Le basket, c’est souvent une question de centimètres, c’est aussi une affaire de mental et de réussite. Plusieurs fois les événements ont tourné dans notre sens, on ne va pas s’en plaindre. La France a eu un peu de chance au bon moment, elle a surtout eu du mérite.

Les Bleus avaient déjà battu la Serbie lors du Tournoi de Londres, ils avaient explosé cette équipe avant de faire n’importe quoi lors du 4e QT et de subir un énorme retour, notamment parce que ces diables avaient retrouvé leur adresse extérieure perdue. Vincent Collet avait remis ses cadres sur le terrain, les Bleus avaient fini par l’emporter. Cette expérience aura servi.

On savait avant le match de de l’autre côté 3 équipes arriveraient avec une victoire, la Turquie ayant eu droit à un miracle. Il fallait gagner pour se placer au-dessus de la mêlée, seulement Tony Parker était très incertain suite à sa béquille contre l’Italie, il fallait donc… prier. Après s’être longtemps échauffé, avoir fait beaucoup de corde à sauter, TP a finalement pu prendre part à la rencontre, même sur une jambe ½.

L’opposition de styles attendue a tout de suite débuté. La Serbie a marqué à 3 points après une minute de jeu, les 2 premiers paniers français ont été des dunks (de Mickaël Gelabale et Nicolas Batum). Les Bleus prenaient des rebonds offensifs mais manquaient parfois de réussite, heureusement Boris Diaw a parfaitement tenu son rôle de point-forward[1] en offrant plusieurs passes décisives de grande classe à ses coéquipiers sans oublier de jouer parfois le coup en solo. Nenad Krstic (le pivot capable de shooter d’assez loin) et Marko Keselj (l’artilleur en chef) ont été phénoménaux lors d’un premier QT d’un niveau déjà extrêmement élevé et très offensif (25-24 pour les Serbes, 10 points pour le premier, 2/2 à 2 points pour le second). Côté Français, on avait du répondant avec un Joakim Noah surmotivé – plus l’adversité est forte, plus l’enjeu est grand, plus il y a de tension et d’ambiance, plus il se sent dans son élément – défendant de façon admirable, TP était très agressif (10 points au cours du QT en provoquant 4 fautes),

Après avoir été menée de 6 puis de 5 points (12-6, 17-12), les Bleus ont réussi pour la première fois à passer devant après une passe dans le dos géniale de Nando De Colo pour son capitaine (19-20). L’équipe tournait de mieux en mieux, malheureusement une 2e faute très sévère (comme la première) est venue sanctionner Joakim Noah au bout de 9 minutes.

Dans l’ensemble, on s’est bien fait charcler par un arbitrage – et particulièrement un arbitre sur les 3 – partial : fautes imaginaires sifflées contre les Français, violations des 3 secondes (dans la raquette) et énormes fautes non sanctionnées quand des Français allaient au drive ou tiraient au-dessus d’un adversaire, des paniers marqués dans le mouvement pas accordés après la faute serbe (donc 2 LF ou remise en jeu de la touche au lieu de and one), du flopping[2] à répétition sans faute technique mais au contraire avec des fautes contre les Bleus, balle touchée en dernier par un Serbe ou par un Français balancé hors du terrain par un Serbe mais rendue à la Serbie, le coach serbe autorisé à gueuler et à réclamer à sa guise sans être remis en place (Dusan Ivkovic est un vieux briscard roi de l’intox)… C’était pathétique. Le pire ? Quand un LF de Boris Diaw a été annulé pour remettre les 2 LF après un temps mort demandé par la Serbie. Si le premier avait été manqué, j’en suis convaincu, Boris n’aurait eu à tirer que le second après le temps mort. Il en fallait du mérite pour se sortir de ce guêpier !

Pendant de longues minutes les équipes prenaient tour à tour un point d’avance, le chassé-croisé au score était permanent. C’est arrivé 14 fois de suite entre la 8e et la 16 ou 17e minute jusqu’à un nouveau panier primé de Keselj mettant la Serbie à +2. Pendant cette période quelques erreurs ont été commises à l’image de celle de Flo Piétrus se laissant arracher le ballon dans les mains sous son cercle, permettant ainsi à Nemanja Bjelica de marquer facilement, ou encore une ou 2 faute(s) bête(s) de Steed Tchicamboud, entré pour reposer un peu TP, mais on a surtout pu voir les progrès de 2 anciens Choletais, ceux de Nando De Colo en défense et ceux de Kévin Séraphin, réellement impressionnant car ayant de très bonnes mains en plus d’être hyper difficile à bouger. Jumper à mi-distance sur le côté, au poste, panier sur son propre rebond offensif, LF… Cette saison il m’est apparu très prometteur face aux intérieurs des Lakers et face à Dwight Howard, de là il l’imaginer si vite à ce niveau… J’applaudis !

