On se refait le Col du Galibier, mais cette fois par le Col du Télégraphe, puis on redescend par là où on est monté la veille lors de l’étape de légende d’hier, et on va jusqu’à l’Alpe d’Huez avec entre-temps beaucoup de descente, de la vallée et un sprint intermédiaire. C’est une étape extrêmement courte mais extrêmement difficile qui promet d’aller très vite : certains ont annoncé vouloir durcir la course. Il devrait y avoir des hors-délai. L’équipe de José Joaquin Rojas a prévenu il y a quelques jours, elle a l’intention de sortir Cavendish du Tour de France. On va aussi connaître le vainqueur final du maillot à pois.

L’étape étant courte, elle part très tard, à 14h30.

Comme on pouvait s’y attendre, ça attaque dès le km0. Un premier groupe de 4 se détache avec notamment un BMC. Un paquet de 10 hommes revient. Du coup à l’arrière ça accélère à nouveau. Ils sont 14 à l’avant. Johnny Hoogerland a encore été le premier attaquant du jour, il cherche clairement le prix du super-combatif du Tour, il ne peut quasiment rien espérer d’autre, même pas le maillot du meilleur grimpeur.

Les coureurs avancent très vite car il y a de la descente pour débuter, vent dans le dos en prime.

Le peloton a laissé partir. A l’avant on trouve donc : Gorka Izagirre et Pablo Urtasun (Euskaltel), André Greipel (Omega-Pharma), Maxim Iglinskiy (Astana), Rui Costa et José Ivan Gutierrez (Movistar), Kristjan Koren (Liquigas… Ivan Basso aurait-il des velléités offensives ?), Christophe Riblon (Ag2r), Juan Antonio Flecha (Sky), Jérôme Pineau (Quick Step), Marcus Burghardt (BMC… intéressant, même si ça ne présage absolument pas d’une attaque de son leader), Mickaël Buffaz et Leonardo Duque (Cofidis).

Aucun ne présente le moindre danger au général.

Sans attendre, Contador décide d’attaquer au pied du Télégraphe quelques instants après avoir envoyé un coéquipier devant. Son retard accumulé depuis presque 3 semaines et surtout jeudi l’oblige à tenter un coup de loin. Là c’est vraiment de très très loin ! Et bah…

Andy Schleck n’a pas été surpris, il a sauté dans les roues, son frère aussi est là, les autres ne reviennent pas tout de suite, Cadel Evans fait l’effort, Thomas Voeckler n’a pas répondu, il est décroché mais n’est pas seul, il peut espérer revenir au train. Le groupe Contador est mené par Navarro, il risque de prendre le large. Voeckler juge qu’il est temps de réagir car ses principaux concurrents sont tous à l’avant. Il repart seul pour rejoindre le groupe des cadors, étrangement mené par un Rabobank, Carlos Barredo. Navarro a décroché, il a joué le rôle de propulseur comme on en trouve sur les fusées Ariane.

Contador en remet une Fränk Schleck explose, pas Andy. Evans revient au train, Voeckler reste dans sa roue. Ils ne sont plus que 4 grands leaders… Le peloton est mené par les Liguigas de Basso. Beaucoup craquent. Fränk Schleck, Barredo et Daminao Cunego sont repris au bout de quelques minutes.

La guerre a débuté très tôt, c’est mauvais pour Thomas, mais au moins il a bien réagit, il se devait de remonter jusqu’aux hommes les plus menaçants au général. Le quatuor revient très vite sur le BMC intercalé, l’écart se creuse rapidement avec le peloton.

Cavendish a été lâché assez rapidement dans le Télégraphe… On l’imagine mal finir dans les délais, dans ce cas il perdrait au moins 20 points, ce qui pourrait lui coûter son maillot vert. Il peut même se faire éliminer du Tour, une nouvelle qui réjouirait beaucoup de monde.

