L’échappée du jour, comme toujours, partie le matin à 5, comme d’habitude (depuis le début les coups partent à 4 ou 5). Cette fois, il n’y a qu’un Français, Anthony Roux, il est accompagné de 2 coéquipiers[1] Néerlandais déjà vus à l’avant depuis le début du Tour de France, Johnny Hoogerland et Lieuwe Westra, d’un Colombien, Leonardo Duque, et de l’Italien Adriano Malori.

Johnny Hoogerland… Hoo ! Gerland ! Fils d’un fan de Johnny Rep ? Supporter de l’ASSE ? On devient qu’il est là pour endosser le maillot à pois (il a déjà un point depuis sa première échappée) et qu’il part avec une longueur d’avance dans l’esprit de beaucoup de votants du prix du combatif du jour.

Fabrice Jeandesboz et Jürgen Roelandts ont essayé de les rejoindre, ça n’a pas fonctionné. Comme l’écart restait assez réduit, Sylvain Chavanel a tenté à son tour de rejoindre l’échappée histoire de se tester et de passer la journée devant, ce qui est plus confortable que de galérer à l’arrière. Sa chute mercredi a mis en vrac son épaule (luxation), il ne va pas bien. Pour lui non plus ça n’a pas fonctionné, il a donc vécu l’horreur toute la journée (et a fini dans un groupe à plus de 12 minutes du vainqueur, il a failli abandonner).

Finalement le peloton a laissé le groupe de 5 prendre le large, l’écart a atteint 11’35. Hoogerland était bien là pour prendre le maillot à pois, il a même attaqué pour aller assurer les points de la première côte de 3e catégorie. Comme d’habitude ça a beaucoup accéléré à l’approche du sprint intermédiaire, l’échappée a perdu beaucoup de temps, c’est le revers de la médaille, la nouvelle règle est néfaste aux fuyards. Pour info Roux a battu Duque au (Cavendish a ensuite réglé le peloton). Le Français a ensuite pris le dessus sur Hoogerland en haut de la seconde ascension de 3e catégorie, ce qui n’a pas suffi pour griller le Néerlandais dans la course au maillot des grimpeurs.

Ça avait bien embrayé derrière, du coup Malori et Westra ont décidé d’en remettre une à 60 bornes de l’arrivée, ils sont partis à 2, Hoogerland n’avait aucun intérêt à rouler pour revenir sur son coéquipier, d’autant qu’aider Anthony Roux à revenir en tête lui aurait fait risquer de perdre le maillot (car il restait une côte de 4e catégorie). Les 3 chasseurs ont fini par se relever.

Au sein du peloton c’est devenu n’importe quoi car tout le monde voulait être devant, les leaders remontés par leurs lieutenants, les sprinteurs et bien sûr les hommes chargés de mener le train. A 30 kilomètres de l’arrivée Contador a crevé, il a fait un bout de chemin sur le vélo pas à sa taille d’un coéquipier, il y a eu des cassures, la pluie et le vent rendaient la course assez terrible. Un beau bordel.

A moins de 20km de l’arrivée Malori a décidé de tenter sa chance en solitaire. Ses qualités dans l’épreuve du contre-la-montre sont réelles, après une si longue échappée elles ne pouvaient suffire, mais il a bien résisté, il lui a manqué environ 2700m. L’Italien a au moins partiellement réussi son coup, il a été élu combatif du jour. Anthony Roux aussi aurait pu briguer cette distinction car il a tenté un truc totalement dingue : à 14-15 bornes de la fin de l’étape il a attaqué une seconde fois après avoir passé une grande partie de la journée à l’avant et avoir été avalé par le peloton… Il sera resté environ 5 km en chasse-patate.

Les 3 derniers kilomètres étaient en montée, tout d’abord bien pentue puis en faux-plat. Thomas Voeckler, revenu dans le peloton après un ennui mécanique, a tenté de partir, seulement il se retrouvait avec Jelle Vanendert (coéquipier de Philippe Gilbert), pas décidé à aider le Français après avoir lui-même lancé l’offensive. Ça a avorté, un sprint massif était inéluctable, bien que Vinokourov ait mis le nez à la fenêtre.

Cavendish n’a pas été capable de rester dans le coup, la montée a dû avoir raison de lui. Les costauds étaient là. Edvald Boasson Hagen n’a pas fait la même erreur qu’hier, cette fois il a attendu avant de faire son effort, il a gagné devant l’Australien Matthew Goss et un autre Norvégien, Thor Hushovd, toujours maillot jaune. J’ai l’impression qu’on a actuellement une belle génération de sprinteurs, ça fait du bien de se dire que Cavendish a de la concurrence, on peut espérer qu’il ne gagne pas un minimum de 4 étapes chaque année pendant 10 ans…

Farrar et Boasson Hagen ont ouvert leur compteur depuis le début de ce Tour, à qui le tour ? L’idéal serait que les Français trouvent le chemin du podium, pour le moment ils n’ont pas porté le moindre maillot, n’ont pas levé les bras, ils n’ont eu droit qu’au lot de consolation, le dossard rouge. Ils attaquent, ils se mêlent bien aux sprints, mais ça ne gagne pas. Romain Feillu a encore terminé à une place d’honneur (4e), on trouve Arthur Vichot à la 6e place, on a un 3e Français dans les 10, mais bon, OSEF, on veut des victoires d’étapes, on ne peut pas laisser indéfiniment les Belges, les Ricains, les Australiens, les Anglais, les Norvégiens – plus les Néerlandais et les Espagnols si on compte les maillots (Philippe Gilbert conserve le maillot vert avec 144 points contre 143 pour José Joaquin Rojas, 5e de l’étape, Hushovd est en jaune, Hoogerland a les pois) – se gaver ! L’étape de vendredi a l’air inintéressante au possible, espérons qu’un de nos sprinteurs crée la surprise. Vivement le Massif central.

Signalons que Levi Leipheimer est un des perdants du jour, il a concédé 1’05 sur les cadors en raison d’une chute en fin d’étape un peu avant la zone "neutralisée"[2].

Notes

[1] Chez Vacansoleil.

[2] Ce n’est pas le terme juste, mais dans les 3 derniers kilomètres lorsqu’un coureur est victime d’une chute ou d’un problème mécanique on le crédite du temps du groupe au sein duquel il figurait à 3 bornes de l’arrivée.