Non seulement une défaite permettait d’affronter l’Angleterre au lieu du Japon en quart de finale (a priori une bonne affaire, car pour avoir vu un peu jouer les 2 équipes l’une contre l’autre, si les Européennes ont gagné avec de la réussite avec un but incroyable de la fille qui joue en pointe, elles ont été dominées par les Asiatiques, qui semble réellement meilleures… et puis on connaît bien les Anglaises, on les joue régulièrement, on reste sur 5 victoires et 5 nuls contre elles), mais aussi et surtout de ne pas se taper un nouveau long déplacement fatiguant vers l’autre bout de l’Allemagne.

Que devait faire Bruno Bini ? Deux possibilités :
-jouer à fond avec la meilleure équipe possible afin d’entretenir une dynamique, se tester, travailler les automatismes en mode compétition ;
-mettre le résultat complètement de côté et offrir du temps de jeu à ses remplaçantes pour totalement les impliquer dans la Coupe du monde.

Son choix, ne faire que 4 changements : Laure Boulleau a joué à gauche, Wendie Renard est revenue (dans l’axe de la défense cette fois), Elodie Thomis a été titularisée en pointe avec Eugénie Le Sommer à droite. Le reste n’a pas changé par rapport au match décisif contre le Canada. Autrement dit il s’est assis le c*l entre 2 chaises. J’espère qu’on n’aura pas à regretter de ne pas avoir tranché pour s’engager résolument dans l’une ou l’autre de ces deux voies. Le sélectionneur a pris le risque que l’équipe subisse des tuiles. Il a même pris le risque de ne pas perdre (à 3-2 les Allemandes serraient les fesses, Marie-Laure Delie a failli égaliser). Pourquoi avoir aligné tant de joueuses importantes ? A posteriori on peut parler de grosse erreur stratégique. Ça peut arriver, comment lui en vouloir ? Il a fait un tel travail pour monter cette équipe et la mener là où elle en est… et puis il ne pouvait pas imaginer que l’arbitrage serait si minable. 2 cartons jaunes scandaleux contre des Bleues, en tout 3 joueuses averties (plus Sonia Bompastor, qui a été préservée à cause de son carton contre le Canada), Bérangère Sapowicz exclue et suspendue pour le quart de finale (elle est de très loin notre meilleur gardien de but)…

On paie au prix fort la décision de ne pas envoyer au feu nos remplaçantes. On s’en sort sans blessure, ça aurait pu être encore pire, ma plus grosse crainte était justement celle-ci, des blessures, car devant leur public (45867 spectateurs étaient réunis dans le stade de Mönchengladbach, des millions suivaient la rencontre à la télévision), les championnes en titre ne pouvaient se permettre de ne pas l’emporter. Ça nous promettait un match très physique, très engagé.

Que cherchait Bruno Bini ? Avait-il envie de décomplexer ses joueuses en tentant de jouer un mauvais tour[1] à une équipe d’Allemagne sous pression et peut-être prenable ? S’agissait-il de la simple expression de la rivalité footballistique franco-allemande dictant à tout sélectionneur français affrontant les représentant(e)s de notre voisin d’outre-Rhin de faire du mieux possible ? Craignait-il de casser la dynamique collective en cas de défaite trop sévère ? Voulait-il donner la meilleure image possible du football féminin français pour entretenir l’intérêt naissant des médias pour la version dames du sport le plus populaire dans l’Hexagone ?

On aurait pu perdre tranquillement, prendre joyeusement une valise avec nos remplaçantes – on ne sait pas, si ça se trouve elles auraient fait très bonne figure – sans entamer notre capital confiance dans la mesure où les excuses étaient toutes trouvées : en face c’était l’Allemagne, on a mis au repos nos titulaires, le résultat n’est pas significatif. On aurait rencontré l’Angleterre en quart avec l’avantage de la fraîcheur et un effectif au complet. On aurait même pu se servir de cette valise éventuelle pour titiller l’orgueil des filles, faire naître chez elles une envie de se refaire, de prouver qu’elles valent mieux que ça.

