Commençons par le commencement, le premier concours, puis la première course de l’après-midi.

Cette saison, Jessica Cérival n’avait pas enregistré une marque supérieure à 17m31. Notre meilleure spécialiste du lancer du poids s’en est approchée à son premier essai : 17m20. Son objectif, la finale (top 8). Son rêve à la réalisation improbable, réaliser les minima olympiques. Son 2e jet étant loupé, elle n’a pas voulu qu’on le mesure. Elle a mordu le 3e. Cuit pour elle, 9e, pas de lancer supplémentaire. Arf. On a finalement assisté à une victoire allemande devant une Russe et une Italienne qui a eu du mal à y croire. A 36 ans, Nadine Kleinert a enfin décroché un titre important après une flopée de médailles internationales.

Dernière épreuve du jour de l’heptathlon, le 200m. Les 2 Françaises ont disputé la même course, Antoinette Nana Djimou au couloir 3, Blandine Maisonnier au 2. Pourtant déportée vers l’extérieur dans le virage, chose commune sur cette piste, la première a été l’auteur une super course, enregistrant un temps de 24"52 (-0,5m/s) à l’arrivée, sa meilleure perf de la saison. 25"90 pour sa compatriote, mal non plus.

Le 200m des Françaises lors de l’heptathlon.

C’est allé vite dans la dernière série, l’Ukrainienne Lyudmila Yosipenko a couru en 24"14 et conforté sa place en tête du classement, elle a près de 50 points d’avance sur sa dauphine.

Il semble qu’Antoinette soit moins à l’aise à la longueur bien cette saison, elle est toutefois bien supérieure à ses concurrentes pour ce qui est du lancer du javelot. Les suivantes sont tout près, Jessica Samuelsson n’a qu’un point de retard, mais elle est beaucoup plus forte lors de la première journée.

Le 3000m steeple serait beaucoup trop facile à gagner avec une adversité normale. Il fallait des concurrents pour Mahiedine Mekhissi-Benabbad, les Espagnols et les Turcs – en naturalisant un Kenyan – ont tenté d’en apporter. MMB est venu pour conserver son titre. Abdelaziz Merzoughi (Esp), Victor Garcia (Esp), Tarik Langat Akdag (Tur) et bien sûr Nordine Gezzar, étaient les autres principaux candidats au podium.

Parti à la corde, MMB s’y est calé pour faire une partie du chemin tranquillement en milieu de peloton. Il s’est ensuite décalé pour se positionner juste derrière l’homme de tête et contrôler. C’est allé très lentement pendant le premier kilomètre. Tout le monde étant encore là, beaucoup de concurrents ont cherché à se replacer, c’était potentiellement dangereux, surtout au passage des obstacles. Le "Turkenyan" a pris la tête sans accélérer le rythme. Gezzar s’est posté en 2e position vers la mi-course, puis à 2 tours de l’arrivée Gezzar a pris les choses en main car ça n’avançait pas, MMB s’est placé dans son sillon, ils ont commencé à faire exploser le peloton en accélérant progressivement. Garcia a attaqué à environ 200 ou 250m de l’arrivée, MMB en a remis une après avoir déjà attaqué à la cloche, Garcia était toujours là, il y a eu une belle lutte au coude à coude… jusqu’à ce que Garcia ne se vautre comme une m*rde sur le dernier obstacle. Il a pu sauver la médaille de bronze, doublé seulement par le Turc, Gezzar finissant 4e.

Finale du 3000m steeple.

MMB n’a pas attendu les interviews pour faire les commentaires de la course. Juste après l’arrivée il s’est adressé aux téléspectateurs en disant «on m’attaque pas moi !», «le travail paie toujours», «il est tombé parce qu’il était lactique ! ». Il était venu pour conserver son titre, C’est chose faite. Que Garcia reste aussi longtemps dans le coup grâce à cette course super lente a dû pas mal l’agacer, c’est sans doute la raison pour laquelle après la ligne il était remonté comme un coucou. Aux JO les courses devraient être moins tactiques, au train ça lui correspondra mieux. Au passage la mascotte bien pourrie a été bousculée par le Français. Sera-t-il poursuivi pour maltraitance envers les mascottes ?

