Le profil de cette étape de semi-transition alpine était assez classique, l’arrivée à Gap est bien connue, elle fait suite à d’une descente technique, d’autant plus difficile lorsque le goudron est fondu – demandez à Beloki – ou qu’il pleut, et donc après un col de 2e catégorie situé à une petite douzaine de kilomètres de l’arrivée (parce que pour descendre, en général, il faut être monté). Globalement, pendant toute l’étape, ça grimpait progressivement jusqu’à cette difficulté assez moyenne.

Beaucoup ont tenté d’attaquer pour lancer la traditionnelle échappée du jour, y compris les habitués, les Hoogerland, Flecha, mais l’étape est courte et le peloton n’a pas décidé de laisser partir. David Millar a essayé, Sylvain Chavanel bien sûr (un de mes favoris pour la victoire d’étape avec Philippe Gilbert et… Thomas Voeckler). Pendant une grande partie de l’étape on a donc eu un peloton en forme de spermatozoïde géant se déplaçant à l’envers. Avec vent dans le dos et journée de repos la veille, beaucoup ont dû se sentir bien… Ou alors beaucoup ont pensé que cette étape était leur dernière chance.

Leonardo Duque est tombé tout seul en attaquant. Reparti après 3 ou 4 minutes, le pauvre Colombien a galéré pour retrouver le peloton.

Au bout de 80 bornes on a cru qu’enfin l’échappée était partie. Malheureusement, il y avait au sein du groupe des coureurs dangereux pour le maillot blanc (Arnold Jannesson et dans une moindre mesure Jérôme Coppel), ou même relativement dangereux le général (Nicolas Roche notamment). Dans le peloton trop de coureurs ne pouvait laissait faire, ça allait forcément rouler. Jérémy Roy était devant, tout comme Rémy Di Gregorio et Roman Kreuziger, Bauke Mollema, Christian Knees et Xabier Zandio, Ryder Hesjedal, Tony Gallopin, ou encore Marco Marcato.

Voulant protéger le maillot blanc de Rigoberto Uran, les Sky ont roulé pour revenir.

Un invité attendu et redouté a alors fait son apparition : la pluie.

Rapidement le groupe a explosé, le peloton a rattrapé les échappés, certains ont tenté de contrer, notamment Gallopin. On a ensuite vu se porter à l’avant des coureurs comme Thor Hushovd, Samuel Dumoulin, José Joaquin Rojas, Edvald Boasson Hagen, et j’en passe… Cette étape était vraiment dingue, ça fonçait, personne n’obtenait de bon de sortie, et à vrai dire l’équipe du maillot jaune ne pouvait pas réellement se plaindre de la situation, d’une certaine façon ils en profitaient, car n’ayant pas besoin de faire le travail pour le peloton, les Europcar ne se fatiguent pas plus que les autres (mais ils se fatiguaient plus que lors d’une étape "normale"). Roy était l’un des plus actifs à l’avant.

A un peu plus de 60km de l’arrivée le peloton a ENFIN laissé partir. Figurent dans l’échappée : Roy, Boasson Hagen, Hushovd, Hesjedal, Marcato, déjà vu à l’attaque une à 150 fois depuis le début de l’étape, ainsi que Dries Devenyns, Tony Martin, Mikhail Ignatyev, Alan Perez et Andriy Grivko. D’autres ont voulu revenir, ça a relancé dans le peloton… qui rapidement s’est arrêté, carrément car des vessies avaient besoin d’être vidées après 2 heures sans le moindre répit. Dans ces conditions ça sentait clairement la victoire d’Hushovd, qui en plus possèdait un équipier dans l’échappée… Dumoulin, Mollema et Fabrice Jeandesboz ont réagi trop tard, ils sont restés intercalés un moment sans avoir la moindre chance de revenir.

En quelques minutes l’écart a augmenté jusqu’à plus de 6 minutes. Le peloton a littéralement offert la victoire au champion du monde. Pauvre Jérémy Roy, encore condamné à être vaincu par Hushovd, comme à Lourdes. Les 2 Norvégiens du peloton tous les 2 à l’avant le jour où ça va fonctionner pour les baroudeurs… et il n’y a qu’un Français dans la bonne échappée. La réussite des uns commence là où s’arrête celle des autres.

Au sprint intermédiaire, R.A.S. (Roy n’est passé que 2e derrière Devenyns, ça n’a pas été disputé, Rojas et Cavendish non plus n’ont pas essayé de grappiller des points, il en restait 2 et 1 à prendre).

Les AG2R roulaient en tête du peloton… Pour le classement par équipes ? Un ordre de leur directeur sportif pour les punir d’avoir loupé l’échappée ? Ils ont vite repris les 2 intercalés, lesquels ont renoncé, ils n’avaient plus rien à gagner, et puis avec cette pluie et ce froid, mieux valait se remettre "au chaud" dans le peloton.

La course semblait se résumer à une victoire d’étape disputée entre 10 hommes, pour le reste, rien.

Les 25 derniers kilomètres…

Igniatyev tente de partir seul, il se fait vite reprendre, mais l’idée est bonne, il faut lâcher assez tôt les Norvégiens, sinon l’affaire est entendue. On espère un contre dès le pied de la montée du col de Manse. Igniatyev se détache à nouveau du reste du groupe. Devenyns et Grivko sont les seuls à essayer de le rejoindre, ils ne creusent aucun écart réellement significatif avec les poursuivants mais se rapprochent du Russe. Grivko a sauté, il a été remplacé dans la roue du Belge par Perez, qui ne tient pas longtemps. Il n’y a pas 50 mètres d’écart entre les coureurs ou blocs de coureurs. Roy reste dans les roues du groupe mené par Hesjedal pour Hushovd, mais le seul français du groupe a du mal.

