Tony Martin (Omega Pharma-Quick Step) et Matthew Lloyd (Lampre) et Rémy Di Gregorio (Cofidis) n’ont pas pris le départ, les 2 premiers suite à des chutes et blessures, le dernier en raison de son arrestation par la police pendant la journée de repos. Il a été pris la main dans le sac après avoir été surveillé pendant plusieurs mois. Il faut bien l’avouer, voir cet ancien grand espoir gagner de belle manière sur Paris-Nice après être parti chez Astana pouvait faire naître quelques doutes le concernant, lui qui traînait une image de loser depuis son arrivée dans le peloton professionnel. Le coup de l’éternel espoir qui ne confirme pas et choisit la voie du dopage pour tenter de se relancer, on connaît, c’est du déjà-vu. Reste à savoir de quelle sorte de dopage il s’agit, pour le moment on n’a pas plus d’infos, il peut s’agir de triche artisanale de mec paumé ou de triche professionnelle à base de produits ou de méthodes beaucoup plus professionnalisées (ce que j’appelle le dopage lourd).

Une étape de montage après une journée de repos… On connaît le scénario, tout le monde veut être devant, surtout les baroudeurs ou bons coureurs de classiques pas suffisamment forts en montagne pour jouer les premiers rôles en restant dans le peloton et les coureurs qui avaient des ambitions au général mais ont été largués pour différentes raisons. Pas étonnant de trouver dans la grande échappée du jour des garçons comme Jean-Christophe Péraud (AG2R), Michele Scarponi (Lampre), Simon Gerrans (Orica-GreenEdge), Thomas Voeckler, ou encore Sandy Casar et Luis Leon Sanchez.

D’autres coureurs étaient là soit pour des raisons stratégiques, peut-être afin de servir d’équipier à leur leader le moment venu, pour prendre des points en haut des montées ou au sprint intermédiaire. On a ainsi vu 2 BMC dans le groupe de tête (Marcus Burghardt et Stephen Cummings) et 2 RadioShack (Jens Voigt et Yaroslav Popovych) dans le rôle des relais potentiels, Michael Morkov (Saxo Bank) est allé chasser les poids, Peter Sagan (Liquigas) s’est lancé à l’avant pour renforcer son maillot vert, mais Matthew Goss (Orica-GreenEdge), son principal concurrent au classement par points, ne l’a pas laissé faire, il est parti lui aussi.

La grande échappée du jour s’est formée en 2 temps, d’abord 6 puis 19 de plus. La FDJ a réussi à mettre 3 coureurs devant, Casar étant accompagné de Matthieu Ladagnous et de Yauheni Hutarovich, 7 équipes en ont mis 2 (BMC, RadioShack, Oreca-GreenEdge, Europcar avec Yukiya Arashiro en plus de Voeckler, Astana avec Andriy Grivko et Dmitriy Fofonov, Saxo Bank avec Karten Kroon, Garmin avec David Millar et David Zabriskie). Dans l’échappée on trouvait aussi un 5e Français, Fabrice Jeandesboz (Saur-Saujasun), Joan Horrach (Katusha), Egoi Martinez (Euskaltel) et Dries Devenyns (Omega Pharma-Quick Step).

Scarponi, à 10’27 au général, était le mieux classé des 25 hommes de tête. L’Italien dispute cette année son second Tour de France – à 32 ans – après avoir déjà gagné le Giro (2011) et… avoir été suspendu pour dopage entre 2006 et 2008. On ne l’avait pas vu sur le Tour depuis 2004.

Les équipes ayant plusieurs coureurs à l’avant auraient pu conserver leur meilleure carte pour ne la sortir que plus tard quand la bagarre allait réellement commencer, il ne m’a pas semblé que quelqu’un ait véritablement cherché à s’économiser en sautant les relais. L’équipe Sky a laissé jusqu’à 7’15 d’avance à ce groupe de 25 dont 11 membre avaient déjà gagné au moins une étape du Tour au cours de leur carrière (4 ont déjà porté le maillot jaune).

Sanchez et Voeckler ont connu des problèmes mécaniques et ont dû par moments s’employer pour rejoindre l’échappée, d’autant que Sagan a envoyé dans les descentes, peut-être pour distancer Goss. Morkov, ancien porteur du maillot à pois sur ce Tour, est passé en tête au sommet de la Côte de Corlier, devançant Grivko, Voigt et Voeckler, qui n’avait pas encore pour idée de s’emparer de la tunique bicolore du meilleur grimpeur.

Au sprint intermédiaire (à environ 64km de l’arrivée), Goss a battu Hutarovich et Sagan, une bonne opération pour l’Australien.

