C’est vraiment impressionnant, je ne suis pas superstitieux, mais en faisant des recherches je comprends pourquoi certains au sein de l’équipe de France se croient atteint d’une sorte de malédiction. Chez les filles comme chez les hommes, c’est terrible. J’ai trouvé trace de tout un tas de catastrophes et problèmes en tous genres ayant eu lieu ces dernier mois.


Au passage, je trouve dommage que la gym soit un monde assez fermé duquel les infos ne sortent pas beaucoup, certaines filles disparaissent du haut niveau du jour au lendemain sans qu’on n’en sache rien. Il est évident que ce sport extrêmement exigent provoque beaucoup de casse, d’où des carrières souvent courtes chez les jeunes femmes. Prendre sa retraite entre 19 et 22 ans est chose courante[1], se blesser l’est encore plus, le signaler sur le site de la fédé ne serait ni stupide, no compliqué… Une rubrique pour indiquer qui est à l’infirmerie, qui est sélectionné, quels sont les derniers résultats du gymnaste en question, ce ne serait pas de trop. Ecrire "blessé(e)" ou "en reprise" sur la page où sont listés les membres des collectifs de la gym masculine et féminine, ça ne tuerait personne.

Bref, revenons-en à nos moutons notre chat noir.


Déjà lors des Championnats du monde 2011, les soucis physiques handicapaient la France, elle n’avait pu décrocher directement la qualification pour Londres ni chez les hommes, ni chez les femmes, ceci à cause d’un début d’hécatombe (blessure de Caranobe, rupture du biceps gauche pour Pierre-Yves Bény, pas de Samir Aït-Saïd, plusieurs filles sur le carreau). Il a fallu passer par le Test Event sur les sites des JO pour obtenir les quotas. Les 2 équipes, fortement diminuées, ont pu se qualifier mais à quel prix ? Il n’y a pas eu de coupure, l’entraînement intensif pendant les fêtes de fin d’année – il fallait être prêt en janvier – a coûté très cher et se paye toujours actuellement car on a tiré sur les organismes sans leur permettre de se reposer, pompé de l’énergie au lieu de recharger les batteries, ça engendre de la fatigue et de la fragilité. Ces effets à moyen et long termes ne sont pas mesurables. Malheureusement, il y en a eu de plus concrets. Fin décembre, les collectifs ont été amputés de 2 éléments à cause d’accidents terribles, celui de Thomas Bouhail le 24 (il a d’ailleurs failli être amputé de sa jambe blessée), puis celui à peine moins grave de la jeune Doriane Thobie la semaine suivante (elle n’a été déplâtrée qu’il y a quelques jours). Il faut ajouter à ces galères l’absence d’Aurélie Malaussena (capitaine) qui semble-t-il devrait être remise à temps pour cet été mais n’a pas participé aux ChE la semaine dernière (je ne saurais pas dire si elle a rencontré plusieurs pépins entrecoupés de périodes de validité ou si elle souffre toujours de sa blessure de janvier). Hamilton Sabot aussi a connu des blessures depuis les Mondiaux à Tokyo, heureusement il est remis.

Côté féminin, si Youna Dufournet a retrouvé son meilleur niveau – ou presque – après avoir été gravement blessée l’an dernier et si a priori Anne Kuhm va bien (on croise les doigts en touchant du bois), l’équipe de France ne pourra compter sur Clara Della Vedova – souvent handicapée par des blessures au cours de sa carrière – car elle a eu droit à une rupture du tendon d’Achille lors d’un exercice de gymnastique au sol fin avril. Il y a quelques jours, Camille Coudret a été victime d’une entorse aux 2 chevilles avec arrachement osseux… En "bonus" on a les problèmes de dos de Marine Brevet, Mira Boumejmajen lutte aussi avec des problèmes physiques… Eventuellement on peut citer le nom de Magaly Hars qui tentait un retour à un âge avancé – 32 ans – et espérait décrocher sa place dans le collectif aux Championnats de France en juin (pour elle aussi, le tendon d’Achille).

Qu’en est-il de Sophia Serseri, Manon Cormoreche, Valentine Sabatou ou encore Rose-Eliandre Bellemare ? Je n’en sais rien, elles sont toutes dans le groupe France selon le site de la fédé, pourtant la dernière serait hors-course pour la qualification aux JO aurait décidé de prendre sa retraite. Ne sont-ce que des rumeurs de fans de gym mal informées ? Aucune idée !

