Le double champion du monde junior du slalom géant est apparu en Coupe du monde dès mars 2009 (lors des finales à Are, le champion du monde junior est invité), il a enchaîné 13 autres départs entre décembre 2009 et janvier 2011 sans jamais franchir le cap de la première manche, en général en raison de très gros dossards très handicapants en slalom et en géant, les DNF et DSQ et DNQ s’accumulaient, parallèlement il a remporté le classement général de la Coupe d’Europe, un véritable exploit. Quelques jours avant les Mondiaux, on lui a donné un dossard pour le super-G d’Hinterstoder car le tracé était très tournant, typé géant, il a fini 6e avec le dossard 62 (à 3 dixièmes du podium, à 9 centièmes de Carlo Janka, à 5 d’Ivica Kostelic). Le mec n’a encore jamais franchi la ligne d’arrivée en CdM, c’est un vrai géantiste, pas du tout un spécialiste de la vitesse, il termine 6e de son premier super-G à ce niveau… Flippant. Cette perf lui a permis de participer aux Mondiaux dans cette discipline car une place s’est libérée en EdF, mais sur une piste hyper difficile en carrelage il n’a pas terminé. Il y avait trop de concurrence nationale pour qu’il puisse participer au géant, en revanche il a participé au slalom le dernier jour pour une jolie 17e place.

Dans la foulée de sa 6e place, il avait obtenu à Hinterstoder sa première qualif en géant (16e de la 1ère manche, finalement 24e, 5e Français).
Dans la foulée des Mondiaux, première participation à un super-combiné[1], celui de Bansko, il termine 11e

Dernier géant de la saison 2010-2011 (à Kranjska Gora), il se qualifie pour la 2e fois de sa carrière en seconde manche… et finit 2e ! Cette saison, reprise de la CdM à Sölden… 2e ! Lors de ces courses il a été battu par Ted Ligety et par Carlo Janka, pas par le pêcheur du coin. Pour monter sur le podium il a dû skier comme un mutant, réalisant des acrobaties improbable qui auraient valu à 98% des gars d’aller au tas (les 2% ce sont lui et Bode Miller).

Si vous n’avez pas vu la course de Sölden, je vous propose de regarder les 2 manches du Français. Admirez l’artiste !

Depuis, en géant, il a terminé 4e, 9e et 7e (énorme faute en première manche, 2e temps de la seconde). Son gros regret est d’être tombé à Alta Badia dans la deuxième section de la seconde manche en ayant atomisé le meilleur temps intermédiaire (il était parti pour un top 5 après avoir réalisé le 11e temps de la première manche). Grâce à cette régularité on l’a vu plusieurs fois apparaître dans le top 10 du classement général de la CdM.

Ayant mis un certain temps à avoir de bons dossards en slalom, il a aussi mis du temps à réaliser de bonnes performances dans cette discipline (en CdM s’entend, car en Coupe d’Europe il en a gagné). Après GPA2011 il a loupé 3 fois la qualif avant d’enfin atteindre une seconde manche, c’était à Alta Badia le 19 décembre dernier. 8e temps avec le dossard 37, il a fini 12e. A Flachau 2 jours plus tard il n’a pas été bon. En janvier, il a commencé une réelle montée en puissance dans cette discipline, 17e à Zabreb (30e ex-aequo de la première manche, 2e de la seconde derrière Steve Missilier), 11e à Adelboden (dossard 36, départ dans des conditions abominables, ça sautait dans tous les sens, 21e temps, belle remontée par la suite de nouveau avec une météo calamiteuse), 8e à Wengen le surlendemain d’un super-combiné terminé 4e (3e temps du slalom).

En Suisse, on avait longtemps cru à un premier podium de cette course pour polyvalents. En effet, après avoir limité la casse sur une descente raccourcie par rapport à la véritable descente de Wengen (tout de même 1’50 de course, c’est la durée normale ailleurs), prenant 2’’74 de retard sur Beat Feuz (une des références actuelles en vitesse, un candidat au gros globe), 2 secondes sur Miller, 1’30 environ sur Adrien Théaux (3e de cette manche de descente), mais un peu d’avance sur Ivica Kostelic, futur vainqueur de ce super-combiné (comme presque tous les ans^^), Alexis est resté dans le top 3 jusqu’au bout grâce à son 3e temps du slalom, Kostelic, Feuz et Miller – passé plusieurs fois proche de la chute – l’ont battu pour quelques dixièmes et centièmes. Frustrant.

