S’agissant de la plus grosse affiche de la journée, la FIBA Europe avait placé ce match à 20h30 au lieu de 18h comme prévu initialement, on connaissait donc l’identité de l’adversaire du futur vainqueur… la Turquie ! Quelle énorme surprise ! Le Monténégro s’est pris les pieds dans le tapis, il avait gagné ses 6 matchs alors que les Turques s’étaient arrachées pour finir à la 4e place de leur groupe, celui dont sortaient donc les 3 premiers demi-finalistes : la Russie, la République Tchèque et la Turquie.

La perspective de pouvoir affronter une équipe a priori pas très forte – autrement dit d’être sur une autoroute jusqu’à la finale (sur les autoroutes il y a parfois de gros accidents) – était-elle une source de motivation supplémentaire ? Sans doute pas, l’enjeu se suffisait à lui-même pour ne pas penser à la suite.

La crainte était que les Bleues aient perdu le rythme entre leur dernier match de poule dimanche après-midi et cette rencontre couperet. Emmeline Ndongue, gravement blessée au tendon d’Achille contre l’Espagne, a refait le voyage pour venir soutenir ses coéquipières et amies, elle a vécu le match depuis le banc avec son plâtre au pied. Intense comme expérience !

L’ambiance était plutôt hostile car si des supporters français ont fait le déplacement, la proximité de la Pologne avec les pays baltes favorisait la présence d’un nombre supérieur de Lituaniens, on les a beaucoup entendu chanter… Les Bleues les ont fait taire, non sans mal.

Qui dit Lituanie dit pays de basket, tirs de loin, mais chez les femmes ces dernières années ce pays ne figure pas parmi les cadors, son bilan était identique à celui de la France, 4 victoires, 2 défaites, ça semblait être un "bon tirage"[1]. Je ne vais pas vous la jouer grand connaisseur du basket féminin, une seule Lituanienne a joué en LFB, elles m’étaient toutes inconnues (j’en ai sans doute déjà vu jouer lors de campagnes précédentes, je n’ai pas retenu les noms). Bref. Débutons le récit de cette rencontre.

Sandrine Gruda a bâché Egle Sulciute au bout de 9 secondes. Traduction : ce soir, on défend !

D’un côté comme de l’autre, on avait manifestement décidé de jouer l’agression, d’attaquer en drive, en drive, et encore en drive… surtout nous, car les grandes d’en face n’hésitaient pas à tirer à mi-distance. Ça ne nous a pas tellement réussi au début, les Bleues ont encore beaucoup loupé de près, un problème récurrent depuis le début de la compétition. Céline Dumerc a marqué sur la 3e tentative, un des 5 paniers de la France lors de ce premier QT bourré de maladresses et d’erreurs. Précipitation, tension, maladresse… Tous les ingrédients d’un match très laid étaient réunis.

Offensivement, la prestation française était chaotique, seule Emilie Gomis a réussi à marquer plus de 2 points (5, un 3pts et un joli jump-shot après dribble), mais elle a aussi perdu 2 ballons. Clémence Beikes et Endéné Miyem (qui a débuté poste 4) ont été rappelées sur le banc, la première en raison de 2 fautes en moins de 6 minutes, la seconde par manque d’efficacité (elle aura juste réussi une gros contre).

Pendant ce QT les Bleues ont navigué entre -2 et -6, heureusement qu’elles défendaient bien (petit bémol, elles ont tout de même plusieurs rebonds offensifs laissés à leurs adversaires) et que leurs adversaires aussi étaient maladroites. 13-11 pour la Lituanie à la mi-temps, très franchement on s’en sortait bien avec tout ce gâchis (5/14 et 4TO).

Dès son entrée lors du premier QT, on a senti qu’Isabelle Yacoubou était là pour faire la guerre, ça l’a conduit à une ou deux erreurs, elle a eu du mal à convertir certaines opportunités de marquer, néanmoins on pourra tirer un excellent bilan la concernant. Lors de cette rencontre on a retrouvé le pivot dominant dont la présence dans la raquette est dissuasive. Son retour sur le parquet environ 4’30 après la mi-temps a tout changé, elle a fait la différence et permis à la France de prendre le dessus. D’un score de parité (38-38) avec une EdF en train de perdre à nouveau le fil offensivement après être passée devant – enfin ! – et avoir mené de 4 points (38-34), on est passé en quelques minutes à un +9 avec 9 points (4/4 dont un and one) et 3 rebonds de la native du Bénin. L’écart était même de +11 la fin du 3e QT (53-42) grâce à un dernier panier au buzzer d'Edwige Lawson-Wade, qui en a mis plusieurs au cours du tournoi.

L’image symbolique de ce retour de l’EdF en ordre de marche est ce and one d’Isa Yacoubou servie par Flo Lepron partie en drive après une super action collective. A cet instant on a vu toutes les filles exprimer leur hargne et leur cohésion tandis que le coach d’en face était obligé d’appeler un temps mort pour remettre ses joueuses en selle (et pendant ce temps les cheerleaders dansaient sur le tube de l’été dernier, le célèbre Allez ola olé de Jessy Matador, qui aurait dû au pire finir dans le top 3 à l’Eurovision 2010, mais un noir qui chante en français, dans certains pays c’est éliminatoire).

