Terrible… Col d’Agnel (plus de 2700m d’altitude !), puis Col d’Izoard (2360m), puis arrivée au Galibier (encore à plus de 2600m) pour la première fois (le Tour de France y passe très souvent mais ne s’était jamais arrêté au sommet)… 3 cols hors-catégorie après un peu de plat et beaucoup de faux-plats montants… et bien sûr, comme on est dans les Alpes, il y a de la vallée entre les cols. Les organisateurs ont fait très fort. Avec le froid, le vent et peut-être même la neige annoncés sur les hauteurs[1], certains ont dû mal dormir…

L’étape débute de façon classique, ça va très vite pendant la première heure puis une grosse échappée se détache, en l’occurrence le bon de sorti a été composé avant sprint intermédiaire qui n’aura donc servi à rien. Il s’agit d’un groupe de 16 avec un seul Français[2] – ce qui en soit est hallucinant – et aucun FDJ – ce qui est tout aussi hallucinant – mais 4 Espagnols, 3 Néerlandais, 2 Belges, 1 Allemand, 1 Ricain, 1 Lituanien, 1 Colombien, 1 Irlandais et 1 Kazakh… En fait, le plus dingue est peut-être de n’y trouver aucun Norvégien (^^).

La composition de l’échappée du jour : Maxime Monfort, Joost Posthuma (2 Leopard-Trek, ça peut être intéressant pour une grande offensive des Schleck… on ne sait jamais, on peut rêver !), Ruben Perez Moreno, Pablo Urtasun (EUS), Maarten Tjallingii (RAB), Ramunas Navardauskas (GRM), Maxim Iglinskiy (AST), Markel Irizar (RSH), Imanol Erviti (MOV), Nicolas Roche (AG2R), Dries Devenyns (QST), Brent Bookwalter (BMC, équipier de Cadel Evans, il pourrait éventuellement servir, on ne sait jamais, l’Australien pourrait attaquer… mouaaaaaaah ! Non bien sûr, il n’attaque jamais), Leonardo Duque (COF), Danilo Hondo (LAM), Johnny Hoogerland (VCD… il cherche surtout le prix du super-combatif du Tour à mon avis) et Anthony Delaplace (SAU).

Un trio de contre-attaque est parti avec Mickaël Delage (ouf ! il fallait un FDJ devant !), Marcus Burghardt (autre BMC) et Egor Silin (KAT), il finit par rejoindre le groupe de tête, celui-ci compte 19 hommes.

Le peloton a complètement laissé faire, le mieux classé étant Nicolas Roche (à plus de 14 minutes). Plus de 8 minutes d’avance. Dans le Col d’Agnel l’écart commence à diminuer.

Etrange… ça attaque en tête du peloton, notamment Philippe Gilbert. Rémy Di Gregorio, Christophe Riblon, Levi Leipheimer et Carlos Barredo tentent à leur tour de partir, il y a aussi Andrey Zeits et Kristjan Koren. En tête du peloton Leopard-Trek et Saxo Bank ont l’air de vouloir accélérer, ce qui pourrait bien condamner ce contre et fait craquer les Cavendish et compagnie. Le peloton se casse en 2, rapidement les Schleck perdent plusieurs compagnons.

A l’avant Hondo est le premier lâché, logique, c’est un sprinteur. Ça pète dans tous les sens devant, les Leopard-Treck mènent aussi ce groupe.

Leipheimer, Zeits et Liewe Westra ont gardé un peu d’avance sur le peloton, ils sont rejoints par David Moncoutié, Robert Gesink, David Arroyo, Arnold Jannesson et à nouveau Di Gregorio.

Contador est mal placé, on a appris qu’il était allé voir le médecin le matin, son problème au genou le ferait à nouveau souffrir. Heureusement pour lui que devant ça ne fonce pas, ce sont les Europcar qui maîtrisent. A moins qu’il ne s’agisse d’un bluff dangereux.

Iglinskiy attaque le groupe de 11 pour prendre les points au sommet devant Hoogerland. Les 8 largués passent plus ou moins éparpillés, suivis par le groupe de contre, ils sont à un peu moins de 5 minutes de l’homme de tête, puis on trouve le peloton à seulement 5’35 de ce dernier. L’Agnel n’aura pas servi dans la grande bagarre… personne n’a testé Contador.

Le Kazakh a poursuivi son effort dans la descente, il est repris par ses ex-ex-compagnons. Ça revient de l’arrière, ils se retrouvent à 14. Les Sky mènent la chasse, sans doute à cause de la présence de Jannesson une quarantaine de secondes devant, ils ont un maillot blanc à protéger. L’écart se réduit avec la tête de la course, il passe sous les 4’30.

