Pour rappel, à l’aller Chelsea a gagné 1-0 à domicile en jouant à 11 derrière, le Barça avait eu plusieurs occasions extrêmement franches dont un lob sur la barre et un tir sur le poteau, mais aussi quelques loupés étonnants, se heurtant à plusieurs reprises à un grand Petr Cech. Le Real s’était quant à lui incliné à Munich 2-1, le but inscrit à l’extérieur semblant placer les Madrilènes en position de favori. Entre les 2 rencontres a eu lieu le Clasico gagné par le Real en terres catalanes, cette victoire ayant offert aux hommes de Mourinho la quasi assurance d’être sacrés champions d’Espagne. On critique souvent – à raison – notre LFP mais celle des Espagnoles est encore pire : comment peut-on programmer un Clasico entre les demi-finales de la Ligue des Champions ? Et comme l’UEFA n’est guère plus douée, elle intervertit l’affiche du mardi et celle du mercredi lors d’une double confrontation disputée 2 semaines de suite. Ainsi le Barça et Chelsea ont dû enchaîner 3 matchs en 6 jours alors que le Bayern et le Real en ont enchaîné 3 en 8 jours. Lors des quarts l’inversion match du mardi/match du mercredi entre l’aller et le retour a faussé le championnat de France[1], cette fois le manque de récupération– Chelsea a pu faire tourner en Premier League, l’enjeu de son match contre Arsenal était bien moindre – a été un gros problème pour le Barça. De mon point de vue il s’agit d’amateurisme pur et simple de la part des instances du foot où on semble cruellement manquer de bon sens, voire de capacités cérébrales élémentaires.

Mardi les Londoniens ont éliminé les Catalans au terme d’un match hallucinant.

La compo de Guardiola était étrange, il a mis un 3-4-3 avec Gerard Piqué, Carles Puyol et Javier Mascherano derrière, Daniel Alves a débuté sur le banc, Isaac Cuenca était titulaire… Un gamin lancé dans le grand bain… dangereux. Il a tenté la même chose avec Tello lors du Clasico, l’échec a été cuisant.

Au bout de 25 minutes, les 2 équipes avaient déjà dû procéder à un premier changement car Gary Cahill s’est blessé rapidement puis Piqué a été victime d’un énorme KO en étant heurté par son gardien. Victor Valdés l’a démonté en le percutant à la tempe avec la hanche. On voit rarement des chocs aussi violents, sauf en MMA sur des coups de pied ou de genou. Le plus dingue est qu’il ait fallu attendre 13 minutes que le staff médical du Barça comprenne la nécessité de le sortir. Il était KO pour le compte, a perdu connaissance au moins 40 secondes (un coéquipier l’a même mis en PLS le temps que le médecin arrive). A ce niveau, ne pas réagir correctement en évacuant immédiatement le joueur vers un hôpital est impensable, au moment où il est sorti il ne savait plus où il était, un vrai zombie ! Normal après une commotion cérébrale[2] ! Ce coup du sort s’est avéré positif car Guardiola a fait entrer Dani Alves, ce qui a rééquilibré l’équipe.

A force de jouer tous derrière, les Blues ont fini par craquer, un centre de Cuenca – pourtant à la rue depuis le début du match – a trouvé Sergio Busquets devant le but pour l’ouverture du score (35e). Les compteurs étaient remis à zéro. Sur cette action, Busquets et Puyol étaient en position d’avant-centre, ils pouvaient se le permettre, il n’y avait pas besoin de défendre. Je pense que 99% des gens qui suivent le football ont cru Chelsea foutu. John Terry lui-même a dû être dans cet état d’esprit, je ne trouve pas d’autre explication à son geste suicidaire 2 minutes après ce but. Dans ce coup de genou gratuit loin du ballon infligé dans le postérieur ou le bas du dos d’Alexis Sanchez, je vois un geste de dépit. Avec un arbitre central, un arbitre assistant et un arbitre de surface, comment pouvait-il échapper à la sanction logique, l’exclusion ?