Je sais, vous vous dites que j’ai oublié le 2e QT et une bonne partie du 3e… Au bout de 20 minutes le score était de 34-33 pour la Lituanie. Globalement, les stats se tenaient à une ou 2 unités près (nombre de paniers marqués à 2 et 3pts, de rebonds offensifs, défensifs, de passes, de TO, d’interceptions), sauf les contres (4-0 pour la France) et surtout les fautes, 14 fautes lituaniennes dont 10 lors du 2e QT (!!!), 5 sur Céline Dumerc, seulement 9 coups de sifflet à l’encontre des les Bleues. Etre dans la pénalité très tôt, ça fait mal, on concède beaucoup de LF (12 pour la France lors de ce QT, 6/8 pour notre capitaine), ce qui réduit automatiquement le nombre de tirs tentés par l’équipe qui va sur la ligne, mais un LF sera toujours plus facile à convertir qu’un tir dans le jeu (hors layup ou dunk[2] bien sûr).

En effet, s’il faut retenir quelque chose de positif lors cette première période, ce sont les fautes provoquées, elles ont eu un énorme impact sur la suite de la rencontre. A la mi-temps la Lituanie avec 2 joueuses à 3 fautes et 2 à 2 fautes, dont Sandra Linkeviciene, la "star" de l’équipe. Il est vrai que la France avait aussi 3 joueuses atteindre par ces problèmes de fautes (3 pour Beikes, 2 pour Gruda[3] et Yacoubou), ça a eu moins de conséquences.

Après avoir très bien défendu pendant le premier QT, les Bleues ont relâché la pression lors du suivant, laissant notamment les Lituaniennes leur coller 3 bombes derrière l’arc (dans l’ensemble les Baltes ont été plutôt bien tenues dans ce domaine (4/10 en première période et seulement 2/8 en seconde). C’est en retrouvant leurs fondamentaux, en dominant enfin au rebond et en se montrant légèrement plus adroites que les Françaises se sont mises sur la bonne voie, celle du succès. Très handicapée par les fautes (26 en tout en 40 minutes !), privée pour ces raisons de ses meilleurs éléments à des moments clés (2 joueuses éliminées, une a fini avec 4 fautes et 3 avec 3), la Lituanie n’a pas été en mesure de lutter, d’autant que ses joueuses majeures ont été étouffées (2/10 pour Linkeviciene, 4/13 pour Sulciute comme pour Bimbaite).

Pendant 19’21 la France aura été incapable de passer devant, elle en a pourtant l’occasion à de nombreuses reprises, la Lituanie a plusieurs fois mené de 6 points, il y a eu 2 ou 3 égalisations. En seconde période, les Bleues n’ont été menées que durant les 10 secondes précédent un and one de Dumerc, elle s’est mise à l’abri (jusqu’à +12), puis a géré, même si à 2-3 minutes de la fin la Lituanie s’est rapprochée à -5. L’expérience de nos meneuses a été primordiale (que 2 pertes de balle lors du dernier QT), sans le layup main gauche au buzzer de l’ancienne et future Berruyère au moment du retour à -5, ça aurait pu très mal se terminer. Il y a encore eu un peu de flottement après le second retour à -5 mais tout de même une certaine maîtrise. Score final, 66-58.

A la mi-temps 5 Françaises seulement avaient marqué (déjà 10 points de Gomis, particulièrement agressive en attaque), à la fin… idem. Dumerc, Lawson, Gomis, Gruda et Yacoubou ont toutes inscrit 13 points, Gomis un de plus. Pierre Vincent a resserré sa rotation à 9 joueuses [4], laissant Marion Laborde et Aurélie Bonnan sur le banc tout le match, Endy Miyem n’a joué que 10 minutes. Chacune des contributrices a eu son ou ses moments forts (l’inverse est aussi vrai, par exemple il a fallu sortir Gruda un moment lors du dernier QT car elle n’y était plus trop), toutes les filles ont participé au travail de l’ombre. Quand on regarde de près on se rend compte qu’une Flo Lepron, malgré son 0/4 aux tirs, a été très importante, 5 rebonds, 4 passes, 1 contre, ce n’est pas rien. Jennifer Digbeu a surtout apporté en défense, elle a beaucoup joué poste 4.

La France est le seul rescapé de sa moitié de tournoi (en comptant les groupes du premier tour) dans lequel on retrouvait la Grèce, l’Espagne et la Lettonie. Sur les 8 premières équipes de l’Euro 2009, il ne reste que la France, la Russie et la Lettonie dans le top 8 de cette édition.

On peut maintenant espérer un exploit, un 2e titre consécutif – en attendant dans 2 ans l’EuroBasket en France – qui qualifierait directement les Bleues pour les JO. Ce sera très compliqué, la Turquie va nous opposer un jeu super physique, en finale ce serait la Russie ou la République Tchèque… De toute façon l’essentiel est fait, l’objectif premier est atteint, la place assurée au Tournoi préolympique l’été prochain (sauf en cas de titre).

Maintenant, ne pas finir avec une médaille serait décevant, gagner serait l’apothéose, comme on dit «c’est du bonus», sans Emmeline Ndongue j’ai des doutes sur la faisabilité de l’exploit, mais qui sait, les Bleues sont pleines de surprises !

Allez les Bleues !

Notes

[1] Il ne s’agit pas d’un tirage au sort, mais vous comprenez l’idée.

[2] On en voit au mieux quelques-uns par an dans le monde chez les femmes.

[3] La 2e, un écran mobile à quelques secondes de la mi-temps^^.

[4] 0/9 aux tirs et 0/2 aux LF pour les 4 joueuses qui n’ont pas marqué.