Gilbert attaque en tête du peloton à la fin de la descente, il emmène dans sa roue Jelle Vanendert et… Thomas Voeckler ! Ils reviennent sur le groupe de contre-attaque. Ça n’ira pas loin, mais c’est sympathique, ça oblige les autres équipes à rouler. Le Français est très attentif, c’est bon signe.

Ça part dans tous les sens, Maxime Bouet quitte le peloton reformé, espérant rejoindre les restes de l’échappée du matin en train de se déliter. Nicolas Roche serait sans doute très content de récupérer un équipier. Le jeune AG2R prend une bonne minute d’avance sur le peloton mené par les Europcar, ça ne va pas très vite, les hommes de tête ont à nouveau une marge de 5’20.

Leopard-Trek se décide à accélérer le rythme, l’avance des survivants du groupe de tête fond à nouveau très rapidement, il ne reste que les 2 coéquipiers des Schleck, les 2 Belges, un Euskaltel, Roche, le Kazakh et le Russe. Ça va maintenant très vite, Bouet se fait revoir en quelques minutes seulement par la tête du peloton, en train d’être décimé par l’accélération.

Iglinskiy part à nouveau seul, ils ne sont plus que 4 à le chasser, dont Roche et Monfort, l’autre Leopard-Trek a décroché, on est au milieu du col d’Izoard… Et pour cause… La grande offensive se prépare !

Andy Schleck attaque de très loin ! Personne ne peut répondre (en réalité Pierre Rolland semblait en être capable mais il a préféré attendre Voeckler) ! C’est pour ça qu’il a placé 2 hommes dans l’échappée, il avait prévu son coup ! Il est parti seul, les Europcar sont les seuls à pouvoir rouler… Finalement Contador envoie son lieutenant imprimer le train du groupe des leaders, en chemin un Euskaltel rattrapé donne un petit coup de main… L’alliance entre Contador et Samuel Sanchez fonctionne bien…

Le coup de Schleck ne fonctionnera pas forcément (il va y avoir vent de face pendant la plus grande partie de la fin de l’étape), mais tactiquement c’est de l’excellent travail ! Enfin de la tactique !

Contador abandonne la chasse, il veut laisser faire les autres, Andy en profite, il creuse l’écart. Cadel Evans est pris en sandwich entre les frères Schleck, c’est un BMC qui prend le relais, celui récupéré après l’échappée matinale. Un Liquigas donne aussi un coup de main.

Posthuma, qui attendait Andy, donne tout pour accélérer encore le rythme et l’envoyer jusqu’à Monfort, qui devra l’aider dans la descente et la vallée. Il a déjà mis 1’30 au peloton en quelques kilomètres ! Après avoir profité de cette aide pendant seulement quelques minutes, Andy se lance pour rejoindre Monfort qui profite de la roue de Roche pour se refaire une santé. L’avance du Luxembourgeois augmente encore, aussi parce que personne ne prend en charge la poursuite, le reste du peloton perd du temps par rapport à Iglinskiy, c’est dire ! Même à fond Navarro, l’homme de Contador, ne peut rien faire.

Monfort attend Andy juste après l’ascension, il prend soin de se nourrir, il a besoin de forces pour emmener son leader dans la descente et surtout dans la vallée. Le Kazakh est passé seul, Roche suit d’assez loin. Au sommet Andy bascule à 1’50 de l’homme de tête, il rejoint son équipier après quelques lacets, il est décidé à prendre des risques. Le peloton ne passe qu’à 4’05, ça fait donc 2’15 prises en quelques kilomètres de montée. Impressionnant !

Les bons descendeurs du peloton, les Evans, Voeckler et compagnie, ont une chance de reprendre quelques secondes dans cet exercice s’ils donnent tout. Rigoberto Uran chute dans la descente et perd du temps… Voeckler ne prend pas de risque inutile, le plus souvent il reste dans la roue de l’Australien. On ne s’entend pas vraiment dans ce groupe des leaders, le dernier BMC est à l’avant mais tout ce monde continue à perdre du temps. On voit Contador et Sanchez discuter et préparer quelque chose…

Nicolas Roche a été rejoint par le groupe d’Andy Schleck. Monfort est remarquable, il fait de son patron le maillot jaune virtuel (2’36 d’écart au général avant l’étape). Le peloton est lent, ça revient de l’arrière, Uran peut le réintégrer, des Euskaltel-Euskadi reviennent (en tout ils sont 5), ça va probablement rouler maintenant… Alors que Contador doit changer de vélo, il n’a besoin que de 2 minutes pour retrouver sa place.

