Evacuons de suite le 200m brasse et le 4x200m NL féminins, l’équipe de France n’a engagé personne dans ces épreuves, en relais on espère une médaille aux JO, elle sera jouable quand tout le monde sera là, mais… il en manquait beaucoup trop (Camille Muffat, Charlotte Bonnet, Margaux Farrell, Laure Manaudou), on n’avait que 3 relayeuses sur place (Ophélie-Cyrielle Etienne, Coralie Balmy et Mylène Lazare). A noter qu’en finale l’Italie de Federica Pellegrini – dernière relayeuse redoutable – a remporté le titre devant la Hongrie, reprise après une longue échappée (à sa décharge, Katinka Hosszu avait remporté quelques minutes plus tôt la finale du 200m 4 nages, elle manquait de fraicheur). L’Allemagne a explosé, l’Espagne a cru décrocher le bronze… mais a été disqualifiée au profit de la Slovénie.

Passons aussi assez rapidement sur le 100m papillon féminin (Sjöström est déjà partie pour aller faire un stage en altitude, elle était favorite), car si la France était représentée, elle ne l’a pas été bien longtemps. Compte tenu de la règle des 2 par pays, on a qualifié jusqu’au 21e temps… Anna Santamans (une des rares Niçoises ayant fait le déplacement) n’a réalisé que le 36e, elle était dans la première série, celle des concurrentes les plus faibles… et on a compris pourquoi. En réalité elle préparait juste le 50m NL (elle s’est qualifiée pour les JO), le papillon n’est pas sa spécialité. L’autre jeune nageuse engagée, Justine Bruno, prévue dans le relais 4 nages à Londres, a fini dernière de sa série avec un retour très difficile. Elle a échoué avec le 25e temps.

Le 100m NL masculin a débuté, la finale aura lieu vendredi. Les patrons de l’équipe de France ont décidé de n’aligner qu’Amaury Leveaux et Alain Bernard, évitant la concurrence interne en séries, contrairement à la plupart des autres nations. Malgré tout, les 2 médaillés d’or du relais de lundi ont réussi respectivement le 1er et le 6e temps. Le champion olympique dont ces Championnats d’Europe sont la dernière grande compétition individuelle a géré sa course, prenant la 2e place de sa série (49"31). Le médaillé d'argent du 200m n’a pas semblé pousser très fort, pourtant il a mis tout le monde d’accord sur le retour – il avait 2 Belges et 2 Allemands dans sa série, ils se battaient pour être parmi les 2 de leur pays donc ne pouvaient réellement gérer – en 48"77.

En demi-finale, l’après-midi, les 2 Français ont obtenu leur qualification pour la finale. Alain Bernard a eu du mal en raison d’un départ trop médiocre. Il s’en est sorti de justesse en revenant un peu sur la longueur de retour, n’accrochant qu’une 4e place derrière l’Allemand Di Carli et les 2 Belges. 49"27, c’est vraiment très moyen, il faudra sans doute aller nettement plus vite pour espérer quelque-chose vendredi.

Leveaux n’a pas connu de difficulté, bien au contraire, il a été encore plus impressionnant qu’en série : départ phénoménal, virage phénoménal, une promenade de santé à grande vitesse avec le meilleur temps à l’arrivée (48"52). 2 Français en finale du 100m NL, c’est somme toute assez courant. Finalement Bernard est le 7e qualifié, il n’est pas en super forme, mais sa prestation en finale du relais laisse croire en un possible doublé (2 médailles, ça peut faire or et bronze). Ce serait vraiment bien si le plus grand palmarès du sprint français pouvait se voir ajouter une ligne pour les derniers Championnats d’Europe de son titulaire.

La France aura un autre finaliste vendredi car Sébastien Rouault a passé les séries du 800m NL, contrairement à Anthony Pannier. Nageant dans des lignes d’eau contiguës, ils n’ont pas du tout construit leur course de la même manière, le second a voulu prendre les choses en main d’entrée, le premier a plutôt essayé de prendre la vague, pendant un temps du moins. Suite à une accélération de l’Ukrainien aux 600m, les Français devaient réagir, seul Rouault a pu le faire, il y a eu un gros sprint à 2 loin devant les autres, Pannier n’a terminé que 4e de la série en 8'04, le 10e temps général. Le Francilien de Mulhouse a réalisé la 4e performance (7'57"94) et devrait pouvoir se battre pour une médaille, si ce n’est pour conserver son titre.

