8 montées répertoriées pour le prix de la montagne… Ça promettait !

Comme d’habitude, une échappée, ça a mis du temps à partir, ça fonçait, c’était très dur, il a fallu être très fort pour sortir. Le groupe s’est formé en plusieurs fois après des tentatives infructueuses. On avait du très lourd :
-2 Espagnols, Juan Antonio Flecha et Luis Leon Sanchez,
-2 Néerlandais, Johnny Hoogerland (déjà souvent vu à l’avant, il cherchait à récupérer les pois perdus) et Niki Terpstra,
-2 Français, Thomas Voeckler (qui a pris les 2 points de la première difficulté) et Sandy Casar… Ça devient tout de suite plus intéressant lorsque les 2 grands spécialistes français de l’échappée qui va au bout sont là.

Il y a eu de la chute lors de la première partie d’étape, Jean-Christophe Péraud a été pris dans l’une d’elles. Romain Feillu a pris un coup au genou. Plusieurs coureurs ont dû abandonner, notamment Amets Txurruka. D’autres n’ont tout simplement pas pu suivre, Wout Poels a mis pied à terre après être arrivé dans un triste état hier. Parmi les premiers largués, Robert Gesink.

L’écart entre le groupe de 6 – bourré de spécialistes – et le peloton n’excède pas 4 minutes, il descend même assez rapidement sous les 3 minutes alors qu’à 120km de l’arrivée Contador chute tout seul à petite vitesse sur la gauche de la route. Son vélo étant abîmé, il doit en changer au bout de quelques minutes. Un coureur comme lui normalement ne doit pas subir ce genre de chutes, il a pris un coup sur le genou, ça peut ne pas être anodin.

Dans la montée du Pas de Peyrol l’avance s’accroit à nouveau, légèrement au-dessus de 3 minutes, car le peloton roule sans se donner à fond. Terpstra lâche prise. Voeckler et Hoogerland se disputent le grimpeur, c’est très serré, Voeckler a failli se faire passer sur la ligne en jetant le vélo trop tôt. Ensuite ça descend bien, c’est du haut vol (j’y suis passé plusieurs fois en voiture, je n’aurais pas envie d’essayer en vélo… d’autant plus lorsque certaines parties de la route sont mouillées), Hoogerland et Sanchez sont un peu décrochés car Flecha et les 2 Français sont d’excellents descendeurs, ils savent que dans la descente ils peuvent faire le trou. Le Néerlandais manque de partir dans le tas, il se fait un dérapage et perd totalement le contact avec ses compagnons d’échappée. Cette grosse frayeur a dû le calmer !

Toujours dans cette descente, l’accident. Le gros accident. Le carambolage monstre comme on en voyait souvent à la une du journal de 20 heures jusqu’aux années 90. Le premier de la file part en travers, tous les suivants s’empilent ou partent dans le décor. Un carnage. C’est tombé en tout début de peloton sur la route sinueuse, étroite, bordée heureusement par la forêt et non par un véritable ravin/falaise, sinon Vinokourov rentrait au Kazakhstan dans une caisse en bois. Il a tout de même été nécessaire de descendre en contrebas pour le remonter sur la route, il est polytraumatisé, ses coéquipiers ont d’abord attendu, l’ont eux-mêmes soutenu pour le rapprocher des ambulances, il ne risquait pas de marcher seul avec des fractures du bassin et du fémur (aux dernières nouvelles). Au milieu de la route Jurgen Van den Broeck, détruit, gisait en exprimant sa douleur. Un Garmin-Cervélo a aussi dû quitter sa selle pour être évacué, il s’agit de David Zabriskie. On a cru un moment que Christian Vandevelde aussi était hors-service, en réalité il a pu repartir et n’a terminé qu’à une trentaine de secondes du peloton.