Il y a vent de face dans la vallée et Andy fait sa part de travail, son groupe a 3’ d’avance à un peu plus de 30 bornes de l’arrivée… Devenyns prend des relais sans sourciller. Iglinskiy, qui sera peut-être élu combatif du jour, est toujours seul en tête, mais plus pour très longtemps. Les 3 hommes accompagnés de Roche et Silin s’entendent parfaitement. Le Astana se fait avaler.

Un Saxo Bank revenu dans le groupe est à la planche avec les BMC, les Basques se mettent enfin à aider. L’écart se déduit légèrement et repasse sous les 3’, puis remonte à nouveau malgré la débauche d’énergie des équipiers placé à l’avant du peloton. Il y a 3’20 à 25km de l’arrivée… Encore plus au pied de la dernière difficulté de la journée (ça monte relativement doucement jusqu’au Lautaret, ensuite ça devient très dur, il y a moins d’oxygène et la pente passe à 9, 10 et même 11%). Monfort est extraordinaire, d’autant que plus aucun des 4 autres n’aide. Le peloton est en file-indienne sans réduire l’écart.

Bonne nouvelle pour tout le monde, s’il fait froid et s’il y a beaucoup de vent, au moins il fait beau !

Maxime Monfort n’en peut plus, il lâche l’affaire à 17,5km de l’arrivée, il a fortement contribué à ce que l’écart monte jusqu’à 3’50. Faute d’essence, il s’est garé sur le côté, panne sèche, il finira en poussant. Iglinskiy et Roche sont les seuls à pouvoir suivre le Luxembourgeois volant.

Contador accélère sans attaquer, il a tout le monde dans la roue, on dirait que les leaders s’entendent pour hausser le ton, faire le ménage dans le groupe et réduire l’écart, car Evans le relaie. Mais soudain Condador disparaît de l’image… Où est-il ? Evans continue à rouler avec Voeckler dans la roue, ce dernier donne l’ordre à Pierre Rolland de ne pas bouger. Evans ne comprend pas ce qui se passe, il regarde étêté, demande aux autres d’y aller… Il ne pige rien à ce qui se passe. Ivan Basso attaque, Rolland saute dans sa roue, Evans va les chercher puis reprend les commandes du groupe. C’est lunaire. Et puis… ça ne va pas vite ! Andy en profite, son avance augmente encore et toujours…

On a retrouvé Contador, il remet Navarro en tête pour rouler. Andy en remet une petite pour lâcher les 2 suceurs de roues… Roche craque. Andy a 4’30 d’avance !

A l’arrière Evans attaque (pendant ce temps Samuel Sanchez a crevé)… Evans qui attaque… Wahou ! Rolland revient, Basso et Voeckler aussi, tout le monde recolle. Evans décide d’accélérer au train, ça lui ressemble plus. Sans doute compte lâcher tout le monde comme ça, il semble en être capable, ça risque toutefois d’être un peu long, il a vent de face. L’Australien n’a pas le choix, de toute façon s’il ne roule pas, Andy Scheck va gagner le Tour de France. Rolland et Voeckler restent bien dans la roue du boss de BMC, ils sont suivis des AG2R et de toute la troupe qui se réduit considérablement. Uran ne suit plus, Jannesson et Coppel non plus. La sélection par l’arrière débute.

L’accélération de l’Australien a amoché l’avance d’Andy, qui se situe déjà dans des pentes nettement plus fortes. Schleck en remet une couche et part seul (le Kazakh a été décroché), sans doute averti de l’effort d’Evans. Personne n’aide l’ancien champion du monde, il risque d’exploser. Ils sont encore 17 avec lui en passant le Lautaret.

Evans relance encore sans lâcher ses principaux adversaires. Il y a une cassure dans le groupe, Jean-Christophe Péraud a du mal à suivre. Plus que 10, Samuel Sanchez a craqué. Voeckler s’accroche à la roue d’Evans, à ce rythme il peut conserver son maillot jaune, car Andy Schleck perd seconde après seconde. Tom Danielson craque à son tour. Plus que 9 : Evans, Rolland, Voeckler, Contador, Fränk Schleck, Cunego, Basso, Taaramae, Vanendert.

Et dire qu’il y a vent de face…

Vanendert n’en peut plus, il perd du terrain, Taaramae aussi, c’est bon pour Rolland ! Evans commence à flancher, l’écart reste de 3’10 pendant un moment… Roche se fait rejoindre par le groupe maillot jaune, il ne tient pas la cadence.

