Il y a quelques jours, Tévez était qualifié de «sale mercenaire», il se faisait insulter sur les réseaux sociaux et les forums, il ne fallait surtout par qu’il vienne au PSG, on n’en voulait pas, on n’avait pas besoin de lui. Dans un certain sens il assume ce côté mercenaire : il jouait à Manchester United puis est parti à Manchester City. Au final, cet attaquant de classe mondiale – qui sur le terrain se donne toujours à fond – ne joue plus au foot, a déjà perdu une quantité improbable de blé, sans compter le manque à gagner en refusant de signer au PSG même pour 10 ou 11 millions d’euros par saison. Son véritable souci ? Le bien-être de sa famille. Il ne se plait pas en Angleterre, loin de sa famille.

Motta – qu’absolument personne n’aurait cité s’il avait dû faire une liste des grands joueurs actuels du football international mais plus facilement dans celle des casseurs, ou du moins des joueurs méchants[1] – a décidé à la première occasion de quitter l’Inter, un club évoluant en Ligue des Champions et qui semblait revenir dans la course au titre en Italie. Il se taille pour… jouer la Ligue 1 et la Coupe de France, moyennant bien sûr un salaire énorme. Attention, si d’après Leonardo il baisse son salaire, cette affirmation est à relativiser pour 3 raisons :
-l’Inter n’en voulait plus car il coûtait trop cher, le but des Nerazzuri est de réduire leur masse salariale pour se préparer à respecter les règles du fair-play financier, règles dont le PSG n’a que faire pour le moment ;
-en comptant les différentes primes à la signature, de matchs, de résultats et de titres (systématiques dans ce genre de contrats), il est largement gagnant, aucun autre club n’aurait accepté de le payer autant sur cette durée de contrat (il lui restait 1 an ½ à l’Inter) ;
-les déclarations tenues lors de sa conférence de sa présentations sont d’une crédibilité inférieure à zéro, on va y revenir un peu plus bas.
Pour rappel, il est Brésilien, sélectionné en équipe olympique, mais joue en équipe d’Italie. Pour sa carrière, être international, c’était mieux. Vive l’amour du maillot.

Je vous le demande…
Qui est le plus gros mercenaire ?
Qui est le meilleur footballeur ?
Quel est le profil dont avait le plus besoin le PSG ? Un monument au poste d’avant-centre ou un milieu (le 10e de l’effectif en comptant Jallet) réputé pour ses cartons rouges ?
Comment expliquer l’aveuglement des supporters qui crachaient sur Tévez et bandent sur la venue de Motta qui va mettre de facto Chantôme sur le banc sans que ce dernier ait eu la chance de prouver son immense valeur ?

Motta a osé déclarer ceci : «J’ai joué dans d’autres grands championnats mais arriver ici c'est spécial pour moi, c’est un rêve que j’ai depuis tout petit, et surtout depuis que de célèbres brésiliens comme Raï, Leonardo, ou Ronaldinho sont passés ici.» C’est à pisser de rire, c’est la copie au mot près de la phrase inscrite dans le guide du footballeur qui veut passer pour un c*n en prenant les supporters pour des imbéciles ! Il n’a plus qu’à embrasser l’écusson et ce sera bon, on tiendra la caricature parfaite du mercenaire en quête d’une improbable légitimité. Motta, c’est Pinocchio, le menteur tout de suite grillé. Quand il était à l’école il devait être du genre à accuser son chien s’il n’avait pas fait ses devoirs… N’y avait-il pas moyen de nous épargner ça ? Un simple «je quitte un club ambitieux où j’ai eu la chance de décrocher des titres pour un club très ambitieux où j’espère gagner beaucoup de titres», et hop, c’était fait, on pouvait passer à la suite, le terrain… Et dire que certains sont foutus de se laisser bercer par la mélodie de ce pipeau…

Ne nous y trompons pas, le recrutement principal cet hiver est l’arrivée d’Ancelotti et non celle d’un joueur. J’ai longuement expliqué les raisons pour lesquelles je juge inapproprié ce changement d’entraîneur à la trêve, pas besoin de recommencer ici, les faits me donnent raison concernant les possibilités de faire signer un véritable cador. Ancelotti ou non, ça n’a rien changé, aucun n’est venu. En écrivant ça je prends le risque de me faire insulter (j’y ai déjà eu droit sur Facebook) car on n’a le droit de dire que du bien du nouvel entraîneur du PSG. Plus généralement, le droit à la critique est souvent remis en cause, même si on expose des vérités.

