5 ans plus tard, jour pour jour, le 9 juillet 2011, lors de la Coupe du monde de football féminin organisée en Allemagne (en l’occurrence la rencontre s’est disputée à Leverkusen), l’équipe de France poursuit son épopée après un tir au but de Faye White sur la barre transversale (quasiment au même endroit que Trezegol). Après 120 minutes de jeu, le score était de 1-1. C’est un peu comme si le "mojo" du foot français avait été égaré par les Bleus outre-Rhin il y a 5 ans et que les Bleues l’avaient absorbé en séjournant en Allemagne. Cette équipe montre des valeurs de solidarité et de combativité fantastique, du jeu, de la technique, de l’expérience, de l’envie, de l’intelligence, de la créativité, de la discipline… On a retrouvé un peu toute l’histoire de l’équipe masculine en un seul match. Je citerais pêle-mêle :
-le tir au but de Di Biagio sur la barre lors du quart de finale en 1998,
-l’égalisation Wiltord lors de la finale de 2000 alors que les carottes semblaient cuites,
-le T.A.B. manqué par Platini en 86 contre le Brésil, c’est souvent le n°10 hyper talentueux qui ne marque pas,
-la qualification pas inespérée mais relativement inattendue pour le dernier carré alors que jamais la France n’y était encore parvenue, comme en 1958 (avec comme à l’époque une équipe hyper offensive),
-un scénario aussi marquant avec un sentiment d’injustice comme contre l’Allemagne à Séville en 82…

Certes, à première vue il ne s’agit ici que d’un quart de finale, mais non, il s’agit de beaucoup plus : cette qualification offre aux Bleues une reconnaissance nationale et mondiale, peut-être seront-elles championnes du monde dimanche prochain en direct sur TF1, elles ont déjà obtenu leur qualification pour les Jeux Olympiques où elles peuvent aller chercher une médaille ! Le football français n’a pas été représenté aux JO depuis 1996 (!!).
Noël Le Graët doit faire la moue[1]

La rencontre avait lieu à Leverkusen dans une enceinte assez pleine, garnie de 26395 spectateurs ou supporters dont un contingent non négligeable de Français, les conditions météo étaient assez idéales. L’Angleterre de Faye White en blanc, les Bleues en bleu, ça reste ce qu’il y a de mieux. Depuis 37 ans la France n’avait pas perdu contre cet adversaire premier de son groupe mais moins coté au classement FIFA, 10 matchs sans défaite (5V, 5N), les 3 derniers étant des nuls, série en cours, ce n’était vraiment pas le moment d’interrompre la série.

Pour porter cette série à 11, Bruno Bini a choisi d’aligner les 10 joueuses de champ titulaires contre le Canada, car il s’agissait de loin du match le plus abouti de son équipe tant derrière qu’au milieu. Ses erreurs face à l’Allemagne ont coûté sa place à la jeune Wendie Renard, Sabrina Viguier lui est préférée dans l’axe à côté de Laura Georges, la taulière de la défense centrale. Sonia Bompastor fait son retour à gauche, Laure Lepailleur est reconduite à droite, c’est bien normal. Milieu classique avec en n°6 Sandrine Soubeyrand (38 ans dans quelques jours), capitaine emblématique des Bleues, Elise Bussaglia en 8, un trio offensif formé de Gaëtane Thiney, Louisa Nécib et Camille Abily avec en principe la première et la troisième sur les côtés mais aussi régulièrement dans l’axe, surtout la joueuse de Juvisy (qui de temps en temps permutait avec Nécib). Devant, Melle Unbutparmatch, Marie-Laure Delie, qui n’a pas réussi à marquer un 24e but pour sa 24e sélection, il s’en est fallu de peu.