A Kitzbühel (dossard 26, qualifié 26e) et à Schladming (dossard 25, qualifié 16e à 2s), il n’a pas fini la seconde manche, trop brouillon ou trop engagé (chute, enfourchement).

Alexis Pinturault restait sur ces 2 contre-performances avant de disputer les seules épreuves de la Coupe du monde de ski alpin masculin organisées cette saison en France après l’annulation de celles prévues à Val d’Isère il y a plusieurs semaines. 2 descentes étaient au programme puis un super-combiné, il a participé à la première pour avoir un entrainement supplémentaire en descente dans le but de briller lors de la 3e et dernière. Chamonix ne sera plus au programme de la CdM pendant au moins les 3 prochaines saisons, la FIS ayant décidé de mettre cap à l’est avec notamment des épreuves dans la station qui accueillera les JO de Sotchi en 2014 (les hommes iront cette semaine).

Le dimanche à Chamonix, c’est le jour où on se les caille… -23°C dans l’aire d’arrivée le matin lors de la descente. Il faisait pourtant beau. La piste n’est pas réputée très difficile (elle est plus adaptée aux glisseurs), néanmoins il y avait moyen pour les descendeurs de se constituer une belle marge avant le slalom.

4 des 5 Français engagés ont tous terminé dans les 30 premiers de la descente (sur 56 partants), seul Sébastien Pichot a échoué (dossard 1, 36e à près de 4s ½).

Thomas Mermillod-Blondin (6) a fait une bonne descente, il est même repassé dans le vert aux 3 et 4e intermédiaires après le passage de purs descendeurs. Les grandes sections de plat qui ne lui correspondent pas ont ensuite permis à d’autres de creuser l’écart, et un particulier à un homme, Romed Baumann (8). 4e puis 2e des 2 premières épreuves du week-end , l’Autrichien a explosé tout le monde. En franchissant la ligne il avait 2"60 d’avance sur tout le monde (3"04 sur le Français, finalement 23e de la manche), et si beaucoup ont pu s’intercaler, personne n’a pu réaliser une performance proche de la sienne. Et dire qu’il a été très moyen sur la dernière portion (certains lui ont repris 3 ou 4 dixièmes sur le bas)…

Après une jolie gamelle de Bode Miller (10), Alexis (11) s’est lancé sur la Verte des Houches[2]. Au 1er intermédiaire il avait déjà ½s de retard, 1"32 au 2e, puis 2"39 après un gros… 2"71… 3"32… 3"27 à l’arrivée (finalement 27e). Ça faisait beaucoup, mais pas tant que ça en raison de l’éclat mis par Baumann à la meute. Avec une manche de mutant il pouvait sans doute reprendre 2 secondes au 4e, voire plus de 2 secondes ½ sur le 2e et le 3e… qui plus est en partant sur une piste de slalom en très bon état. Ça aurait pu être pire.

Adrien Théaux (13) a perdu du temps sur le haut – la partie plus technique – là où on l’attendait dans les temps de Baumann, il a ensuite limité la casse et repris pas mal de temps, passant de +1.14 à +0.70 (2e). Le niveau difficulté de la manche de slalom allait déterminer ses espoirs de podium. Mauvaise nouvelle, Ante Kostelic (près et entraîneur d’Ivica) allait la tracer. Le Croate a une réputation – justifiée – de psychopathe, c’est un vrai sadique, comme par hasard le tirage au sort semble le désigner très souvent, il se plait à multiplier les figures improbables, les changements de rythme, adore multiplier les pièges…

Benjamin Raich (14) a fini à 3"72, Dominik Paris (15) à 0.90, le seul autre que Théaux à perdre moins d’une seconde), puis le leader de la CdM et grand favori de l’épreuve, Kostelic (16), bon ni la veille ni l’avant-veille lors des 2 descentes, a limité la casse en concédant 2"81 à Baumann. Je vous en passe quelques-uns, j’en arrive à Beat Feuz (20), le visage entièrement couvert à cause d’un problème de dents, qui s’est plus ou moins loupé, +1.53. Aksel Lund Svindal (22) a pris 2 secondes dans la vue, Didier Defago (28) a lâché 1"85, Joachim Puchner (30) a égalé Feuz et Hannes Reichelt (31) a réalisé un joli coup en se classant 4e à 1"26.