Aimer son club, c’est vouloir son bien. Comment distinguer le bien du mal si on se prive de son libre-arbitre ? Je ne suis pas prêt à me laisser dicter une opinion, on ne m’imposera pas de changer de mode de pensée. Ça m’a souvent permis d’anticiper certains événements longtemps avant tout le monde (par exemple concernant la Disneylandisation du Parc annoncée très tôt sur mon précédent blog, je parlais de la nullité de Tiéné avant-même sa venue, de l’inefficacité d’Erding même pendant sa première saison au PSG, etc.), et à coup sûr, ça me le permettra encore. Il est très facile d’aller dans le sens du vent, de se laisser porter par le courant. Pas de ça chez moi. Pensez par vous-mêmes b*rdel !

La plupart des journalistes et supporters s’autocensurent ou préfèrent suivre les autres moutons au lieu d’exprimer le fond de leur pensée. Ils ne veulent pas sortir du rang. Ainsi, certains ont chanté les louanges d’Ancelotti après la victoire 3-1 contre un TéFéCé fortement diminué à cause de la CAN, pourtant le PSG avait livré une prestation d’une extrême médiocrité avant d’enfin trouver de l’allant une fois le score porté à 2-0. Le Parisien a titré «Le PSG d’Ancelotti fait le spectacle», soit une contrevérité absolue. A Brest, l’équipe a alterné phases de maîtrise et de désorganisation totale, si Paris avait gagné sur un score supérieur à 0-1 personne n’aurait pu crier au scandale, si Brest avait égalisé, personne ne s’en serait étonné, les Bretons ont eu des occasions franches. Entre le samedi soir et le dimanche matin, les versions des faits ont changé. Pendant et juste après la rencontre il s’agissait d’une victoire obtenue difficilement ayant mis en lumière les limites du PSG et du fameux 4-3-2-1, le lendemain les commentaires étaient nettement plus indulgents. Les heures passant, ce succès est devenu un exploit – car Brest était invaincu à domicile – réalisé avec maîtrise en se montrant extrêmement solide tout en se créant un nombre incalculable d’occasions.

Disons la vérité, pour le moment le jeu version Ancelotti ne casse pas 3 pattes à un canard, c’est même très laborieux, il semble de bon ton d’affirmer le contraire, de voir des progrès là où il n’y en a pas. Peut-être en verrons-nous, dans cette hypothèse comptez sur moi pour le dire, mais s’ils ne viennent pas, comptez aussi sur moi pour le relever. Il ne s’agit pas d’une attaque envers l’Italien, juste d’un constat, le mec vient d’arriver, il a décidé de tout révolutionner au lieu de faire évoluer, le manque de repères collectifs n’est pas surprenant. A Brest il a fait l’erreur d’attendre plus de 20 minutes avant de remplacer Momo Sissoko, blessé, pourtant le Malien était clairement devenu un boulet. Je me sens obligé de signaler ce genre de choses dans mes analyses de matchs, je le faisais quand ses prédécesseurs étaient en place, pourquoi aurait-il droit à un traitement différent ?

Malgré une pointe de méfiance résultant de son attitude de coucou et les réserves émises concernant sa signature[2] je n’ai rien contre l’homme, je ne le connais par personnellement. Bien sûr, on parle là d’un très bon entraîneur, mais arrêtons les conneries ! En raison de son nom et de son palmarès on lui attribue les mérites hallucinants. A en croire certains, ce type serait inhumain, un véritable extraterrestre. Non, un sorcier doté de pouvoirs magique. Non, mieux ! C’est simple à comprendre, Ancelotti a un CV, Ancelotti c’est Dieu, il ne peut pas se tromper et est omniscient.

Ainsi, il connaît forcément l’effectif mieux que quiconque. Par exemple, si je dis que j’ai vu jouer Sylvain Armand pas loin de 400 fois, lui 3 ou 4, mon argument ne vaut pas, car forcément, comme il est d’essence divine et comme il le voit à l’entraînement depuis 1 mois, il sait tout à son sujet ! Idem concernant Chantôme (sur environ 200 matchs contre seulement 2 grosses semaines d’entraînement depuis sa blessure).

On veut nous en convaincre, mettre Bisevac arrière droit serait la trouvaille du siècle. Le Serbe est déjà le meilleur latéral de Ligue 1, la preuve, en 2 matchs de championnat à ce poste il a fait une passe décisive et marqué un but ! Bon, la passe décisive était un centre manqué arrivé seulement grâce à une glissade grotesque d’un adversaire, le but – chanceux – sur corner n’a aucun rapport avec le fait d’être latéral… mais ça intéresse qui ? Son placement approximatif et ses erreurs derrière, on s’en fout, on ne lui demande pas d’être un bon défenseur, on lui demande de servir de prétexte à faire des turlutes à Ancelotti ! Bisevac arrière droit, Jean-Pierre Papin l’a tenté à Lens. JPP, un génie qui s’ignore ?