Au poste crucial de gardien pas d’autre choix que de faire confiance à Céline Deville, entrée en jeu sans échauffement contre l’Allemagne suite à l’exclusion sévère de Bérangère Sapowicz en seconde période. La désormais ex-Montpelliéraine néo-Lyonnaise a beau avoir pas mal d’expérience internationale, elle est apparue paniquée et très peu rassurante sur ce qu’on lui a vu faire, retrouver de la sérénité était impératif. Face aux Anglaises son début de rencontre a été très compliqué, la fébrilité était toujours bien présente, puis progressivement elle a pu prendre confiance grâce à quelques prises de balle aériennes. Sur le but anglais R.A.S., on ne peut pas lui reprocher d’être légèrement avancée, sur la séance de tirs au but elle a été bien aidée par l’incapacité des tireuses adverses à maîtriser leurs nerfs.

Les Anglaises sont professionnelles, certaines jouent aux Etats-Unis, beaucoup évoluent dans les clubs comme Arsenal, Everton, Birmingham City, Chelsea. Les Françaises ne sont pas toutes dans ce cas, en dehors des Lyonnaises peu ont un contrat fédéral leur permettant de vivre du football. Chez nous c’est l’intersaison, chez elles la trêve. Logiquement l’Angleterre aurait dû être supérieure, ne serait-ce que physiquement. De l’impact, elles en ont mis beaucoup. Trop par moments, le rouge aurait pu être sorti, l’arbitre a sorti 4 fois le jaune. En fin de rencontre et pendant la prolongation ce n’est pourtant pas de notre côté qu’étaient les crampes.

J’en viens au match.

Avant toute rencontre internationale de football, on joue les hymnes. Beaucoup ont reproché aux Bleus de ne pas les chanter, régulièrement en voit un pouffer de rire quand il en entend un s’essayer à entonner les paroles. Chez les filles toutes chantent, y compris les plus tendues. Le banc n’est pas en reste.

L’Angleterre donne le coup d’envoi, on commente tout de suite le pressing, mais rapidement on se fait refroidir. Au bout de 10 secondes passe en profondeur anglaise dans le dos de Georges, Deville sort loin de son but et se fait effacer par Kelly Smith qui heureusement s’excentre et permet le retour de la défense pour contrer son tir… Enorme frayeur d’entrée. Sur le corner on dégage à l’arrache.

Dominée en tout début de rencontre, la France a rapidement pris le dessus au milieu de terrain, a commencé à tenter des frappes, de loin Abily a tiré 50cm au-dessus de la barre, les CF et surtout les corners ont commencé à s’enchaîner, ces derniers étant obtenus soit en tentant de centrer au bout d’actions de mieux en mieux construites, soit à l’image de Lepailleur en se battant comme une folle pour forcer une adversaire à sortir le ballon. Le pressing très bien organisé et surtout très haut gênait considérablement l’Angleterre, incapable de réagir, si ce n’est de manière très épisodique, par exemple sur corner (car Deville était encore très fébrile). On voyait énormément Gaëtane Thiney, néanmoins le jeu passait beaucoup sur la droite avec Lepailleur et Abily, Delie se déplaçait beaucoup. Si les Bleues dominaient largement, le danger pour la défense anglaise était limité, il lui a fallu contrer quelques frappes, mais les Françaises faisaient souvent le mauvais choix en attaque, elles ne se comprenaient pas, dans les 30 derniers mètres adverses les passes manquaient terriblement de justesse. Parfois le problème se situait au niveau du contrôle alors que le service était réussi. En gros, il nous manquait une Louisa Nécib dans le coup.

Il a fallu attendre la 25e minute pour enfin voir un tir cadré de l’EdF, l’œuvre de Thiney servie par Delie sur une contre-attaque. Karen Bardsley a dû plonger pour repousser cette magnifique frappe de volée.