Contador en remet une, Voeckler et Evans sont largués, Evans a même un problème mécanique à ce moment ! Heureusement pour Evans qu’il a Burghardt, mais il est largué. Voeckler est en position très inconfortable. Evans s’arrête une 3e fois, il doit changer de vélo…

Contador et Schleck reviennent sur les hommes de tête. Evans a pris 40 secondes de retard sur Voeckler, qui lui a 25 secondes de retard sur les 2 hommes de tête. L’Australien se fait reprendre par le peloton. Thomas est piégé par les circonstances de course, continuer seul ou attendre le peloton, le choix est difficile, mais tant qu’à faire, s’il faut perdre le Tour aujourd’hui, autant le perdre en ayant essayé de la gagner. S’il réussit à revenir sur les 2 premiers du Tour 2010[1], il peut assurer le podium.

Pineau essaye d’aider Voeckler, mais le maillot jaune a du mal à suivre, ils se connaissent bien, ils ont débuté ensemble. C’est un bon coup de main, la solidarité entre Français, j’aime ! A l’avant, les 2 attaquants du jour sont encore suivis par quelques hommes, dont Riblon. Pineau fait un super travail pour son ancien coéquipier.

Un Euskaltel attaque au sommet pout prendre plus de points que Schleck, le très probable futur maillot à pois du Tour de France. On ne sait jamais, ça peut avoir son importance si Samuel Sanchez est bien placé à l’arrivée (les points de la dernière ascension sont doublés, le premier en prendra 40). En attendant le Luxembourgeois est passé en tête du classement.

Pineau reçoit un geste de remerciement de Voeckler, il l’a bien aidé à ne passer au sommet qu’à 34 secondes. Le peloton passe à 1’35. C’est parti pour 5km en pente négative pour atteindre le pied du Galibier. Le duo français fait la descente à fond. Contador est seul à travailler à l’avant.

Voeckler a repris une petite dizaine de secondes dans la descente, Pineau le laisse partir dans la montée, il ne peut plus l’aider. Le maillot jaune a en point de mire la voiture de dépannage qui suit le groupe Contador, il faut absolument qu’il comble ces 25 secondes, sinon il aura grillé ses forces pour rien.

Le Col du Galibier, encore plus dur de ce côté, va être terrible !

Riblon, Rui Costa et Izagirre sont les derniers à suivre les 2 ogres de la montagne. Contador demande de l’aide, Rui Costa semble accepter… Il n’a pourtant aucun intérêt à rouler pour l’Espagnol ! Schleck refuse de prendre le moindre relai, Riblon non plus. Il a bien raison ! Dans un 2e groupe Flecha et Voeckler tournent, pas leurs 2 compagnons (le Liquigas et le Cofidis décrochés de la tête)… Andy décide finalement d’aider un peu… et Voeckler repart tout seul en chasse-patate. En réalité il a un homme dans la roue… Koren ne tient pas bien longtemps.

L’écart avec le peloton ne se réduit pas malgré le travail des BMC (et un peu des Liquigas). Voeckler reste à une trentaine de secondes du groupe qu’il chasse, pour lui c’est un long contre-la-montre en montagne… Il a l’habitude de ces efforts solitaires, mais après autant de jours de course à défendre un maillot qu’il n’était pas préparé à porter, c’est dangereux, en général il fait ça pour aller gagner des étapes après avoir économisé ses forces les jours précédents. Devant ça ne va pas si vite que ça, Andy a énormément donné hier, Contador a carrément craqué dans la montée du Galibier… Preuve que ce n’est pas hyper rapide, les 3 suivent toujours.

Jelle Vanendert explose, pour lui les pois, c’est vraiment fini.

Les hommes de tête et Voeckler se voient les uns les autres, Andy accélère et lâche le Euskaltel. Maintenant que ça monte très dur, le Français commence à perdre tu temps, finalement il lâche et se fait reprendre par le groupe mené par Evans en personne car tous les autres BMC ont atteint leurs limites. Pierre Rolland est toujours là avec un autre Europcar alors que Rein Taaramae a craqué, c’est très bon pour le maillot blanc ! En revanche, moins bonne nouvelle pour les Français, Jean-Christophe Péraud est lâché, il est aidé par Hubert Dupont. On voit aussi Ivan Basso faire l’élastique.

