La grande nouvelle de la semaine était le retour attendu de Mamadou Sakho. Le jeune capitaine parisien était absent depuis 2 mois après avoir dû quitter ses partenaires sur blessure dès la première période du match à Rennes (2e journée de L1). Le PSG va bientôt pouvoir travailler avec une défense au complet, il faudra attendre encore un peu, Bisevac est sur la voie de la guérison, la suspension de Lugano lui a permis d’obtenir du temps supplémentaire pour récupérer de son voyage en Amérique du Sud au cours duquel il a réalisé un doublé – presque un triplé, il y a eu sauvetage sur la ligne peu après qu’il ait mis le deuxième – pour l’Uruguay lors d’une victoire 4-2 avant de concéder un nul 1-1 à l’extérieur à la 93e minute du match au Paraguay. Kombouaré a profité de la situation pour mettre en place une défense à l’ancienne avec Cearà, Camara, Sakho (capitaine) et Armand à gauche.

Au milieu, un duo Chantôme-Momo Sissoko, de l’inédit, le Malien était titulaire en Ligue 1 pour la première fois de sa carrière après être parti très jeune d’Auxerre pour faire toute sa carrière à l’étranger. On retrouvait Jallet milieu droit, son meilleur poste, je l’ai toujours dit et des prestations de ce niveau ne vont pas me faire changer d’avis, tant s’en faut. Nenê était à gauche, Pastore dans l’axe, Gameiro en pointe.

Les Parisiens n’ont eu besoin pour l’emporter que de jouer à fond les 10 premières minutes du match puis de recommencer pendant les 10 premières minutes de la seconde période. Temps additionnel compris, ça nous fait près de 75 minutes de promenade. Il est vrai que par moments les Parisiens ont eu le tort de tomber dans la facilité, dans l’individualisme, dans le laisser-aller. C’était un peu agaçant, un peu seulement car à vrai dire l’écart de niveau était trop évident, on le sentait, en cas de besoin il suffisait au PSG d’accélérer, de s’y mettre un peu sérieusement pour plier l'affaire en vitesse. Chaque touche longue de Cearà suffisait à créer le danger ou à défaut la panique dans la défense corse, un petit coup de pressing haut et Ajaccio agonisait. Visionner cet extrait du match (de la 47e à la 55e) suffit à se convaincre de tout ça, il illustre parfaitement ce paragraphe.

Paris n’a jamais eu peur, même pas après l’égalisation de Medjani (24e), le sauvetage de Nenê sur sa ligne sur une tête puissante de Richard Socrier (33e) – nouvelle preuve que mettre des joueurs aux poteaux sur corner est très utile – et la claquette de Sirigu sur la magnifique volée de Socrier des 20/25 mètres (47e). Ce Sirigu est une sacrée trouvaille, de tous les transferts de l’intersaison en Ligue 1, sa venue est probablement la meilleure affaire (du moins si on fait le bilan après 10 journées), il commence même à se montrer à l'aise dans les airs sur CPA.

La plupart du temps, les centres ajacciens étaient repoussés sans difficulté par des Parisiens sereins, quelques tentatives de frappes lointaines ont été contrées ou sont passées au-dessus. Les Corses auraient pu mener 2-1, ils ont eu des occasions, pourtant le PSG n’a jamais tremblé. A la 7e minute Frédéric Sammaritano a enroulé un CF direct, envoyant ainsi le ballon un bon mètre à gauche de la lucarne. A la 32e, suite à une erreur de Sissoko au milieu, Jallet a empêché in extremis un centre en retrait de trouver son destinataire. Dans la foulée Nenê a sauvé sur sa ligne au premier poteau en sautant pile au bon moment pour dégager de la tête. En seconde période en profitant d’un dégagement de Cearà devenu une remise involontaire de la tête, Socrier a réussi une magnifique volée claquée par Sirigu (47e), puis juste après le 3e but parisien Socrier – de très loin le meilleur joueur ajaccien – a parfaitement lancé Christian Kinkela dans le dos d’Armand qui était monté sur l’action précédente. Le face à face en position excentrée a été manqué par le n°10 corse, son ballon piqué a trouvé le petit filet extérieur (55e). La dernière occasion à signaler est une bonne frappe de Lasne des 25 mètres captée des 2 mains par Sirigu devant sa lucarne (69e).