On se retrouve donc dans cette situation : on joue l’Angleterre samedi après avoir disputé un match très intense face aux Allemandes mardi, on n’a pas l’habitude d’enchaîner les rencontres de ce niveau à ce rythme (même les Lyonnaises), on va devoir aligner notre n°2 au poste importantissime de gardien, on a perdu nos certitudes défensives, et si on atteint le dernier carré on risque de devoir se passer d’une ou plusieurs joueuses car Sonia Bompastor, Wendie Renard, Laura Georges et Elise Bussaglia (¾ de notre défense et notre femme à tout faire du milieu) sont maintenant sous le coup d’une suspension au moindre carton jaune.

On a troqué tout ça contre quelques enseignements rassurants concernant notre capacité de réaction face à l’adversité et aux événements défavorables. Cette équipe a du cœur, on le sait, certains de ses éléments sont quasiment indispensables, en premier lieu Camille Abily, on le savait aussi.

Camille Abily est aux Bleues ce que Steven Gerrard est – ou a été quand il était dans sa meilleure forme – pour Liverpool. Elle brille même lorsqu’elle n’est pas là. Cette fille est capable de tout, de jouer 6, 8, 10, 9 ½ ou encore à droite, de faire des passes décisives, de marquer dans le jeu, de marquer sur corner, de tirer les CPA, elle a une force de frappe phénoménale… Son rôle est à la fois celui d’un leader technique et d’un leader de groupe, une meneuse de femmes (^^).

En première période, pendant qu’elle était sur le banc, l’EdF a semblé se contenter d’être – ou du moins d’essayer d’être – solide défensivement. Offensivement c’était le néant quasi absolu, Thomis ne semblait capable que de courir, on n’a pas pratiquement pas vu Louisa Nécib hormis lorsqu’elle s’est mangée une obstruction énorme juste devant l’assistante après un petit pont. Bien sûr, cette faute n’a pas été sifflée, alors que le taquet de la Marseillaise au cours de la minute suivante a été vu, lui. Madame l’arbitre, une Finlandaise, a mis très longtemps à siffler la première faute, mais plus le temps passait, plus elle sifflait de façon intempestive en faveur des Allemandes. En revanche, comme vous allez pouvoir le constater (si les vidéos sont en ligne), les Bleues ont reçu 2 cartons pour des tacles parfaitement sur le ballon (celui de Renard est collector) et 3 secondes avant la faute sanctionnée d’un penalty et d’un carton rouge – super sévère le rouge, le ballon est déjà parti quand l’Allemande est fauchée, elle a déjà laissé passer son occasion de marquer et tomber alors que de toute façon elle n’aurait pas pu reprendre le ballon pour le pousser au fond – le jeu devait être interrompu pour une faute évidente sur une Française à l’angle de la surface.

L’Allemagne a fait subir une pression physique intense aux Bleues, le Canada l’avait également fait, seulement cette fois la réponse n’a pas été à la hauteur. Le manque d’agressivité observé s’explique-t-il par l’absence d’enjeu réel ? Le contexte a-t-il eu un effet inhibant ? Lors de la première période la France n’a pas joué juste, elle n’a pas joué du tout (premier tir à la 28e minute). Précipitation, manque de maîtrise technique… L’équipe était méconnaissable.

Renard a multiplié les erreurs, elle en a commis au moins 4 ou 5 dont 2 payées cash par 2 buts. C’est dommage – ou pas – car les Bleues semblaient assez bien organisées, pendant les 10 premières minutes tout se passait dans une bande de 40 mètres au milieu du terrain, tactiquement c’était presque parfait, l’Allemagne éprouvait les pires difficultés à s’approcher de notre surface de réparation. Les locales, poussées par leur public, ont alors progressivement pris le dessus et mis la pression, à la 13e Sapowicz a effectué un premier arrêt, un sauvetage énorme à bout portant… mais de toute façon il y avait HJ. La France n’a pas réellement pris l’eau, pendant un temps les débats se sont calmés, on a vu un carton jaune allemand (coup de coude par excès d’agressivité dans un duel) et 2 ou 3 soucis défensifs des Bleues (des problèmes de relance et de couverture sur les côtés, en particulier côté droit).

Et puis l’Allemagne a ouvert le score (24e). Long CF fabuleusement bien tiré, Renard lâche le marquage, on se fait avoir dans notre dos, coup de tête imparable de Kerstin Garefrekes.