Devant, Contador et Andy se relaient, pourtant ils ont perdu pas mal de temps sur le groupe des autres leaders. 1’10 d’écart, ce n’est rien ! Samuel Sanchez sort du peloton, ce serait un gros renfort devant avant la descente, c’est pourquoi le peloton réagit, Cadel Evans tente d’attaquer… Et oui, c’est rare. Voeckler ne peut pas suivre, il se fait décrocher, ses équipiers n’ont pas vu et vont chercher Evans.

Rolland reste avec Evans, il a eu pour consigne direct du maillot jaune de penser à faire sa propre course sans l’attendre, les autres Europcar décrochent pour aider le héros de ces 2 dernières semaines.

Jérôme Coppel roule avec les 2 Europcar qui cherchent à rattraper les groupes qui précèdent. Thomas perd son sang-froid en voyant que ses coéquipiers vont trop vite pour lui et qu’il ne maîtrise plus rien. Il crie, fracasse un bidon sur le sol…

Andy Schleck est passé en tête au sommet, il va probablement s’adjuger le maillot à pois. Le groupe Evans ne passe qu’à une trentaine de secondes. Basso est un peu plus loin, environ 1’, et celui de Voeckler à plus d’1’30. Samuel Sanchez revient très vite sur le groupe Contador, on connait ses qualités de descendeur… alors que la descente du groupe de tête est menée par Andy. Contador a tout intérêt à attendre son allier des derniers jours…

Sandy Casar aide Evans à rouler car Arnold Jannesson est toujours là. Il y a aussi Tom Danielson, Fränk Schleck, Ryder Hesjedal, Damiano Cunego et Peter Velits. Basso est plus loin avec Jacob Fuglsang, Jérôme Coppel et 1 ou 2 autres coureurs.

Riblon et Costa relaient dans la descente, Samuel Sanchez revient et intègre le groupe… Voeckler se retrouve à 2 minutes. Le champion olympique peut aider à creuser l’écart, c’est un des 2 ou 3 meilleurs descendeurs du peloton.

Evans cherche un peu plus d’aide dans la descente, mais à part Casar, il n’y a pas grand-monde pour rouler. Un groupe plein d’AG2R – notamment – revient sur le groupe Voeckler, Taaramae figue dans ce groupe, des Cofidis arrivent également de l’arrière, ça peut faire du monde pour travailler de concert. Voeckler a 4 équipiers dans la descente, il faut qu’il se prépare pour l’Alpe d’Huez en restant dans les roues et en s’alimentant. Parmi ses principaux adversaires seul Fränk Schleck est à l’abri du vent, les autres sont tous directement mis à contribution au sein d’un des groupes éparpillés sur la route.

Le groupe mené par les Europcar se rapproche des hommes de tête, Basso a été repris. Hesjedal aide maintenant le groupe Evans pour Danielson, tout le monde va revenir sur le groupe de tête qui finalement aura fait tout ça pour rien, ou du moins n’aura pas éliminé grand-monde. Redistribution des cartes. Il semble évident que certains vont à nouveau attaquer dès le pied de l’Alpe d’Huez, malheur à ceux qui auront dépensé trop d’énergie avant d’entamer les 21 lacets.

Ça se relève complètement à l’avant, tout le monde se regarde, Pierre Rolland est décidé à sauter dans n’importe quelle roue. Sandy Casar décide de rouler, Jannesson peut toujours espérer réaliser une bonne affaire. Derrière, les Codifis aident les Europcar, la chasse est parfaitement organisée, 5 à 7 équipiers tournent pour ramener Voeckler et Taaramae, ils ne peuvent que gagner du temps sur un groupe qui ne s’entend pas avec au mieux 2 hommes qui roulent.

Pierre Rolland attaque et oblige Jannesson à tenter de le rejoindre, ce qui fait sauter Casar, il n’y a plus personne pour faire le travail. Aucun des hommes présents à l’avant ne peut suivre le jeune Français, il va chercher l’étape et le maillot blanc. Rui Costa finit par contre-attaquer. Son départ a mis le feu, ça part dans tous les sens, puis ça se regarde à nouveau car les cadors se marquent à la culotte… Riblon contre à nouveau pour rejoindre les hommes qui jouent la victoire d’étape. L’avance des cadors sur le peloton n’est plus que d’une grosse minute à 20 bornes de l’arrivée…

Hesjedal revient sur Rolland qui l’attend, il y a un bout de vallée, mieux va être à 2. On voit un peu plus loin les 3 hommes en contre et le groupe des leaders qui s’observent tous et discutent… Le duo de tête semble bien s’entendre, le coup est parfaitement joué !