Le but est intervenu à la 24e minute au terme d’une action confuse née d’un CF mal dégagé plusieurs fois. Le ballon a navigué dans la surface, Camara puis Cearà n’ont pas pu repousser la gonfle loin du but après une sorte de volée… centre ? tir ? On aurait un peu dit un coup de pied de recentrage façon rugby à l’ancienne, le ballon est arrivé juste à Medjani, lequel n’a plus eu qu’à contrôler pied gauche tirer du droit à bout portant.

Si l’ambiance avait été plus électrique, peut-être les Parisiens auraient-ils eu des raisons de trembler un peu plus. En marquant dès la 75e seconde puis en début de seconde période, Gameiro a fait taire le public. Les supporters ont respecté l’omerta entre l’ouverture du score et l’égalisation, ils ont alors manifesté le soutien du peuple corse à l’AC Aiacciu… puis ont décidé de s’en tenir à l’ancestrale loi du silence après les 2 autres réalisations de Gameiro. A 3-1 le niveau d’agressivité est un peu tombé, le rythme aussi, le traquenard généralement annoncé quand une équipe se déplace sur l’île de beauté n’a pas eu lieu.

Drôle d’équipe cet ACA… Ils ont réuni Delort et Tibéri dans la même équipe, avec Maire de surcroît ! On aura tout vu…

L’homme du match a bien sûr été Gameiro, auteur de 3 buts de buteur, tous marqué en une ou 2 touches à 2 mètres de la ligne.
D’abord au seconde poteau sur corner en profitant d’une déviation de la tête d’Armand…
Puis grâce à une remise de la tête de Sissoko et malgré la présence de 3 adversaires tous moins prompts que lui…
Le dernier en passant devant le défenseur pour reprendre au premier poteau un petit centre en retrait de Chantôme qui, lancé côté droit dans la surface, a pu crocheter Guillermo Ochoa.

Gameiro a été exceptionnel, en plus d’être toujours bien placé il a en permanence cherché à jouer avec ses partenaires, a multiplié les appels de balle, les déplacements, a tenté des gestes d’attaquant en pleine confiance du type retourné acrobatique ou tête (malgré son mètre 12)… L’appel et la frappe croisés à la 37e minute sont des modèles de précision, de timing, Pastore a parfaitement répondu à cet appel, une des rares actions réussies par l’Argentin lors de cette rencontre.

Mine de rien, sans un gros match de leur gardien mexicain, les Ajacciens auraient pris cher, "Memo" a détourné ce tir de Gameiro, était déjà intervenu sur des tirs de Nenê (9e), Jallet (25e) et de Chantôme (29e), à la 48e il a contré de la poitrine un lob de Pastore lancé par Gameiro, il était hors de sa surface, en mettant les mains il partait à la douche (si vous avez vu la vidéo de l’exclusion scandaleuse du gardien arménien en Irlande la semaine dernière, c’est pratiquement une copie conforme, sauf que Pastore n’a pas contrôlé du bras avant de tenter son lob, contrairement à l’attaquant irlandais).

J’ai lu/entendu pas mal de critiques selon moi extrêmement sévères voire injustes concernant un joueur en particulier.