Encore plus hallucinant, le cas Bodmer. Le fabuleux italien le fait jouer… au milieu ! Quelle idée phénoménale ! Devant la défense, relayeur dans son système à 3, en 10… Mais qui aurait pu y penser ? Sérieusement, certains journaux et sites internet ont pondu des articles pour nous expliquer comment Ancelotti a réinventé Bodmer en le faisant jouer à des postes où il joue depuis plus de 10 ans (avec quelques passages funestes en défense centrale à Lyon sous Claude Puel, toujours recherché par le TPI pour crimes contre le football)…

Bref, revenons-en à nos moutons…

Suite à ce changement d’entraîneur, il y avait 3 façons d’appréhender le mercato de janvier.
Option n°1 : ne rien changer afin de se donner le temps d’identifier les besoins réels de l’équipe pour l’avenir – autrement dit évaluer l’effectif actuel, déterminer qui répond ou non aux nouvelles exigences, qui s’adapte, qui décroche – tout en évitant de devoir faire des choix par défaut (en janvier, les meilleurs joueurs sont rarement disponibles, on peut rayer d’office les 5 ou 10 premiers noms de la listes des joueurs désirés avant d’en trouver un transférable).
Option n°2 : effectuer quelques retouches là où il y a un gros problème tout en guettant les gros coups à saisir, j’entends par là les opportunités risquant fort de ne pas se présenter de nouveau en juin ou permettant de clairement renforcer l’équipe à un prix modique (l’hiver, les prix sont en général très élevés).
Option n°3 : recruter beaucoup pour imprimer sa marque, quitte à prendre des seconds couteaux.

Sur le court terme, le recrutement effectué n’est pas des plus cohérents (pléonasme). Sur le moyen terme… idem… Sur le long… également.

Le court terme, ce sont les 4 prochains mois, le but est de réaliser le doublé. Le moyen terme, ce sont les 2 ou 3 prochaines saisons, il faut REdevenir un grand club européen reconnu, respecté, suivi, où les meilleurs ont envie d’évoluer. Le long terme, c’est l’objectif de remporter la LdC, car compte tenu de l’avance de clubs comme le Barça, n’espérons pas sérieusement jouer la gagne dans cette compétition en moins de 3 ans.

Faire un bon mercato commence par bien identifier ses besoins. De ce point de vue, il y a beaucoup à dire. En janvier 2011, le PSG avait absolument besoin d’un milieu offensif supplémentaire pour réussir une bonne seconde moitié de saison, celle-ci s’annonçant surchargée, mais malgré la vente de Sessegnon le renfort attendu n’est jamais arrivé, ce qui a été payé au prix fort : il a été impossible de tenir le rythme d’une saison de 60 matchs fort bien débutée, à la fin aucune ligne n’a été ajoutée au palmarès du club, seule une qualification en EL est venue récompenser l’équipe de ses efforts. Un an plus tard, la donne a complètement changé, les moyens étaient là, pas réellement les besoins si ce n’est à un poste (latéral gauche), le calendrier étant cette fois assez léger et l’effectif déjà conséquent. Paris pouvait clairement être champion en s’accordant le luxe de ne pas modifier son groupe.

Le PSG a recruté 4 joueurs, en a vendu un, a prêté un jeune à Clermont (L2), Loïc Landre et en a laissé partir un autre, Alassane També (parti en Belgique), il s’agissait d’un grand espoir du club qui peinait à confirmer et allait arriver en fin de contrat.

Prendre un arrière gauche, OK, c’était sur la liste des nécessités. Maxwell est un bon joueur, pas un grand joueur, il a fini remplaçant de Santon à l’Inter, remplaçant d’Adriano au Barça (Adriano étant lui-même le remplaçant d’Abidal), n’est pas international malgré les difficultés rencontrées par l’équipe du Brésil pour trouver le successeur de Roberto Carlos. Pour la L1 c’est très bien, en Ligue des champions il devrait toucher ses limites.

Il a été embauché pour être 3e gardien ½, il est là pour faire le nombre, seule une blessure de dernière minute de Sirigu ou Douchez pourrait le permettre de figurer sur une feuille de match en L1 ou en CdF. D’ailleurs attendez-vous à voir systématiquement 20 joueurs dans le groupe, Le Crom et un joueur de champ seront assis à côté des officiels du club en tribune présidentielle.

  • Le départ d’Erding., ex numéro 11.

Remplacer Erding… C’était le bonus éventuel du mercato si on trouvait quelqu’un à refourguer, il est parti. Rennes a décidé de camper le rôle du pigeon (7-8 millions pour un mangeur de feuille), on ne va pas s’en plaindre. Aucun attaquant (axial) n’est venu le remplacer, il n’y a plus que 2 joueurs dans l’effectif, même aux entraînements ça risque de poser des problèmes.