La France a continué sur sa lancée. Partie dans la profondeur Delie a vu sa frappe être déviée. Corner, Nécib récupère le ballon devant la surface, elle doit frapper en première intention mais contrôle, cherche à mieux se placer et envoie le ballon un peu au-dessus de la barre. Le gros problème de l’EdF, pas besoin de le chercher ailleurs, si le 10 (avec le n°14^^) passe à côté de son match, dans ce système, ça se ressent fortement. La Marseillo-Lyonnaise a impressionné lors des 2 premières rencontres, a été transparente en première période face à l’Allemagne, et là, encore une fois, elle s’est manquée, ses éclairs de génie ont disparu dans la brume… Elle n’a pas joué juste, pas joué simple, a trop voulu éliminer, s’est compliquée la vie et a perdu beaucoup de ballons. Ce manque de spontanéité est assez récurrent, j’ai remarqué qu’elle frappe très rarement en mode «comme elle vient !», contrairement à Bussaglia. La Parisienne loupe beaucoup de ses tentatives, mais de temps en temps ça fonctionne… et là c’est grandiose ! (Ça peut même se transformer en passe décisive comme face au Canada.) Bon, là, je grille les étapes. Reprenons, nous en sommes à la demi-heure de jeu.

Pour une équipe d’Angleterre au jeu assez stéréotype anglais à l’ancienne, donc très physique, avoir pour l’arbitre une Suédoise était une bonne nouvelle. Mme Palmqvist (qui est d’origine asiatique, elle doit régulièrement arbitrer les Bleues ou alors l’OL en LdC, elle est assez connue) a énormément laissé jouer, le combat était rude, ça envoyait du pâté… un vrai match d’hommes ! (^^)

Nécib a failli sauver son match à la 37e en mettant à profit un des rares CF exploitable du match (22 fautes sifflées sur au moins 40 à 50 en 120 minutes) pour mettre à contribution Karen Bardsley. Le CF était lointain, le ballon a failli finir au fond en passant juste sous la barre.

La France a dominé de façon écrasante la grande majorité de la partie, elle a beaucoup frappé au but (33 tirs !) et obtenu 16 corners (!!), un secteur lui ayant permis de marquer 3 de ses 7 buts lors de la phase de poule. Cette fois, très peu ont été dangereux, quelques-uns ont été totalement gâchés car mal tirés. Laure Lepailleur s’est pourtant distingué à 3 reprises sur ces CPA offensifs dont une première… douloureuse. A la 39e minute, elle s’est mangée le poteau dans le dos en tentant de prendre le ballon de la tête au-dessus de la gardienne (ça a failli fonctionner).

La physionomie de la rencontre n’a pas changé jusqu’à la mi-temps, tout au plus l’Angleterre aura-t-elle réussi à faire circuler le ballon à la 47e minute pour se créer une situation tiède dans notre camp…

Les Anglaises s’en sortaient très bien avec un 0-0 à la mi-temps, il faut reconnaître qu’elles défendaient bien, la France n’était pas assez incisive bien que largement supérieure.

Au retour des vestiaires les débats ont d’abord été plus équilibrés, un peu plus. L’Angleterre a eu une demi-occasion, un centre détourné devenu un faux tir cadré.

En contre la France a failli ouvrir le score, une action confuse terminée par un tir de Marie-Laure Delie à quelques centimètres du poteau.

2 minutes plus tard, magnifique action française en contre-attaque, Thiney ne voit pas Bompastor arriver, elle cadre une frappe en se retournant, il y avait mieux à faire.

La France poussait, poussait, le pressing était étouffant, ça ne se concrétisait pas, de temps en temps il y avait un peu d’enflammade, quelques tentatives trop osée… A la 54e, première alerte, un centre en profondeur anglais, tête puissante de Jill Scott… à côté.