Bonne nouvelle à 3’ de la mi-temps, la 2e faute de Milos Teodosic, le maître à jouer serbe (seulement 24 ans… arf…). Des fautes, on en a vu pas mal, surtout côté des "ic-men"[3] en raison de l’agressivité des joueurs comme TP et Batman et de la difficulté des grands à maîtriser les post-moves de nos intérieurs plus petits mais costauds. C’est à l’occasion d’une de ces fautes qu’a eu lieu l’épisode du truandage avec le temps mort. Boris avait mis le premier, il a remis le premier – qui aurait dû être le second – mais a loupé l’autre, heureusement on a pris le rebond offensif et marqué sur cette possession. L’arroseur arrosé.

C’est un peu parti dans tous les sens avec des contre-attaques et des contres (un faux, une grosse faute sur TP validée en tant que bâche, un vrai, œuvre de Séraphin), les Bleus ont créé un écart de 5 points, leur plus gros depuis le début du match. A la mi-temps ils ne menaient toutefois que de 2 unités (41-43) à cause d’une grosse boulette d’Andrew Albicy, entré pour défendre sur Teodosic sur la dernière possession. Faite faute sur un tir à 3 points à 7s de la fin… Boulette. Bien sûr, Teodosic a mis ses 3 LF.

Si les équipes étaient à peu près à égalité au nombre de rebonds (mais 7 offensifs pour nous), le faible nombre de pertes de balles (seulement 4 pour 5 interceptions) et le nombre de fautes provoquées (12, seulement 7 commises, soit 10 LF de plus obtenus) compensaient l’adresse à 3pts : 4/8 pour les Serbes, 0/3 pour les Français. TP en était à 14 unités, Krstic à 12, Keselj à 11.

En seconde période, on a eu droit aux séquences de flopping, Noah en a été victime, prenant sa 3e faute très rapidement (une offensive totalement inexistante), les Bleus ont donc dû se priver de son abattage (rebonds, défense, claquette). L’arbitrage était insupportable pour le clan français, tout comme l’était la défense des Bleus pour les joueurs serbes. Grâce à un nombre impressionnant de ballons volés et de TO provoqués, TP et compagnie ont pu installer leur rythme en insistant sur le jeu rapide tout en imposant leur domination physique. Ainsi, après une super contre-attaque jouée en une-deux par TP et Nico Batum l’écart a atteint 8 points (44-52). Les Serbes coulaient, il leur fallait arrêter l’hémorragie (un 8-0), retrouver de la concentration. Je soupçonne des consignes de filouterie… Kosta Perovic en a rajouté pour faire obtenir à Séraphin sa 3e faute à plus de 5’ de la fin du QT, nos 2 pivots (Ali Traoré n’a pas été utilisé) étaient déjà en danger.

Et là, Keselj à 3 points, puis Batum se fait escroquer d’un and one, Séraphin se fait contrer, Keselj remet un 3 points – son 5e – pour compléter un 8-0, la réponse de la bergère au berger. Mais ce n’était pas fini ! Aleksandar Rasic à 3 points, on prend un temps mort… qui ne change rien, on perd la balle, la série continue pour atteindre 13-0 (57-52). Pendant plusieurs minutes les Bleus ne sont plus parvenus à marquer, il a fallu un dunk rageur de Noah superbement servi par Batum pour remettre l’EdF dans le sens de la marche et relancer la course-poursuite au score. Vincent Collet venait de lancer Charles Lombahe-Kahudi dans la bataille, un très bon choix car le Manceau a été formidable. Très fort en défense, n’hésitant pas à tirer si nécessaire (il a mis un panier presque primé dans le corner), il a été à l’extérieur ce qu’a été Joakim Noah à l’intérieur : un guerrier. Le pivot a marqué 3 fois et fait une passe décisive en moins de 2 minutes, la dernière en ayant bien suivi la contre-attaque pour écraser un nouveau dunk sur rebond offensif.

S’agissait-il enfin du tournant du match ? Pas du tout. Au buzzer Rasic a marqué le 8e panier primé serbe (après un marcher non sifflé ?) sur 14 tentatives (0/6 côté français).