Le peloton est emmené par les BMC, Cadel Evans est en 2e position… Une idée derrière la tête ?

A l’avant, tout le monde revient progressivement, Roy est obligé de travailler… car Hesjedal est parti seul pour aller chercher Igniatyev. Boasson Hagen attaque le groupe de poursuite, Hushovd saute dans sa roue.

Soudain Contador attaque ! Evans était probablement le seul à s’y attendre, Cancellara remonte les frères Schleck et Evans, Voeckler est obligé de revenir tout seul, il a été surpris, il ne s’attendait pas à ce que ça bouge. Samuel Sanchez tente d’accélérer, ça revient, Andy Schleck dégaine, il reste 5 bornes avant le sommet, Voeckler a intérêt à juste rester dans les roues avant d’attaquer dans la descente. Le peloton revient et un coéquipier de Contador accélère le rythme.

Pendant ce temps Hesjedal est parti tout seul «oh oh oh pour la victoi-a-a-aaare !» Je rappelle qu’il est canadien… Les 2 Norvégiens sont ensemble à sa poursuite.

Jannesson semble attaquer à son tour en tête du peloton (ce qu’il en reste), Danielson le rejoint. Contador en remet une, Voeckler saute dans sa roue quitte à se mettre dans le rouge, Andy aussi, Jannesson prend un coup de vent, Evans tente de ramener les autres au train, ça va très vite, finalement ça ralentit devant. Contador relance, Evans et Sanchez sont les seuls à suivre, Voeckler et Andy Schleck ont du mal à récupérer, ils ont subi les accélérations et ont du mal à se relancer. Evans roule en tête avec Contador et Samuel Sanchez dans la roue, le 2e groupe est à quelques secondes.

Hesjedal attend son équipier… On sait qui va lever les bras.

Ivan Basso a un temps été sorti du groupe de tête, il est revenu, alors que devant Contador en rajoute une couche. Il n’y a que quelques secondes entre le tenant du titre qui je l’espère sera bientôt déchu et les autres favoris. Jannesson tente de repartir mais Rein Taaramae prend la fuite. Un gros groupe se reforme, ça n’avance pas très vite, l’écart entre le trio Evans/Contador/Sanchez et le groupe maillot jaune augmente.

La descente est très technique, pas très large, sèche par endroits, mouillée le plus souvent. Contador a du mal à suivre Evans dans la descente. Voeckler envie et lâche un peu les Schleck. Jannesson, qui le relayait, tombe juste devant le leader du général, ça ralentir le maillot jaune.

En tête de la coruse ça devient de la piste à 2 contre 1, ceci à 2km de l’arrivée. Le Canadien mène pour son coéquipier, Hushovd reste en dernière position dans la roue de son compatriote, c’est limite du tout cuit… Hesjedal accélère un peu, Hushovd surprend Boasson Hagen à moins de 100 mètres de l’arrivée et l’emporte sans aucun problème. Difficile de comprendre ce qu’espérait le 2e du jour, à un moment il lui fallait attaquer, il ne l’a pas fait. Tony Martin arrive un peu plus tard, puis tour à tour les autres échappés arrivent, Roy termine 7e. La France n’a toujours pas de victoire d’étape, la Norvège en a 3 et se paie même le luxe de voir ses 2 seuls représentants, deux sprinteurs, terminer aux 2 premières places sur une étape avec un col peu avant l’arrivée… Dur.

Pendant ce temps Evans creuse l’écart sur le duo espagnol, mais les 2 hommes se relaient et limitent la casse à défaut de pouvoir reprendre Evans, qui a pris tous les risques. Derrière Andy Schleck n’avance pas, on le savait mauvais descendeur, pas à ce point, il est tout simplement mauvais ! Le Luxembourgeois ne sait pas descendre, or lors de la 17e étape… ça finit aussi en descente.

Finalement entre les principaux cadors y a peu d’écart, Contador n’a que 3 secondes de retard sur Evans, le groupe Voeckler est tout près (à 23s de l’Australien), Rojas est dans son groupe, il sprinte avec Gilbert pour la 14e place. Avec le maillot jaune on trouve notamment Jean-Christophe Péraud, Jérôme Coppel et Arnold Jannesson, ainsi que Rigoberto Uran, le maillot blanc, ou encore Taaramae, Fränk Schleck et Cunego. Basso a perdu du temps (Pierre Rolland est avec lui), il est à 54 secondes d’Evans, Andy Schleck n’arrive qu’ensuite, à 1’09 d’Evans.

Quelle incroyable fin d’étape ! Bonne affaire pour Evans… mais aussi pour Voeckler en fait ! Il a perdu 23 secondes sur l’Australien, 20 sur les 2 Espagnols, mais a gagné du temps sur beaucoup de concurrents. Maintenant le Français n’a que 1’45 de marge sur l’ancien vététiste, toujours 1’49 sur Fränk Schleck, mais a 3’03 d’avance sur le 4e du classement. Mercredi la bonne surprise du Tour 2011 devra profiter du relief de l’étape, ça descend énormément dans les 62 derniers kilomètres avec un col de 2e catégorie qui interrompt la descente… qui reprend ensuite jusqu’à l’arrivée. S’il est encore avec les meilleurs à Sestrières, faut absolument qu’il attaque dans la descente, il a un vrai coup à jouer pour le podium final à Paris.

Igniatyev a été élu combatif du jour.

  • Résumé version courte.
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  • Résumé version longue.
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