On pousse encore sans marque… jusqu’à la punition à la 59e minute, le but anglais. Un contre anglais en bois, une incompréhension en défense, Sabrina Viguier qui se loupe, Jill Scott voit Deville un peu avancée et réussit la frappe parfaite un peu lobée des 20 mètres. 2 occasions ½, 1 but, réalisme pour les uns, injustice en réalité : j’espère que vous avez apprécié le magnifique contrôle de la main devant le 4e arbitre (sur la ligne médiane le long de la ligne de touche) au début de l’action…

Les Bleues ont mis quelques minutes à se remettre dans le sens de la marche, elles étaient un peu sonnées par ce coup du sort. Nécib jouait toujours à l’envers, elle a néanmoins cadré une long CF arrivé dans les pieds de la gardienne, laquelle a failli commettre une énorme boulette. Smith ne se sentait plus, elle s’est permise de bousculer et d’insulter Bompastor après avoir fait faute sur elle, ça aurait mérité un jaune. Dans la foulée Delie a croqué une occasion sur un contre juste avant le premier très bon choix de Bruno Bini, faire sortir Soubeyrand pour passer en 4-4-2 avec Elodie Thomis côté droit. Elise Bussaglia a récupéré le brassard de capitaine.

Très rapidement la sprinteuse de l’OL a montré l’étendue de ses qualités après une séance anglaise dans le camp français. Grâce à son travail côté droit Gaëtane Thiney aurait égalisé sans un retour improbable de cette diablesse de Kelly Smith.

Manifestement, ça ne voulait pas entrer, on allait forcément perdre. Les multiples tirs étaient tous loupés, contrés, détournés, les choix en attaque étaient de moins en moins souvent bons, qui plus est la défense anglaise se voyait offrir une grande latitude pour intervenir au-delà de la limite des lois du jeu. Ça devenait très dur jusqu’à une énorme occasion à la 77e minute suivie d’une main anglaise dans la surface qui aurait sans doute mérité un penalty car la fille qui défend met une claque dans le ballon, ça me semble volontaire. Entre-temps Ellen White a pris un carton pour un bel attentat qui méritait presque un carton rouge.

A la 79e minute Sandrine Brétigny a remplacé Louisa Nécib, ce qui a fait de Camille Abily la véritable n°10 axiale de l’équipe. Super choix de Bruno Bini. Parfois il faut savoir sortir l’élément le plus talentueux présent sur le terrain sans attendre l’éclair de génie qui ne vient pas. De l’autre côté, grossière erreur de son homologue : en 3 minutes les Anglaises ont fait 3 changements défensifs, elles ont voulu bétonner. En cas d’égalisation elles étaient prises dans leur propre piège. Elles ont essayé de conserver le ballon dans notre camp, de faire s’écouler le chrono…

Il y avait toujours quelques incompréhensions entre les Françaises, quelques pertes de balle évitable, mais toujours la même volonté, pas de résignation.

Et puis c’est parti en live total, en 3 minutes l’impensable s’est produit : un arrêt improbable de l’épaule du dernier rempart anglais sur une frappe de Thomis, un sauvetage sur la ligne d’Ellen White sur un corner parfaitement repris par Laure Lepailleur… puis… le…

:yahou: BUUUUUUUUUUUUUUUUuuuuuUUUuuuuuUUUUUT !!! :yahou:

L’égalisation de Bussaglia… Mon Dieu ! Quelle frappe ! à la fin de la 87e minute alors que le sort semblait s’acharner contre les Bleues, que rien ne voulait sourire, Elise met une frappe enroulée sublime poteau rentrant… Mes voisins ont dû me prendre pour un fou, je pense qu’on m’a entendu à plusieurs kilomètres à la ronde. On voit les grands joueurs dans les grands moments. La meilleure joueuse de la saison en D1 a fait un travail énorme de pressing, de récupération, mais offensivement elle n’était pas à son meilleur… jusqu’au but. La frappe en première intention, il n’y a que ça de vrai !

A la 89e l’EdF a encore obtenu une énorme occasion avec un débordement côté droit. Dans la foulée Laure Lepailleur a failli marquer le but de la qualification sur corner grâce à une toile de la gardienne. On a mis le feu sans parvenir à conclure l’affaire avant la prolongation.

