Commençons par les mauvaises nouvelles.

Hugues Duboscq n’a pu passer les séries du 200m brasse, il s’agissait de sa dernière course individuelle dans un grand championnat. Il n’a pris que la 6e place de sa course, soit le 20e temps. On aurait préféré plus belle fin de carrière. A moins d’être utilisé en série du 4x100m 4 nages à Londres, il s’agissait même probablement de son dernier plongeon avec l’équipe de France.

Le 200m 4 nages n’a pas été une grande réussite. En séries, pas de problème, bien que ça ait été limite. Il n’y avait même pas 8 nageuses par course, se faire sortir dès le matin aurait été très dommage. Lara Grangeon (5e de la 2e série) et Sophie De Ronchi (4e de la dernière série) ont accédé aux demi-finales avec respectivement le 17e et le 10e temps (que 20 engagées). Comme les 3 meilleurs chronos ont été réalisés par les Hongroises, une place a été libérée (Jakobos a été la malheureuse du jour). Il fallait s’y attendre, les demi-finales ont été fatales aux 2 Françaises, chacune 6e de sa course. Grangeon n’a été catastrophique, elle a progressé d’environ 1"5 par rapport au matin, en période de travail on va dire que c’est correct (elle avait fait un peu mieux aux ChF). En revanche, pour l’aînée de deux, 4e il y a 4 ans sur cette distance, la désillusion a été grande. Vite décrochée, elle n’a pas pu revenir suffisamment en brasse (sa spécialité). Faire aussi bien qu’à Dunkerque n’aurait pas été synonyme de qualification, mais nager une grosse seconde moins vite qu’aux Championnats de France alors que Debrecen était son objectif de la saison, ne pas progresser entre le matin et l’après-midi, c’est dur à encaisser, elle espérait mieux pour sa dernière compétition en grand bassin. Les ChE en petit bassin qui auront lieu à Chartes à la fin de l’année seront sa dernière compétition avant de se retirer.

Passons aux bonnes nouvelles.

Sur 800m NL, pas de demi-finale, les 8 premières ses séries (2 séries) se qualifiaient pour la finale. Coralie Balmy était dans la 1ère, elle n’a pas eu à se poser de question, pas eu besoin d’attendre pour savoir elle allait passer, elle s’est baladée devant à son rythme, réalisant le meilleur temps des engagées. Sauf catastrophe, elle devrait décrocher une médaille jeudi.

Une autre Française s’est promenée sur 100m dos, elle a décroché une médaille d’or mardi, il s’agit d’Alexianne Castel. Le matin, elle a accéléré tranquillement sur le retour pour prendre la 3e place et passer 10e avec le 11e temps. Dans la suivante, Cloé Credeville a aussi pris la 5e place pour se qualifier 8e (en réalité c’était le 9e temps, mais une Italienne a été éliminée à cause de la règle 2 par pays). Les 2 tricolore participaient à la même demi-finale, Castel a réussi une très belle course, elle a gagné en 1'00"48, 2e temps des demi-finales. 4e, Credeville s’est aussi qualifiée (8e), il s’agira de sa première finale européenne.

La championne d’Europe du 200m a annoncé son forfait pour la finale, ayant prévu de rentrer en France dès jeudi matin… On y reviendra demain si personne n’a réussi à la convaincre de rester quelques heures de plus en Hongrie.

Une des bonnes surprises – est-ce réellement une surprise ? – a été la belle journée du jeune Jordan Coelho, déjà prometteur aux ChF malgré un échec en finale dans sa course aux minima olympiques sur 200m papillon. 3e de sa série, il a obtenu sans mal sa qualification pour les demi-finales. Il a alors su saisir sa chance, osant partir très vite, résistant en tête tout du long avant de logiquement faiblir dans les 25 derniers mètres. 4e de la course en 1'57''59, un temps très proche de son record personnel, il peut déjà être fier de lui, sa première sélection dans la grande équipe de France est une réussie, il se présentera en finale avec le 7e temps.