La physionomie a commencé à changer dans le peloton, les Lotto ont pris la tête pour accélérer le rythme, on pouvait s’attendre à une grande offensive. Du moins on l’espérait pour le premier col hors-catégorie du Tour, le Col du Grand Colombier, une ascension pas en très haute altitude mais très compliquée… surtout par l’autre versant (Arf). Les participants au Dauphiné Libéré ont escaladé ce col il y a quelques semaines, il n’avait encore jamais été au programme du Tour de France. La descente vers l’arrivée étant de nature à créer des écarts, on pouvait rêver d’assister à une grande explication avec une attaque de Vincenzo Nibali (Liquigas) et de Cadel Evans (BMC), qui avaient mis à mal Bradley Wiggins (Sky) sur le Dauphiné en faisant la descente à fond.

Dès les premières pentes, Goss et Hutarovich ont mis le clignotant, mission accomplie. Sagan et Horrach ont fait de même. Parmi les échappés, on pouvait s’attendre à une course par élimination. Dans le peloton… aussi. Tony Gallopin (RadioShack), malade, s’attendait à souffrir, il a craqué dès le début de l’ascension du Grand Colombier. Le maillot à pois a lui aussi vite sauté. Ça a explosé de partout et très rapidement, d’autant qu’au pied Jelle Vanendert (Lotto) a voulu attaquer. Il a vite été remis dans le droit chemin. Les Sky ont alors installé leur train… 3 ou 4 devant Wiggins, un derrière. Edvald Boasson Hagen en a mis beaucoup dans le rouge, d’autant qu’il a fait beau et relativement chaud toute la journée.

Scarponi a décidé d’attaquer en tête du groupe des échappés, il n’a pas lâché tout le monde, Péraud, Voeckler, Sanchez et Devenyns ont pu le suivre. Casar, distancé une première fois, est revenu. Voeckler a accéléré à son tour, il n’a pas insisté, laissant le Belge imprimer le rythme. Que des hommes forts à l’avant. Fofonov a ensuite pu se joindre à eux.

Comme ça n’allait pas très vite devant, Luis Leon Sanchez est reparti seul, les 6 hommes du groupe de tête n’ont pas cherché à le suivre, permettant à plusieurs coureurs décrochés de les rejoindre. L’Espagnol s’est envolé. Le peloton ne semblait pas aller beaucoup plus vite.

Il fallait réagir sinon la victoire était promise à Sanchez, c’est pourquoi Scarponi, Voeckler, Casar et Devenyns ont de nouveau lâché leurs compagnons. Casar n’a pu réagir immédiatement à une nouvelle accélération du "semi-leader" d’Europcar. L’Espagnol de la Rabobank a vite été revu. Ils étaient 4 pour la victoire… Le peloton perdait du temps sur eux.

Voeckler faisait très forte impression, il a pris les choses en main au sein de l’échappée, mais Scarponi me semblait encore plus facile. Le Français a attaqué à plusieurs reprises, sans doute plus pour tester – voire faire craquer – ses compagnons qu’autre chose. Il y avait un monde fou sur ces pentes pour encourager Voeckler en tête du premier groupe de 4, Casar en tête du second avec Martinez, Voigt et Fofonov.

Jurgen Van den Broeck (Lotto) s’est enfin décidé à attaquer… Un coup de pétard mouillé. Hormis faire décrocher quelques rescapés du peloton, son initiative n’a eu aucun effet. Un peu plus tard, il a réessayé… Pour le même résultat.

Voeckler a de nouveau attaqué à quelques centaines de mètres du sommet, il est passé en tête, a pris les points pour le classement de la montagne, s’adjugeant du même coup la pole position pour devenir le nouveau porteur du maillot à pois (assuré à moins de ne pas finir l’étape), et a décidé de faire la descente à fond grâce à ses quelques mètres d’avance. Le premier trio était à quelques secondes, le quatuor à une minute.

Dans le peloton, Thibaut Pinot (FDJ), qui a déjà gagné une course au Grand Colombier, a attaqué à son tour et pris une petite avance. Les Sky n’avaient pas particulièrement besoin d’aller le chercher. Van den Broeck, avec Pierre Rolland (Europcar) dans la roue, a encore accéléré. Pourquoi se gêner puisque ça n’avançait pas vraiment dans le peloton ? Ces tentatives ont obligé les Sky à mettre les gaz car ça devenait la fête du slip. Rein Taaramae (Cofidis) a rejoint les fuyards pour basculer dans la descente avec quelques mètres d’avance.

Nibali a alors pris la tête du peloton dans l’espoir de lâcher Wiggins, nettement moins bon descendeur. L’Italien a été imité par Evans. Il fallait pousser les Sky à la faute. Michael Rodgers, victime d’une crevaison, a failli aller tout droit dans un virage.

La descente n’a pas tout à fait eu les effets escomptés : Voeckler a été assez vite rejoint par le trio de chasse, ceux qui avaient attaqué le peloton ont été avalés par celui-ci (sauf Pinot). Seul Nibali a pu – su – profiter de ces lacets décalés à grande vitesse pour rejoindre un groupe intercalé comprenant notamment… Sagan, un de ses équipiers, très bon descendeur lui aussi. Il restait encore un peu moins de 30km et une dernière – grosse – montée de 3e catégorie, le Col de Richemond, avant de basculer dans la dernière descente vers l’arrivée.

