gamelle pour Gruda,…). Ça a eu tendance à virer au n’importe quoi.

Revenue en jeu, Endéné Miyem n’a pas été aussi efficace qu’auparavant, elle en était à 17 points (en 16’30 ! à 7/8 !) avant sa dernière entrée en jeu, son festival offensif était impressionnant. Son bilan du dernier QT n’est pas bon : 4pts à 2/4, 2rebonds, 2TO, 3 fautes.

La défense des Bleues était branchée sur courant alternatif, tantôt inexistante, tantôt au niveau habituel et attendu d’une équipe de France de basket. Un 6-0 a ainsi permis de recoller à seulement 2 unités à 3’31 de la fin, les Monténégrines ne passaient plus, Céline Dumerc semblait à nouveau mener sa troupe vers un renversement de situation (comme face à l’Espagne par exemple). Le retour des "Braqueuses" ? Pas du tout.

Après la 5e faute de Jennifer Digbeu, ça s’est à nouveau corsé, il ne restait que 2’27, le Monténégro a passé un 8-2 (dont un and one de Dubljevic qui a fini d’achever les Bleues). Le dernier panier primé de Dumerc (13pts, 4 rebonds, 6 passes, 3/3 à 3pts) n’a changé que l’ampleur de la défaite : 73-68. Les Monténégrines ont marqué pas mal de paniers improbables, soit super difficiles, soit très chanceux, soit les 2 à la fois, on peut aussi dire que les arbitres se sont trompés sur certaines décisions mais les Bleues ne peuvent s’en prendre qu’à elles-mêmes. Si elles ont obtenu si peu de LF c’est qu’elles ne sont pas allées les chercher. En quart il faudra beaucoup plus d’agressivité, de dureté. Comment gagner en concédant 73 points (à 55,6%, dont 22pts de Perovanovic à 11/15) ? En l’absence d’Emmeline Ndongue on attendait beaucoup d’Isabelle Yacoubou, elle a alterné le (très) bon et le (très) mauvais (10pts à 5/9, seulement 3 rebonds), Sandrine Gruda a fait un match relativement complet (8pts, 5 rebonds, 4 passes, 2 contres, 1 interception) mais pas suffisant pour compenser le trou laissé par la blessure de la Berruyère. Offensivement Endéné Miyem a fait plus que répondre aux attentes (21pts à 9/12), mais d’après ce qui se dit, ce n’est pas en attaque qu’on gagne des championnats, c’est en défense.



L’enjeu du match contre une équipe de Pologne – éliminée mais soutenue par son public – était seulement de se mettre en confiance en vue du quart de finale, car en réalité la place à laquelle allait finir la France était secondaire, de toute façon n’importe quel adversaire pouvait être dangereux.

Pour qualifier le premier QT, je parlerais de honte s’il s’agissait d’un match à enjeu. Là, je me contenterais d’horreur. 15-8 pour la Pologne, les Bleues ont loupé à peu près tout ce qu’elles ont tenté, y compris lorsqu’elles faisaient bien tourner le ballon pour trouver une bonne position de tir (3/15 en tout, dont des paniers faciles et des très mauvais shoots, de belles briques…). Yacoubou, 2 points, Miyem (titulaire cette fois), idem, Gomis, 4 points. Le reste, nada. La maladresse étant contagieuse, la Pologne n’a pas profité de la nôtre pour prendre le large de façon irrémédiable. La n°11, Elzbieta Mowlik, nous avait mis 11 points à elle seule…

Il y a alors eu un changement d’état d’esprit, les Françaises ont continué à beaucoup gâcher en attaque par maladresse ou précipitation, en revanche en défense, c’est devenu limite flippant. Les joueuses locales ont perdu ce QT sur le score de… 16 à 4 ! Au milieu de ce festival de passes en bois, de briques et d’actions en carton, les Bleues ont réussi de temps en temps à se trouver, Gomis a mis un tir au buzzer valable… refusé à la vidéo par l’arbitre bigleux[1], Marion Laborde a fait une bonne entrée avec un panier primé en tête de raquette (c’est son rôle) puis un autre plus tard au court du QT, elle a aussi bien défendu.