Pierre-Ambroise Bosse. Favori du 800m ? N’allons pas si loin. Outsider ? Oui, surtout depuis qu’il a gagné sa demi-finale en faisant preuve d’une classe phénoménale. La course semblait assez ouverte, Robert Lathouwers (PB), Antonio Manuel Reina (Esp) et Iouri Borzakovski (Rus) pouvaient très bien empêcher le Français de monter sur son premier podium international pour sa première sélection. En cas de course trop tactique, les autres aussi représentaient un danger. Le Batave a pris la tête, Bosse s’est placé en 2e position, un peu trop à l’extérieur, ça n’allait pas super vite, tant s’en faut, le Français a attaqué dans le dernier virage mais s’est fait balader. Finalement on a vu un gros sprint avec presque tout le monde, une situation idéale pour le monument russe et le Danois Andreas Bube, qui rêvait de cette configuration de course pour monter sur le podium – car il est très rapide au sprint – a pris la médaille d’argent, Bosse s’est adjugé la médaille de bronze. 5e médaille pour l’équipe de France… Bosse bosse, et ça paie.

Finale du 800m, la sensation Bosse.

Et j’ai adoré son analyse, sa réaction d’après-course, il s’exprime bien sur la piste et aux micros.

Le saut en hauteur masculin. Une autre chance de médaille. Mickaël Hanany est venu pour. Depuis le début de sa carrière il a eu des hauts et des très bas, il était temps d’avoir un très haut. Toujours premier à sauter, l’ordre de passage en a voulu ainsi, il a débuté tranquillement en effaçant 2m15 et 2m20 à chaque fois au premier essai. 2m24, ça commençait à signifier quelque-chose, il a passé au premier essai. Ils ne sont que 3 à n’avoir connu aucun échec à cette barre, 9 à avoir pu la franchir. 2m28 allait être la barre décisive. Sa première tentative s’est soldée par un échec, il a fait tomber la barre avec le postérieur. Son 2e essai aussi a été manqué. Plus de droit à l’erreur.

Dans ce concours on a vu un Italien complètement dingue, Gianmarco Tamberi, cheveux de couleur bleu, hyper démonstratif, il commençait en se mettant à genoux dos au sautoir pour se signer avant de se lever en criant… Un barré ! Longtemps ex-aequo avec Hanany, il n’a pas fait mieux que les autres. Seul le Britannique Robbie Grabarz, le grand favori, a passé 2m28 au premier essai, prenant seul la tête du concours. Un Lituanien a fini par franchir la barre au 2e essai, repoussant Hanany au 3e rang. Il fallait absolument que le Français passe, sinon il avait toutes les chances de louper la médaille. Il a touché la barre avec les fesses mais elle est restée en place. 2m24 pour une médaille, ça n’aurait pas été du plus bel effet. 2m28, c’est beaucoup mieux. Pour l’éjecter du podium, il fallait désormais qu’un concurrent alors moins bien classé saute plus haut que lui. Un Russe, Sergeï Mudrov, est passé à 2m28 au 3e essai (SB). 4e provisoire, il était le seul adversaire encore susceptible d’empêcher l’étudiant d’El Paso de voir son travail payer car Tamberi a échoué une 3 fois… A moins que Jaroslav Baba ne parvienne à claquer cette perf avec l’essai qui lui restait après son impasse. Le Tchèque n’a pas réalisé l’exploit tenté.

Hanany passe, Mudrov aussi.

