Le scénario a été presque immuable : une échappée part entre le premier et le 25e km sans qu’il y ait de bagarre, le peloton laisse faire, les fuyards – essentiellement parti devant pour montrer le maillot à la télé – ne se disputent pas réellement le sprint intermédiaire où en général l’Europcar est passé en tête, dans le peloton on se fait un petit sprint pour les points restant, puis on revient progressivement pour finir au sprint après une chute lors des 3 derniers kilomètres.

Il y a eu quelques variantes, des chutes plus tôt au cours des étapes, des sprinteurs différents à l’arrivée soit à cause du profil, quand ça finissait par un sprint en montée Peter Sagan (Liquigas) explosait tout le monde (il l’a fait à Seraing lors de la 1ère étape, à Boulogne-sur-Mer lors de la 3e), il a décroché une 3e victoire en profitant des gamelles de ses concurrents (à Metz aujourd’hui). Cavendish (Sky) et André Greipel (Lotto) ont gagné les 3 autres étapes, d’abord le Britannique à Tournai (2e étape), puis l’Allemand à Rouen et à Saint-Quentin (4e et 5e étapes).

En une semaine, les classements n’ont pratiquement pas changé, on a vu une seule fois des Français dans le top 10 des étapes (ce n’est pas faute d’avoir essayé, ils étaient en surnombre dans presque toutes les échappées), comme les étapes étaient très longues, on s’est ennuyé très longtemps chaque jour. Hormis la 5e étape marquée par la victoire tactique des échappés sur le peloton – ou plutôt la quasi victoire car un Belge membre de ce groupe a tout gâché – et la 6e dont on retiendra essentiellement un carnage à 80km/h en ligne droite, il ne s’est rien passé.

On va tout de même résumer plus ou moins rapidement – selon les étapes – les 7 premiers jours de course.

  • PROLOGUE, Liège (Belgique), 6,4km.

La ville de Liège a réussi son coup en obtenant le départ de ce 99e Tour de France, le public a répondu présent, il y avait énormément de monde dans les rues pour suivre ce prologue.

Quand Sylvain Chavanel (Omega Pharma-Quick Step) a pris la tête du classement provisoire en devançant Edvald Boasson Hagen (Sky), beaucoup de concurrents ne s’étaient pas encore élancés sur le parcours urbain liégeois. Le champion de France du contre-la-montre n’était pas censé rester en tête pendant plusieurs heures. Et pourtant, pas mal de coureurs très dangereux ont échoué sur le temps de celui qui fêtait ses 33 ans aujourd’hui.
Peter Sagan a déchaussé et perdu quelques secondes, évitant la chute. Il avait 3 semaines pour gagner des étapes, on ne s’en faisait pas trop pour lui (^^)…
Philippe Gilbert (BMC) chez lui s’est classé à 4 secondes…
Tejay Van Garderen (BMC) s’est intercalé à la 2e place à un souffle du Français, Patrick Gretsch (Argos) à la 3e à un cheveu de l’Américain.
Tony Martin (Omega Pharma-Quick Step) a crevé, a donc changé de vélo… et a donc fini à 16s. Pendant la semaine il a connu plein de galères.
Il a fallu attendre Bradley Wiggins pour voir un coureur battre Chavanel… Pour 42 centièmes. Il était à 6 secondes au temps intermédiaire. Arf.

Fabian Cancellara (RadioShack) a fait disparaître cette frustration en gagnant avec une avance colossale, 7 secondes. Le Suisse est un grand habitué de la victoire sur les prologues (ou clm d’ouverture comme celui de Monaco il y a quelques années), il aura porté le maillot jaune lors d’un nombre impressionnant d’éditions de la Grande Boucle. Ce maillot est toujours sur ses épaules au bout d’une semaine, je crois qu’il a battu le record de jours en jaune sans avoir gagné le Tour. Au général, on remarque que Cadel Evans et quelques outsiders ont déjà perdu 10 secondes ou plus sur Wiggins. Ce n’est rien, mais qui sait si au final ce rien n’aura pas d’énormes conséquences ? Notons que Van Garderen s’est emparé du maillot blanc, il l’a porté toute la semaine.

Côté français, on se doit de saluer la très belle 3e place de Chavanel, il tient la grande forme, souhaitons-lui de la garder pendant un bon mois – jusqu’aux JO s’il y va – et de se régaler en nous régalant sur ce Tour. Lors des premières étapes on l’a souvent vu attaquer sur la fin mais jamais de façon concluante, stratégiquement ses initiatives n’ont pas été d’égale valeur.
Thomas Voeckler a perdu 26s sur Wiggins, Pierre Rolland 37. Ceux qui espéraient déraisonnablement que les 2 Français d’Europcar refassent le coup de l’an dernier ont tout de suite été calmés.

