C’est le genre d’étapes qui ne font presque que monter et descendre, on se croirait dans des montagnes russes, mais en réalité le Tour de France est dans les montagnes pyrénéennes… C’est LA grosse étape, 6 difficultés répertoriées (en réalité 5 grosses ascensions et une petite remontée), mais comme il y a pas mal de vallée avant la montée vers le Plateau de Beille, ça risque de se transformer en course de côte après une journée passée à user les organismes. En revanche à l’arrière ça risque de faire de très gros dégâts, on pourrait avoir des coureurs mis hors-délai.

Avant cette année, le vainqueur au Plateau de Beille a toujours porté le maillot jaune à l’arrivée (Pantani, GrosBras x2, Contador) et été rattrapé ensuite par des affaires de dopage… Même lieu, histoire différente ?

Du beau temps, une température assez élevée… On a aura tout connu lors de ce Tour 2011.

Dès le Km0 un FDJ attaque avec Maxime Bouet, derrière ça part dans tous les sens alors que la route monte bien, on voit notamment Sylvain Chavanel partir seul. Cadel Evans doit changer de vélo et prend du retard. Les premiers kilomètres montent et descendent, il y a aussi de grandes lignes droites.

Chavanel est rejoint par un énorme groupe, un groupe a priori beaucoup trop important pour rester devant. Anthony Charteau est à l’avant pour contrôler ce qui se passe, il fait redescendre les infos sur la composition de l’échappée jusqu’à la voiture (grâce à son oreillette) pour déterminer la marche à suivre pour l’équipe Europcar. Il y a tellement de monde que l’équipe de Thomas Voeckler ne pourrait ramener le peloton seule si elle le souhaitait. L’écart augmente rapidement.

Parmi les 20 on trouve 2 coéquipiers des Schleck, Jens Voigt et Linus Gerdemann, tactiquement c’est intéressant, ça peut vouloir dire grosse bagarre assez tôt[1]. La présence de Charteau peut aussi avoir ce but, mais il peut aussi chasser les pois (n’oublions pas qu’il a fini vainqueur du grand prix de la montagne lors de l’édition 2010) ou l’étape. On trouve beaucoup de Français en plus de Charteau :
-Sandy Casar, Arthur Vichot et Mickaël Delage de la FDJ, l’équipe la plus offensive du Tour,
-Sylvain Chavanel, l’initiateur de l’échappée,
-Rémy Di Gregorio, l’éternel espoir qui a ENFIN fait quelque chose cette année,
-Julien El-Farès (qui ne va probablement pas pouvoir compter sur l’aide des FDJ^^ car il est Cofidis, depuis l’étape arrivée à Lourdes il y a une bisbille entre les 2 équipes),
-Maxime Bouet et Christophe Riblon.

Les autres membres du groupe sont : David Millar, Manuel Quinziato (coéquipier d’Evans), Kristjan Koren (coéquipier d’Ivan Basso), Egor Silin, Xabier Zandio, Gorka Izagirre, Marco Marcato, Bauke Mollema et Luis Leon Sanchez (2 Rabobank).

Casar est le plus proche au classement général, il est à 8’47 de Voeckler. Il n’y a pas grand danger pour les Europcar. Ce sont ses coéquipiers qui assurent le train pour l’échappée. Vichot et Delage se sacrifient pour faire croitre l’écart et donner une chance à leur leader.

D’autres sont intercalés et partis pour revenir : Ruben Perez Moreno, Jérôme Pineau, Adriano Malori, José Ivan Gutierrez, Rui Costa. Maxim Iglinskiy et Francisco Ventoso ont un temps fait partie de ce groupe.

Delage attaque au sommet pour passer en tête au Col de Portet-d'Aspet (2e catégorie) pour protéger le maillot de Jérémy Roy, même si à cause de ce que rapportera la dernière ascension il n’a quasiment aucune chance de le conserver). Mollema et Chavanel prennent les autres points. Le groupe parti en chasse-patate n’est qu’à 1’, il ne compte plus que 4 éléments. Le peloton passe à environ 5’.

Le sprint intermédiaire au KM36… Delage le gagne, il n’y a pas de petit profit, et puis c’est un FDJ, il y a une tradition à respecter !

