Ça me fait d’autant plus plaisir que je la suis depuis plusieurs années, elle débarquait des juniors et avait tout de suite montré son potentiel au plus haut niveau (3 finales à Pékin) ainsi qu’un tempérament, une fraîcheur, un sourire, une insouciance, une combativité… Quand tu vois une gamine comme ça, tu es fier qu’elle représente ton pays. A Strasbourg l’an dernier et à Dunkerque il y a quelques semaines elle n’a pu décrocher de quota individuel pour les Mondiaux et les JO, ça aurait pu mettre un coup d’arrêt à sa carrière… Il n’en est rien.

Partie s’entraîner à Amiens au sein du groupe de Stravius, Hénique et Stasiulis, elle s’est relancée. Bien sûr, sortir de l’ombre de Camille Muffat risque de s’avérer compliqué. On peut aussi y voir une chance. Non seulement cette rivalité sportive avec la Niçoise mais aussi avec Coralie Balmy et de nouvelles nageuses (Bonnet, Lazare, Farrell) crée de l’émulation, donc des conditions favorables à la progression, mais elle est aussi annonciatrice de lendemains radieux : je crois dur comme fer que nos relais 4x200m NL seront médaillés aux JO. Les Bleues peuvent aller chercher l’argent ou le bronze à Londres (elles étaient 4e à Shanghai), les hommes la médaille d’or (ils ont pris l’argent aux Mondiaux en Chine). Passons sur le 4x200m masculin, il a eu lieu samedi sans la France, la victoire est revenue à l’Allemagne de Paul Biedermann.

A Shanghai, dans le relais, O.C.E. avait réalisé un bon chrono lors de la finale (1'57"56 lancée), c’était mieux que Balmy, beaucoup mieux que Bonnet, Muffat avait été plus rapide au départ mais nettement moins rapide qu’en finale individuelle du 200m. Il faut dire que les 4 mêmes avaient nagé le matin et l’après-midi. A Londres, on aura moyen de préserver une ou 2 filles en ne les alignant pas en séries car on a de la réserve, de surcroît les filles ont toutes progressé, leurs chronos de référence ont été enregistrés en phase de travail, logiquement elles devraient aller plus vite à Londres… Si Muffat fait moins de 1'54"87 (son RF établie à Dunkerque sans préparation spécifique), si Ophé vaut 1'58"23 – avec un très gros retour – à 2 mois de l’événement pour lequel elle bosse, si Balmy peut surfer sur la confiance obtenue en décrochant sa médaille d’argent sur 800m, les 4 ou 5 secondes d’avance des Chinoises et des Australiennes peuvent fondre comme neige au soleil.

Samedi, O.C.E. a fait preuve de beaucoup de maîtrise, elle n’a pas fait n’importe quoi, n’a pas cherché à suivre le rythme infernal de l’Allemande Silke Lippok, partie comme une balle de façon assez suicidaire à la ligne 6 (la Française était à la 7), elle a au contraire pris l’option de profiter de la vague autant que faire se pouvait, elle s’est calée à la 3 ou 4e place avant de se rapprocher inexorablement à mesure que la nageuse d’Outre-Rhin ressentait les effets de sa débauche d’énergie. Etant plutôt une nageuse de 200/400/800, Ophélie mise plus sur la résistance, sur sa capacité à ne quasiment pas ralentir dans la seconde moitié de la course fait sa force sur 200m. Si vous y regardez de plus près, vous vous rendez compte que son premier aller-retour en 58"32 a été suivi d’un second en 59"91. Lippok, c’est 56"68 puis 1'01"51. A l’arrivée, l’Allemande a conservé 4 centièmes d’avance, ça s’est joué à la touche. Argent ou bronze à la touche, c’est moins frustrant que finir 2e au lieu de premier ou 4e au lieu de médaillé en étant devancé d’un bout de doigt.

Bien sûr, Federica Pellegrini, un peu moins décrochée par Lippok, a pu remonter l’Allemande pour s’offrir le titre qui lui était promis. Sa victoire était une évidence, il est probable que sa dauphine ait décidé de partir si vite en pensant n’avoir aucune autre chance de s’imposer en ne tentant pas un coup. Le chrono médiocre[1] de 1'56"76 n’a pas dû ravir la belle Italienne – car oui, on ne va pas se mentir, elle est RRrrrrRRRRRrrrrrrr – même si bien sûr, elle ne l’avouera pas.