Compte tenu de la situation jusqu’à la 87e minute, devoir jouer une prolongation était une inespéré. L’avantage psychologique et physique était en notre faveur, car Kelly Smith a fini blessée, elle a disputé les 30 minutes supplémentaires sur une jambe, en marchant. Des Anglaises ont eu des crampes, pas les Françaises, peut-être mieux préparées physiquement. Les Bleues ont tenu le coup. Les jambes étaient lourdes, mais ça a tenu.

Pendant la petite pause avant la prolongation Bruno Bini a rassemblé toutes ses filles pour une nouvelle causerie improvisée. Avaient-elles besoin de motivation supplémentaire ? Sans doute pas, elles ne lâchaient déjà rien, se battaient sur chaque ballon, elles sont continué.

La Français tentait de marquer ce second but, construire devenait très difficile car la fatigue pesait (sauf chez Thomis qui semble capable d’être championne du monde du 4x100m en se passant elle-même le relais… son problème est d’encore trop faire de mauvais choix). Il y a eu quelques frappes et centres qui ne donnaient plus grand-chose. C’était brouillon.

Et là, à la 103e minute, grosse frayeur, après une première petite occasion anglaise, violent coup de stress. Dégagement de Karen Bardsley, déviation de la tête de Kelly Smith (je crois bien que c’est elle sur une jambe) dans la profondeur pour Ellen White partie entre Georges et Lepailleur (alors que Viguier était montée sur Smith), elle se présente dans la surface où elle frappe en position un peu excentrée sur la droite… Le ballon frappe le petit filet extérieur. Une fraction de seconde j’ai cru au but à cause du bruit du filet qui tremble.

Après cette expérience de mort imminente, rien ne pouvait plus arriver de négatif aux Bleues… ou pas.

Au début de la seconde période choix a priori étonnant de Bruno Bini, il a sorti Brétigny, entrée en jeu une petite demi-heure plus tôt, pour faire entrer Eugénie Le Sommer, tout de suite partie se placer sur la gauche. J’explique ça de 3 façons : Brétigny n’a pas fait grand-chose après son entrée, son profil n’était pas celui dont avait besoin l’équipe à ce moment (Le Sommer apportait plus de mobilité, de vivacité et de créativité), et parce que les 10 autres filles étaient trop importantes pour sortir.

Delie a été percutée dans la surface par Bardsley. Auriez-vous sifflé quelque chose pour ce tampon ?

La gardienne était de plus en plus à la ramasse, elle s’est trouée sur un corner, a loupé un coup de pied de but… mais on n’en profitait pas. Ce n’était pas faute de se battre et de tenter. Le Sommer a à son tour été percutée par Bardsley, mais cette fois rien à dire, la gardienne est d’abord intervenue sur le ballon.

Bussaglia a encore tenté de loin, cette fois c’était trop cadré.

La France poussait, poussait… Le Sommer a manqué une occasion de la tête à la 116e.

La France a encore tenté, l’Angleterre n’en pouvait plus, elles étaient à la limite, y compris au niveau du fair-play. Oui, c’est bien connu, les Anglais ont intenté le fair-play pour que les étrangers en fassent preuve lorsqu’ils jouent contre eux. Les Anglaises ont mis des taquets, ont provoqué, simulé, n’ont pas rendu le ballon mis volontairement en touche par les Françaises en raison d’une blessure, triché en jouant avec les mains, cherché à gagner du temps de façon illégale…

Les Bleues ont tenté jusqu’au bout, elles n’y arrivaient plus. Continuer l’aventure passait par une séance de tirs au but. Depuis la finale de la Coupe du monde 1999 il n’y en avait eu aucune lors de la Coupe du monde féminine.

Ne pas se qualifier dans un match dominé à ce point (33 tirs à 7, 11 tirs cadrés à 3)… On aurait pu parler de tragédie. Les Bleues méritaient 1000 fois de prolonger leur séjour allemand ! 1000 fois ? 100000 fois oui ! Mais les tirs au but sont cruels, non seulement parce que c’est en général le meilleur élément de l’équipe qui le loupe (ça s’est vérifié des centaines de fois, une de plus avec le tir arrêté de Camille Abily), mais surtout parce qu’ils qualifient – et par conséquent éliminent – une équipe qui n’a pas perdu.