A 10 contre 11, Chelsea était condamné, le Barça allait lui mettre une pilule. Quand Iniesta a marqué sur une passe de Messi à la 43e, l’affaire était entendue. Quand pendant le temps additionnel Ramires a réduit l’écart et remis les Anglais en position de qualifié d’un joli lob en contre-attaque, ça ressemblait vraiment à une anecdote. En réalité, mais on l’a su plus tard, cette action permise par un moment de déconcentration dans la défense du Barça a précipité la chute du club le plus admiré du XXIe siècle.

Privé de véritable défenseur central de métier, Chelsea s’est arcbouté en défense jusqu’à la fin de la rencontre en mettant en place un improbable 6-3-0 parfois modulé en 6-2-1 ou en 5-3-1 avec en permanence un monde fou dans la surface. Ça n’a pas empêché les Blaugrana de se procurer de nouvelles occasions. Certaines ont été manquées de peu, d’autres ont été arrêtées, un but a été logiquement refusé pour HJ… et 2 très grosses occasions ont été conclues par des tirs des Messi sur la barre (49e) puis le poteau (à la 83e). Le tir sur le barre était un penalty obtenu par Cesc Fabregas pour une faute de Didier Drogba, alternativement arrière droit et arrière gauche… Après ce loupé, le triple vainqueur du Ballon d’or est complètement sorti de la rencontre, il n’y était plus du tout. A la 67e, choix hallucinant, Guardiola a fait entrer Tello à la place de Cuenca, il avait Pedro, Alcantara et Keita sur le banc… Keita a remplacé Fabregas 5 minutes plus tard. Guardiola n’a trouvé aucune solution au problème tactique opposé par ce Chelsea décidé à subir avant d’être 90 minutes à l’aller et 90 minutes au retour en fermant tout. On a déjà constaté le problème à plusieurs reprises ces dernières saisons : le Barça n’a pas de plan B, si ça ne passe pas en jouant à la baballe avant de tenter des accélérations toujours par des passes au sol dans de petits espaces, les Catalans ne savent pas quoi faire. Ça me fait penser à ces équipes de basket décidées à vivre et mourir derrière l’arc à 3 points. Comment les choses auraient-elles tourné si M. Çakir (arbitre turc) avait osé exclure Frank Lampard à la 72e minute pour un attentat sur Fabregas ? On ne le saura jamais, il a mis un simple jaune, n’ayant pas le courage de réduite Chelsea à 9.

Pendant le temps additionnel Fernando Torres, entré 10 minutes plus tôt, est parti de son camp pour aller éliminer Valdés et égaliser. Tous les défenseurs adverses étaient montés en attaque, c’était un but facile, il est néanmoins hautement symbolique : le score final est de 2-2, Chelsea n’a donc perdu aucun des 2 matchs et a marqué 3 buts en jouant de façon ultra-défensive pendant 180 minutes. Marquer 3 buts sans attaquer, ce n’est même plus de l’ultra-réalisme, c’est un miracle, surtout quand entre l’aller et le retour vous concédez une bonne quinzaine d’occasions dont un péno non transformé, que vous votre gardien est votre meilleur joueur sur les 2 rencontres et que 4 fois les tirs adverses échouent sur les montants. Ceux qui croient au destin ont été servi. Les dieux du football étaient favorables à Chelsea, dont la tactique aura dégoûté tous les amateurs de jeu. S’orienter vers de l’anti-football pur et dur est logique s’il y a un énorme écart entre vous et votre adversaire (par exemple quand un club amateur affronte une équipe pro en Coupe de France… ceci dit Quevilly s’est hissé par le jeu en finale de la CdF, l’OM et Rennes ont pris une leçon de football), pas quand vous avez les moyens et les joueurs de Chelsea. Il y avait largement assez de talent chez les Blues pour faire autrement, le but de Ramires en est la preuve.

Et oui, parfois dans les bons films à suspense le méchant s’en sort, le bien ne l’emporte pas toujours sur le mal. Il n’y a pas de morale dans le football.