2m31, la barre suivante, n’est pas infranchissable pour le Français, il l’a fait cette saison (son record est à 2m32). Tout le monde a connu un premier échec. Après son 2e loupé, le Français a semblé blessé, il s’est mis une poche de glace sous la cuisse. Sans doute incapable de sauter une nouvelle fois, il a demandé l’impasse. Il fallait espérer que le Russe fasse tomber 2 nouvelles fois la barre… On a eu très peur… Grabarz a définitivement assommé le concours en passant les 2m31 malgré une touchette du postérieur… mais le Lituanien Raivydas Stanys n’a pas abdiqué, il a franchi la barre dans la foulée. Le Russe s’est alors présenté sur le sautoir… Le voir faire chuter la barre a redonné le sourire au Français, car c’était synonyme pour lui de première médaille internationale en carrière. Il s’agit de la première breloque d’un Français à la hauteur depuis 46 ans ! Et de la 6e médaille pour l’équipe de France, 2 de chaque métal.

Fin du concours de saut en hauteur.

Hanany n’a même pas tenté 2m33, il savait son concours déjà terminé. Terminé sur une impasse (^^). Le podium est resté figé.

Ben Bassow, engagé dans la première "demi-finale" du 200m (3x2Q+2q), a dû gérer un contretemps lié à un énorme faux départ. Mangé par Churandy Martina après un départ moyen, il s’est bien battu, est resté jusqu’au bout à la lutte pour la 2e place avec 2 concurrents, se classant 3e à 1 centième d’un Britannique, Chris Clarke. Il a devancé d’un cheveu un Allemand et un Polonais. Dans le virage, c’était rock and roll, le Français et le Néerlandais ont été hyper déportés à cause de cette piste très étrange. Il fallait désormais espérer un repêchage au temps. Son 20"91 (-0,3m/s) allait-il suffit ? C’est allé vite dans la course suivante (sans vent), dans la suivante aussi malgré 1,7m/s de vent défavorable. Ben Bassow n’a pu passer en finale (2e non repêché, un Suisse a été sorti en étant allé plus vite que Clarke).

Au tour des femmes.

Lina Jacques-Sébastien au couloir 3 de la première "demi-finale" est assez mal partie, elle s’est remise dans la course à la 2e place mais a craqué. 5e, éliminée. Johanna Danois au 8 dans la 2e course… Super surprise, elle a pris la 2e place ! 23"40 (-0,1m/s) ce n’est pas génial mais la qualif en finale l’est ! Myriam Soumaré, à la 3, a tenté de la rejoindre. La tâche était ardue, la 3e et dernière course étant le plus relevée. Elle y est parvenue en gagnant sa demi-finale. Après un très bon départ, elle a dû forcer sur la fin pour conserver sa première place. Lalova a été éliminée 5e le lendemain de son titre. 23"04 (-0,2m/s), ce n’est pas génial, mais 14 ou 15°, c’est très froid pour du sprint.

Passons à une des coups de cœur de ces championnats, Françoise Mbango, la petite nouvelle de 36 ans, double championne olympique du triple saut mais avec le Cameroun. Premier essai… mordu. Allait-elle nous refaire le coup des qualifications en étant obligée de tout jouer sur sa dernière tentative ? Pourquoi pas, si c’était pour refaire 14m38 ! Après que l’ultra-favorite, l’Ukrainienne Olha Saladuha, ait écrasé le concours dès le premier essai en établissant une nouvelle MPM – dans ces conditions froides alors qu’il s’agit d’une discipline d’explosivité – à 14m99 (+0,2m/s), Françoise Mbango a sauté à plus de 14m50… en mordant encore. Elle est ensuite allée discuter avec Teddy Tamgho et Karl Taillepierre, conseillers techniques occasionnels de cette grande championne entraînée depuis des années par sa sœur. La situation devenait très compliquée.

Et là… elle nous a refait le coup du sauvetage in extremis ! 14m19 (+2,7m/s, planche à 5cm). 5e provisoire à 6cm du podium. On a encore eu peur car elle sautait 2e du groupe, il en restait 10 et plusieurs pouvaient la faire rétrograder jusqu’à la 9e place, celle de l’élimination. Des filles ont doublé, ça s’empilait en quelques centimètres entre 14m20 et 14m25… C’était hyper serré, il restait des concurrentes susceptibles de passer devant la Française… Paraskevi Papahristou, une jolie Grecque, a échoué, restaient une Belge au nom russe et une autre fille… malgré une planche parfaite Bolshakova a échoué. «Soulagement dans le clan français !» comme dirait l’autre. 5 filles en 6 cm… (La vidéo du saut est incluse dans celle du 400m un peu plus bas.)