Le groupe de 4 revient dans la descente. 24 coureurs à l’avant… Ça fait beaucoup de monde ! FDJ, Euskaltel-Euskadi, AG2R et Quick Step ont chacun 2 ou 3 représentants (l’équipe belge y a ses 2 Français). 4 équipes n’ont personne devant, en particulier celle de Contador.

L’écart dépasse les 6’. A l’arrière de la course Cavendish est le premier lâché, on lui détache un équipier, il a l’air vraiment dans le dur. S’il pouvait ne pas finir, ça ferait plaisir à beaucoup de monde…

Au sommet du Col de la Core (1ère catégorie), encore une attaque de Delage pour aller assurer les points. Chavanel est 2e, Casar 3e. La tête du peloton passe à environ 6’30. On dirait qu’El-Farès veut faire le trou dans la descente… Casar va le chercher, ça se transforme en duo Cofidis-FDJ… Héhé ! Cavendish profite de la déclivité pour revenir… Les Europcar contrôlent, l’écart augmente. La route est dangereuse, il y a quelques plaques de goudron fondu, il ne faudrait pas prendre trop de risques inutiles.

Millar est revenu à l’avant avec le duo français, ils vont plus vite que le peloton, leur avance atteint les 9’, Casar est virtuel maillot jaune pendant quelques minutes. Un FDJ, un Cofidis et un Garmin-Cervélo échappés dans les Pyrénées… Ça ne vous rappelle rien ? Dans la montée du Col de Latrape (2e catégorie) le groupe de 21 n’avance plus et à plus de 2’ de retard, Riblon se décide alors à contrer. Trop tard ?

Le peloton est à 9’15… Il faut réagir. Leopard-Trek prend la tête du peloton… c’est aussi un de ses hommes qui conduit le groupe intercalé. Ça peut sentir la grande offensive. On craque à l’arrière du peloton, Cavendish va avoir beaucoup de mal à finir à temps (à moins de s’accrocher aux voitures comme au Giro). Roy craque… Logique. Casar passe en tête au sommet, je ne comprends pas trop pourquoi il n’est pas allé chercher les points au sommet des 2 premiers cols et a laissé Delage les prendre… Le maillot à pois ne l’intéresse pas ?

Chavanel accélère un peu, le gros groupe de poursuivant revient à 1’30, le peloton est a vraiment changé de rythme, l’avance des échappées va forcément fondre. Riblon revient en tête de la course, on a maintenant un quatuor à l’avant. Di Gregorio tente à son tour de contrer pour rejoindre les leaders de la course, qui ne sont rapidement plus que 3 car Millar ne peut suivre le rythme. Ça bouge beaucoup, plusieurs groupes de chasses se forment, notamment un petit paquet qui a des chances d’intégrer le trio de tête (ce qui n’en ferait plus un trio^^). Silin repart seul pour rattraper les Français en déposant Millar. Mais rapidement Charteau, Di Gregorio, Zandio, Voigt, Izagirre. Par la suite Chavanel revient à l’avant, Gerdemann a du mal mais y parvient aussi. On se retrouve à nouveau avec un gros paquet.

Les Leopard-Trek mènent toujours le peloton pour durcir la course dans le Col d’Agnes (1ère catégorie), mais ils ne reprennent pas tout de suite beaucoup de temps, ils réussissent surtout à laisser à l’arrière pas mal de monde. Philippe Gilbert finit par lâcher prise. Le coéquipier de Basso parti le matin est avalé par le peloton, il n’aura pas d’aide en fin d’étape.

Il fait chaud, la route est très pentue, c’est très dur pour les échappés. Charteau attaque pour prendre les points de la montagne, Casar essaie mais semble fatigué, il lâche l’affaire. Par surprise Chavanel saute son compatriote à quelques mètres du sommet. Iazgirre attaque alors dans la descente pour prendre de l’avance. Au sommet le peloton passe à peine à plus de 5 minutes.

Chute dans le peloton : Laurens Ten Dam se mange un énorme gadin dans la descente, il a le coude et le visage en sang. Il n’y avait pas de ravin, mais il a fait un méchant soleil dans l’herbe où se trouvaient probablement quelques pierres.

Izagirre a un peu de marge sur les 10 autres échappés, il passe seul en tête du Port de Lers (3e catégorie), suivi à plus de 50 secondes par ses anciens compagnons (Charteau a pris le point). Il y a un groupe un peu plus loin et le peloton à grosso modo 5’30.