Le recrutement d’Alex n’a rien de sportif, la thèse de l’affaire avec l’agent dans le but de préparer de futurs transferts est crédible pour plusieurs raisons : le contrat est de courte durée (2 ans ½), personne ne voulait de lui hormis QPR – la référence actuelle du club bidon mais un peu friqué cherchant à recruter tout ce qui bouge – avant l’ouverture de discussion entre le PSG et l’agent de Tévez[3], le poste était largement pourvu, le club disposait déjà de 9 défenseurs dont 5 axiaux ou pouvant jouer dans l’axe[4], objectivement un de plus ne servait à rien hormis s’il apportait une réelle plus-value (immédiate ou pour la saison prochaine en LdC). Il se trouve qu’Alex était au placard à Chelsea après avoir perdu sa place quand son entraîneur était… Ancelotti. Pas assez bon à Chelsea malgré un Terry vieillissant et le départ de Carvalho au Real, remplacé par David Luiz, il serait nettement supérieur au capitaine de la Celeste et au capitaine du club (n°3 en EdF en défense centrale) ? Si tel est le cas, conseillons à tout joueur sur le déclin un stage de plusieurs semaines avec la réserve de Chelsea ! Ou alors il est passé chez un garagiste pour faire décrocher la caravane accrochée à son arrière-train. En effet, si Lugano et Bodmer sont lents, aucun mot ne définit la vitesse d’Alex, un énorme défenseur… au sens premier du mot "énorme".

On lit des choses hallucinantes, certaines sortent l’argument ultime et irréfutable pour l’assurer, le PSG tient là un super défenseur. Cet argument consiste à… vous donner le lien d’une vidéo sur Youtube, celle des CF de bourrin marqués par ce joueur au cours de sa carrière. Le niveau d’un défenseur se juge à sa frappe de balle ! Nouveauté 2012 !

De surcroît il a un gros salaire, a coûté 5 millions et occupe la 4e et dernière place d’extra-communautaire à laquelle chaque club de L1 a droit. Est-il pertinent d’utiliser en hiver les dernières places disponibles de joueurs hors-UE[5] pour prendre des gars qui ne jouent quasiment plus depuis des mois (aucune garantie sportive) et n’ont pas l’expérience de la Ligue 1 (langue inconnue, arbitrage inconnu, etc.) ? C’est le cas de Maxwell et d’Alex. Ne devrait-on pas garder une ou deux places pour recruter un véritable cador si l’opportunité se présente ? Que ne dirait-on pas si le PSG devait louper un vrai gros renfort à cause de la venue d’Alex ?

Je sens bien un retour au Brésil au plus tard à l’été 2013…

Concernant Alex, l’énorme faute de goût n’a pas été relevée par grand-monde : comment peut-on donner le numéro 13 à un joueur du PSG ? Ce nombre ne devrait JAMAIS être floqué sur un maillot du PSG ! Commercialement, c’est une grosse erreur, c’est invendable et importable au Parc des Princes. A moins bien sûr de vouloir écouler quelques maillots d’Alex dans les Bouches-du-Rhône après une cagade du défenseur grâce à laquelle l’OM l’emporterait lors d’une Grande Sardinade… Par exemple au Stade de France si les dirigeants du club de la Capitale font acte de trahison en délocalisant le match retour… La simple idée de jouer à l’extérieur un match si important pour le club et ses supporters me fait horreur. En fait je suis en train de me demander s’il n’y aurait pas 2 ou 3 Marseillais infiltrés à la direction du PSG.

  • Thiago Motta, numéro 28.

Le cas Motta est particulier car il a une dimension supplémentaire : son arrivée est négative pour le football français et pour la formation parisienne. D’une part il va de facto envoyer sur le banc 2 joueurs de niveau international dont aurait bien besoin l’équipe de France, Matuidi et Chantôme. Il s’agit d’une question de statut et non de niveau (j’y reviendrai). D’autre part il envoie un signal fort aux jeunes du club, leur indiquant qu’aussi bons soient-ils, on leur préfèrera toujours un étranger surpayé sous prétexte d’expérience et de palmarès clinquant.

Je n’étais déjà pas chaud du tout à l’idée de le voir débarquer, mais après avoir vu son dernier match avec l’Inter en Coupe d’Italie, un festival de fautes méchantes et grotesques (il offre le péno à Naples), mon image de ce joueur réputé pour être un découpeur[6] s’est encore dégradée. Qui plus est, comme d’autres cibles d’Ancelotti, les Kakà et autres Pato, c’est un habitué de l’infirmerie.

En creusant, j’ai trouvé une conséquence positive à la signature de Motta. Oui, j’ai bien cherché. Je me dis ceci : si Motta est là, on devrait éviter de se coltiner Lassana Diarra dans un avenir proche (le Brésilien sait faire plus de choses avec un ballon) ! Du moins je l’espère, une tondeuse-déchiqueteuse, ça suffit !