La bonne surprise est venue de Brice Roger (38). Le Plagnard de 21 ans régulièrement aligné en descente et en super-G depuis le début de la saison avec une arrivée dans les 30[3] (après avoir débuté en CdM à Chamonix il y a un an) et monté pour la première fois sur le podium en Coupe d’Europe il y a quelques jours, s’est classé 28e à 1 centième de Pinpin malgré une grosse faute en haut.

Théaux 2e, Mermillod-Blondin 23e, Pinturault 27e, Roger 28e, ça nous annonçait une belle course. Le gros bonus pour cette épreuve en France était la diffusion nationale sur France 3. La saison dernière Steve Missillier avait réussi une remontée improbable à Val d’Isère lors de la seconde manche d’un slalom retransmis sur la télévision publique, décrochant un podium improbable. Il était passé de la 26e à la 3e place. Allait-on avoir droit à un nouvel exploit tricolore ? Gagner beaucoup de places est plus commun en super-combiné car les spécialistes de la première épreuve peuvent être très moyens ou mauvais dans l’autre. Le tracé de papa Kostelic était fait pour les véritables techniciens, mais étrangement, contrairement à son habitude, il n’a pas cherché à torturer les concurrents, ça restait relativement soft. A mon avis les officiels l’ont recadré pour qu’il ne fasse pas une nouvelle horreur.

A 14h, si certaines parties de la piste étaient ensoleillées, il faisait toujours extrêmement froid.

Brice Roger n’a pas eu de mal à prendre très largement la tête, les concurrents précédents étaient à la ramasse. Juste après lui, Pinpin a fait une très grosse manche, on ne pouvait pas encore savoir jusqu’où cette performance allait le porter, néanmoins on pouvait s’attendre au pire à un top 10, sans doute à mieux.

4 concurrents plus tard, on a eu un premier élément de comparaison grâce à la manche de Thomas Mermillod-Blondin, souvent classé dans les slaloms (3e tps de la seconde manche à Kitzbühel), les géants et les combinés depuis le début de l’année après une première partie de saison très difficile à cause de mauvais dossards (1 DNF1 et 8 DNQ1). 23 centièmes de marge au départ, 44 de retard à l’arrivée en ayant repris un centième en haut, perdu pas mal dans la section suivante, celle où tout le monde a pris cher, puis limité la cesse sur le bas. 2e provisoire, il était certain de bien se classer à la fin de la course car parmi les suivant on retrouvait beaucoup de descendeurs.

L’élément de comparaison suivant était carrément LA référence. Comment imaginer que Kostelic ne prennent pas la tête sur un slalom pour spécialistes tracé pour lui par son père avec de surcroît un piste en bon état ? Il préfère la neige de printemps, mais dans les conditions précitées, le voir se prendre 8 dixièmes par un jeune Français en train de se faire les dents, qui pouvait s’y attendre ? Il avait 46 centièmes d’avance après la descente, 34 centièmes de retard à l’arrivée en ayant perdu environ du temps tout du long et commis quelques erreurs.

La réaction de "Pinpin le Mutant" ne fait aucun doute, il a compris à cet instant que le podium était quasiment assuré. Oui, malgré le nombre de concurrents encore dans la cabane de départ, 17 (DNS de Marc Gisin, sinon ça faisait 18) sans compter ceux classés au-delà de la 30e place, c’était dans la poche, étant pour la plupart des descendeurs, ils allaient pour la plupart concéder au moins 2 à 3 secondes à un slalomeur ayant réalisé une véritable perf sur une piste "neuve". Or très peu avaient 2 secondes d’avance ou plus sur le Courchevelois.

Un Italien nous a fait du skate, après avoir déchaussé en pleine course, progressivement on est arrivé aux gars ayant des références en super-combiné et ayant plus d’une seconde d’avance, par exemple Innerhofer. Certains des skieurs suivants ont assez peu de temps en haut mais n’ont pas pu rivaliser par la suite.