  • 1ère ETAPE : de Liège à Seraing, 198km (en Belgique).

Scénario classique pour ce début d’étape : une échappée part de loin, en l’occurrence dès le premier kilomètre, le peloton mené par les coéquipiers du maillot jaune contrôle pendant une grande partie de la course. Quelques petites péripéties ont ponctué les premières heures de la course, Tony Martin est tombé, un passage à niveau a ralenti les échappés (km24)… Mais rien de bien fameux au cours de ce périple en Belgique, il y a eu pas mal de chutes dont une grosse à cause d’un débile qui a voulu prendre des photos en se mettant sur la route à 1m du trottoir.

L’avance du groupe de 6 hommes de tête – dont 4 Français, Yohann Gène (Europcar), Nicols Edet (Cofidis), Anthony Delaplace (Saur-Sojasun), Maxime Bouet (AG2R) – n’a jamais atteint 5 minutes, ils ont donc essentiellement pu se jouer le maillot à pois car, vallonnée, cette étape comptait 5 côtes de 4e catégorie dont une à l’arrivée. Le Danois Michael Morkov (Saxo Bank) a facilement pu prendre des points et par conséquent les pois. Pablo Urtasun (Euskaltel) était le 6e. Tout ce monde a été repris.

Comme ça se terminait en montée Chavanel a essayé d’attaquer mais Cancellara, Boasson Hagen et Sagan ont contré, le Slovaque surpuissant leur a mis quelques longueurs dans la vue, s’imposant pour la première fois de sa carrière sur le Tour de France… alors qu’il disputait la première étape de sa carrière sur le Tour.

Nicols Edet, premier attaquant du jour, a été élu combatif de l’étape (ce prix a été décerné presque tous les jours à celui qui a lancé l’échappée). Le général a légèrement été modifié, 5 coureurs classés entre la 6e et la 12e places ont rétrogradé, du coup on a la plupart des cadors dans le top 10.

  • 2e ETAPE : de Visé à Tournai, 207,5km (en Belgique).

Anthony Roux (FDJ) est part au km22, rejoint par Christophe Kern (Europcar) puis par… Morkov, le maillot à pois. Ils ont eu jusqu’à 8’ d’avance. Cette fois la route était droite et plate. Le Danois est allé chercher le point de la seule difficulté du jour, la Côte de la Citadelle de Namur, une montée assez longue et pavée. A cause des pavés, Anthony Roux, tombé lors de la première étape, a dû rouler en tenant le guidon seulement de la main droite, car blessé au poignet gauche. Kern est passé en tête au sprint intermédiaire. Roux est reparti tout seul quand le peloton est revenu sous l’impulsion des différentes équipes de sprinteurs, il a été élu combatif du jour.

Le sprint a été gagné par Cavendish, pourtant le Britannique n’a pas de coéquipier pour l’aider dans la mesure où chez Sky c’est du tout pour Wiggins. Comme il est rusé il a réussi à se faire remonter aux avant-postes par un coéquipier de Matthew Goss (Orica-GreenEdge), le loser de la semaine… Les autres ont tous fait le taf à sa place, il les a grillés pour pas grand-chose. Sa 21e victoire d’étape sur le Tour à 27 ans… A la fin, quelques leaders ont perdu des secondes, quelques mecs déjà très amoindris physiquement ont galéré. Seul changement, Sagan a pris le maillot vert qu’il portait uniquement parce que Cancellara était en tête aux classements général et par points. Sauf abandon il le conservera jusqu’à Paris.

  • 3e ETAPE : d’Orchies à Boulogne-sur-Mer, 197km.

Un groupe de 5 est parti au km 4 sous l’impulsion de Ruben Perez Moreno (Euskaltel). Dans ce groupe, 2 Français, Giovanni Bernaudeau, le fils de Jean-René Bernaudeau (qui est à la fois son père et son patron chez Europcar), et Sébastien Minard (AG2R), accompagnés de l’Ukrainien Andriy Grivko (Astana), sans oublier… Morkov (Saxo Bank), déjà dans l’échappée lors des 2 premières étapes. Tout le monde se doutait qu’il allait tout faire pour conserver son maillot à pois, et avec 6 difficultés répertoriées (4 de 4e et 2 de 3e catégorie, l’arrivée étant répertoriée), il était obligé de partir devant pour y parvenir. Le Danois a pris les points du classement des grimpeurs, les autres n’avaient aucune raison de lui contester car avec ses 4 unités d’avance il était quasiment sûr de le conserver.

