Gert Steegmans n’a pas repris la route, Andreas Klöden et quelques coureurs ont craqué très tôt, l’Allemand a abandonné après une trentaine de bornes, Lars Boom puis Vladimir Isaichev ont imité le coureur noir[1] de RadioShack un peu plus loin. D’autres ont failli les accompagner dans la voiture balai[2].

Il y a encore eu quelques chutes… Ce Tour de France va finir à 12 !

Une étape très courte avec un col hors catégorie au milieu puis beaucoup de descente et un peu de plat pour finir, c’est évident, tout le monde veut être dans l’échappée car elle va aller au bout ! Du coup les volontaires sont nombreux, ça roule à bloc dès le Km0. Dès qu’un groupe, même important, part à l’attaque, les équipes non représentées roulent en tête du peloton ou tentent de le rejoindre.

Les Europcar sont tranquilles, cette physionomie de course leur est favorable.

Dans la première côte répertoriée du jour Jelle Vanendert va prendre les points du maillot à pois, étrangement Samuel Sanchez ne bouge pas, il ne défend pas sa tunique…

Ça va si vite qu’il y a des cassures avec Thomas Voeckler bien placé à l’avant.

Jérémy Roy part tout seul devant à la pédale ! Il est énorme ce mec ! Au bout de quelques minutes du monde revient un peu sur lui, notamment David Moncoutié, mais la tête du peloton est en file indienne à cause d’un gros groupe comportant notamment Philippe Gilbert, Thor Hushovd et José Joaquin Rojas, qui comptent probablement aller chercher les points du sprint intermédiaire avant le Col d’Aubisque. Du coup tout le monde recolle et ça tente à nouveau de partir. C’est infernal, plus de 49km/h de moyenne lors de la première heure !

Un groupe assez important se forme à environ 95 bornes de l’arrivée avec Moncoutié, Roy, Hushovd, Edvald Boasson Hagen, Jérôme Pineau, Alessandro Petacchi, Dmitri Fofonov, Maarten Tjallingii, Vladimir Gusev et Lars Bak.

Gusev est à 11’13 au général, ce n’est pas très dangereux pour le maillot jaune, le peloton peut ralentir. L’écart augmente rapidement.

Roy prend le point de la 2e ascension de la journée (4e catégorie). Pas bête ! Il peut jouer le maillot à pois s’il passer parmi les premiers (parmi les 2 premiers) au sommet du col HC.

Voigt chute au ravito, problème mécanique. Etrangement les hommes de tête ne se font le sprint intermédiaire, Boasson Hagen passe sans combattre devant Moncoutié. Au moment où le peloton va passer ce sprint, Philippe Gilbert fait un peu n’importe quoi, il attaque très tôt, du coup Cavendish est dans un fauteuil, mais il se fait surprendre par Rojas, qui se prend une bordée d’insultes de la part du Britannique. Ce dernier l’accuse de l’avoir tassé (il n’a perdu qu’un point sur l’Espagnol).

Il y a 6’ d’écart et soudain… Hushovd attaque dans les parties qui précèdent le début de la grande montée du jour. Pas bête, il prend un peu d’avance, son but étant de pouvoir au pire revenir dans la descente avant l’arrivée. Ça ne réagit pas trop derrière lui, finalement Roy y va, il tente de le rejoindre, ce qui met quelques minutes, il n’y va pas trop violemment, inutile de se mettre dans le rouge.

Mickaël Delage attaque devant le peloton, Maxime Bouet et Bauke Mollema ont la même idée, ils se retrouvent en chasse-patate.

Tjallingii part en contre derrière Hushovd et Roy. Moncoutié attaque à son tour quand ça commence à être assez pentu pour lâcher Boasson Hagen, ce qu’il ne réussit pas réellement à faire. L’écart par rapport au peloton augmente encore, environ 6’30, devant ça n’amuse pas la galerie.

Roy fait belle impression, il creuse son avance sur le second duo franco-norgévien. Il le sait, en arrivant avec Hushovd, il n’aurait aucune chance… Et à environ 9km du sommet, il décroche le champion du monde, au train bien sûr. Moncoutié ne tarde pas à passer dans le rôle de premier poursuivant.

Les groupes de contre-attaque restent très loin, Delage lâche prise, ce n’est pas bien grave, à l’avant son coéquipier s’occupe de tout. Le peloton n’est pas à fond, il laisse faire, l’écart atteint les 8 minutes.

Roy est bien parti pour tout rafler : le maillot à pois, puis la victoire d’étape, le prix du combatif du jour et peut-être même celui du super-combatif du Tour. Hier il a déjà fait un grand numéro qui aurait pu griller toutes ses forces, mais il a pu bénéficier de l’aide des autres échappés, puis dans le Tourmalet il est revenu à son rythme. Enfin, dans l’ascension finale, il a fait de la récupération active, il a fini à 9 minutes. Il lui en reste encore un peu, dans une étape courte, ça peut le faire.