Suis-je dans l’erreur en ayant l’impression que tout le monde – ou presque – se fait berner par le discours de Leonardo ? Niveau com’, il est assez grandiose, il se fout ouvertement de la gueule du monde… et ça passe ! Sa déclaration de fin de mercato est édifiante. Petit commentaire de texte en 8 points (source pour le texte psg.fr).
«On est très heureux de voir arriver Thiago Motta. Même pour nous cela a été une bonne surprise de le faire signer ici lors de ce dernier jour du mercato. Sa volonté de rejoindre le PSG a vraiment pesé dans les discussions. Il a une expérience énorme, son élégance et son jeu vont nous aider. (…) Le bilan de ce mercato est très positif pour le PSG. En plus de Ronan Le Crom, trois joueurs en provenance du FC Barcelone, de Chelsea et de l’Inter Milan ont intégré l'effectif et ce sera bien sûr positif pour le groupe, notamment mentalement, car ils feront part de leur expérience. On prépare le futur certes, mais on a envie d’être très compétitif dès à présent. Depuis l'arrivée de la nouvelle direction, on a pris beaucoup de joueurs mais c'était une nécessité, un besoin, pour avoir un effectif composé de 25 éléments. »

1. Une surprise… Bah voyons ! Il ne s’y attendait tellement pas que depuis plusieurs jours (ou semaines) il pensait travailler sur ce dossier juste pour le fun.
2. Sa volonté de jouer pour le PSG… Mais pour quelles raisons veut-il venir ? Sa volonté de ne pas jouer la Ligue des Champions et le titre en Serie A avec l’Inter ne laisse pas beaucoup de doutes… Son choix n’est pas sportif. Il aurait très bien pu attendre cet été pour changer de club.
3. Si Motta est un joueur élégant, alors Ribéry est un joueur intelligent, Valbuena apporte beaucoup à son équipe par son impact physique et Hérold Goulon est un grand technicien. Motta est essentiellement un joueur agressif ayant un goût prononcé pour le sang.
4. Leonardo se met en valeur en disant avoir réussi un «mercato très positif»… C’est à lui de juger ?
5. Il prend bien soin de rappeler la provenance de ses recrues, c’est plus ronflant que s’il rappelait la réalité : 2 ne jouaient plus, les dirigeants des 3 clubs dont ils sont partis s’en félicitent.
6. Tu invites Weah, Dahleb, Susic ou Sorin à venir parler aux joueurs, ils pourront aussi bien faire part de leur expérience.
7. On a envie d’être très compétitif dès à présent, parce que bien sûr on ne l’était pas, la preuve, le PSG est… en tête avec une moyenne de points pas vue en L1 depuis bien longtemps. On a recruté partout, sauf au poste où on n’avait pas un effectif très fourni. Quant au futur, on va y revenir très vite.
8. Maintenant, c’est nouveau, on a besoin d’un effectif de 25 joueurs pour disputer au maximum 5 matchs de Coupe de France et 17 de Ligue 1. Pendant la première moitié de la saison on avait 3 joueurs de moins (en nombre le retour d’Hoarau compense le départ d’Erding, en qualité, c’est comme avoir un 4e joueur de plus) en ayant en plus l’Europa League… La logique léonardienne est surprenante…

Pour faire la transition avec la suite, je vous propose une petite métaphore sucrée… Si on donne un billet de 50 euros à 10 personnes avec une seule consigne, celle d’acheter du chocolat, certains vont prendre leur temps pour trouver la boutique proposant les meilleurs produits, observer la gamme proposée et enfin en acheter une petite quantité mais de super qualité afin de se régaler. D’autres vont opter pour du chocolat d’une marque connue même si consulter la liste des ingrédients fait peur. Enfin, une partie va choisir le prix le plus bas pour en prendre le plus possible, quitte à en mettre au fond du placard. Je ne vous parle même pas de ceux qui achèteront juste une tablette peu onéreuse en arguant avoir eu des frais d’essence pour se rendre au magasin.

Voilà où je veux en venir. Avec l’arrivée de l’argent du Qatar, on peut se payer du chocolat des joueurs. Que faut-il choisir ? Avoir les poches pleines, c’est bien, bien dépenser son argent, c’est mieux.

J’aimerais vraiment que Leonardo m’explique sa stratégie réelle, car depuis le début de mon exposé il n’est question que de stratégie de développement. Beaucoup de questions méritent d’être posées concernant plusieurs domaines : image, argent, identité. Vous allez le comprendre, tout s’imbrique, chaque question en appelle une autre. La question de la stratégie peut s’exprimer autrement : vers quel modèle de club pense-t-il se diriger ? Comment compte-t-il le faire ?