Un coureur a ouvert le groupe Facebook intitulé "Je ne suis pas tombé sur le Tour de France 2011"… Ils sont 3 ou 4 membres. Il y a eu tellement de casse que le service médical a dû appeler à la rescousse 3 plâtriers de la région… 8 concurrents de moins en une journée, ça fait beaucoup (Juan Manuel Garate non-partant, Pavel Brutt et Frederik Willems s’ajoutent à Zabriskie, Poels, Vino, Txurruka, Van den Broeck, déjà cités).

J’en reviens à l’étape du jour.

Devant Sanchez est revenu à l’avant, Hoogerland pas tout de suite, il crachait ses poumons pour revenir, Voeckler n’avait pas du tout envie à laisser recoller son concurrent pour le maillot à pois, il a donc accéléré le rythme. Casar avait du mal à suivre. Seulement le carnage avait des conséquences derrière, où le peloton s’est quasiment mis à l’arrêt pour permettre aux victimes directes et collatérales (les équipiers obligés d’attendre) de la chute de le réintégrer. L’avance du groupe échappé a plus que doublé en quelques kilomètres. Philippe Gilbert et Thor Hushovd imprimaient un rythme très gentil en tête du peloton, avec leurs maillots distinctifs (respectivement le vert et le jaune) on aurait dit le service d’ordre d’une manifestation ou d’une randonnée à rollers

La donne ayant complètement changé, la tactique aussi a dû changer. Hoogerland est revenu devant, ce qui finalement pour Voekler n’était pas une mauvaise affaire car le maillot jaune semblait désormais à sa portée, plus il allait obtenir d’aide pour rouler jusqu’à l’arrivée, plus ses chances de se transformer en poussin étaient grandes. Il pensait encore aux pois, d’où sa tentative de passer en tête au Col du Perthus, où il a été devancé par le Batave. Dans la descente il était en train de partir seul mais a ensuite dû changer d’idée et attendre les autres. Maintenant l’objectif du champion de France 2010 était clair : le maillot jaune. Avec une avance de 7’40 et un peloton qui ne roule pas pour revenir, la victoire semblait promise aux hommes de tête, mais pour Thomas l’avance était plus importante que la victoire l’étape. L’homme qui a sauvé l’équipe de Jean-René Bernaudeau[1] avait désormais besoin de cohésion dans le groupe de tête. Déjà, quand Hoogerland crève… on l’attend. L’entente n’était pas bonne, alors pour décider à rouler les 4 autres fuyards, Voeckler a revu ses prétentions à la baisse et abandonné les extras aux autres, se concentrant désormais sur un seul objectif. Ça commençait par ne plus disputer à Hoogerland le classement de la montage… sans toutefois mettre totalement de côté cet objectif à plus long terme (d’où l’idée de passer 2e à chaque fois).

Le peloton s’est de nouveau mis à rouler, pas à bloc, mais tout de même, il ne fallait pas laisser 15 minutes d’avance aux échappés, et certains pouvaient encore profiter de la situation pour tirer les marrons du feu (surtout dans une région où il y a beaucoup de châtaigniers).

Voeckler a à son tour crevé, il est revenu très vite. A 60 bornes de l’arrivée, l’avance était encore de 5 minutes alors que la marge nécessaire à la prise du maillot était de 1’30. L’écart se maintenant, ça ne semblait pas pouvoir revenir, 2 coéquipiers de Philippe Gilbert roulaient, ils ne recevaient aucune aide, puis un Garmin-Cervélo est venu aider devant, on semblait surtout préparer le sprint intermédiaire. Autrement dit la physionomie de la course était maintenant très classique, surtout pour une étape de moyenne montagne.

