Bruno Bini n’a que très peu modifié son 11 de départ malgré quelques difficultés éprouvées dans le jeu face au Nigéria. En réalité, s’il n’a changé que 2 joueuses en défense (Sabrina Viguier en défense centrale à la place d’Ophélie Meilleroux, et Laure Lepailleur – du PSG – à la place de Wendie Renard, touchée aux adducteurs), il a revu la disposition tactique, choisissant cette fois de placer Camille Abily au poste d’ailier droit (cette fille est un véritable couteau suisse), Louisa Nécib dans l’axe et Gaëtane Thiney à gauche.

Très peu de joueuses de l’EdF mesurent 1m70 ou plus[1], y compris aux postes où chez les hommes on mettrait des grands (gardien, défense centrale). Si nos joueuses ne sont pas immenses par la taille, pas super puissantes (certaines sont tout de même très rapides), elles compensent ce qui leur manque par beaucoup de cœur mis à l’ouvrage, par un vrai sens du jeu et surtout par des qualités techniques dont beaucoup de joueurs professionnels ne jouissent pas. La prestation de Laure Lepailleur au poste de latéral droit… Mais dites-moi pourquoi en EdF masculine on ne nous met pas un mec aussi solide défensivement et aussi efficace offensivement ! Elle a envoyé quelques centres en première intention digne du Sagnol de la grande époque ! Du caviar servi à la louche ! Si une Canadienne a réussi à la passer une fois sur son côté, c’est le bout du monde ! Impressionnante !

Les 16591 spectateurs présents à Bochum pour la première rencontre de la journée – à 18h et non à 15h comme d’habitude, l’Allemagne jouant à 20h30 – ont d’abord assisté à un véritable combat transformé par la suite en formidable démonstration de football.

Si l’arbitre japonaise a sifflé au total 16 fautes contre la France et seulement 4 des Nord-Américaines, c’est à la fois parce qu’elle a par moments déconné en se montrant soit malvoyante soit hyper sévère et parce que les Bleues ont mis énormément d’impact dans les duels, n’ont rien lâché, sont allées au charbon en permanence. Le pressing haut a porté ses fruits, le succès tricolore a été bâti sur des récupérations du ballon tout près de la surface adverse.

Pendant 20 grosses minutes il ne s’agissait que de baston, pas façon Uruguay-Argentine, pas de la baston dans le sens violence pure, mais l’engagement physique était impressionnant, les Canadiennes envoyaient du pâté, dès qu’une Française recevait le ballon elle avait une adversaire sur le paletot. La rencontre était intense, il y avait beaucoup de contacts, il était impossible aux Bleues de mettre en place leu jeu collectif, on assistait donc à une succession de duels entrecoupée de quelques actions pour la plupart confuses. La tentation était forte de vouloir précipiter les choses, balancer le ballon devant en direction de Marie-Laure Delie, esseulée devant. Ça a failli fonctionner à la 8e minute mais Erin McLeod (le gardien) a bien jailli dans ses pieds pour empêcher la pichenette de l’ancienne parisienne d’être gagnante.

Pendant cette période la défense française a fait dans l’efficacité, elle a parfois semblé au bord de la panique mais Bérangère Sapowicz était très rassurante pour ses coéquipières, ramassant le ballon dès qu’il trainait dans sa surface. Au quart d’heure de jeu elle a bénéficié d’un peu de réussite lorsque Diana Matheson, démarquée dans la surface a été parfaitement servie par une coéquipière lancée dans l’axe. Fort heureusement, cette Canadienne a fait un contrôle américain (^^) et ainsi gâché cette grosse occasion. Elle s’en mordra les doigts longtemps.

L’ouverture du score a complètement changé la physionomie de la rencontre, le Canada ne s’en est pas relevé. Avant ce but chaque équipe mettait tour à tour la pression sur la défense adverse (le ballon était dans l’ensemble plus souvent dans le camp nord-américain), la forçant à dégager sans trop se soucier de la manière. Ensuite, les joueuses emmenées par Christine Sinclair n’ont plus existé.

Christine Sinclair, la star de cette équipe canadienne (117 buts en 161 sélections selon sa fiche sur le site de la FIFA !), a été parfaitement maîtrisée par notre bloc défensif, on ne l’a pas laissée respirer. Pour ne rien arranger elle portait un masque de protection suite à sa fracture du nez – qui n’aide pas à bien respirer^^ – subie lors du match contre l’Allemagne, à 10 minutes de la fin elle a même pris un dégagement de Sonia Bompastor dans la face. Il y a des jours où on se dit qu’on n’aurait même pas dû sortir de son lit.