Les 2 hommes ont fait un numéro. Pinot a pu s’accrocher à leurs roues, du moins pendant un certain temps, il a finalement été décroché, Péraud a été rejoint puis rapidement dépassé car le duo de la Liguigas allait à une vitesse folle. Sagan a donné tout ce qui lui restait avant de laisser partir son leader avec le sentiment du devoir accompli.

Nibali prenant beaucoup d’avance, une grosse minute, les Sky ont dû rouler à fond en tête d’un peloton comptant encore pas mal de monde. L’avance du quatuor a nettement diminué mais elle était bien suffisante pour se jouer la victoire d’étape en tout petit comité. Le coup tactique de Liquigas était très bon, seulement l’Italien ne pouvait pas résister seul très longtemps au retour du groupe mené par plusieurs équipiers de Wiggins. Il a été repris. Ce n’était pas faute d’essayer. A l’arrière Tejay Van Garderen (BMC) a été lâché par le peloton, ouvrant de belles perspectives à Taaramae et à Pinot pour le maillot blanc. Dans la descente l’Américain a montré une aisance… digne d’une pierre dévalant la montagne. Il ne maîtrisait pas grand-chose le gamin ! Il a fini par revenir grâce… aux Sky, qui ne menait pas grand train dans la descente, probablement par peur.

Devant on s’est un peu trop regardé, Jens Voigt en a profité pour revenir tout près… Voeckler, passé en tête au Col de Richemond, risquait d’avoir beaucoup de mal à gagner l’étape, il était très surveillé, ceci dit, contrairement aux autres, il était déjà sûr de monter sur le podium à la fin de l’étape.

Dans la dernière difficulté Pierre Rolland a décidé d’attaquer une nouvelle fois, suivi par… Van den Broeck, encore pour basculer dans la descente avec quelques mètres d’avance.

Voigt a réussi à rejoindre les 4 hommes de tête à 9km de l’arrivée au prix d’un effort impressionnant. A peine revenu, il a tenté de repartir à l’attaque ! Sans succès. Du coup on s’est beaucoup regardé à l’avant. Scarponi a voulu contrer, ça flinguait. Difficile de gérer une arrivée dans un groupe de 5. C’est l’histoire d’un Français, un Italien, un Belge, un Allemand et un Espagnol… L’échappée européenne.

RadioShack s’est mis à rouler en tête du peloton à environ 10 bornes du terme de l’étape, sans doute pour reprendre les coureurs intercalés. Une histoire de classement par équipes ?

Devenyns, manifestement moins fort que les autres, est parti seul à 3 gros kilomètres du but, les autres se sont regardés, ils surveillaient tous Voeckler et avaient négligé le Belge… Voigt a fini par régir, Voeckler n’y est pas allé. Tactiquement, l’Espagnol et l’Italien ont fait n’importe quoi, ils ne pensaient qu’à marquer le Français. Le leader d’Europcar a fini par les attaquer pour rejoindre l’Allemand. Le Belge n’avançait plus, Voeckler en a donc mis une nouvelle pour se diriger vers la ligne en solitaire. Ça montait dur, Luis Leon Sanchez a essayé de revenir, Scarponi aussi de l’autre côté de la route, mais tous ont explosé, les derniers mètres étaient un véritable mur. Pour une fois l’oreillette a été une bonne chose pour Voeckler, sans les renseignements de son directeur sportif il aurait probablement lâché l’affaire au moment où la victoire semblait promise à Devenyns et Voigt. Le 2e groupe, emmené par Rolland et Van den Broeck (avec Casar, Martinez et Fofonov), a terminé à 2’44, quelques secondes devant le peloton (24"). Evans a attaqué plusieurs fois… lors des 500 derniers mètres. Ridicule. Thibaut Pinot l’a réglé au sprint (11e). Van Garderen a perdu quelques secondes dans la bataille mais aussi un concurrent pour son maillot blanc car Gallopin a fini dans le gruppetto. Belle journée pour le cyclisme français, non ? Voeckler vainqueur, maillot à pois et combatif du jour, Casar 6e, Rolland 8e, Pinot 11e… (Coppel a fini dans le groupe maillot jaune) Jeudi a lieu la grosse étape des Alpes avec arrivée au sommet, ASO a fourni aux coureurs un terrain de jeu idéal pour une grande bataille, à eux d’en faire quelque-chose, ils n’auraient pas beaucoup d’occasions de mettre à mal la suprématie des Sky. J’ai du mal à imaginer Voeckler à l’avant, il a fini trop bouilli, mais pourquoi pas un Pierre Rolland, un Brice Feillu ou encore un David Moncoutié jouant la gagne ?