Au 5e saut, la jeune Russe qui occupait la 8e place a pris la 3e avec 14m36. Françoise Mbongo n’a pu améliorer sa marque, elle n’a donc pas pu réaliser les minima olympique. Il lui reste quelques jours pour y parvenir, j’espère de tout mon cœur qu’elle y parviendra car si elle ne représente pas l’avenir de l’athlétisme français, elle incarne parfaitement l’esprit bleu. Son interview avec Nelson Monfort mérite d’être vue, elle résumé tout.

La super interview de Françoise Mbongo après la finale.

Pour finir Saladuha a encore envoyé du pâté, un nouveau très gros saut, avec la plus mauvaise de ses 4 marques, 14m65, elle aurait gagné. Lors de ce concours elle a réussi 3 des 4 meilleures performances mondiales de la saison.

En finale du 400m, Yannick Fonsat, relégué à la corde à cause des 2 centièmes d’écart entre l’Israélien et lui lors de du tout précédent, n’avait en principe aucune chance de réussir un bon résultat. La course a vite perdu un élément, l’Italien s’est blessé. Fonsat, très gêné par son couloir, s’est tout de même battu, et à l’arrache… a décroché une médaille de bronze inespérée ! Le Tchèque Pavel Maslak a décroché l’or, le Hongrois Marcell Deak-Nagy. 45"82 à la corde dans ce froid, c’est plus qu’honorable. Et à vrai dire, le temps, OSEF, la médaille se suffit à elle-même.

7e médaille pour l’équipe de France.

Finale du 400m, Fonsat accroche le bronze.

Pourquoi ne pas rêver de voir Adrien Clémenceau décrocher une breloque en finale du 400m haies ? Les outsiders français ont été si impressionnants au cours de la journée qu’on pouvait déraisonnablement y croire. Il a été grandiose au couloir 7… Mais a échoué à la 4e place à la photo. Quel retour sur la dernière ligne droite ! Il s’est arraché comme un mort de faim ! 49"70, record perso battu mais à 1 centième du bronze. Hyper frustrant, pourtant il n’a rien à se reprocher, l’Ukrainien a mieux cassé sur la ligne. Adrien, continue, le travail paiera.
La victoire est revenue au Britannique Rhys Williams.

Finale du 400m haies, Clémenceau y était presque !

Vous m’excuserez d’avoir zappé le 400m haies des pays de l’Est, une lutte russo-tchéco-ukrainienne pour les médailles. Irina Davydova a battu sa propre MPM.

Christina Obergföll au lancer du javelot, encore jamais championne d’Europe… n’a pas été plus en réussite. Longtemps en tête, elle a été battue par le record national de l’Ukrainienne Vira Rebryk, dont la victoire a été nette : 173cm de marge.

David Storl, jeune Allemand ayant déjà réussi à se forger un beau palmarès (il est déjà champion du monde), a ensuite gagné le concours du poids, permettant à son pays de réaliser un doublé homme-femme dans cette discipline. Il a mis plus d’un mètre à tout le monde.

La finale du 800m féminin : 6 filles des pays de l’Est et 2 Britanniques. Chez les hommes c’est allé à 2 à l’heure, là c’est parti très vite. Victoire russe devant… une autre Russe qui avait pourtant explosé après avoir mené tout du long et une Britannique revenue du diable Vauvert en profitant qu’une Biélorusse à qui le podium semblait promis se soit complètement effondrée en butant sur la piste avec ses pointes.

Je crois avoir été complet.

Une dernière chose, le point sur le classement des médailles. Après 3 journées la France occupe la 3e place, elle est devancée par la Russie et par l’Allemagne.