On veut être l’égal des plus grands clubs, c’est bien, mais alors pourquoi ne pas chercher à faire comme eux ? Comment se renforcent-ils ? S’ils vont parfois piocher sur le banc – ou derrière le banc (^^) – de leurs concurrents directs pour compléter leur effectif, ils visent principalement 3 sortes de joueurs :
-les titulaires indiscutables dans les clubs de cadors où on trouve nombre de stars (ça coûte en général très cher… quand les dirigeants acceptent de discuter[7] car en général des joueurs de ce niveau, on les garde),
-les meilleurs joueurs des clubs de standing intermédiaire ou qui étincellent dans des clubs de niveau moyen,
-les grands espoirs identifiés comme de futures stars (d’où qu’ils viennent dans le monde).

Cet hiver, au lieu de "se battre" pour récupérer des remplaçants du Real (Kakà), du Milan (Pato), de Chelsea (Alex) ou du Barça (Maxwell), pourquoi ne pas avoir essayé de recruter des titulaires de clubs comme Valence (ex : Mathieu), Liverpool (ex : Kuyt), Tottenham, Naples ? Prendre Pastore allait dans ce sens… l’été dernier. Les meilleurs joueurs accessibles se trouvent là où on ne peut que rêver de titres sans jamais les gagner, ceux-ci étant réservés à un duo ou un trio (Barça-Real, les 2 MU, etc.).

Un rappel me semble opportun. Nenê, le meilleur joueur du PSG – et selon moi de L1 – depuis le début de la saison – avec Sirigu – a été acheté pour une somme faisant office de pourboire pour QSI. Ce Brésilien n’aurait même pas figuré sur une liste de joueurs désirés par Leonardo et Ancelotti s’ils étaient arrivés il y a 1 an ½, il n’a pas le statut recherché et venait de Monaco. Actuellement on est dans le paraître, pas dans l’être (contrairement à la première vague de transferts à l’intersaison, celle-ci était parfaitement cohérente), on veut acheter du chocolat de marque et non du très bon chocolat. Certains ne comprennent pas ça : pour construire une grande équipe l’important n’est pas d’où viennent les recrues mais leur niveau et ce qu’elles apportent à l’équipe.

Recruter à Chelsea, au Barça ou à l’Inter pour se donner une image de grand club, stratégiquement, c’est bidon.

D’une part, cette façon de faire permet aux futurs concurrents du PSG de se renflouer, d’alléger leur masse salariale tout en alourdissant la nôtre. Si au moins on les affaiblissait réellement on pourrait y voir quelque chose de positif, seulement ils nous lâchent personne ayant encore le niveau pour jouer chez eux ou en profitent pour recruter quelqu’un d’autre, souvent meilleur (Motta a été remplacé par 2 joueurs). Au final, on les aide à se renforcer et à assainir leurs finances en vue de l’obligation de respecter les règles du fair-play financier (bientôt on ne pourra plus dépenser plus que ses revenus). En rémunérant si cher les joueurs, on se condamne à générer de grosses ressources, être riche ne suffira pas. Les recettes sont actuellement très loin d’être suffisantes, il faudra les doubler, les tripler ou les quadrupler.

D’autre part, on risque de passer pour la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf… En recrutant beaucoup et en payant cher sans réussir à faire signer LA STAR qui va faire la différence aux yeux des gens qui comptent dans le monde du foot – Ancelotti est un début de garantie sportive pour d’éventuels renforts, mais ça ne suffit pas – le PSG a fait quelques pas en arrière dans sa quête d’image. Que les dirigeants aient ou non réellement tenté d’enrôler Kakà, Pato ou Tévez importe peu, les médias du monde entier ont beaucoup parlé du club dans la rubriques des transferts non réalisés. Se prendre un stop, ça arrive à tout le monde, s’en prendre 4 de suite et finalement lever celle que personne ne veut aborder, pour l’image de marque, il y a mieux.

Le cauchemar serait de se coltiner à l’international une réputation de pigeon friqué (n’importe quel agent ou média dans n’importe quel pays va faire du buzz à propos de n’importe quel joueur en lançant qu’il intéresse le PSG, tout semblera crédible et perturbera le club à différents niveaux, le prix spécial PSG va devenir un prix super-spécial PSG, x3 au lieu de x2). Autant éviter de s’affubler d’une image de club riche mais de seconde zone (puisque recrutant ce sont les autres ne veulent plus).

En foot, pour augmenter fortement son pouvoir de séduction, il faut attirer au moins une véritable star en pleine possession de ses moyens dont on pourra mettre le nom sur la brochure distribuée aux recrues potentielles afin de leur donner envie de rejoindre le club. Dans les arguments si on peut lire «vous aurez l’assurance de disputer la Ligue des Champions, de gagner des trophées, d’être très bien payé, d’avoir un entraîneur renommé, de jouer dans un stade plein et d’être entouré de joueurs de très haut niveau, et notamment UNTEL, le tout à PARIS», ça fonctionnera.