En principe la France avait une autre chance de médaille, Benjamin Stasiulis sur 200m dos (en bronze il y a 2 ans), mais en principe seulement car il n’est pas en forme. La belle course de sa comparse d’entraînement aurait pu lui donner des idées, seulement il n’avait pas les moyens physiques d’être performant, d’où une 7e place avec un temps assez médiocre de 1'58"55 (il était déjà 7e après 50m). Il est capable d’infiniment mieux… quand il est prêt. Le Polonais Radoslaw Kawecki a remporté le titre en réalisant un record des championnats (2e perf mondiale de l’année).

La journée faste des Espagnols avec victoire en finale du 50m dos féminin et le doublé or-bronze sur 1500m NL féminin, OSEF, tout comme le succès d’un Slovène sur 50m brasse masculin.

Le fait du jour est la victoire de Milorad Cavic, champion d’Europe du 100m papillon… en battant Laszlo Cseh ! Incroyable ! Le Hongrois n’avait encore jamais été champion dans cette épreuve, ce ne sera pas pour cette fois, il n’a rien pu faire contre ce Serbe turbulent et sulfureux. Ce dernier est allé à une vitesse dingue, il était impossible de le rattraper (record des championnats, meilleure performance mondiale de la saison), Cseh n’a pu remonter qu’à la 2e place. Cseh récompensé d’une médaille d’une autre métal que l’or lors de Championnats d’Europe, a fortiori chez lui, c’est rarissime. Chose improbable, c’est arrivé 2 fois lors de la même journée puisque le relais 4x200m hongrois dont il faisait partie a pris la médaille de bronze.

Les championnats se terminent dimanche, il n’y aura que des finales lors de la session de l’après-midi (logique^^). Pour qu’il y ait des finales dimanche il fallait… des séries et des demi-finales samedi. Celles du 200m papillon féminin, celles du 50m brasse féminin, on passe, on va en revanche s’intéresser à celle du 50m NL.

Chez les hommes, il y avait 7 séries avec 3 Français engagés : Fred Bousquet, Amaury Leveaux et Alain Bernard. Le seul qualifié pour les JO sur cette distance est Leveaux, pourtant il a sauté dès le matin. Son 13e temps aurait suffi sans la règle du 2 par pays (pendant quelques heures sur l’equipe.fr ils ont annoncé que les 3 étaient qualifiés (^^). 22"61, c’est très loin de ses possibilités, l’enchaînement des courses a épuisé ses forces. Bernard a pris la 2e place de sa série en 22"31, puis Bousquet a remporté la sienne en 22"29 (en ralentissant sur la fin). Bousquet meilleur temps, Bernard 3e, la qualification en finale ne devait pas poser problème (bien que le 50m se joue toujours à peu, ils étaient quasiment 25 sous les 23 secondes).

Les 2 Français étaient aux 2 lignes d’eau centrales de la seconde demi-finale, leur course n’est pas allée très vite, Bousquet a certes touché en tête mais en "seulement" 22"22, 3e temps, alors que Bernard, en finissant 3e (22"26), s’est qualifié avec le 6e chrono, loin des 22"06 de Stefan Nystrand. Si le vice-champion du 50m papillon veut atteindre son objectif de l’année, à savoir conserves son titre du 50m NL, il devrait réaliser un bien meilleur départ.

On attend une médaille sur 50m NL masculin, pas chez les femmes, néanmoins une bonne surprise n’est pas inimaginable car Anna Santamans a réussi à se hisser en finale. En série, elles étaient 2 Françaises, Justine Bruno a nagé en 26"29 (son record est de 26"00), 38e temps, Santamans s’est qualifiée 13e (14e temps). Qualifiée pour Londres, la jeune nageuse de Nice a réussi un super départ dans la seconde demi-finale, elle a semblé avoir un peu de mal à suivre, pourtant elle a touché 3e avec une performance intéressante, 25"20 (son record à 25"16) ! Elle sera donc de la partie dimanche pour la journée de clôture.

Notes

[1] Compte tenu de son niveau et de ceux de ses concurrentes pour le titre olympique.