Autre surprise, Dorian Gandin, jeune Corse du Cercle des Sardines de Marseille. Il participera à la finale du 50m dos. 3e temps des séries, 7e des demi-finales (1 centième de mieux que le matin), il aura toutes ses chances de décrocher une médaille. Ce 50m sera en effet très ouvert (notamment car il s’agit d’un 50m).

Intéressons-nous maintenant aux finales.

En début de programme, Anthony Pannier a pris la 5e place de la finale du 1500m NL. Il est bien parti, a un peu calmé le jeu, a longtemps navigué à la 2 ou 3e place loin derrière l’Italien Gregorio Paltrinieri, lancé comme un marlin, le rostre en avant, les nageoires repliées. Il est parti, on a pu croire qu’il faiblirait, il ne l’a pas fait, bien au contraire, il aurait plutôt accéléré… 14'48"92, c’est un temps de mutant (s’il s’est préparé spécifiquement pour ces championnats je retire «de mutant» pour le qualifier de chrono très impressionnant). Derrière, il restait 2 médailles à se partager. 30 longueurs, pour un nageur de Philippe Lucas, c’est un hors-d’œuvre, mais il faut tout de même se les farcir. Difficile d’être très performant en compétition internationale face à une grosse adversité si vous n’êtes pas en grande forme, or Pannier est en pleine phase de travail, il n’est pas des plus frais. Aux 500 mètres, ils étaient 5 sous les 5 minutes (donc sur les bases de 15 minutes, la barre symbolique que le Français cherche à franchir), mais au bout de 600/700m, il a commencé à décrocher, Gergo Kis a accéléré pour se parer d’argent, Gergely Gyurta (le 2nd Hongrois) a pris le bronze, distançant largement Samuel Pizzetti.

Les locaux ont eu une autre satisfaction, la victoire de leur idole, Laszlo Cseh, en finale du 200m 4 nages, il a réalisé un record des championnats, la 2e meilleure perf de l’année derrière Phelps, il s’agit de son 4e titre européen consécutif dans cette épreuve. Il s’était un peu réservé en demi-finale du 200 pap’ pour être sûr de pouvoir envoyer lors de cette finale disputée quelques minutes plus tard.

Une autre star de ces championnats est la jeune Sarah Sjöström. Elle a explosé les 2 Allemandes en finale du 100m NL avec un très bon 53"61 ! Britta Steffen n’a rien pu faire. Quelques minutes plus tôt une Allemande – une Sud-Af naturalisée, Sarah Poewe – avait battu une Suédoise en finale du 100m brasse.

On en vient maintenant au gros morceau, chronologiquement il s’agissait de la première finale du jour, celle du 200m NL, Amaury Leveaux était outisder mais bien décidé à toucher les limites de ce que sa conditions physique actuelle lui permettait. S’il n’est pas au sommet de sa forme, tant s’en faut, son envie et ses qualités techniques ont été suffisantes pour décrocher la médaille d’argent, une breloque déjà obtenue en 2008 sur cette distance, déjà derrière Paul Biedermann, à la différence qu’il y a 4 ans l’Allemand avait seulement battu le Français à la touche en revenant de loin, Leveaux ayant dominé environ 199 mètres avant de s’incliner. Il n’y a pas eu photo mercredi, Biedermann a mis une taule à ses concurrents (6e meilleure performance mondiale de l’année), il a fallu que le Parisien d’adoption s’arrache après un énorme départ pour finir 2e. A mi-parcours, il était 4e, il a un peu profité de la vague, s’est dépouillé et à la touche a devancé le Hongrois et l’autre Allemand. Agnel aurait probablement gagné, même sans préparation. Tant pis pour lui, il n’avait qu’à être là…

Vous voulez voir à quoi ressemble un Leveaux cuit-bouilli ? Alors regardez sa réaction.