Dans la descente Voigt a fait un tout-droit, heureusement pour lui il n’y avait ni rocher ou un ravin mais un talus végétal un peu en-dessous. Il aurait pu se défoncer. Tout de suite il prévient son équipe avec son système d’oreillette, ça peut changer la stratégie de son équipe. Voigt tombe encore (au milieu de la route), il a totalement perdu confiance, il est énervé. Il faut dire qu’il a de mauvais souvenirs de descente sur le Tour de France.

Devant, le Basque fait un joli numéro, mais il va devoir se taper la vallée tout seul. Lire le road book ou au moins regarder le profil de l’étape, parfois, c’est utile… Les 10 hommes s’organisant (Marcato a pu revenir dans la descente), difficile d’imaginer le Euskaltel rester longtemps seul à l’avant. Avec le retour de 5 coureurs supplémentaires, ses chances étaient nulles.

Voigt s’est relevé, il attend le peloton, Cancellara et sa troupe mènent à bloc, l’écart se réduit assez rapidement. (Samuel Sanchez est obligé de changer de vélo dans la vallée.)

A l’avant des groupes partent en contre. Marcato et L.L. Sanchez tentent de fuir, Chavanel essaie de revenir, il a du monde dans la roue. Ça se regroupe, ça dégaine de partout sur le plat, c’est assez idiot, mieux vaudrait rouler ensemble. Izaguirre finit par se faire reprendre, Chavanel tente de contrer seul. D’autres tentent de le rejoindre, il sait qu’il ne peut pas y aller seul, surtout avec vent de face. Toutes ces initiatives n’auront servi à rien car le peloton est à moins de 3 minutes. Ça contre encore, ça ne sert toujours à rien.

Ça envoie du pâté dès le pied de la montée finale, Casar part seul, mais compte tenu de la vitesse du peloton mené par les Leopard-Trek et de l’avance d’environ 2’10, on peut le dire, la victoire ne devrait pas échapper à un grand leader. Voigt prend la tête du peloton, parmi ses anciens compagnons d’échappée il reste Casar seul en tête puis un duo (Riblon et Zandio).

Voeckler et Pierre Rolland sont toujours très bien placés. Gerdemann et Charteau sont repris, ils vont peut-être pouvoir aider leurs leaders. Le groupe maillot jaune est déjà réduit à maximum 30 hommes à 12km de l’arrivée, ça monte très vite. Voigt est cuit. Charteau et Gerdemann non plus n’ont pu résister longtemps.

Un BMC prend maintenant la tête du micro-peloton des cadors, si les Leopard-Trek avaient envoyé 2 hommes devant pour des raisons tactiques, c’est un échec total. Carlos Barredo attaque. Etrangement, les Garmin-Cervélo se mettent à accélérer… on ne voit plus qu’eux et les Europcar en 2e rideau. Tactiquement, le cyclisme devient un sport de moins en moins compréhensible… ou alors les directeurs sportifs et les coureurs actuels sont mauvais.

Arnold Jannesson a du mal à résister au rythme imposé par Vandevelde et ses coéquipiers. Ça va assez vite puisque Barredo reste en vue du peloton, mais Casar maintien son avance, 1’40. L’élastique craque, Jannesson est distancé, il est en train de perdre son maillot blanc. Un Astana tente de se lancer vers Barredo, c’est impossible.

Andy Schleck attaque ! Contador est dans sa roue, Evans aussi, Voeckler s’accroche, Rolland tient le coup. Et tout le monde se regarde. Le maillot jaune met son coéquipier devant pour imprimer un train et contrôler l’allure. Rolland prend même quelques mètres d’avance.

Andy attaque à nouveau, Voeckler suit Evans, Fränk Schleck est dans sa roue ! Contador s’est finalement accroché, ils sont 6 puisque le Belge Jelle Vanendert est toujours là.

On rattrape un gros groupe, et cette fois Andy y va ! Voeckler est le seul à sauter dans sa roue, toutefois le Luxembourgeois n’insiste pas et ça se calme. Basso accélère en tête. Cette fois Fränk y va, Evans le colle, tout le monde revient. Ça se regarde beaucoup, Pierre Rolland peut même se remettre en tête du groupe pour mettre un rythme et réduire la distance jusqu’à l’arrivée pour qu’au pire, si le maillot jaune ne pouvait plus suivre, il n’y ait pas assez de route pour lui reprendre beaucoup de temps.

