On va évacuer le cas de Clarisse Agbegnenou, vainqueur du Grand Chelem de Tokyo cette saison à seulement 18 ans. Entrée en compétition très tard (à 11h21, 1h45 après Gévrise Emane, pourtant dans la même catégorie qu’elle), elle a été victime de son inexpérience face à Anicka van Emden, une Néerlandaise très dangereuse dont il s’agissait du 2e combat de la journée. Tout avait bien débuté, l’activité de la jeune française avait provoqué une pénalité contre la Batave, il y a ensuite eu une attaque jugée simultanée, elle est passé tout près de mener d’un yuko, puis ça a mal tourné : balayage réussi par la plus expérimentée des deux jukoda et chute en arrière de la jeunette à 36s de la fin, yuko, un peu de travail au sol… Quelle erreur ! Elle aurait dû essayer de rester aussi active qu’en début de combat, attaquer en premier pour faire tomber les pénalités, elle dominait la garde, mais elle a payé très cher sa mauvaise gestion de la situation. Un gros gâchis, il y avait largement moyen de la taper… Van Emden est montée sur le podium…

Alain Schmitt aussi a vu son bourreau monter sur le podium. Le tirage au sort a été très cruel avec lui. Affronter Leandro Guilheiro en 8e de finale, un Brésilien n°2 mondial et vice-champion du monde en titre, ne perdre qu’à la décision, décision partagée qui plus est, c’est horrible. Sortir avant les quarts n’offre plus aucune possibilité de repêchage, la journée s’arrête. Sur le pont dès 9h20 du matin, le Français avait déjà éliminé 3 adversaires.
-D’abord l’Italien Bruyere, un combat difficile contre un gars qui ne faisait strictement rien, n’attaquait jamais, les pénalités sont finalement tombées jusqu’au moment où, obligé d’attaqué, le Transalpin a laissé des ouvertures à Schmitt, dont le spécial (un mouvement d’épaule) est passé 2 fois, d’abord pour marquer yuko, puis, à 4 secondes de la fin, ippon !
-Ensuite le Canadien Perrault, rapidement devant en ayant surpris le Français et marqué yuko, mais… mis sur le dos par un autre magnifique mouvement d’épaule, le gros pion qui assomme.
-Un peu moins d’une heure après, au tour du Sénégalais Diawara, grand et baraqué (ce n’est pas Souleymane^^), victime du même mouvement d’épaule que les autres après 4’30 de combat assez moche avec pour commencer un low-kick dans la jambe du Français, puis un saignement à la bouche pour l’Africain, un mouvement de Schmitt non comptabilisé sur lequel je voyais waza-ari, des pénalités pour non-combativité ou encore sortie de tapis…

En 8e de finale, on ne peut pas dire qu’il ait été volé… mais il ne méritait pas de perdre. Il fallait un vainqueur, c’est la dure loi du judo. La seule chose que je reproche aux arbitres est l’extrême sévérité de la double sanction au bout de 2 minutes, son adversaire n’avait strictement rien fait, lui si, ils ont chacun pris une moulinette dont les répercussions ont été énormes. Le Brésilien a continué à ne rien faire, le Français a pourtant été le premier puni pour une fausse attaque. Mené, il a égalisé à 1’ de la fin… grâce à une pénalité pour exactement la même action, mais de Guilheiro. C’est allé au golden score, il ne s’est pas passé grand-chose, mais manifestement le Sud-Américain a laissé une meilleure impression en avançant vers son adversaire, ils ont dû juger son attitude plus conquérante. Ayant disposé d’à peine 40 minutes pour récupérer de son précédent combat, Schmitt a semblé moins frais pendant cette prolongation.

L’arbitrage maison ne profite qu’aux Japonais chez eux. Les juges ne sont absolument pas influencés par le public de Bercy, essentiellement composé de connaisseurs réagissant en cette qualité. A vrai dire, je pense mêmes les arbitres enclins à défavoriser les Français, peut-être de peur d’être critiqués.