64-62, tout le monde va se reposer quelques instants et on repart pour 10 minutes. Les intentions des Bleus sont immédiatement affichées : on ne plaisante plus. Défense monstrueuse, impossible pour les Slaves de faire une passe, toutes les transmissions sont coupées, les Français sont surpuissants, Batum feinte pour laisser Teodosic sur place et va écraser un énorme dunk à sa façon, Kahudi saute pour prendre un rebond offensif à une hauteur affolante. On leur marche dessus ! Le 6-0 pour débuter le QT décisif n’est qu’un début, ils sont cuits… ou pas. Noah prend sa 4e faute pour un contact minime (à 7’32 de la fin). Les Serbes en profitent, ils reviennent avec un autre tir primé totalement improbable avec la planche (Stefan Markovic cette fois), c’est reparti pour un tour (67-68).

C’est alors que Batum détourne une passe lobée en sautant très haut, mais aussi en arrière. Il retombe sur le dos, sa tête tape violemment sur le parquet (son pied a glissé quand il est retombé, d’où le déséquilibre), grosse frayeur. Un peu sonné, il a assez rapidement pu reprendre sa place puis un peu plus tard a arboré un magnifique bandage à la tête.

TP est ressorti de sa boîte plus les dernières minutes après avoir été plutôt discret pendant un moment, ça restait hyper serré, les Serbes ont plusieurs fois réussi à égaliser mais n’ont jamais été devant après la 35e minute (avant la prolongation). Au mieux les Bleus ont eu 3 points d’avance, ça aurait pu faire plus sans quelques erreurs idiotes (Séraphin saute pour son petit jump-shot… sans tirer, fatalement c’est un marcher). D’un côté comme de l’autre la réussite n’était plus au rendez-vous, sans doute à cause de la fatigue, les arbitres continuaient à spolier les Bleus, la tension devenait insoutenable, l’intensité ne faiblissait pas. Exemple d’action : interception, TP part en contre-attaque, se fait dézinguer, perd le ballon, sur la contre-attaque Batum met un gros scotch par derrière pour empêcher un dunk, les Bleus repartent en attaque, TP se fait encore démonter en l’air, mais Gelabale arrive pour la claquette. Des séquences de ce genre, on en a vu plein.

Personne ne craquait plus, hormis peut-être Teodosic, auteur de sa 4e faute à 1’25 de la fin. Sorti et revenu en jeu quelques poignées de secondes plus tard, le meneur star de l’Euroligue a très rapidement commis sa dernière erreur, vouloir interrompre la contre-attaque de Nicolas Batum alors que la France menait de 2 points à 40s de la fin : faute antisportive, les 2 LF plus la possession. L’affaire était entendue grâce à l’interception du capitaine Parker, lequel n’avait pas hésité à se jeter au sol pour arracher le ballon après un mauvais dribble de Rasic. Il s’agissait de la 5e faute de Teodosic, éliminé.

Très malins, les Serbes ont tout fait pour gêner Batum, ils ont commencé avec un temps mort histoire de le refroidir un peu avant ses tirs. Il a loupé le premier… Ils ont ensuite fait un foin parce qu’il a touché le ballon avec le pied, ça l’a déconcentré, il a loupé le suivant. 0/2… Il avait fait du 100% sur les 4 premiers matchs et juste loupé le LF d’un and one en fin de premier QT. Les Bleus auraient pu avoir match presque gagné, ils pouvaient prendre 2 possessions d’avance, le ballon leur étant rendu. Tir en crochet de Boris Diaw… trop court. Belle action serbe, tentative de dunk de Krstic, Batum tente de contrer, il fait faute, le ballon a failli entrer. Le pivot égalise sur la ligne. 80-80, 10 secondes à jouer.

Dernière occasion de gagner avant prolongation… Temps mort, puis on donne la balle à TP. Là, je n’ai pas compris pourquoi il n’a pas attaqué pour obtenir des LF, il a essayé d’assez loin malgré ses difficultés du jour (sur une jambe ½ il a eu du mal avec son jump-shot), loupé, prolongation.

