La session du matin était légère : séries du 400m NL féminin, du 400m 4 nages masculin et des relais 4 nages. Dans le cas de toutes ces courses, ça marche en qualification directe pour la finale des 8 meilleurs temps réalisés le matin. Pour Balmy et Etienne, il s’agissait grosso modo d’une formalité, tout comme pour le 4x100m 4 nages français, même s’il s’agissait d’un relais B par rapport à celui qui devrait être aligné aux JO (en principe on aura 4 relayeurs différents en finale, peut-être 1 à 3 en commun en séries, ce n’est pas certain).

Seule une bêtise pouvait empêcher Benjamin Stasiulis, Hugues Duboscq, Romain Sassot et Medhy Metella de qualifier le relais en finale, elle a failli avoir lien puisque le papillonneur a pris de gros risques au départ (0.04 de temps de réaction) au lieu d’assurer sagement, il n’a heureusement pas causé la disqualification de la France, lui permettant même de gagner sa série pour passer en finale avec le 5e temps.

Les séries du 400m NL n’ont pas été si anecdotiques que prévu. Federica Pellegrini, championne en titre et encore favorite sur cette distance… a été éliminée en ne prenant que la 4e place de sa série (et 3e italienne) en 4'14"27. Elle a expliqué ensuite ne pas se sentir très bien et avoir prévu des analyses de sang pour rechercher l’origine de son problème. Mouais… Sa perf très moyenne en finale du 200m incite plutôt à penser qu’elle est moins forte qu’avant, moins résistante à l’effort et à l’enchaînement des course. Balmy et Etienne ont assuré le 3e et le 7e temps (respectivement 4'11"07 et 4'12"86). Le relais des Hongroises a failli passer à la trappe, ça aurait été presque aussi surprenant que l’élimination de la diva italienne, mais la disqualification du Danemark a sauvé sa peau.

8 finales au programme, 6 chances de médaille pour la délégation française.

La première était la plus éventuelle, un podium d’Anna Santamans sur 50m NL semblait en effet assez peu probable. Pour espérer une première breloque internationale, il lui fallait pulvériser son record personnel. Si elle n’y est pas parvenue, elle n’a pas grand-chose à se reprocher, entrer en finale et terminer 7e en 25"26 est plus à classer parmi les satisfactions de la semaine qu’autre chose, c’est tout sauf déshonorant. Elle a réussi son départ mais n’a pas pu suivre le rythme de filles comme Britta Steffen, vainqueur de la course en 24"37 avec une marge énorme sur ses adversaires.

Cette marge, Fred Bousquet la possédait aussi, il en a fait la démonstration dans la foulée lors de la finale masculine. Alain Bernard était à la ligne d’eau n°7, Bousquet à la 6. Ce dernier avait fait de cette course l’objectif de sa saison suite à son échec de Dunkerque, il avait à cœur de conserver son titre après avoir pris la médaille d’argent du 50m papillon et avoir été sacré champion d’Europe avec le relais 4x100m, un titre obtenu avec le concours de son adversaire du jour. Dimanche, l’homme au palmarès le plus impressionnant de l’histoire de la natation française est monté pour la dernière fois de sa carrière sur le plot de départ d’une course individuelle[1]. Il n’a pas eu la même réussite que sur 100m, terminant 7e en 22"24 (quasiment son temps des qualifications et des demi-finales), à 3 centièmes des 3 ex-aequo à la 4e place et à 4 centièmes du podium. En revanche, pour Bousquet, ça s’est très bien passé. Pour battre Stefan Nystrand, il avait besoin d’un très bon départ, ce qui lui avait manqué en demi-finale. Il ne s’est pas loupé, a envoyé d’entrée, a toujours été en tête pour finir en 21"80, une grosse performance.

2 médailles d’or et une d’argent aux Championnats d’Europe, c’est pas mal pour un mec qui a loupé ses Championnats de France… Puisse-t-il être une source d’inspiration dans la famille Manaudou…

Hormis celle du 50m brasse féminin (victoire d’une Tchèque), les finales suivantes avaient surtout de l’intérêt pour les Hongrois, car ils ont réussi 2 doublés sur 200m papillon avec Katinka Hosszu et Zsuzsanna Jakabos, puis au 400m 4 nages avec l’inévitable Laszlo Cseh facile vainqueur devant David Verraszto (il paraît que Luca Marin, 5e de la finale, a progressé techniquement… mais est-il toujours un gros bât*rd ?). Pour info, il s’agit du 5e titre consécutif du héros magyar.

A vrai dire, on attendait surtout le 400m NL sans Pellegrini mais avec nos 2 Françaises. La course semblait très ouverte, on s’attendait à la 10e médaille française de ces championnats – pour rappel, Ophélie-Cyrielle Etienne est vice-championne 2010 de cette course, médaillée de bronze samedi sur 200m et Coralie Balmy a pris la médaille d’argent sur 800m il y a quelques jours – sans pouvoir imaginer vivre une course si haletante se terminant de façon si jouissive.