La France a déjà décroché une médaille sur 800m, la 5e en 4 jours, il s’agissait de la première course de la session de l’après-midi. Coralie Balmy, auteur du meilleur temps des séries, a tout de suite pris la tête, elle ne semblait pas s’employer outre mesure, glissait bien. Au bout de 6 ou 7 longueurs ça s’est resserré, elles étaient encore 5 pour le podium. Boglarka Kapas, une des 2 Hongroises, a alors accéléré et a carrément pris une longueur d’avance après environ 450m de course, ce que Balmy pouvait difficilement voir. Aux 600m, Kapas avait près de 2 secondes d’avance sur la Française, laquelle a fini par accélérer en réaction à l’attaque d’Eva Risztov, l’autre Hongroise. A un aller-retour de l’arrivée, tout semblait encore possible, Balmy en a remis une couche juste avant la dernière longueur pour doubler Risztov, malheureusement Kapas était trop loin (elle a gagné avec 1"30 d’avance).

Si le temps de Balmy est bon (8'27"79), le plus important reste la médaille, son dernier podium international individuel en grand bassin datait de 2008, depuis elle a eu beaucoup de mal à exploiter ses possibilités, échouant souvent de peu. Elle avait besoin de confiance, maintenant on peut espérer une belle performance aux JO, elle devrait pouvoir aller plus vite en étant affutée.

Sur le podium, la petite Kapas a bien ri, elle devait avoir l’impression d’avoir une Rihanna géante à côté d’elle. Oui, avec cette coupe de cheveux, Coralie Balmy n’est pas loin d’être KKC Rihanna.

Dans la piscine de Debrecen, c’était vraiment la journée de la Hongrie car sur 7 titres, les locaux en ont trusté 4 : Boglarka Kapas a remporté le 800m NL, Katinka Hosszu le 200m 4 nages, Daniel Gyurta a gagné très largement le 200m brasse avec un temps canon (probablement a-t-il fait un signe pour Dale Oen), et pour finir Laszlo Cseh s’est baladé en finale du 200m papillon (une longueur d’avance sur tout le monde, 3e meilleure performance mondiale de l’année), une course dont Jordan Coelho a pris la 7e place après avoir démarré fort mais logiquement rétrogradé ensuite. Il a nagé nettement moins vite qu’en demi-finale (pour faire mieux que 7e il aurait dû exploser son record perso). Cseh en est maintenant à 10 titres européens en grand bassin (plus 13 en petit bassin, pour un total bientôt revu à la hausse de 44 breloques continentales, mondiales et olympiques).

Le bilan hongrois sur la journée est impressionnant : 4 médailles d’or, 3 d’argent, 2 de bronze.

Une de ces médailles de bronze a été obtenue au terme d’une des finales les plus extravagantes de l’histoire des Championnats d’Europe : 62,5% des finalistes sont montés sur le podium. Sur 50m – en l’occurrence il s’agissait du 50m dos, épreuve non-olympique – les écarts sont souvent réduits, ce qui donne souvent lieu à des ex-aequo. Mais des égalités à 3… Le plus étrange est que lors de cette finale les écarts ont été assez importants, 22 centièmes entre le vainqueur israélien (premier titre européen pour ce pays) et son dauphin, 19 centièmes entre ce dernier et le groupe des 3, puis 9 dixièmes sur le 6e. La bonne nouvelle est que parmi les 37,5% de médaillés de bronze, il y a un Français, Dorian Gandin, le Corse débarqué l’année dernière au Cercle des Sardines de Marseille. Bon, on aurait plus besoin de relève en brasse et en papillon, on a déjà 3 dossistes de haut et très haut niveau, mais on prend tout de même. Une première médaille pour sa première sélection, le tout en battant son record perso, c’est bien. Ça ressemble à du Pascal Martinot-Lagarde, à du Mélanie Hénique… Les jeunes sportifs français savent très souvent saisir leur chance, on ne le dit pas assez.

On en vient maintenant à la finale 200m dos féminin. Au départ, pas d’Alexianne Castel, rentrée à Font-Romeu dans la matinée, comme annoncé après sa demi-finale victorieuse.

Je n’ai pas peur de le dire, Richard Martinez, l’entraîneur de Castel, et Christian Donzé, le DTN, ont été lamentables. Voici l’explication de Donzé à propos du départ de la championne d’Europe du 200m dos.