L’écart a augmenté jusqu’à atteindre un peu plus de 5 minutes, il s’est ensuite progressivement réduit, se stabilisant longtemps autour de 4’, il est remonté à 5’ grâce au ravito. On aurait pu imaginer que les hommes de tête se disputent au moins le sprint intermédiaire, mais non, même pas, Minard est passé devant Bernaudeau (pour une fois l’Europcar n’a pas gratté la prime). Dans le peloton en revanche on s’est activé pour les points encore à distribuer, Cavendish a réglé le peloton mais ça s’est bien chauffé.

Des grosses chutes à moins de 50 bornes de l’arrivée ont laissé sur le flan José Joaquin Rojas (Movistar) et Konstantin Siutsou, un coéquipier de Wiggins. Ensuite il y a eu des cassures dans le peloton mené par les coéquipiers de Sagan avec quelques écarts à l’arrivée, les échappés ont été repris, d’abord les Français puis Morkov (combatif du jour grâce à sa présence constante en tête depuis 3 jours) et enfin l’Ukrainien.

Chavanel a tenté d’attaquer sur cette fin de parcours qu’il connaît bien pour y avoir été champion de France, il a pu creuser un petit trou mais les coéquipiers du maillot jaune ont réagi, il s’est fait rejoindre, et au final Sagan a explosé tout le monde au terme de ces 700m de montée, une impression absolument monstrueuse. On aura tout vu lors des derniers kilomètres, une chute au milieu du groupe de tête, un concurrent parti du côté des voitures à quelques mètres de l’arrivée… La chute d’Oscar Freire (Katusha) et Marco Marcato (Vacansoleil) n’a pas eu d’influence sur le général car elle a eu lieu dans les 3 derniers kilomètres. Le très gros groupe comprenant notamment Voeckler et Cavendish a terminé à 7"26. Aucun maillot n’a changé d’épaules.

  • 4e ETAPE : d’Abbeville à Rouen, 214,5km.

Plus c’est long, moins c’est bon. Tout plat, sans intérêt. 3 fuyards, Yukiya Arashiro (Europcar), David Moncoutié (Cofidis), et encore Anthony Delaplace, ont eu un peu moins de 9’ d’avance très tôt. Encore des chutes dans le peloton, rien de bien captivant pendant des heures, les 2 Français ont chacun passé 2 côtes de 4e catégorie en tête, les équipes de sprinteurs ont ramené tout le monde sur la tête, un éphémère groupe de contre – dont Chavanel, encore – a été repris avec les 3 premiers partants, toutes les auteurs d’initiatives individuelles ont été calmés. Et soudain, à moins de 3 bornes de l’arrivée, badaboum, Robert Hunter (Garmin) tombe, provoquant un énorme gadin dans le peloton, Cavendish à terre (entre autres), Sagan a évité par miracle d’aller au tas, il est très agile. Très bien emmené, Greipel a réglé au sprint le groupe des rescapés. Pas de changement dans les classements. Le Japonais a été élu combatif du jour.

  • 5e ETAPE : de Rouen à Saint-Quentin, 196,5km.

De l’agitation avant l’étape, 4 membres et le directeur sportif de la Garmin seraient les témoins à charge contre GrosBras dans la procédure menée par l’USADA contre le plus grand escroc de l’histoire du cyclisme. Et Dieu sait que l’histoire du cyclisme compte un paquet d’escrocs. Bref, ce n’est pas le sujet.

Le scénario, classique au départ, Matthieu Ladagnous (FDJ) a lancé l’échappée d’entrée, Julien Simon (Saur-Saujasun), Jan Ghyselinck (Cofidis) et encore Pablo Urtasun. Pas d’Europcar devant pour une fois. C’est allé assez lentement car les hommes de tête ont fait en sorte… de ne pas prendre trop d’avance afin d’endormir le peloton. Au sprint intermédiaire, pas de bataille, sauf dans le peloton. R.A.S. pendant des heures, la route était droite, ennui total. Les équipes de sprinteurs ont mis longtemps à embrayer, les échappés ont alors tout donné, c’était la tactique annoncée au micro de la radio son de France Télévisions depuis très longtemps, il ne fallait pas chercher à prendre trop d’avance mais garder des forces pour n’avoir à livrer bataille que lors des 30 derniers kilomètres, si possible moins. Ça aurait dû fonctionner, d’autant qu’une nouvelle chute – cette fois Sagan n’a pu y échapper, il a tout de même su éviter qu’elle ne soit violente – a un peu désorganisé le peloton, Tyler Farrar (Garmin) a pris cher, déséquilibré par Tom Veelers (Argos).