Cet anti-football n’est pas sans conséquences, les cartons jaunes ont plu, l’équipe sera décimée par les suspensions le jour de la finale.

Si cette élimination du Barça montre les limites du système Guardiola, parler de fin de cycle serait stupide. Certains mecs sont grillés, ont besoin de vacances, ils ont trop joué ces 3 ou 4 dernières années, les internationaux espagnols notamment, leur fédération les envoie régulièrement faire des matchs amicaux à l’autre bout du monde comme s’ils n’étaient pas déjà assez sollicités. Et que dire de Messi ? Même à 5-0 à la 60e on lui fait terminer les matchs ! Ne nous emballons pas en parlant de fin de cycle car avec les Messi, Fabregas, Sanchez et compagnie l’avenir du Barça est assuré (sauf énormes problèmes financiers).

Certains parlaient à propos de Messi d’une malédiction contre Chelsea et pour le Real d’une malédiction contre le Bayern… Je ne crois pas à ce genre de choses. D’ailleurs en regardant la seconde demi-finale retour, on aurait plutôt pu croire qu’un mauvais sort avait été lancé sur les Allemands ! Le Real a débuté très fort et menait déjà 2-0 au bout d’un quart d’heure, un doublé de Cristiano Ronaldo, d’abord un péno généreux pour une main manifestement involontaire de David Alaba vers la 5e minute puis un but inscrit à l’extrême limite du HJ au terme d’une attaque placée de très grande qualité. A cet instant beaucoup imaginaient déjà le Real en finale, et Christiano O’Ronaldo portait sur sa tête un Ballon d’or. Comme le pot au lait de Perrette, il est tombé. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées ! Le Real a voulu reculer pour mieux contrer mais le Bayern a pris ses aises, s’est mis à jouer au foot (sauf Ribéry, fantomatique), les Madrilènes ont beaucoup souffert et concédé un penalty stupide pour une bousculade de Pepe sur Mario Gomez sur un centre. Robben l’a transformé, 2-1, un nouveau match débutait. Le Bayern avait eu 2 très grosses occasions d’égaliser par Robben à la 8e et par Ribéry à la 11e.

Aucun autre but n’a été marqué malgré un nombre important d’occasions car les défenses multipliaient les erreurs (surtout en première période), les visiteurs se montrant nettement supérieurs au futur champion d’Espagne dans la maîtrise collective. Iker Casillas a été anormalement souvent sollicité, heureusement pour lui Gomez n’était pas dans un grand soir, à la 86e il a même mangé la feuille sur un service de Robben. Mais pourquoi a-t-il voulu contrôler avant de tirer ? Si pendant le temps normal le Real aussi a eu quelques occasions, on l’a surtout vu trouver un second souffle en prolongation – car 2-1 à l’aller et 2-1 pour l’autre équipe au retour, c’est synonyme de prolongation, était-il nécessaire de le rappeler ? – et dominer de nouveau la partie. Les joueurs apparaissaient tout de même très émoussés, surtout la star irlando-portugaise, Christiane O’Ronaldo, devenue très maladroite. Kakà et Higuain, entrés en jeu, n’ont rien apporté, du coup il ne s’est presque rien passé de notable en 30 minutes (hormis une énorme semelle d’Holger Badstuber sur Benzema, qui a dû sortir peu après, ça méritait un rouge).

On a alors eu droit à une incroyable séance de tirs au but avec 4 parades sur 8 tirs cadrés (admettons-le, beaucoup ont été mal tirés, on n’a presque pas vu de contrepied). Manuel Neuer a arrêté à sa droite les tentatives des 2 stars du Real ayant été Ballon d’or, d’abord celle de C.R. puis celle de Kakà. Pendant ce temps Alaba et Gomez ont mis les leurs. A 2-0, ça semblait plié, pourtant quelques poignées de secondes plus tard il y avait 2-2 manqués partout suite aux arrêts de Casillas sur les tirs de Toni Kroos et Philipp Lahm… Seulement Sergio Ramos a gâché l’occasion d’égaliser en mettant une mine au-dessus. Neuer a été plus malin, il a déstabilisé l’Espagnol en contestant la positionnement du ballon, obtenant que l’arbitre fasse replacer correctement la gonfle sur le point de penalty. Bastian Schweinsteiger avait alors la balle de match, il n’a pas tremblé, qualification du Bayern 3 tirs au but à 1.