Les Françaises étaient ligne d’eau n°1 (O.C.E.) et n°3 (Balmy), elles devaient se méfier l’Espagnole Mireia Belmonte, avait nagé en finale du 200m papillon un peu plus tôt (elle a l’habitude du 1500m, d’où une grande résistance à l’effort, mais moins de vitesse), mais aussi des Hongroises susceptibles de partir vite comme en finale du 800m (ça avait fonctionné). "Ophé" a pris la course en main, elle a tout de suite pris la tête, de toute façon, étant à l’extérieur, elle ne pouvait pas surveiller pour jouer le coup tactiquement, elle ne les voyait pas. "Coco" n’était pas larguée, elle restait très bien placée. A mi-course, les 2 Françaises étaient toujours bien en tête, Balmy a alors accéléré pendant que l’Alsaco-Toulouso-Amiénoise rétrogradait en restant dans le coup pour un podium. A vrai dire, elle semblait dans le dur et il devenait difficile de croire en un retour pour prendre une seconde médaille. Elle aussi à l’extérieur, Belmonte a tenté le tout pour le tout, elle a envoyé du gros, Balmy tentait quant à elle de gérer la course au mieux (par exemple en s’écartant pour ne pas offrir sa vague à sa voisine hongroise). Au dernier virage, l’égalité entre la première Française et l’Espagnole était quasi parfaite, tout s’est donc joué sur le dernier retour, où la vitesse de Coralie Balmy a fait la différence. Surprise, Ophélie-Cyrielle Etienne est soudain réapparue en bas de l’écran pour décrocher le bronze devant Risztov. Magique !

On peut se réjouir du temps affiché au chrono à l’arrivée, 4'05"31, car il s’agit de la 4e meilleure performance mondiale de l’année (l’Espagnole a battu un record national en nageant 14 centièmes moins vite). Bien sûr, ça ne suffirait pas pour monter sur un podium olympique, mais c’est très encourageant à cette période de travail (c’est un tout petit peu mieux qu’à Dunkerque… mais sans préparation spécifique). C’est aussi excellent car le blocage psychologique dont souffrait Balmy semble avoir totalement volé en éclats à Debrecen.

En outre, alors qu’à 21 ans le désormais quintuple médaillée européenne en grand bain ne savait pas si et/ou comment elle allait poursuivre sa carrière après Londres, ces championnats lui auront probablement fourni des éléments de réflexion intéressants de nature à la convaincre qu’elle a un bel avenir dans ce sport. Elle retrouve progressivement son meilleur niveau (elle n’avait pas dû nager 4'07"47 depuis un moment, à Dunkerque elle avait mis 2 grosses secondes de plus pour boucler ses 8 longueurs).

Traditionnellement, les championnats de natation se terminent avec le 4x100m 4 nages, on n’a pas dérogé à la tradition, l’Allemagne s’est baladé chez les femmes (record des championnats) loin devant l’Italie, très loin devant la Suède (c’était assez serré pour les places 3 à 8). Dans la foulée, l’Italie s’est imposée chez les hommes devant l’Allemagne et la Hongrie, la France terminant 4e. On pouvait espérer mieux pour plusieurs raisons. Si l’Italie a très vite pris le large avec des nageurs très en forme (les meilleurs Italiens étaient présents et venaient chercher leur qualification pour les JO lors de cette semaine de compétitions), les autres nations n’étaient pas au complet, l’équipe de France n’a pu changer qu’un élément, Alain Bernard a pris la place de Medhy Metella pour le dernier relais, c’est un peu un cadeau qui lui a été fait (Amaury Leveaux aussi aurait pu nager mais il n’avait plus de jambes ces derniers jours).

Malheureusement, Benjamin Stasiulis n’est pas en forme, il a accumulé pas mal de retard (il a nagé une grosse seconde plus vite aux Championnats de France), Hugues Duboscq n’a pu que légèrement remonter pour ce qui aura probablement été sa dernière finale en grand championnat (1'00"75 lancé, c’est nettement mieux qu’à Dunkerque), Romain Sassot a transmis le relais à la 5e place (il a bien nagé, presque aussi vite que Cseh), Alain Bernard s’est battu, il a réussi une formidable performance : 47"80 lancé (Magnini a fait 47"78 lors de cette finale, personne d’autre n’a fait mieux dans aucun relais, 4x100m NL compris). S’il va à cette vitesse aux JO et que les autres sont à leur meilleur niveau, l’Australie de Magnussen n’est peut-être pas hors de portée… L’autre regret est qu’en fin de compte, à 2 centièmes près, la France aurait eu une médaille, Hugues Duboscq aurait pu monter une dernière fois sur un podium international. Ces 2 centièmes se trouvent au départ de Daniel Gyurta, relayeur hongrois : son temps de réaction de -0"01 n’a pas donné lieu à disqualification car on autorise jusqu’à -0"02… La confirmation du résultat a été attendue 2 ou 3 minutes. On y a donc cru un temps.

Le podium du 400m NL a été un moment de tendresse et d’amour fabuleux. Les 2 amies ont partagé la Marseillaise ensemble, juchées bras dessus bras dessous sur la plus haute marche. Après ce podium, elle a pu retrouver Alain Bernard, son compagnon/fiancé[2], qui était dans la zone mixte après sa propre course. Je me demande si la perf de sa chérie ne serait pas la cause de la sienne.

Le bilan de l’équipe de France est excellent : 4e nation avec 11 médailles (devancée par des équipes dont la plupart voire la totalité des cadors étaient présents), elle a surtout fait le plein de confiance et/ou gagné en expérience. Leveaux, Bernard, Balmy, Etienne et 2 ou 3 autres ont montré qu’on pourra compter sur eux à Londres.

Notes

[1] Lors d’une compétition internationale, on ne parle pas des meetings.

[2] Je ne sais pas précisément ce qu’il en est, ça ne nous regarde pas.