Si Ghyselinck avait assuré ses relais 500m de plus au lieu de les sauter pour partir seul, un membre de l’échappée gagnait. Le Belge a voulu jouer au plus malin, il s’est brûlé, repris par le Basque et Ladagnous (combatif du jour)… Tout ce monde a été doublé par les sprinteurs à moins de 200m de l’arrivée. Greipel s’est imposé comme la veille. Goss a pris la 2e place, Samuel Dumoulin (Cofidis) a pris une belle 4e place devant Cavendish, devenant le Français le mieux classé de la première semaine. Enfin 1 Français dans le top 10… et même 3 car Sébastien Hinault (AG2R) et Yohann Gène ont fini 9e et 10e. On n’a pas vu un seul autre Français dans le top 10 d’une des 6 premières étapes. Aucun changement à noter dans les différents classements.

  • 6e ETAPE : d’Epernay à Metz.

L’échappée à 4 – sans Français – composée de David Zabriskie (Garmin, un de ceux qui témoigneraient contre GrosBras… élu combatif du jour^^), Davide Malacarne (Europcar), Karsten Kroon (Saxo Bank) et Romain Zingle (Cofidis) – est partie assez tôt, mais à vrai dire OSEF car on ne retiendra que

Le tour va enfin commencer, mais pour certains, il est déjà fini, au moins pour ce qui est de leurs ambitions initiales. Il y a eu de la casse. Un carnage. Plusieurs accidents ont émaillé l’étape, celui ayant eu lieu à 26 ou 27 bornes de l’arrivée dans une descente en ligne droit où tout le monde essayait de se replacer a été la plus violente, elle n’a pas été la première du jour, Greipel était déjà tombé, Robert Gesink (Rabobank), Alejandro Valverde (Movistar) ou encore Jean-Christophe Péraud (AG2R) sont allés au tapis, et j’en passe (beaucoup). L’hélico de la télé était occupé à filmer un truc inintéressant quand a eu lieu l’énorme carnage. Dans un sens, ce n’est peut-être pas plus mal, devoir mettre une interdiction aux moins de 18 ans pour des images du Tour de France est très inhabituel. C’était Verdun. On ne saura jamais qui est tombé le premier, qui a entraîné qui, on sait juste que la nervosité des coureurs poussés par les messages reçus dans les oreillettes a causé tout ça. Le peloton a explosé, de nombreux leaders ou cadors ont été retardés, Fränk Schleck (RadioShack), Janez Brajkovic (Astana), Michele Scarponi (Lampre), Pierre Rolland, Péraud (qui est tombé 4 ou 5 fois en une semaine), Valverde et Gesink – j’en oublie sans doute – ont perdu plus de 2 minutes. Au moins, ils ont franchi la ligne d’arrivée… Astarloza (Euskaltel), Vigano (Lampre), Danielson (Garmin) et Poels (Vacansoleil) ont tous fini dans des ambulances, il y a fort à parier que plusieurs coureurs ne reprendront pas le départ ou n’iront pas loin demain, notamment le vainqueur du dernier Giro, Ryder Hesjedal (Garmin), ou encore Lieuwe Westra (Vacansoleil). On a peur pour Rolland, touché aux côtes.

Profitant de l’état physique de Greipel – qui ne devait pas disputer le sprint mais a tenté le coup compte tenu des circonstances – et de l’absence de Cavendish, Sagan a gagné son premier véritable sprint après avoir décroché 2 premiers succès de puncheur.

Finalement le classement général a peu changé en ce qui concerne les favoris (on a surtout perdu des outsiders), les autres classements encore moins.

  • La suite…

Tout devrait bouger ce week-end car 3 des 4 maillots devraient changer d’épaules. Pourquoi pas un Français avec des pois ou vainqueur d’étape ? Perso je me sens capable de me contenter d’une simple étape intéressante, même sans satisfaction patriotique au bout, je veux juste que ça explose dans tous les sens, qu’on se régale ! Samedi l’étape sera encore longue et risque de se transformer en course de côte, dimanche ça devrait être beaucoup mieux, pour une fois il y aura moins de 197km au programme (40 de moins), le profil est celui d’un peigne, ça pourrait être sympa.

Vivement que ça monte, le plat principal, parce que le plat en entrée, je n’en pouvais plus !