Après un CF d’une trentaine de mètres bien tiré par Sandrine Soubeyrand (repoussé des poings en plongeant par la gardienne), la France a encaissé un nouveau but (32e). D’abord désorganisée par une contre-attaque bien joué mais sauvée par le super retour de Laure Boulleau, la défense des Bleues n’a ou compter sur l’aide de Gaëtane Thiney, revenue pour aider mais facilement éliminée sur le côté, le centre a lobé Laura Georges (1m71) et profité à Inka Grings, oubliée par Wendie Renard. Il y a sans doute encore eu un manque de communication.

En foot, la taille compte à certains postes, mais elle ne fait pas tout, être grand(e) ne suffit pas. Toutes les équipes de football masculin n’ont pas la chance de posséder un défenseur central mesurant 1m87, chez les filles c’est très rare, et nous, on a Wendie Renard, seulement cette joueuse n’a que 20 piges. Fort logiquement, elle a énormément à apprendre concernant le placement, elle doit progresser dans le marquage, gommer certains défauts, travailler la concentration. On se prend 2 buts de la tête des joueuses sur lesquelles la grande Lyonnaise devait défendre… Il y a un gros problème Et je ne parle même pas de sa coiffure à la Coridon.

Aux 40-41e minutes, 2 jaunes coup sur coup, un logique contre Elise Bussaglia, un scandaleux contre Laura Georges. Si maintenant on n’a plus le droit de tacler sur le ballon en arrivant sur le côté pour le mettre en touche… C’est de l’arbitrage de futsal… ou de m*rde.

A la mi-temps l’Allemagne menait donc 2-0 sur un total de 5 tirs contre 2 de notre côté. Voyant que son équipe était bidon, Bruno Bini a alors choisi de rester assis entre 2 chaises mais de rapprocher les chaises… De toute façon maintenant il fallait réagir sinon c’était la fessée assurée. Il a donc sorti 2 des 5 Lyonnaises titulaires (avec 4 Parisiennes et 2 joueuses de Juvisy), les fantômes de Nécib et Thomis, pour faire entrer une autre Lyonnaise, Abily, et Melle Unbutparmatch, Marie-Laure Delie. Il me semble que Le Sommer est passée à droite, Thiney dans l’axe, Abily à droite, elles ont dû pas mal permuter (pas facile de les reconnaître, chevelure blonde/châtain clair, queue de cheval, toutes des chaussures jaunes, pas très grandes… en plan large c’est galère, c’est moins facile que de faire la différence entre Giuly et Hoarau^^).

Ces changements ont radicalement modifié le cours de la rencontre. Pour le spectateur non supporter français, c’est devenu génial, un vrai match dingue comme on les aime, des tas de rebondissements, d’occasions, de buts, de la tension…

Pendant les premières minutes, R.A.S. hormis une provocation allemande sur Abily après un tacle de celle-ci. Ensuite la France s’est montrée plus agressive, elle a commencé à pousser, à construire, à frapper au but, l’Allemagne subissait, elle tentait de jouer en contre lorsqu’elle parvenait à sortir de son camp (super sortie de Sapowicz). L’EdF a alors réduit l’écart (56e) sur un corner de Soubeyrand repris par Delie, qui venait de cadrer un premier tir. Là aussi, pas vraiment de marquage sur CPA, une belle tête à 5m50 au premier poteau. 23e but en 23 sélections…

Les Allemandes ont tout de suite réagi, bien aidées par l’arbitre, Bérangère Sapowicz a dû intervenir plusieurs fois, notamment en plongeant au pied de son poteau droit sur le CF le plus scandaleux de cette compétition. Ce CF était la conséquence d’une faute fantôme ayant valu à Wendie Renard un jaune hallucinant.

Le coup de grâce a été porté à la 65e avec cette faute évidente sur Georges non sifflée, ça a créé un décalage dans la surface, l’Allemande fautive a pu servir Fatmire Bajramaj, laquelle a tenté un petit piqué avant d’être fauchée par celle qui nous avait sauvé plusieurs fois. Le péno, OK, le rouge est abusif, elle n’y va pas pour faire mal, le ballon est déjà parti, ce n’est donc pas une faute d’antijeu, l’occasion de but est passée. Mme Heikkinen a commis un paquet d’erreurs de jugement très coûteuses lors de cette rencontre. Bien sûr il a fallu sortir une joueuse de champ – en l’occurrence Eugénie Le Sommer – pour faire entrer un gardien, Céline Deville n’était pas échauffée, elle n’a rien pu faire sur le penalty et a vraiment été tout sauf rassurante par la suite.