Est-ce une loterie ? Pas vraiment. Il y a une part de chance mais aussi de technique, de maîtrise de soi, de mental. Le coaching a fait la différence. Pourquoi ? Regardez qui était sur le terrain. Du côté de la France, 6 joueuses à vocation offensive plus Bompastor, milieu offensif reconverti. 7 joueuses techniques. Côté anglais, avec les choix ultra-défensifs de la fin de rencontre avant l’égalisation (OK, j’avoue que changer les latéraux peut ne pas sembler être un choix défensif), il n’y avait pas grand-monde pour bien tirer, il a été difficile de trouver des volontaires, un problème que n’a pas eu Bini.

Après Kelly Smith, qui a tiré blessée, puis Karen Carney, qui joue aussi devant, il a fallu envoyer 3 défenseurs au feu. Casey Stoney a très bien exécuté son coup de pied, en revanche Claire Rafferty (21 ans) s’est manquée mais vraiment à 2 mètres du poteau… et pour finir Faye White, en bonne capitaine, a envoyé une mine sur la barre. Céline Deville n’a même pas eu d’arrêt à faire. C’est dans la tradition du football anglais de se faire dessus lors des séances de tirs au but.

Lorsque Camille Abily a vu son tir stoppé – carrément bloqué – en ouverture de la série, ça sentait très mauvais. Heureusement qu’Elise, Gaëtane, Sonia et Eugénie ont toutes réussi le leur.

Quelle délivrance ! Quelle joie ! Du pur bonheur ! Dans leurs réactions elles restent sincères, vraies, on est loin des discours convenus et insipides adoptés par beaucoup de sportifs professionnels… Peut-être parce que 10 seulement sont véritablement pro.

Parfois il y a une justice dans le football, l’équipe qui méritait de gagner est passée, le travail de Bruno Bini et de toutes les joueuses depuis plusieurs années a fini par payer. Bonne nouvelle, le groupe est au complet pour la demi-finale, aucune des 3 titulaires sous la menace d’un jaune n’a été sanctionné (la France n’a pas pris de carton).

Dans la soirée on a ajouté une énorme cerise sur un fabuleux gâteau.

L’Allemagne a été poignardée dans le dos en prolongation par un but improbable, une frappe sans angle à 12 ou 13 minutes de la fin… L’Allemagne a tiré 23 fois au but, le Japon 9, mais les tirs cadrés, c’est du 4 à 2. Les Japonaises ont pris 4 jaunes, ont défendu comme elles pouvaient en subissant l’énorme pression à la fois de leurs adversaires et du public… Incroyable.

Non seulement ça qualifie la France pour les JO, mais en plus si la Suède bat l’Australie, ce qui serait logique, l’Allemagne n’ira pas à Londres, ce qui ouvrirait des perspectives de médaille olympique. C’est notre 2e équipe de sports collectifs après les handballeurs. On a bon espoir pour les handballeuses, les basketteuses qui ont fait l’essentiel il y a quelques jours, et les basketteurs. Pour le volley masculin peut-être est-ce jouable, je n’en sais rien, le hockey sur gazon… probablement pas plus que le water-polo. Concernant le foot masculin, c’est grillé depuis près d’un an.

Ne pas perdre contre l’Allemagne aurait figuré parmi les plus grosses erreurs tactiques de l’histoire du sport français. J’avais donc bien analysé la situation. Merci aux hôtes de la compétition de s’être jetées dans la gueule du loup à notre place.

Notes

[1] Le contrat avec Nike ne prévoit pas la participation aux JO, or l’équipementier de l’EdF olympique est Adidas… Problème en vue ! J’espère que le baromètre mystérieux qui fait fluctuer le montant de ce que doivent payer les sponsors des Bleus tient aussi compte de l’image des Bleues…