Avec nos 13 interceptions on aurait dû l’emporter, même sans avoir inscrit un seul tir primé (0/6 contre 9/19). Le Bleus avaient-ils pris un coup sur la tête ? La question pouvait se poser, on a tout de suite eu la réponse : non. Les joueurs de l’équipe de France restaient toujours aussi agressifs, avaient beaucoup de répondant, n’ont jamais lâché, ils ont eu plusieurs fois 1, 2 ou même 3 points de retard, notamment suite au 6e panier primé de Keselj (derrière un écran sur une remise en jeu avec 4s de possession, sur ce coup il y a eu une mauvaise défense), sont à chaque fois revenus au score. Pour se faire il a fallu beaucoup de réussite (on n’a pas été malheureux de voir Rasic tout seul derrière l’arc louper la balle de +6 à 3’ de la fin, ou encore Dusko Savanovic faire gamelle sur un shoot longue distance), du sang froid et un excellent Nico Batum et un réveil tonitruent de Mike Gelabale, jusqu’alors très discret. Gelabale est en train de réussir un Euro magnifique. Et dire qu’il a failli déclarer forfait suite au décès de son père… Pour se racheter après avoir offert 2 LF à Savanovic avec une faute idiote, il a réussi 2 tirs d’une importance capitale à 1’27 et 1’02 de la fin, le premier dans le corner mais à 2 points, le second en tête de raquette… à 3 points ! Alléluia ! Le premier des Bleus (1/7) au moment décisif ! +2 pour la France (91-93) ! Il faut le voir, ce panier, le ballon a rebondi sur le cercle avant de se décider à tomber dans le trou ! Entre-temps Joakim Noah avait encore marqué d’une claquette et pris sa 5e faute (initialement la 4e de Batum, puis décision changée^^).

Savanovic a égalisé à 50s de la fin, Keselj a réussi son 7e tir à 3 points marqué sur 9 tentés pour redonner une unité d’avance aux Serbes à 24 secondes du terme de la prolongation. Savanovic, auteur lors du premier QT d’un panier impossible avec la planche malgré l’excellente défense de Boris Diaw, a lamentablement manqué un tir facile à 3 secondes de la fin. Le système a été parfaitement exécuté mais il s’est loupé, sans doute à cause de la pression. Rebond français, fin du match. Les Bleus, eux, n’ont pas craqué, ils ont fait 4/4 (Diaw et Parker) sur la ligne pendant le money-time, les Serbes ont fait 4/6 (Krstic et Rasic ont chacun fait ½).

Pour le fun, on notera une 2e manifestation du phénomène de l’arroseur arrosé : le coach serbe voulait avoir la dernière possession, il a donc demandé à un de ses joueurs de faire tout de suite faute sur un Français après le temps mort à 24s de la fin… mais l’arbitre qui cherchait à nous enfiler n’a pas sifflé la faute, il a fallu s’y mettre à 2 fois. En choisissant cette tactique alors que son équipe était devant, il a précipité sa chute.

La prolongation, c’est 5 minutes. Un QT, c’est 10 minutes. Pourtant en 5 minutes, on a eu à 1 point près le même score (16-17) que lors du 4e QT (16-18). Quoi de mieux qu’une prolongation de folie pour ajouter à la légende de cette rencontre ?

TP, victime d’innombrables fautes dont "seulement" 10 ont été sifflées (stat déjà énorme), a réussi un grandiose 12/12 aux LF pour compenser son 6/20 aux tirs. 6 ballons volés plus les 4 de Batum, 14 en tout, 24/28 aux LF, un nombre raisonnable de pertes de balle, une domination aux rebonds, 6 joueurs à 11 points ou plus, un énorme Noah, un super Séraphin, Batum et Diaw font de tout en quantités non négligeables, Gelabale qui sort de sa boîte au bon moment. On arrive toujours à trouver un gars pour faire le taf, Vincent Collet n’est jamais sans solution.

Les grincheux mettront en avant qu’on concède beaucoup de points, mais c’est aussi… parce qu’on défend bien. En effet, les Bleus interceptent, ce qui leur permet de multiplier les actions rapides, du coup il y a plus de possessions et plus de points.

On en est donc à 12 victoires consécutives, le bilan est de 13-1 en 2 éditions de l’EuroBasket (8-1 en 2009)… Maintenant il faut concrétiser.

Cette victoire est idéale pour doper la confiance des Bleus avant le 2e tour lors duquel il faudra gagner au moins un match pour assurer la qualification en quart (il existe des cas dans lesquels ça passerait même en perdant les 3 matchs et un cas d’élimination en gagnant une fois sur 3, celui assez improbable d’une égalité à 5 équipes). Il s’agit aussi d’un gros coup de massue pour les Serbes. On pourrait assister d’ici dimanche à l’élimination de 2 gros outsiders dans la course au podium olympique (par exemple la Serbie et la Turquie).

Allez les Bleus !

Notes

[1] Intérieur meneur/passeur.

[2] La simulation version basket.

[3] Pas mal ma trouvaille, non ? 9 ont un nom terminé par le suffixe -ic, ça donne "ic-men".