Les hommes maintenant. La gymnastique artistique française comptait remporter des médailles à Londres, c’était essentiellement grâce aux hommes. Bouhail, c’était un potentiel de titre olympique. Il restait encore du monde, il y en a de moins en moins. Les Championnats d’Europe de gym masculine organisés de jeudi à dimanche à Montpellier devaient servir à se préparer tout en marquant les esprits, notamment ceux des juges. Les esprits les plus marqués sont finalement… eux des gymnastes français, victime du chat noir. Plusieurs en sont maintenant persuadés, ils sont poursuivis par la poisse.

Ça a commencé dès les qualifications : Yann Cucherat, le taulier de l’équipe, grand espoir de podium lors des finales individuelles, a été victime d’une mauvaise chute aux barres parallèles. Le premier verdict était assez terrible, le verdict final l’est moins, il ne devrait pas en avoir pour très longtemps, son doigt n’est pas cassé, ça va le priver de quelques jours (8 à 15 ?) à moins de 2 mois des JO après l’avoir empêché de disputer les finales par appareils et la finale du concours par équipes. Episode suivant, on est samedi en finale du concours par équipes, la France débute au saut de cheval… Samir Aït-Saïd, lui aussi grand espoir de médailles, se loupe complètement, il retombe à l’envers sur la tête, sa jambe ne touche le tapis qu’ensuite, il y a un blocage, c’est la blessure. Ça ne paie pas de mine, mais le plateau tibial est fracturé, il en a pour 6 mois. Adieu Londres…

En plus de ce gros coup dur en vue des JO, la France a été totalement mise hors-course en ce qui concerne l’épreuve par équipes, il a néanmoins fallu la terminer en envoyant sur les agrès des gymnastes pas à leur aise dessus, certains ont dû tous les faire, ils ont fini bouillis et bons derniers.

Au lieu de 7 ou 8 finales individuelles dimanche, l’équipe de France n’en a plus eu que 4.

Gaël Da Silva passe au sol… il commet une erreur, une sortie de tapis, c’est sa seule erreur, tout le reste a été très bon, il a su se reprendre après avoir mis le pied dans la bordure… Mais un juge le pénalise trop lourdement, il y a quelque chose de louche dans sa note, il ne finit pas sur le podium (4e ex-aequo à 0.200 du 3e). La France dépose néanmoins une réclamation…

Cyril Tommasone, candidat au titre olympique au cheval d’arçons, tente son gros mouvement. Tout se passe bien… sauf la sortie, complètement escamotée. Trop fatigué par les péripéties des qualifications et du concours par équipes, il n’avait pas le jus pour résister jusqu’au bout, il s’est loupé au moment faire sa sortie, ses bras ne le portaient plus. D’où une piteuse 7e place.

Hamilton Sabot est ensuite passé en dernière position aux barres parallèles puis à la barre fixe.

Aux parallèles, il a pris la 4e place. Tout n’a pas été parfait, il a fait 2 ou 3 petites erreurs, n’a pas pilé sa réception. Et si sa note n’est pas mauvaise (15.200), elle n’a pas été suffisante.

A la barre fixe, il a fait un pas en arrière à la réception, sa note de difficulté était assez faible, d’où une 5e place.

Il y a eu un petit lot de consolation puisque la réclamation a porté ses fruits, Gaël Da Silva a finalement été reclassé 3e ex-aequo, permettant à la France de décrocher une médaille, la seule cette année aux Championnats d’Europe (masculins et féminins confondus). On n’a su juste avant la fin de la barre fixe.

Heureusement, la gym masculine française a de la ressource, il y a du monde pour remplacer les blessés – les remplaçants[2] sont moins forts bien sûr – en gardant une équipe de qualité, mais il ne faudrait pas recroiser ce maudit matou… ou alors le choper et le faire opérer ! Vous connaissez un vétérinaire capable de faire subir un changement de sexe à un chat ?

Notes

[1] Il y a parfois des retours, parfois des cas improbables de filles qui continuent jusqu’à 25 ans, dans certains pays ça marche différemment, les gymnastes sont des stars, elles peuvent vivre de leur sport.

[2] Danny Rodrigues, Arnaud Willig, Cyril Vieu, Axel Augis, Yann Rayepin.