On n’avait pas beaucoup vu Gaëtane Thiney avant l’action décisive de la 24e minute, elle s’était surtout signalée en tentant une frappe enroulée de loin et en gâchant une contre-attaque en effectuant un mauvais choix. Le jeu passait surtout du côté droit avec Abily et Lepailleur, la première a failli obtenir un penalty, la seconde a provoqué un bon CF tiré un peu trop fort par Sandrine Soubeyrand. Un centre de la Parisienne est à l’origine du but, mal dégagé, le ballon est arrivé dans les pieds d’une Canadienne juste devant la surface, Elisa Bussaglia a parfaitement taclé pour le récupérer (elle a réalisé une prestation énorme dans son rôle de milieu 6-8-10), Louisa Nécib l’a reçu, s’est quelque peu enfoncée dans la surface côté droit, l’a remis en retrait pour la meilleure joueuse de la D1 féminine pour une frappe. Cette tentative, contrée par une adversaire, s’est transformée en passe décisive pour Gaëtane Thiney complètement oubliée dans la surface à l’extrême limite du hors-jeu. La joueuse de Juvisy a pu devancer la sortie de McLeod poings en avant et marquer d’un coup de tête opportun.

Sur leur lancée, les Bleues ont mis le feu, sont restées très agressives, elles dominaient outrageusement dans les duels, dans le jeu, étaient mieux organisées, plus au point techniquement. Il n’y avait clairement pas photo. Le Canada a vécu une longue agonie. Premier tir du match à la 39e minute… même pas cadrée. La rébellion de Sinclair & Cie n’a duré que quelques minutes.

La France n’était vraiment pas bien payée en ne menant qu’1-0 tant sa domination était nette. Beaucoup de frappe (des cadrées, des contrées, des non-cadrées), de centres, des corners… Luisa Nécib a mis du temps pour réellement entrer dans le match, ensuite, si elle n’a pas tout réussi, elle a eu quelques éclairs de génie impressionnants. Sa frappe sans élan des 25 mètres en direction de la lucarne opposée à la demi-heure de jeu après avoir bloqué le ballon… splendide ! Elle nous a refait ça sur un CF très excentré, mais encore une fois McLeod a réussi sa claquette.

Delie a loupé de peu deux buts de la tête d’abord sur un centre… Nécib, puis sur un autre parfait de Lepailleur, les 2 fois le ballon est passé à côté. Marie-Laure Delie n’a pas marqué son 23e but en 22 sélections, elle a eu les munitions pour réussir un triplé, cette fois ça n’a pas souri, mais peu importe, ses coéquipières ont mis le ballon au fond à sa place.

En seconde période la principale différence est que les Canadiennes ont cherché à remettre de l’agressivité mais d’une mauvaise façon, elles sont allées percuter 2 fois Bérangère Sapowicz… Mais ça ne changeait rien, les occasions sont restées françaises avec encore très souvent Nécib à la baguette, le pressing très haut mis en place par la France continuait à porter des fruits. Delie n’était vraiment pas en réussite encore magnifiquement servie elle n'a pas su tromper McLeod, les Bleues donnaient l’impression de beaucoup gâcher, trop. Ça en devenait inquiétant, en général on finit par regretter les occasions manquées… Juste avant l’heure de jeu ma crainte s’est renforcée en voyant le Canada se procurer 2 actions chaudes consécutives, une annihilée par un nouveau contrôle américain de Kaylyn Kyle, puis une née d’une grosse erreur de Sabrina Viguier qu’heureusement Sinclair n’a pu exploiter car Laura Georges a parfaitement défendu.

On commençait à se faire des frayeurs, le second but de Gaëtane Thiney a en conséquence été un énorme soulagement. En pressant devant la défense Delie vole le ballon dans les pieds d’une Canadienne, Gaëtane Thiney en profite, tente une nouvelle frappe de loin cette fois légèrement de l'extérieur du droit, poteau rentrant, 2-0 ! Ce très joli but est venu récompenser le travail de l’équipe, il assurait quasiment la qualification pour les quarts de finale. Restait seulement à gérer la fin de la rencontre au mieux, et notamment à éviter les cartons, celui reçu par Bompastor à la 37e minute étant déjà assez problématique.