Mais coup de théâtre, retour dans la 4e dimension : à 36km de l’arrivée, sur une route étroite, une voiture technique de France Télévisions percute Flecha en doublant les échappés, le conducteur fait une grosse embardée en passant dans le fossé, l’aile avant a envoyé valser l’Espagnol, qui était en 2e position. Je n’avais JAMAIS vu ça ! A causede la chute de Flecha, Hoogerland est parti tout droit dans les barbelés sur le côté de la route en effectuant un salto avant… Tout simplement hallucinant. Situation très déstabilisante, surtout que le leader d’Europcar, il failli finir dans le décor, il a dû se rattraper de justesse en roulant dans l’herbe pour ne pas tomber, mais pour lui et les 2 autres rescapés qui un peu derrière ont eu le temps de réagir, la course devaient continuer, ils ne pouvaient rien faire d’autre, Voeckler avait un maillot à aller chercher, pas moyen d’attendre un retour improbable d’un des 2 hommes fauchés par le véhicule. Le pauvre Hoogerland a été soigné, ce qui ne dissimulait pas l’état de ses jambes ensanglantées, il a pris très cher, notamment au(x) genou(x), le bras gauche de Flecha a morflé. Les 2 hommes ont été repris et lâchés l’un après l’autre par le peloton, c’est déjà un miracle qu’ils aient pu finir.

Pas de sprint intermédiaire entre les hommes de tête, l’Espagnol prend des points. Gilbert en profite pour renforcer sa position au classement du maillot vert. Dans la foulée les Garmin-Cervelo se mettent à rouler, mais avec 4’45 à environ 27km de l’arrivée, le maillot est promis à Voeckler. 4 minutes à 20km… Le peloton avance à vive allure, le coureur français le plus populaire relance dans la dernière côte du jour, il prend le point faute de combattants.

Tiens, un problème mécanique pour Philippe Gilbert… C’est bien pour l’échappée. L’écart augmente à nouveau, Voeckler fait tout le travail, la victoire d’étape se jouera entre Casar et Sanchez car Thomas ne cherche pas la victoire, dans la montée vers l’arrivée il roule en tête, Casar est en 2e position. Voeckler passe derrière, les 2 autres sont côte à côte face à face, finalement il attaque… et l’Espagnol part s’imposer. On passe encore à côté, victoire de Luis Leon Sanchez, Voekcler est 2e à 5 secondes, Casar 3e à 13 secondes. L’an dernier Sanchez avait été battu sur le Tour par Casar.

Derrière ce sont les BMC qui roulent (pour limiter le retard de Cadel Evans, qui aurait pu prendre le maillot mais pourrait bien profiter de la situation en bénéficiant du travail des Europcar tant que le Français aura le maillot plutôt que de faire bosser ses gars), Hushovd est dans le peloton mais son maillot est perdu, il relâche son effort. Gilbert a Evans dans la roue, lequel a Andy Schleck sur le porte-bagage, c’est un Lotto qui mène le rythme. Gilbert règle le peloton à 3’59 de l’Espagnol, il y a quelques cassures. Belle opération pour le Belge, son avance au classement du maillot vert commence à devenir conséquente.

Prix de la combativité pour les 2 victimes de la voiture… Sympa ! Hoogerland prend aussi les pois, Gesink conserve le maillot blanc pour 51 secondes.

Encore 180 coureurs classés, ils ne repartiront peut-être pas tous mardi, plusieurs leaders ont déjà été renvoyés chez eux, la plupart des concurrents ont vu le sol de près au moins une fois… Et dire qu’il reste 2 semaines… et dire que la course n’a pas réellement débuté… et dire que la haute montagne est pour bientôt… Bonne chance les gars !

Note

[1] Il y a quelques mois lorsque l’avenir de l’équipe anciennement appelée Bonjour, Brioche La Boulangère, Bouygues Telecom (puis B-Box) était plus qu’incertaines, qu’elle allait probablement disparaître puisqu’il ne lui restait que quelques heures pour s’enregistrer auprès des instances officielles, Voeckler a attendu un repreneur jusqu’à la dernière minute au lieu de filer tranquillement ailleurs où d’autres propositions lui avaient été faites. S’il n’avait promis de rester Europcar ne serait pas venu. Le nouveau sponsor a déjà largement eu son retour sur investissement !