En outre, l’exposition internationale du club est primordiale pour les joueurs dont la place en équipe nationale est en jeu. On en vient à l’image et au niveau de la Ligue 1. On peut compter sur l’effet Euro 2016 ainsi que sur l’effet stars, un cercle vertueux peut débuter si tout le monde s’y attèle. En effet, si on commence à attirer de grands joueurs, à obtenir de bons résultats européens, un intérêt pour la Ligue 1 a des chances de naître à l’étranger. Avec de beaux stades pleins, avec les ressources supplémentaires que vont générer ces stades donc des possibilités de recrutement plus importantes, on peut espérer avoir un championnat réellement attirant dans les années à venir. Je vous passe le chapitre sur l’indice UEFA (notamment la possibilité de doubler l’Italie dans 2 ans), sur les conséquences éventuelles du fair-play financier et de la crise économique sur certains championnats concurrents…

Je viens de traiter le sujet de l’image international, autrement dit les arguments pour emballer quand on drague à l’étranger. Passons à l’image domestique. L’image qu’ont du PSG les supporters des autres clubs français, à vrai dire, on s’en fout. S’ils peuvent être jaloux, on ne s’en plaindra pas, bien au contraire (de toute façon ils l’ont toujours été), mais s’ils ont de bonnes équipes, on ne s’en plaindra pas non-plus. Une concurrence assez forte en championnat est nécessaire pour plusieurs raisons. Déjà, si on se balade, si c’est trop facile, les performances sont dévalorisées (les 3 ou 4 derniers titres de l’OL l’ont montré). Surtout, il est bon d’avoir l’habitude des gros matchs quand on va jouer la LdC. Contre la crème catalane, le caviar londonien ou la truffe piémontaise, si on pouvait éviter de ressembler à des jambons de Paris à force de se nourrir de Sardines pas fraîches, de rosettes particulièrement sèches, de saucisses trop grasses ou de moules frites toutes molles…

En réalité, on peut surtout s’inquiéter de l’image du PSG auprès… de ses supporters.

Depuis des mois j’avais plaisir à imaginer Paris champion 2012 sans avoir faussé la concurrence, un titre obtenu sur la lancée de la 4e place obtenue lors de l’exercice précédent. Les dépenses de cet été permettaient de rééquilibrer les force après 2 saisons de gros investissements de l’OL et de l’OM leur ayant permis de rester devant un PSG quasiment fauché. De plus le recrutement était cohérent, faisait la part belle aux joueurs français et/ou issus de la région et aux grosses pointures en devenir (Sirigu, la grosse surprise, et Pastore). En ayant remis une couche cet hiver sur le marché des transferts en prenant 3 Brésiliens, on s’engage sur la voie de la démesure – Leonardo donne l’impression de vouloir tuer une mouche avec une tête nucléaire – et de la perte d’identité.

Pour être honnête, plus l’échéance approche et plus j’ai peur de ne même pas savourer ce titre de champion. Je vais faire une comparaison triviale, vous me le pardonnerez, mais c’est comme être dingue d’une fille depuis le lycée, galérer pendant 10 piges pour lui faire accepter de visiter une chambre avec vous et finalement y parvenir… en la payant pour assouvir votre fantasme. Si en plus elle fait le minimum, difficile de prendre son pied. (Cette situation doit bien avoir été vécue par quelqu’un sur cette planète… on dirait un scénario de film français à la con.)

Pour moi, être "rouge et bleu", ça signifie quelque chose, c’est un élément de mon identité, je suis Francilien et fier de l’être, je suis aussi français, j’aimerais être fier des Bleus du foot, ce n’est pas souvent arrivé depuis 2006, et ça risque de ne pas arriver avant un bout de temps si le club destiné à représenter le foot français aux yeux du monde ne fait rien pour.

La préférence nationale brésilienne, c'est bien... au Brésil ! En plus on risque de créer des clans, 5 Brésiliens dans l'effectif, c'est abusé, on n'est pas Benfica ! Contrairement aux instances dirigeantes de l’Union européenne je suis pour le 6+5 car le sport n’est pas une activité économique comme une autre, il faut donner leur chance aux nationaux, leur faire confiance, arrêter de les dévaloriser en leur faisant subir une présomption d’infériorité par rapport aux étrangers, une attitude très française. Aux grandes heures des compétitions européennes – quand les places en demi-finales n’étaient pas préemptées quasiment tous les ans par les clubs de 3 ou 4 championnats – ça se passait comme ça, on avait seulement droit à quelques étrangers par club, on les réservait à des joueurs au-dessus du lot (du Valdo, du Ricardo, du Raí, du Weah).