Si Schmitt a été admirable, Loïc Pietri a été héroïque… sans être récompensé. 2 jours avant ses 21 ans, ce fils de champion (comme Ugo Legrand) a impressionné tout au long d’une journée débutée à 10h32 pour se terminer environ 6h plus tard. Première victime, le Serbe Ivezic, un waza-ari en contre, un second d’un petit crochetage, donc ippon. Ensuite, le Néerlandais Guillaume Elmont le frère du vice-champion du monde des moins de 73kg (Dex Elmont), sorti grâce à un yuko obtenu par des pénalités. En 8e de finale, le Géorgien Tchrikishvili se dressait sur la route du Français, auteur de plusieurs actions fortes sans marquer. Yuko à la 1’19 de la fin… annulé après vérification vidéo, on a eu peur qu’il soit donné au Géorgien après avoir été attribué à Pietri, il a été jugé simultané. Encore 46s, et waza-ari pour le Français, un mouvement de lutte, presque une german suplex. Premier objectif atteint, la qualif en quart de finale.

Ce quart de finale face à l’Azéri Elkhan Rajabli très expérimenté (médaillé mondial en 2003) a été dantesque. Mené d’un waza-ari au bout de 50s (un contre), le Français a réussi à s’en sortir en allant puiser au bout de ses forces, c’était 10 secondes à attaquer, interruption, 15s pour récupérer, 10s à attaquer, etc. C’était un spectacle improbable, celui de 2 macchabés en train de faire du fractionné ! Pietri a égalisé à une grosse minute de la fin en réalisant une sorte de planchette japonaise en contre, Bercy bouillonnait, c’était extraordinaire, le public poussait comme jamais… Plusieurs fois l’Azéri a failli piéger son jeune adversaire avant de craquer à quelques secondes de la fin, une sorte d’attaque dans l’attaque marquant yuko avant un enchaînement au sol et une immobilisation du Français profitant du coup de marteau sur la tête reçu par Rajabli en concédant cet avantage si tard. Ce dernier a tapé.

Tout au courage ! Le public était debout et a chanté son nom ! Malheureusement il y a laissé son tibia, le coup reçu a pesé lourd par la suite.

Le temps de récupération a été long (jusqu’à 16h02), la demi-finale s’annonçait cependant très compliquée face au Sud-Coréen Kim Jae-Bum, n°1 mondial, champion du monde en titre, vice-champion olympique… Le vrai cador. L’ambiance était énorme, le Français arrivait mort de faim, avait l’œil du tigre. Cette demi-finale a été particulièrement mal arbitrée : au bout de 30 seconde, sanction contre Pietri sans qu’on sache pourquoi, la salle hue cette décision. Le Coréen tente une ou deux attaques, le Français essaie à son tour, il a énormément de mal à poser les mains, l’autre à la bougeotte et le repousse tout le temps, il le pousse même hors du tapis d’une façon interdite sans être pénalisé. Un yuko est alors offert au Coréen… puis annulé car il y aurait eu gros scandale, l’Asiatique étant seulement tombé sur Pietri sur un mouvement de ce dernier. Il n’y a rien à dire sur le résultat final car le waza-ari de Kim à 1’30 de la fin est très propre. Que l’arbitre ait laissé gagner plein de temps au sol est anecdotique.

Pour info Kim Jae-Bum a gagné en finale contre un Monténégrin après avoir réussi une immobilisation de 22s – à 3s du ippon – et su maintenir son avance. Il a l’air très sympa ce Coréen, un saut périlleux arrière pour fêter son titre…

Sorti du tapis en boitant bas, Loïc Pietri a dû s’y présenter seulement une vingtaine de minutes plus tard pour sa petite finale, les combats disputés sur le tapis central de Bercy n’ayant pas duré. Affronter le vice-champion d’Europe, le Moldave Sergiu Toma, en ayant accumulé énormément de fatigue, en ayant le tibia démoli, sans avoir eu le temps de récupérer, c’était aller à l’abattoir. Il s’est tout de suite fait piéger en tentant un mon mouvement, son adversaire l’a chopé, étranglement, abandon. Le calvaire n’aura duré que 53 secondes.

Il n’a pas la médaille mais a gagné toute le respect du monde du judo. Ça lui fait une belle jambe… il suffit de regarder l’état de son tibia gauche pour s’en convaincre. On le reverra, il a le judo pour atteindre les sommets où Gévrise Emane se trouve déjà.

Entrée en lice dès 9h34, la championne d’Europe en titre, ancienne championne du monde dans la caté supérieure, n’avait été battue que par une seule fille en 2011, la Japonaise Kana Abe… qu’elle risquait de retrouver en quart. Seulement cette fille dont la famille a été rescapée du Tsunami (parmi les 3000 survivants sur les 16000 habitants que comptait sa ville, elle a donc perdu beaucoup de connaissances), a continué dans son année galère : bras cassé au premier tour.