Progressivement l’EdF a pris le dessus pour mener de 5 points à la mi-temps, 24-19, malgré une statique odieuse, seulement 8 tirs réussis sur 31 (Gomis 8pts, Laborde 6, et 10 points au total pour Gruda, Yacoubou et Miyem). La différence ne s’est pas faite qu’en défense, l’agressivité et l’application en attaque ont aussi été primordiales : 12 rebonds (4 offensifs) à 7, seulement 2 balles perdues (4 en première période côté Français) contre 7, et 2 fautes à 7…

Lawson, Lepron et Digbeu (poste 4) ont débuté la seconde période dans le 5 avec Gruda et Beikes, la France a pris 12 points d’avance (35-23) après moins de 4 minutes suite à 2 paniers de son pivot, une antisportive polonaise, et 2 tirs réussis par la polyvalente sœur d’Alain dont un 3 points. On pensait que les Bleues allaient maintenant dérouler, pourtant un 6-0 a vite ramené les joueuses locales à 6 points, l’écart a alors fluctué entre 6 et 8 unités. Il y avait encore +8 à 3’34 de la fin du QT suite à un joli panier de Florence Lepron, la France menait 39-31… avant de s’effondrer au moment où Yacoubou, Laborde et Miyem puis Dumerc sont entrées en jeu. Fautes, pertes de balles (7 dans ce QT dont 2 de suite pendant la dernière minute ayant conduit à 2 paniers faciles), possessions jouées à l’envers, rebonds qui se refusaient à elles, adversaires en réussite… Les Bleues étaient totalement à la rue : 13-0 pour la Pologne en 3 grosses minutes, 44-39.

Ça aurait pu être pire (un 0/2 aux LF de Skobel en fin de 3e QT)… et ça a été pire, la Pologne a mené 46-39, l’EdF n’a marqué à nouveau qu’à 7’42 de la fin (près de 7’ sans marquer, 15-0 au total, de +8 à -7), Emilie Gomis a alors été formidable : 2 points à mi-distance, encore 2 points en toute fin de possession, une faute offensive provoquée, un rebond et une passe décisive. Retour à -1… Mais "Mis-Go" perd ensuite 2 ballons, retour à -7 sur un panier au buzzer (52-45 à 4’09). Cette fois, c’était mort, on commettait trop d’erreurs… ou pas.

L’esprit des "Braqueuses" est réapparu, un 13-2 a eu raison des Polonaises. Cette fois Beikes (personne ne semble se méfier de son spécial… heureusement que les équipes préparent les matchs à la vidéo^^) et Dumerc ont été les plus en vue, le 3 points de Gomis et le and one de Gruda là aussi en fin de possession ont aussi été très importants. La France s’en est encore tirée de justesse, on retiendra… la défense impassable par moment… la capacité à renverser des situations… la victoire. Gomis (15pts à 5/7) et Gruda (11pts)

58-54 ou 72-48, ça ne change pas grand-chose, surtout que compte tenu des résultats des 2 autres rencontres du groupe – qui ont eu lieu par la suite – la France aurait fini 3e dans tous les cas. Tout le monde a joué entre 13 et 30 minutes (sauf Bonnan, que 3’), les pourcentages à 2 et 3 points ne sont pas terribles mais 16 passes décisives, c’est bien, la domination aux rebonds, le retour de l’agressivité (20 fautes obtenues, 4 fois plus de LF que contre le Monténégro), que 54 points concédés… Il faut retenir le positif et bien se préparer pour vaincre la Lituanie.
France-Lituanie, c’est jeudi, ça fait beaucoup de jours sans jouer, le risque est de perdre le rythme de la compétition, mais avec l’expérience qu’ont les Bleues, ça doit passer, on croise les doigts, il n’y a pas de droit à l’erreur. Et puis au moins, on est en quart, pas comme d’autres…

Les affiches de ces matchs couperets sont : Lettonie-Russie (à l’expérience je pense que la Russie peut passer, mais dans sa forme actuelle pas sûr…), République Tchèque-Croatie (les Tchèques devraient passer sans mal), et Monténégro-Turquie , le vainqueur de ce match entre 2 équipes très surprenantes – a priori le Monténégro, seule équipe à avoir tout gagné – jouera, on l’espère, la France.

Le basket français doit retourner aux JO, alors allez les Bleues !

Notes

[1] Un arbitre voulait l’accorder, un autre non, je pense que celui qui voulait le refuser est l’arbitre principal, celui qui est allé visionner l’action…