Les écarts se creusent. Les 2 seuls à pouvoir rejoindre le Français sont Moncoutié à 55s et Hushovd, passé au sommet (dans le brouillard) à 2’. Le groupe suivant est à environ 3 minutes de l’homme de tête. Nul besoin de dire qu’il ne s’est rien passé dans le peloton. Vanendert a attaqué pour tenter de prendre des points, mais il n’y en a plus à distribuer… c’est malin.

La descente est juste flippante, tu te loupes, t’es mort, c’est aussi simple que ça ! L’avantage est que les FDJ font souvent stage dans le coin, il connait donc sans doute parfaitement la descente. Voeckler la fait en tête du peloton… Pourquoi pas ?

Roy est dans le col du Soulor (non répertorié pour le maillot à pois), la partie qui remonte violemment pendant 2km lorsqu’on descend l’Aubisque par cette face, un Basque a failli le faire tomber avec son drapeau. On voit son visage, il est marqué mais très déterminé.

Hushovd revient dans la descente sur Moncoutié. Gilbert décide d’attaquer à la fin du Soulor pour faire la descente et aller prendre une bonne place à l’arrivée, ce serait – enfin – une bonne affaire dans la course au maillot vert.

Mauvaise nouvelle pour Roy, il semble que Moncoutié ait décidé d’aider Hushovd en roulant avec lui. Ce n’est pourtant pas son intérêt. Mais un peu plus tard ils ont l’air de ne plus s’entendre réellement. C’est à n’y rien comprendre. Moncoutié est-il normand ? Son attitude défie la logique ! A 20 bornes de l’arrivée il reste 1’05…

Les Leopard-Trek décident de mettre un homme pour rouler avec les Europcar afin que le peloton ne soit pas trop largué. Un Movistar vient se joindre à eux. Avec l’attaque de Gilbert, il faut se méfier.

Il n’y a plus que 30 secondes entre Roy et ses poursuivants à 15 bornes de la ligne d’arrivée. C’est foutu. Mais pourquoi Moncoutié roule-t-il ? Quelle honte ! En plus il y a vent défavorable, alors à 1 contre 2… C’est stupide de courir ainsi ! L’ancien – n’allons pas jusqu’à vieux – de la Cofidis a même du mal à suivre. Traitre et idiot ? Et moi qui aimais beaucoup ce coureur… Je ne peux pas croire ce que je vois !

Heureusement, n’ayant plus les forces pour passer et comprenant – ENFIN ! – que ça ne sert à rien de ramener devant un gars 5 fois plus rapide au sprint, il finit par arrêter d’aider le Norvégien. Roy a encore une chance de s’en sortir. Une petite chance. L’écart ne se réduit plus, au contraire, il augmente légèrement, une petite vingtaine de secondes. Hushovd ralentit en espérant forcer Moncoutié à y aller.

Moncoutié reprend un relais au pied de la côté à 3km de l’arrivée (s’il s’agit d’une attaque, c’est le genre attaque de banque au pistolet à eau^^)… et il se fait contrer par Hushovd. Qui pourrait offrir au traitre du jour un petit bouquin pratique, Le cyclisme pour les nuls ? Ça permet à Hushovd de revenir sur Roy, la victoire sera pour le Norvégien. C’est une honte… Hushovd saute Roy dès qu’il le rejoint, héros du jour est dégoûté, Moncoutié le passe et va faire 2e. Toujours pas de victoire française sur ce Tour.

Tactiquement le Norvégien a été parfait. A l’arrivée le directeur sportif (ou manager d’équipe) de Cofidis donne l’explication tactique la plus grotesque entendue sur le Tour de France depuis des années : Moncoutié a roulé pour revenir sur Roy… au cas où Hushovd aurait connu un incident mécanique (!!), ce qui lui aurait alors permis de gagner. Lui aussi a cru qu’il allait gagner au loto ou quoi ? La crevaison providentielle, même à Lourdes, c’est dans tes rêves !

Roy est presque en pleures à l’arrivée avant même de franchir la ligne, dégoûté. A gerber. Pas sûr que le maillot à pois et le prix du combatif du jour soient une réelle consolation. J’ai l’impression que les FDJ ne seront pas très enclins à aider les Cofidis si une occasion se présentait de collaborer lors d’une prochaine étape…

Bak fait 5e, Pineau 6e, Boasson-Hagen 6e, Gusev 7e, Petacchi est là, Gilbert finit 10e, l’opération n’est pas si bonne au maillot vert, en revanche il revient dans le top 10 au général (9e). Rojas finit 12e et prend quelques points, c’est mieux que rien.

Les Français ont 3 maillots, il ne leur manque que le vert, Jannesson et Voeckler ont passé une journée tranquille.

Aubisque... de homard.
Pau-Lourdes avec un u de moins fait palourdes...
Quelle sources d'inspiration cette étape !

Notes

[1] Au sens poissard.

[2] Au sens figuré, car de nos jours elle ne ramasse plus personne, seulement les dossards.