Peter Fill est passé juste devant le 2e Français (+0"41), Svindal (double champion du monde en titre) s’est intercalé à 22 centièmes, Romar et Jansrud ont été rétrogradé au classement, puis Defago, le champion olympique de descente, a montré des qualités qu’on ne lui connaissait pas en slalom mais pas assez pour prendre la tête. Il a tout de même éjecté Kostelic du podium provisoire (3e à 0"32).

Autre candidat très sérieux pour une place sur la caisse, Feuz. Le Suisse a terminé 2e du super-combiné de Wengen, 2e du combiné de Kitzbühel, il devait perdre moins de 174 centièmes pour prendre la tête, il en a concédé 9 de trop. Cette fois c’était sûr, au moins un français allait monter sur le podium. Puchner est sorti, Reichelt a commis de grosses fautes, jamais dans le rythme il est sorti du top 10. Paris a fini par enfourcher, ne restaient alors plus que 2 hommes capables de battre Pinturault.

Adrien Théaux, dossard 13, -2"57 au départ, 3e ex-aequo à l’arrivée à 0"22. Il n’était pas vraiment dans le rythme, il s’est battu pour limiter la casse, ça fait tout de même cher au bout du compte, il a mangé 2"79 sur ce slalom… Autrement dit, pour rester sur le podium, il fallait compter sur une sortie de piste, une chute, une disqualification ou une contre-performance incroyable de Baumann. Comment l’Autrichien aurait-il pu concéder 3s ½ à Pinpin sur une seule manche de slalom ? Il ne fallait pas y compter, aucun des 30 premiers classés n’est allé aussi lentement. Déjà vainqueur dans ce type d’épreuves, le leader à l’issue de la descente a confirmé en conservant 1"10 d’avance en bas.

Classement final : Baumann vainqueur, Pinturault 2e, Feuz 3e.

La très belle 2e place d’Alexis est pleine de promesses pour l’avenir. Ce dernier a montré une nouvelle fois sa polyvalence, ses qualités physiques pour résister jusqu’à la ligne d’arrivée (beaucoup manquent de jus sur les fins de courses et ne peuvent maintenir la cadence), mais aussi sa capacité à être performant en France avec la pression inhérente au fait de courir chez soi. Les 2 meilleurs temps de la manche ont été réalisé par les tricolores.

L’EdF avait besoin d’un beau podium pour bien relancer la machine après une accumulation de places d’honneur[4] et de frustrations, en particulier celle de Johan Clarey et d’Adrien Théaux, respectivement 1er et 2e de la descente de Val Gardena le 17 décembre quand la course a été interrompue de façon très discutable après 21 dossards (autrement dit les cadors étaient tous partis, sauf un). Théaux, déjà 4e du combiné à Kitz’, doit se sentir maudit. Saluons aussi les la 9e place de Mermillod-Blondin et la 20e de Brice Roger (10e temps du slalom).

Déjà apparu dans le top 10 du classement général de la CdM à plusieurs reprises cette saison, la future star du ski français a des chances d’y finir cette saison en attendant de grimper jusqu’à la première place dans quelques années. C’est sans nul doute son objectif. Oui, c’est l’objectif de beaucoup de skieurs, mais tous n’en sont pas capables. A la différence de beaucoup d’autres, lui, il peut le faire.

Notes

[1] Une course d’un modèle particulier, la manche de slalom ayant eu lieu avant celle de super-G. Pinturault avait pris la 22e place du slalom.

[2] C’est une piste noire bien sûr, mais au moment de sa création les pistes vertes étaient les plus difficiles.

[3] 30e à Bormio.

[4] Pinturault 4e du super-combiné de Wengen, Missillier 4e du slalom et Théaux 4e du combiné de Kitzbühel, Richard et Grange ont chacun pris une 5e place à Adelboden, Clarey l’a fait à Kitzbühel, Missillier était 6e à Zagreb et aurait dû être 5e car le vainqueur n’a pas passé toutes les portes correctement, je vous épargne les autres places dans les 10, surtout dans les disciplines de vitesse où en général le 9e est français.