Evans tente d’organiser son groupe qui ne roule plus. On met Fränk Schleck à la barre… Et ce qui devait arriver arriva… retour du groupe Voeckler ! La jonction est faite dans la vallée. Maintenant les Europcar doivent arrêter de rouler, ils laissent faire les Cofidis car Pierre Rolland est toujours devant. Au sprint intermédiaire il passe 2e avec moins d’une minute d’avance sur le groupe Jannesson/Riblon/Costa repris par le peloton dans la foulée.

L’Alpe d’Huez… C’est parti !

Evans accélère le rythme, puis un coéquipier des Schleck s’en charge, ça part dans tous les sens, un Leopard-Trek tente de prendre de l’avance, Evans est parti, les Luxembourgeois sont dans le dur, personne ne réagit ! Bien sûr Voeckler ne peut pas suivre, il s’accroche comme il peut. Barredo est dans la roue de l’Australien, les autres tentent de revenir au train. Taaramae a encore explosé dès le pied. Ça revient sur Evans. Et alors que ça se regroupait, Contador attaque, ça a du mal à suivre, mais ça revient progressivement… il n’est pas repris. Voeckler est loin, son maillot est bien sûr perdu. Contador relance à chaque virage. Andy Schleck emmène Evans.

Pierre Rolland se faire reprendre par Contador, il va sans doute tenter de suivre l’Espagnol, je l’en crois capable. C’est ce qu’il fait en serrant les dents, combien de temps va-t-il pouvoir tenir ? Il a un maillot blanc à aller chercher. Derrière le groupe Sanchez/Fränk/Péraud monte au train, on voit la différence de vitesse, elle saute aux yeux. Rolland a du mal à suivre Contador qui relance, le Français qui n’abdique pas, les deux hommes serrent les dents. Il y a une dizaine de mètres d’écart. Dans un virage nettement plus bas Voeckler est dans la roue de Taaramae, il n’est vraiment pas bien… il finit par complètement craquer.

Son jeune lieutenant impressionnant ces derniers jours dans la montagne ne peut plus tenir la cadence de Contador, il monte à son rythme, toujours devant le groupe des leaders désormais mené par Andy Schleck. Il y a 39s d’écart à 10km de l’arrivée entre l’homme de tête et ce groupe. Fränk tente de relancer, il roule alternativement avec son frère. Cette grappe de coureurs ne comprend plus que 9 hommes.

Velits puis Sanchez contrent. Sanchez, c’est pour le maillot à pois. Contador a l’air d’aller très vite, derrière ça ne réagit pas, ça monte au train sous l’impulsion de Fränk Schleck. Thomas De Gendt sort à son tour du groupe qui semble ne pas avancer, peut-être l’impression visuelle est-elle trompeuse. Avec Evans et les Schleck on ne trouve plus Basso, Péraud, Cunego, Hesjedal et Danielson, en revanche, sont toujours là. Voeckler et Basso sont les grands perdants de la journée.

Pierre Rolland est rejoint par Sanchez et se cale dans la roue du Euskaltel, le duo revient lentement mais surement sur un Contador dont les réservent s’amenuisent, il a déjà beaucoup donné depuis le pied du Télégraphe. Voeckler, beaucoup plus bas, donne tout ce qu’il a, il s’est repris et double des concurrents au milieu d’une foule pleine de mecs qui n’ont rien compris, sans doute alcoolisés ils courent à côté des coureurs, les touchent. Thomas tente de faire abstraction de tout ça, il avance au courage.

En parlant de ces abrutis… Contador met une tarte à un idiot qui courait à côté de lui en tenue de chirurgien en lui tendant quelque chose devant la tête, peut-être quelque chose pour rappeler le goût de l’Espagnol pour la transfusion viande de bœuf… Ah non, pardon, il a arrêté le bœuf.