Je suis pour la préférence parisienne ! Sakho, Chantôme, Bodmer, Gameiro, plus Ménez, voir Armand qui est adopté depuis 7-8 saisons et dont on ne souligne jamais assez la fidélité au club, les jeunes de 17 à 19 ans comme Bahebeck, Kebano, Ongenda, Yaisien, Ikoko, Aréola... ne les laissons pas tomber ! Si la concurrence était saine, OK, malheureusement la concurrence n’est que virtuelle. Pour les jeunes issus du club, ceux actuellement au centre de formation et/ou en CFA, le coup est dur, les portes se ferment pour eux, ils ont des raisons d’être démoralisées. Si leurs modèles (Sakho, Chantôme) sont poussés sur le banc par des recrues, leurs chances de percer au club sont extrêmement faibles, d’autant qu’Ancelotti n’est pas réputé pour lancer beaucoup de jeunes, tant s’en faut. Maintenant, pour jouer en équipe première il faut avoir un statut ou un CV clinquant. Sortir du lycée en ayant 8 ans d’expérience professionnelle, c’est impossible.

En observant ce mouvement j’en viendrais presque à espérer l’arrivée de Wenger, dont je suis pourtant tout sauf fan. On ne gagerait pas un titre, mais au moins on verrait du beau football et quelques Français dans l’équipe. Le PSG est en train de devenir un club étranger, il suffit d’avoir un passeport brésilien pour être recruté par Leonardo.

Attention ! Mettre un frein à cette "italo-brésilification" subite est urgent ! Il serait dangereux de brader l’identité du club. Commercialement, mieux vaut avoir un PSG évoluant au Parc des Princes avec plusieurs français dans l’équipe qu’un Inter Milan[8] en rouge et bleu domicilié au Stade de France. Les dangers sont nombreux :
-se couper de la banlieue dont sont issus la plupart des jeunes du centre de formation =>perte de clientèle, de parts de marché, de vecteurs de communication et d’attractivité auprès des footballeurs originaires de la région ;
-dégoûter encore plus de supporters historiques qui transmettaient leur passion à leurs enfants =>perte de la clientèle la plus fidèle et la plus dépensière ;
-favoriser la création d’un club parisien concurrent =>perte de parts de marché ;
-perdre la légitimité de s’appeler Paris Saint-Germain en n’ayant plus rien de parisien, donc perdre l’actif n°1 du club, la marque Paris.
De plus, un club avec une identité forte fédère beaucoup plus dans sa zone de chalandise… et ailleurs ! Prenez l’exemple du Barça, il met en avant une double identité : son jeu et son régionalisme. Le second élément est critiquable car poussé à l’extrême, néanmoins il renforce l’image internationale du club et contribue au business

Les dirigeants ont aussi un intérêt réel à avoir un foot français fort (donc une EdF forte avec plusieurs joueurs du PSG), car si le foot espagnol est si exposé, il le doit aussi aux titres acquis par son équipe nationale ces 4 dernières années. Que les stars du Real et du Barça forment l’ossature de l’équipe championne du monde et d’Europe est extrêmement positif pour ces clubs. Il faut conserver une politique de formation AMBITIEUSE et la renforcer en améliorant la post-formation, secteur déficient depuis des années (c’est mon credo depuis des lustres).

Voilà, j’espère vous avoir convaincu de vous fier à votre propre jugement, ne suivez pas le troupeau ! Ne soyez pas des moutons !


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Notes

[1] Le Barça n’a pas souhaité le conserver, notamment à cause de ses cartons rouges à répétition.

[2] Je m’inquiétais des risques concernant sa période d’adaptation, ses efforts pour s’exprimer en français et la réussite dont a bénéficié le PSG en CdF et en L1 me rassurent en partie (le titre de champion ne devrait pas échapper au club de la Capitale), ils ne me font pas changer d’avis concernant la pertinence de ce changement à ce moment.

[3] Les agents de Tévez et d’Alex sont réputés proches.

[4] Tout dépend comment on prend en compte Armand.

[5] Et Etats associés, notamment en vertu des accords de Cotonou ou autres.

[6] Quand l’Inter a gagné la LdC, il était l’homme de main de Mourinho comme l’est Pepe au Real… Ça fait rêver.^^

[7] Pour cause de contrat sur le point de se terminer, de désaccord financier, de problèmes relationnels, de volonté du joueur de changer de club (car il a «besoin d’un nouveau défi» ou «de se rapprocher de sa famille»), par besoin d’argent, choix ou obligation de reconstruire l’effectif, voire services rendus.

[8] Par définition l’Inter est un club très international où traditionnellement il y a peu d’Italiens.