Sans même parler de leur parcours avant ces demi-finales, on peut en convenir, les 2 finalistes sont des miraculés, menés 2-0 chez les équipes souvent décrites comme étant les meilleures du monde, elles ont réussi à renverser la vapeur, une en étant réduite à 10 et en n’existant pas dans le jeu (100% solidarité et concentration), l’autre en ayant plein d’occasions sans jamais les convertir. Se qualifier aux tirs au but après avoir autant gâché est miraculeux, ça sentait les regrets à plein nez ! Sur les 210 minutes, le Bayern méritait plus que l’équipe de Mourinho. C’est amusant, les anti-Real ont pu répondre aux anti-Barça qui se foutaient d’eux la veille, la guéguerre entre les anti-Messi et les anti-Cristiano Ronaldo sont finalement contents de ces résultats[3]

Le Bayern jouera la finale à domicile après être allé chercher sa qualification à l’extérieur. Se qualifier pour la finale d’une coupe d’Europe l’année où elle est organisée dans son stade est très rare (tout comme jouer le SuperBowl à domicile… demandez aux Dallas Cowboys). On a envie de donner les Bavarois favoris, des 2 équipes c’est la seule à jouer au foot et Chelsea aura de gros problèmes d’effectif en raison de nombreuses suspensions… un problème partagé par le Bayern. Plusieurs joueurs dont Alaba vont manquer la finale[4].

Ces demi-finales ayant abouti à cette finale imprévue m’inspirent une réflexion concernant les chances du PSG de briller la saison prochaine dans cette compétition. On a vu avec le Bayern et le Real qu’avoir une défense en bois n’empêche pas d’atteindre le dernier carré, voire la finale. On a vu avec Chelsea qu’une équipe ne faisant que défendre et qui comporte quelques bouchers, lourdauds, voire idiots, un bon gardien et quelques joueurs de grand talent peut aller en finale de la Ligue des Champions même en rencontrant le Barça avant la finale ! Certes, il faut une série de miracles (4 poteaux dont un péno loupé, des tas de parades de Cech), mais c'est possible !

Finalement Paris a peut-être l'effectif pour faire un coup la saison prochaine avec les Motta (dans le rôle du boucher), Alex (dans le rôle du lourdaud) et Sissoko (si ce n’est ni le boucher, ni le lourdaud, voyez ce qui reste et souvenez-vous notamment de mon analyse de PSG-OM…), plus Sirigu (pas très en forme en ce moment, je vous l'accorde), quelques joueurs pas dégueulasses devant... et un entraîneur qui lutte contre ses pulsions défensives, ne demandant que l'occasion de s'adonner à sa passion, la maçonnerie.

Pour qui serai-je en finale ? Dur… L’idéal serait la victoire du Bayern – pour récompenser le jeu – bien que voir Ribéry soulever la coupe risque de provoquer chez moi quelques relents. Je ne serais donc pas contre une bonne élongation aux adducteurs juste avant l’Euro qui nous épargne sa présence dans la liste des 23. Souhaiter une blessure à un sportif n’est pas dans mes habitudes, mais là, c’est une question de salut de la Nation !

Notes

[1] Car à cause de ça OM-Montpellier a été reporté.

[2] Normalement en boxe ou en rugby le joueur est automatiquement arrêté pendant 2 ou 3 semaines.

[3] Ça vaut aussi pour les anti-Mourinho et les anti-Guardiola.

[4] La liste complète des suspendus : Badstuber, Alaba et Luiz Gustavo (Bayern), Terry, Ramires, Ivanovic et Meireles (Chelsea).