Sur certaines portions le vent vient dans le dos, mais la pente est de plus en plus terrible.

Contador craque à plus de 2 bornes de l’arrivée, il voit la caméra alors il accélère pour revenir. Il n’a plus de jus, il décroche définitivement. Voir l’Espagnol derrière pourrait donner des envies aux autres d’aider Evans, mais ils n’en sont pas capables, tout le monde est dans le dur.

Pierre Rolland se met en tête du groupe pour aider sur le dernier km, il y a moyen de garder le maillot jaune ! Malheureusement il n’a pas assez de forces, Evans se remet en tête, si Voeckler doit conserver sa tunique de poussin, ce sera en grande partie grâce à lui. C’est parfaitement jouable, ça va se décider pour quelques secondes ! Andy semble bouilli, il n’avance plus, il est en train de perdre le maillot qui lui était promis.

Damiano Cunego a craqué, Pierre Rolland cale à quelques centaines de mètres de l’arrivée, Voeckler s’accroche toujours, Fränk Schleck attaque pour grappiller quelques secondes, il finit 2e à 2’07 de son frère, Evans est 3e (8 secondes plus tard), Basso 4e (encore 3 secondes derrière). Voeckler a un peu lâché, il finit à 2’21 (14, 6 et 3 secondes perdues par rapport aux concurrents arrivés avant lui) mais reste leader du classement général pour une poignée de secondes ! 15 pour être précis. Quel exploit ! Rolland est 6e. Enorme ! Contator a mangé 3’50, Péraud a fini 5 secondes plus tard, Sanchez a explosé (4’42)…

QUELLE ETAPE !!! FABULEUX ! FANTASTIQUE !!

Une grande offensive de loin, de la tactique, de l’héroïsme, du combat, de la souffrance, des défaillances, du travail d’équipe (Andy pourra remercier Maxime Monfort)… C’est génial. Tout ce que j’aime. Alors certes, pour réussir ce coup – le plus beau succès de sa carrière+un dossard rouge qui ne fait jamais de mal – Andy a dépensé énormément d’énergie, ça ne lui a permis de reprendre que que 2 grosses minutes, mais Evans aussi a énormément donné, et s'il ne tentait rien, le Luxembourgeois avait Tour perdu. Il DEVAIT essayer. Je sens bien Fränk en profiter vendredi dans l’Alpes d’Huez, il a passé la journée dans les roues.

L’enseignement du jour est qu’ils ne sont plus que 4 pour la victoire finale : Andy et Fränk Schleck, Cadel Evans et Thomas Voeckler. Les autres sont pratiquement à 4 minutes. Les écarts entre les 4 premiers sont ridiculement faibles, Evans gagnera le tour grâce au contre-la-montre s’il n’y a pas de nouveaux écarts à l’issue des 21 lacets.

Taaramae prend le maillot blanc, il n’a que 33 secondes d’avance sur Pierre Rolland, arrivé 55 secondes avant lui (Uran a mangé, Rolland lui a mis 5 minutes).

Péraud entre dans le top 10 au général grâce à sa 16e place lors de l’étape.

Vanendert n’a plus que 2 points d’avance sur Sanchez et 4 sur Andy Schleck pour le maillot à pois… A priori c’est foutu pour le Belge, sauf s’il réussit un énorme coup en partant en début d’étape vendredi.

La seule fâcherie de la journée est qu’on aurait dû avoir un nouveau maillot vert car Cavendish a mis plus que le temps maximum autorisé pour franchir la ligne.

Il y a en effet eu des hors-délai (33’07)… Un homme est arrivé seul une trentaine de secondes trop tard, puis un paquet de plus de 80 bonshommes dont Chavanel, des FDJ… a fini à environ 35 minutes. C’est de la triche, ils ont tous fait exprès de finir ensemble pour empêcher le jury des commissaires de les renvoyer à la maison ! Ils vont se faire repêcher… Quelle honte ! On leur retire quelques points au classement du maillot vert, autant que le nombre gagnés par le vainqueur de l’étape, soit 20… pfff… Cavendish est toujours en vert avec 15 unités d’avance sur José Joaquin Rojas, arrivé à temps.

  • Résumé version courte.
  • Résumé version longue.

Et demain, seulement 109km, mais l’Alpes d’Huez !

Notes

[1] Mardi, il y avait 5 à 10cm sur les sommets, il a fallu déneiger la route.

[2] Nicolas Roche a la double nationalité franco-irlandaise me semble-t-il.