Contre Memneloum, une Tchadienne, ippon sur immobilisation avec les jambes… une grosse minute.
Face à Clark, une grande Britannique, ippon sur un magnifique mouvement d’épaule, j’enroule et je te colle sur le dos. 1’15 je crois.
Une Turque maintenant, Karadag, Gévrise tente un premier mouvement d’épaule enchaîné au sol, waza-ari très rapide. Elle y ajoute par la suite un yuko, puis un autre grâce à une 2nde pénalité contre son adversaire à moitié KO pour s’être ramassée la tête dans le tapis. Pour finir, un fauchage sur la Turque déjà à genoux après un premier mouvement manqué, second waza-ari, ippon.

Après 3 premiers tours faciles, ça allait se corser en quart de finale avec la Cubaine, une jeune limitée tactiquement mais physiquement impressionnante, hyper explosive, capable de mouvements phénoménaux. Cette fille avait bien nettoyé le tableau. Maricet Espinosa a donné du fil à retordre à la Française, mais comme à son habitude, elle a fini par s’essouffler. Gevrise est restée en maîtrise, a fait prendre une moulinette à son adversaire puis a continué à contrôler la garde, mais malgré les incessantes sorties de tapis et les protestations du public, les arbitres ne faisaient pas tomber les moulinettes. Il a fallu terminer le travail au golden score. La championne d’Europe a alors considéré qu’il était temps d’en finir, elle s’est mise à attaquer, et à 1’34 de la fin, BAM ! Ippon en mouvement d’épaule. Elle a fait durer le déplaisir !

Etape suivante, la demi-finale, un duel attendu entre la n°2 et la n°3 au classement mondial. La N°3, la Néerlandaise Elisabeth Willeboordse, une grande habituée des podiums internationaux. Grande aussi par la taille. Le combat a été à sens unique, la Français a enchaîné les actions fortes, a largement dominé, son adversaire a donc été sanctionnée, elle ne pouvait plus se permettre de rester complètement passive, Gévrise a alors passé un mouvement d’épaule lui offrant un yuko d’avance à 45 secondes du terme du combat. Elle a su conserver son avance.

Il était maintenant temps d’achever sa belle journée par une consécration. Se contenter de la médaille d’argent ? Hors de question ! L’obstacle a passer était de taille, la Japonaise Yoshie Ueno, double championne du monde en titre. Il s’agissait tout simplement d’une finale entre les 2 premières au classement mondial.

Tout s’est passé en bordure, la Française, poussée par son public, a été la plus active, elle a tenté plus de choses, des attaques fortes… mais rien n’a été marqué en 5 minutes. Prolongation. S’il avait dû y avoir décision à cet instant, aucun doute, on aurait chanté «allons enfant de la patri-i-e le jour de Gloire est arrivé !» Mais il restait 3 minutes. La Japonaise a été sanctionnée d’une première moulinette à 2’25 de la fin… et a continué à subir. A la décision, il ne pouvait pas y avoir photo, fort logiquement les 3 arbitres ont levé leur drapeau bleu, bleu comme la tenue de combat de Gévrise Emane, nouvelle championne du monde des moins de 63kg.

Etre champion ou championne du monde n’est pas donné à tout le monde, a fortiori l’être 2 fois. Y parvenir dans 2 catégories différentes est un exploit rare, en général ça arrive après un passage dans la catégorie supérieure, pas dans l’autre sens, celui de Gévrise, ancienne championne en moins de 70kg avant de descendre chez les moins de 63 pour ne pas être barrée par Lucie Décosse, décidée à faire le chemin inverse. Le pari est réussi après une très belle saison couronnée de succèS. J’avais parié sur Gévrise pour un titre olympique en 2008… En décrocher un en 2012 serait aussi bien.

Mais au fait… Première journée sans titre pour le Japon !!! Ils avaient presque tout raflé jusqu’ici. Pourvu que ça se reproduise !

  • Moins de 63kg

Or : Gévrise Emane (FRA)
Argent : Yoshie Ueno (JAP)
Bronze : Anicka van Emden (P.B.), Urska Zolnir (SLO)

  • Moins de 81kg

Or : Kim Jae-Bum (CDS)
Argent : Srdan Mrvaljevic (MNE)
Bronze : Leandro Guilheiro (BRA), Sergiu Toma (MDA)


Info : pour l’or, le carat n’est pas une mesure de poids mais de pureté. De l’or pur, c’est 24 carats, de l’or 315000 carats, ça ne veut rien dire mais pour trouver un titre un peu créatif j’ai pris quelques libertés avec le sens du mot carat.