Malgré cet arbitrage à sens unique l’EdF a failli revenir de 3-1 à 3-3. Les Bleues ont poussé à 10 contre 11 et marqué une nouvelle fois sur corner, Laura Georges a profité de l’attraction provoquée par le gabarit de Wendie Renard, la défense s’est concentrée sur la perche de 2 mètres (en comptant les cheveux, oubliant l’ancienne joueuse du PSG[2] juste derrière (72).

2 minutes plus tard Sandrine Soubeyrand a trouvé Marie-Laure Delie d’une passe magnifique, mais excentrée côté gauche dans la surface la Montpelliéraine – autre ancienne du PSG – a trop croisé sa frappe. C’était LA grosse occasion de 3-3 qui aurait fait très mal aux Allemandes.

La fin de la rencontre a été très difficile. CF enroulé dans le petit filet, sauvetage d’Abily sur la ligne suivi d’un tir lointain sur la barre… C’était chaud. A la 86e Gaëtane Thiney, encore très discrète, est partie en contre à 2 contre 2 mais Delie n’a pas fait le bon appel, cette réelle occasion de 3-3 a été gâchée – de mon point de vie tant mieux – et 2 minutes plus tard la "sanction" un centre prolongé au second poteau pour Célia Okoyino da Mbabi, une joueuse née en Allemagne de père allemand et de mère française (elle a logiquement opté pour la sélection allemande en 2004). Volée gagnante.

Sur cette action la défense de Renard n’est pas terrible, Laure Boulleau a complètement lâché sa joueuse pour aller n’importe comment dans l’axe vers la joueuse qui a dévié. Laure a des circonstances atténuantes, elle n’a pas énormément de sélections donc pas beaucoup d’expérience, elle n’a pas encore joué la Ligue des Champions, un match de cette intensité, c’est nouveau pour elle. De surcroît son dernier match complet remonte sans doute à la dernière journée de D1, ça fait un moment. Pendant le dernier quart d’heure elle était bouillie, ça se voyait.

Les Bleues ont failli revenir à 4-3 lors du temps additionnel, la magnifique frappe de Camille Abily de trèèèèèès loin se dirigeait sous la barre.

Il y a encore eu un peu de mouvement sans 7e but.

Perdre 4-2 dans ces circonstances n’est pas déshonorant, on aurait aimé se passer de prendre des risques et des cartons. Espérons que dans une grosse semaine et dans un avenir plus lointain on puisse changer d’avis et se dire que finalement au lieu d’être une erreur il s’agissait juste d’un investissement… Parfois il faut payer pour apprendre. Les filles qui ont joué ce match ont maintenant l’expérience d’une rencontre face au top du top dans un contexte très inhabituel pour elle. Jouer devant tant de monde, avec autant de bruit, c’est compliqué, ne serait-ce que pour communiquer sur le terrain. Espérons retrouver les Allemandes en finale (en petite finale ce serait mauvais dans l’optique d’une qualification pour les JO).

Enseignement de la rencontre, on a quand même bien fait de composter le ticket pour les quarts dès le 2e match, ça aurait pu mal se finir cette affaire (le Canada a été battu 1-0 par le Nigéria, il y a eu une panne de courant dans le stade lors de la rencontre).

Le match le plus important de l’histoire du football féminin français aura lieu samedi à 18h, on a vu qu’avec une équipe de France à 70% il y a moyen d’embêter les Allemandes, espérons qu’à 90% (sans Bérangère) ont puisse taper les Anglaises…

Allez les Bleues !

Notes

[1] Tout a été prévu à partir de l’hypothèse d’un carton plein allemand en poule, les plus grands stades, les horaires, la billetterie. Si la France avait fini première du groupe elle aurait foutu un beau bordel !

[2] Il y a longtemps, elle est ensuite partie aux Etats-Unis en NCAA avant de signer à Lyon. Elle vient des Yvelines.