Ça discute dans le groupe Evans, ils ne savent pas trop quoi faire tactiquement…

Il n’y a plus que 15 secondes d’écart entre Contador et le duo Sanchez-Rolland au passage de la banderole des 4km… Qui sait ? Pourquoi pas l’exploit de Rolland ? Contador les voit arriver et tente de relancer… Il n’a plus rien dans les jambes, il grimace. Humain ? Pas de steak à midi ? Pourtant il a eu le temps de déjeuner avec ce départ à 14h30 ! Rolland, quant à lui, refuse de rouler, il laisse faire Sanchez, reste dans la roue pour jouer la victoire d’étape. Il n’a que 24 ans mais il n’est pas né de la dernière pluie !

Dès la jonction, Pierre Rolland contre, Contador réussit à suivre, Sanchez a beaucoup de mal. Le Français en remet une, il essaie de décrocher les 2 Espagnols… La 4e accélération est la bonne ! Sous la banderole des 2km ! Un peu plus bas Evans a attaqué avec le seul Andy Schleck pour suivre, Cunego, parti un peu avant en solo, est vite rejoint !

Il y a vent de face sur la fin, mais les 2 Espagnols ne s’entendent plus, ils ne pourront pas revenir. Rolland sprinte jusqu’à l’arrivée, chaque seconde est importante !

Evans revient sur Velits et en met une en espérant grappiller quelques secondes, Andy le suit encore. Sanchez lâche Contador pour prendre les points de la montagne, il finit 2e devant son compatriote (qui sur ce Tour n’aura gagné qu’un prix de combatif du jour pour cette étape), ça va se jouer à très peu entre Andy et Sanchez.

Le cyclisme français, celui qui a le plus gagné cette saison sur les diverses courses professionnelles un peu partout dans le monde, accroche sa première victoire d’étape sur le Tour 2011 après une édition 2010 exceptionnelle (6 victoires dont les plus belles, plein de maillots). C’était la dernière chance, elle a été saisie ! Qui plus est la victoire a été obtenue de façon grandiose dans un lieu mythique du Tour où le dernier – peut-être même seul – Français à s’être imposé était Bernard Hinault en 1986. Gagner à la pédale contre 2 des cadors du peloton, c’est fabuleux.

Pierre Rolland, révélation du mois de juillet 2011 après avoir depuis 2 ou 3 ans fait figure de grand espoir peinant à confirmer, s’est parfaitement épanoui en tant que lieutenant n’ayant pas sur ses épaules la responsabilité de la course. Maintenant, sur les épaules, il a le maillot blanc du meilleur jeune. Avant le contre-la-montre de Grenoble il dispose d’une avance de 1’33 sur l’Estonien Taaramae, arrivé sur la ligne à 2’06. Rolland est 10e au général, il perdra sans doute sa place car Péraud, 11e, est un très bon rouleur (le vice-champion olympique de VTT a fini 12e de l’étape à 1’27, il est à 45s de son compatriote), il peut vraiment conserver son maillot.

Tout le monde a fini bouilli, Sanchez, 2e, a pris 32 points au classement du maillot à pois, il se l’est adjugé pour 10 unités car Andy Schleck n’a pas été capable de sprinter pour régler son groupe et finir 4e. Les organisateurs ont globalement réussi leur réforme du maillot vert, en revanche la nouvelle façon d’attribuer les points du classement de la montagne est pourrie, elle fait vraiment passer cette lutte au 3e plan. Je ne vois pas en quoi un mec qui a trimé toute la journée pour passer parmi les premiers en haut de cols comme le Télégraphe, le Galibier, ou encore l’Aubisque et déjà le Galibier la veille peut moins mériter le maillot de meilleur grimpeur qu’un gars ayant essentiellement pris des points lors de fins d’étapes après avoir passé la journée dans les roues et profité d’un mauvais classement général pour attaquer sans être chassé. Il y a trop peu de points donnés en cours d’étape (pour avoir de véritables luttes à l’ancienne avec des baroudeurs/grimpeurs), trop peu de concurrents récompensés en haut des cols ou aux arrivées (seulement 6 pour tout ce qui est 1ère et hors-catégorie). Imaginons un coureur qui passerait 7e au sommet de chacun des principales ascensions du Tour et de chaque arrivée en altitude, il n’aurait aucun point au classement de la montagne. Dans le même temps, un gars qui n’aurait fait que suivre une échappée de 15 hommes oubliée par le peloton avec genre 20 minutes d’avance, peut prendre 80 points sur une journée comme celle de jeudi. 80 points en étant juste le moins mauvais grimpeur de son échappée… Pour info Sanchez en a 108 en tout.