Gérer, c’est ce que les Bleues ont parfaitement su faire pendant la dernière demi-heure. Le Canada en revanche a complètement perdu le fil. On a vu les Nord-Américaines tenter de pousser suite à un double changement, elles ont même obtenu une grosse occasion à la 66e, elle a préféré s’effondrer dans la surface au lieu de tirer. La France a profité des espaces et de chaque opportunité pour attaquer. Lorsqu’en plus les adversaires oublient de défendre, c’est encore plus facile. A la 67e minute sur le corner tiré par Soubeyrand personne ne s’est occupé du marquage du Abily, propulser le ballon de la tête au fond des filets n’était donc pas bien compliqué.

A 3-0, le Canada ne pouvait plus rien espérer, même pas un miracle, en conséquence ses joueuses ont évolué en n’ayant plus rien à perdre. Dans la foulée du but elles ont encore laissé échapper une grosse chance d’au moins sauver l’honneur, la fille à la réception du centre en retrait de Sinclair (?) a tiré au-dessus. Pour une fois que Lepailleur avait été débordée…

Les Bleues ont déroulé, Bruno Bini a fait tourner pendant le dernier quart d’heure (Elodie Thomis, Laure Boulleau[2]et Eugénie Le Sommer ont remplacé respectivement Marie-Laure Delie, Gaëtane Thiney et Camille Abily aux 74e, 79e et 82e minutes). Les gens sceptiques à propos de la qualité du jeu proposé en football féminin devraient visionner ce match, il y a vraiment tout eu lors de cette rencontre, du combat physique, de la technique individuelle (quand vous voyez les frappes et passes de Nécib ou encore les centres de Lepailleur, vous rêver que 20% des joueurs professionnels qui peuplent la L1 soient capables de faire de même), de la prise de risques, la mise en valeur des capacités tactiques des joueuses (pressing intelligent, bon replacement, etc.) et surtout une démonstration de jeu collectif fluide, rapide, spectaculaire… Pendant les 10 dernières minutes les Bleues ont décidé de jouer plus bas pour contrer, ça a fonctionné parfaitement puisque Nécib a pu lancer Thomis dans la profondeur avec une passe parfaite au-dessus de la défense. Partie avec 2 mètres de retard Thomis a grillé tout le monde en vitesse, éliminé facilement McLeod et poussé le ballon au fond.

4-0… un score absolument pas flatteur, un résultat parfaitement logique compte tenu de la domination sans partage des Bleues (qui n’ont rien lâché jusqu’à la fin, il restait une petite dizaine de minutes). Admirable ! J’ai toujours cru aux capacités des Bleues[3], mais là je me prends carrément à rêver ! Le plus gros score du tournoi, toujours pas de tir cadré concédé – donc aucun but^^ – en 2 matchs dans un groupe annoncé comme étant le groupe de la mort…

Et si maintenant on faisait un vilain tour aux Allemandes – pas au mieux, elles n’ont battu le Nigéria que 1-0 et certaines de leurs stars ne sont pas dans le coup – en conservant la première place pour récupérer les grands stades pleins ? Eviter le Japon serait sympa si on veut aller en demi-finale. Impossible n’est pas français, et en l’occurrence un match nul contre les hôtes de la compétition suffirait à finir en tête. Plus facile à dire qu’à faire me direz-vous.

La place en quart de finale est acquise (Japon, Angleterre ou Mexique au programme), comme pour le basket féminin c’est à ce stade de la compétition que va se jouer la qualification pour les Jeux Olympiques. Si la Norvège et la Suède pouvaient avoir la bonne idée de ne pas passer les poules (je pense qu’au moins un des 2 passera, j’ai vu tout ou partie du premier match de chacune de ces équipes, ce n’est pas grandiose, tant s’en faut), ça nous arrangerait. A moins de retrouver dans le dernier carré 3 des 4 nations européennes (hors Angleterre qualifiée d’office), la France est sans doute à une victoire d’être représentée aux JO en football pour la première fois depuis 1996 (avec notamment Zidane dans l’équipe).

Allez les Bleues !

Notes

[1] Renard fait 1m87 !

[2] Laure a joué milieu gauche bien que latéral gauche en principe, je pense qu’elle sera titulaire contre l’Allemagne à son poste naturel, j’imagine mal Bini titulariser Bompastor et risquer un jaune qui la suspendrait en quart de finale.

[3] J’ai regardé tous les matchs diffusés sur Direct8 malgré les commentaires de Delpérier, c’est dire !