Casar, seul devant, a toujours sa petite minute d’avance.

Andy attaque à nouveau, Contador y va, Evans ensuite… et Voeckler s’accroche tel un pou à un cheveu ! Tout le monde revient. Vanendert en profite, il part seul, il veut aller gagner l’étape ? Tout le monde se fout qu’il y aille… sauf Casar, qui n’en peut plus.

Voeckler se place en tête du peloton et observe… Vanendert double Casar et va chercher le maillot à pois en plus d’un succès de prestige… Andy prend à nouveau la tête du peloton, Jean-Christophe Péraud et Pierre Rolland restent avec les cadors. Au tour de Basso de rouler. Il ne reste que 6km. Casar est repris par le groupe maillot jaune, Basso tente encore d’accélérer sans décrocher les favoris et gros outsiders hormis Damiano Cunego.

Tout le monde se regarde, Basso tente de s’extraire du groupe, Voekler va le chercher, il a l’air vraiment très bien. Basso accélère encore, Voeckler est dans sa roue, un écart se creuse, Andy doit faire l’effort pour revenir, ils sont encore 10 dont 3 Français. Fränk roule en tête. Samuel Sanchez attaque, Andy saute dans sa roue, c’est le maillot jaune qui y va !

Encore 4 kilomètres. Rolland craque un peu, Samuel Sanchez part à nouveau, Voeckler laisse partir, il s’en fout. Lucide, il préfère sauter dans le sillage d’Evans. Il ne doit pas chercher à contrôler ses véritables adversaires et ne pas se fatiguer inutilement en s’exposant au vent. Un coureur intelligent, que ça fait du bien ! Andy roule pour revenir sur les échappés, l’étape peut encore être gagnée… ou pas. Devant, c’est surtout une bataille pour le maillot à pois. Basso attaque, Voeckler est impérial, pas moyen de le lâcher ! Rolland est revenu, il s’accroche bien. Basso attaque, cette fois Péraud sent le bon coup et y va, il ne a que quelques kilomètres, Voeckler attaque ! En réalité il va chercher les 2 hommes, les autres ont du mal à revenir, Evans tente d’en remettre une en contre mais Andy et Thomas suivent ! Evans roule fort devant, Fränk Schleck est distancé, Péraud revient avec les cadors… Andy ralentit le groupe, permettant à son frère de revenir.

Il s’est passé énormément de choses, des tas d’attaques, mais pour quel résultat ? Aucun. Le classement général reste figé. Autrement dit il ne s’est rien passé.

Vanendert gagne l’étape, Sanchez est 2e, soit l’ordre inverse de l’arrivée à Luz-Ardiden, le maillot à pois est maintenant sur les épaules du Belge.

Andy attaque à 200 mètres et va finir 3e avec 2 secondes d’avance sur Evans et les 8 autres qui étaient ensemble. Damiano Cunego est un peu distancé, c’est une des seules victimes du jour. Magnifique ! J’ai l’impression qu’en réalité personne n’est assez fort pour partir. La consommation de bœuf[2] aurait-elle réellement diminué au sein du peloton cycliste ? C’est une course par élimination mais on n’élimine personne !

Rein Taaramae arrive à 2’22, il reste devant Pierre Rolland au classement du maillot blanc, un maillot qu’il ne subtilise pas à Jannesson… car Rigoberto Uran se l’adjuge. Rolland marche tellement bien en montagne que je le vois en blanc à Paris.

Casar est le combatif du jour, ce n’est pas volé, les FDJ collectionnent ce prix.

Délai : 28’13… Cavendish est arrivé quelques poignées de secondes avant… arf. William Bonnet est le seul éliminé. Re-arf.

  • Version courte…
  • Version longue…

Demain, c’est repos sur la route, car transition jusqu’à Montpellier. Je vois bien une échappée partir, les équipes de sprinteurs sont rincées et les Europcar laisseront filer des gars loin au général. Lundi, repos à l’hôtel.

Notes

[1] C’est du classique, on envoie du monde à l’avant et quand le leader attaque par la suite il retrouve des hommes qui roulent pour lui, notamment dans la valée.

[2] CF Contador.