J’en reviens à l’étape. Finalement un groupe de 6 est arrivé à moins d’une minute du vainqueur du jour. Dans l’ordre : Velits, Evans, De Gendt, Cunego, Fränk et Andy Schleck. Danielson 11, Péraud 12, Hubert Dupont 13e, il a fini juste devant Basso à 2’06, ce n’est pas mal du tout, Coppel 17e à 2’31… et qui trouve-t-on au 20e rang ? Voeckler.

Le désormais ex-maillot jaune a terminé de façon honorable à 3’22, soit 2’25 de perdues sur les 3 hommes qui désormais le précèdent au classement général. Il passe en effet à la 4e place. A l’arrivée il s’est réjoui de l’exploit de son jeune coéquipier, a remercié son équipe pour le travail extraordinaire effectué toute la journée, sans oublier Pineau et Jannesson qui lui ont donné un coup de pouce, et s’est ensuite montré ensuite énervé. Il a expliqué sa colère : une moto de la télé a emmené Contador au moment où ce dernier s’est envolé en le faisant sauter avec Evans. Thomas était aussi assez dégoûté d’avoir été maltraité et insulté par les nombreux supporters néerlandais (qui n’ont pas inventé la poudre… mais la consomment).

A posteriori on peut dire que le héros qui a fait vibrer la France a effectué une grosse erreur tactique, mais pendant le direct, quand il avait 25 secondes de retard sur Contador et Andy Schleck, et 1’10 d’avance sur le peloton qui n’était plus mené par aucun équipier, difficile de lâcher prise pour se remettre au chaud dans un peloton sans trop savoir ce qui peut se passer par la suite. Si Evans n’avait pas eu son problème mécanique, Thomas restait dans ses roues et le piège du chasse-patate ne se refermait pas sur lui. C’est la vie…

Andy Schleck a pris le maillot jaune, il n’a que 53 secondes d’avance sur son frère, 57 sur Evans, bien meilleur que lui en contre-la-montre, et 2’10 sur Voeckler. En cas de miracle le Français peut finir sur le podium en doublant Fränk, j’y crois peu, d’autant que Cunego n’est qu’à 1’21 de lui, Contador à 1’45… Sur un peu plus de 40km assez accidentés, ce sera difficile, on peut avoir quelques surprises. La certitude pour le cyclisme français est d’avoir 5 représentants parmi les 15 premiers : Voeckler, Rolland, Péraud, Coppel et Jannesson. 3 ont moins de 25 ans. Et dire que Christophe Kern devait être le leader d’Europcar sur le Tour 2011[2]

Le délai était de 25’09. Cavendish a fini au sprint, il est arrivé en tête de l’autobus. Tout ce monde a fini hors-délai pour… moins de 20 secondes. Il a encore perdu 20 points au classement du maillot vert alors que pour la seconde fois il aurait dû être éliminé. C’est assez honteux, les coureurs ont encore refait le coup du gros gruppetto pour ne pas être éliminés. Le pire est que Rojas, dégoûté par la décision de la veille, a aussi fini dans le paquet alors que s’il avait attaqué pour arriver 18 ou 19 secondes avant ce groupe, il n’était pas pénalisé et prenait le maillot… Il n’y a qu’un éliminé, Björn Leukemans.


  • Résumé version courte.
  • Résumé version longue.

Grenoble-Grenoble, un clm relativement court pour conclure un Tour ayant fait la part belle aux étapes en ligne, un Tour privilégiant les grimpeur et les sprinteurs – en oubliant juste les baroudeurs – tout en préservant le suspense jusqu’au bout… Ne pas avoir de clm individuel, ça ne m’a pas manqué. Il en faut bien un…

Notes

[1] 2 premiers en attendant qu’enfin Contador soit suspendu pour dopage et déchu du titre.

[2] Il a dû abandonner dès la première semaine à cause d’une tendinite au genou.