On nous prend vraiment pour des c*ns ! On veut nous faire croire que c’est normal, que c’est bien, qu’elle n’a porté préjudice à personne… Mais bien sûr qu’elle a porté préjudice à quelqu’un… A elle-même ! Elle se plaint de ne pas pouvoir vivre correctement de la natation, mais au moment où elle peut être double-médaillée européenne, elle déserte ! Nous parler du déplacement beaucoup plus long que prévu initialement suite au changement de lieu est totalement hors de propos, on ne doit pas confondre ce cas avec celui des absents, ceux qui ont décidé de ne pas du tout venir (sujet déjà abordé en début de semaine). On ne peut le nier, Debrecen, c’est assez loin, mais si tu es sur place, si tu as fait le voyage, que la breloque est devant toi, qu’il suffit de la ramasser, TU N’AS PAS LE DROIT DE LA LAISSER A QUELQU’UN D’AUTRE ! Vous imaginez Federer déclarer forfait avant la demi-finale de Roland-Garros au motif qu’il est temps pour lui d’aller préparer Wimbledon et les JO ? Ça relèverait du même non-sens.

J’en ai franchement marre de ces explications ridicules concernant la précision des programmes d’entraînement. On ne parle pas d’un mois ou même d’une semaine d’entraînement en moins, il s’agissait juste de reculer de quelques heures son départ pour lui permettre de s’offrir un grand bonheur supplémentaire.

Mais pour qui ces "grands spécialistes" se prennent-ils ? Comment peuvent-ils affirmer que ça se joue à 24h près (ici on parle juste de 8 ou 10 heures) ? C’est nier que chaque organisme réponde différemment à l’effort, à des besoins différents en ce qui concerne l’entraînement et la récupération. Un nageur n’est pas un robot, ce n’est pas une machine ou un programme informatique du répondra toujours de façon identique. Les entraîneurs de natation semblent souvent considérer leurs athlètes comme leur chose… Est-ce une fausse impression ? Ils peuvent penser ce qu’ils veulent, être aussi sûrs d’eux qu’on peut l’être, croire que leur expérience les rend infaillibles, ils ont tort : nul ne peut se prendre pour le détenteur de la vérité absolue, autrement dit pour Dieu, aucun être humain ne peut affirmer que retarder son retour en France de quelques heures aurait eu une conséquence quelconque sur ses performances à Londres.

La seule certitude concernant Castel est claire : objectivement, elle avait une très grande chance d’obtenir une seconde médaille. La forcer à déclarer forfait, la priver de la chance de pouvoir disputer la finale, c’est galvauder l’importance d’une médaille européenne. Que sont les médailles ? La récompense pour des années d’efforts pour arriver à ce niveau ! Et Dieu – le vrai – sait qu’il faut en baver pour être capable de nager le 100m dos en 1'00"48 ! (1'00"48 est son temps en demi-finale… la médaillée d’argent de la finale de jeudi soir à nagé moins vite…)

Dans un sport individuel, un entraîneur doit penser à l’intérêt de son athlète. Celui de Castel était de disputer cette put*in de finale. Richard Martinez n’a pas respecté son athlète, il lui a en outre fait prendre un grand risque.

Imaginez qu’elle se blesse avant les JO ou plus simplement qu’elle se loupe à Londres… On va même dire les choses plus simplement : si elle n’est pas médaillée à Londres, ce forfait imposé par le coach aura privé Alexianne Castel d’une médaille – très probable – pour… rien. D’ailleurs même si elle devait monter sur un podium olympique, ce qui est très loin d’être fait, la médaille laissée sur le bord du chemin est perdue pour toujours. Des médailles internationales, elle en a 4, pas 44 comme Laszlo Cseh, elle ne peut pas se permettre de snober ces moments !

Dans quelques années que lui restera-t-il de cette excursion hongroise ? Un super souvenir et… des regrets. Pour rappel, elle était juste venue se tester, cette compétition entrait dans le cadre de sa préparation. Tu viens sans ambition, tu te surprends et tu finis avec un goût d’inachevé. Elle n’avouera sans doute jamais avoir des regrets, pourtant humainement il est impossible qu’elle n’en ait pas. De surcroit, elle a annoncé qu’en principe elle doit arrêter sa carrière cette saison (à 22 ans^^), elle n’aura donc peut-être plus d’autre chance de récolter le fruit de son travail.

Pour info, la victoire est revenue à l’Allemande Jenny Mensing en 1'00"04, Cloé Credeville, qualifiée 8e (7e en comptant le forfait), a terminé à la dernière place de cette finale avec un très mauvais temps. Elle est partie trop vite.