C’est vrai, Nenê a fait pas mal de mauvais choix, a perdu des ballons. Attention à ne pas oublier de mentionner son énorme activité, le sauvetage sur la ligne, son implication dans plusieurs actions de but, il a même failli marquer d’une volée topée seulement repoussée par une manchette improbable d’Ochoa (9e). Le Brésilien n’a cessé de provoquer, d’accélérer, a tenté beaucoup de choses plus ou moins opportunes, des frappes, des centres, des passes, des dribbles, a été trop gourmand sur certaines actions, ne s’est pas appliqué sur d’autres. A la 22e, il a oublié de servir Pastore, l’Argentin l’a imité en seconde période, on les a vu chacun tomber dans les mêmes travers. A l’inverse de l’ancien Palermitain, pas dans le coup, auteur seulement de 2 ou 3 actions et de quelques gestes dignes de ces précédentes rencontres, l’ancien Monégasque a surtout manqué de réussite, son tir enroulée à la 82e a rasé le poteau au lieu de trouver la lucarne comme la saison passée (il y a un an, il aurait marqué, le PSG aurait gagné 2-1, cette fois il y avait déjà 3-1, la différence n’est pas négligeable). S’il avait été récompensé de ses efforts, personne ne l’aurait critiqué.

Son grand mérite est d’avoir rendu fous les Corses. Il a encore reçu à pas mal de taquets.

M. Jaffredo a été très gentil, il aurait pu sortir plus de cartons, mettre un rouge à Johan Cavalli pour un sale coup à Nenê en train de lancer une contre-attaque (28e), il aurait pu ou dû sanctionner des fautes dans la surface ajaccienne (une main évidente semble-t-il volontaire à la 38e, ça tirait les maillots…), ce qui aurait permis à Nenê de marquer son but sur penalty. En première période cet arbitre a traumatisé Momo Sissoko, à chaque contact il sifflait contre lui, il a même été à l’origine de la grosse faute ayant eu pour conséquences un carton jaune et le CF de l’égalisation. Sur cette action le retard de Sissoko s’explique par le mauvais placement de M. Jaffredo, le milieu parisien a dû contourner l’arbitre pour intervenir. Après cet incident, le milieu défensif bourrin – il en faut – était terrorisé[1], il craignait d’être victime de la réputation née de ses débuts avec le PSG (en particulier le match à Bilbao), ne savait plus ni quand, ni comment intervenir, avait peur de s’engager dans les duels. Il faisait peine à voir.

A la place de Kombouaré, j’aurais sorti Sissoko à la mi-temps, il semblait parti pour vivre chez les Corses la même expérience que ces les Basques, se faire exclure en début de seconde période à cause d’un attentat. Sans doute y a-t-il eu recadrage pendant la pause car de retour sur le pré, le Bourguignon, au lieu de jouer comme un bœuf, m’a fait un effet bœuf. Récupération, débordement, centre de l’extérieur du droit puis remise décisive de la tête pour le 2e but de Gameiro… Il s’est complètement relancé après ses 45 premières minutes globalement catastrophiques à l’exception d’une volée des 16 mètres un peu trop enlevée à la réception d’un centre en retrait de Nenê (15e).

A ses côtés, Chantôme a une nouvelle fois été le régulateur du jeu parisien. Il a débuté très fort, l’équipe a débuté très fort, puis il s’est fait plus discret, l’équipe a moins bien joué. Pendant cette période il aurait toutefois pu marquer grâce à un numéro de Pastore (qui avait perdu le ballon après avoir éliminé 3 joueurs), sa frappe depuis l’extérieur de la surface a été repoussée par Ochoa sur Gameiro dont le réflexe n’a pas été suffisant pour marquer (29e). En seconde période il a été impérial au milieu avec pour récompense une passe décisive.

Mention spéciale à Jallet, impliqué sur les 2 derniers buts en effectuant l’avant-dernière passe, omniprésent devant auteur de bons retours défensifs, dangereux par ses centres et ses frappes, par ses appels en profondeurs côté droit. Cearà-Jallet, il n’y a rien de mieux ! Solidité, efficacité, automatismes, les touches du premier trouvent très souvent le second qu’elles soient jouées rapidement ou longues, Jallet n’hésite pas à plonger vers le but ou à repiquer dans l’axe pour décaler ses partenaires habituels, Cearà et Chantôme (par exemple sur le 3e but). Surtout, il permet d’écarter le jeu, ce que Ménez ne fait pas avec sa manie de ne jamais rester à sa place.

Kombouaré a attendu assez longtemps pour effectuer des changements, Tiéné et Erding ont remplacé Sissoko et Gameiro à la 75e puis Bahebeck a été substitué à Pastore à la 86e. Du coup, Armand a fini milieu défensif. Tiéné et Bahebeck ont réussi une entrée honorable, le second aurait même pu finir avec une passe décisive si Erding avait le sens du placement de Gameiro. Le Turc n’a pas su profiter de 2 centres devant le but.

4 victoires de suite en L1, on n’avait pas vu ça depuis des lustres.

Depuis le début de la saison, Paris ne marquait jamais lors de la première demi-heure (c’était valable en championnat uniquement)… La statistique est tombée au bout de 1’14. Un seul but sur corner (Bodmer à Annecy)… maintenant 2.

Il s’agit également du premier succès du PSG à Ajaccio où il n’avait marqué qu’un but… du moins contre l’ACA, car en janvier 2009 Paris a facilement éliminé le Gazélec au stade Ange-Casanova en 16e de finale de CdF, une victoire 3-0 avec un doublé de… Kezman et un but de… Saaaaammmmmyyyy Traoré marqué du dos ! Depuis l’équipe a pas mal changé[2], la défense était la même, Chantôme aussi était titulaire, il avait fait une passe décisive.

Tout ceci est anecdotique, l’important n’est pas là, c’est le classement, ou plutôt ce sont les classements.

A celui – secondaire – des buteurs, Gameiro est désormais seul en tête avec 8 réalisations devant Gomis et Giroud (7 chacun), il a les mêmes stats que Payet la saison passée en moins de minutes jouées. Il est sur une base de 30 buts (à condition de jouer toutes les rencontres).

Le dernier joueur à plus de 8 buts au bout de 10 journées était Nenê… avec Monaco (9). Benzema en avait 10 en 2007, Trezegol 9 en 1999. En 2008, Hoarau était en tête du classement à ce stade de la compétition (6 buts), Pauleta en 2005 (7), Laurent Robert en 2000 (7). Pour retrouver un Parisien à 8 buts en 10 journées, j’ai dû remonter à 1995, Julio César Dely Valdès (il s’était arrêté à 15). Plus que 100 buts TCC et Gameiro égalera le record de Pauleta[3] (^^).

Au classement du championnat, Paris est seul en tête avec 3 points d’avance mais surtout avec un nombre de points assez impressionnant. Le PSG engrange à une vitesse folle.

Compte tenu de la moyenne depuis la première journée, le PSG est sur une base de 87 à 88 points à la fin du championnat avec 72 buts marqués et 30 ou 31 buts encaissés.
Compte tenu de la moyenne depuis la deuxième journée, le PSG est sur une base de 94 à 95 points à la fin du championnat avec 80 buts marqués et 29 ou 30 buts encaissés.
Compte tenu de la moyenne depuis la troisième journée, le PSG est sur une base de pile 100 points à la fin du championnat avec 85 ou 86 buts marqués et 28 ou 29 buts encaissés.

Il sera difficile de tenir la cadence, surtout si les blessés ne reviennent pas rapidement. Ceci dit, champion avec 75 points et +12 de différence de buts, je prends aussi… 14 points d’avance sur l’OM, c’est déjà ça de pris, ce qui est ramassé avant l’hiver ne craint pas la gelée !

Notes

[1] Rien à voir avec les indépendantistes.

[2] Le groupe du PSG : Landreau, Edel - Armand, Camara, Cearà, Sakho, Traoré - Bourillon, Chantôme, Clément, Mulumbu, Sessegnon, Partouche - Charbonnier, Giuly, Pancrate, Kezman, Luyindula, Hoarau.

[3] 109 buts validés en matchs officiels joués pour le PSG.