En ce qui concerne les victoires d’étapes, on a eu…

-Celle d’un repenti contre un vététiste en rien pistard.

-Celle d’un sprinteur allemand profitant de la bêtise d’une équipe australienne.

-Celle d’un baroudeur roublard venu sauver l’honneur du cyclisme espagnol.

-Celle d’un revenant français respectant une tradition personnelle.

Malgré la satisfaction d’avoir vu un 4e Français franchir la ligne en levant le ou les bras, un sentiment de frustration prédomine à l’issue de ces 4 étapes. On a l’impression qu’ASO n’est pas allé jusqu’au bout de ses intentions en plaçant l’arrivée trop loin des difficultés susceptibles de mettre le feu à tous les étages. Ça aurait pu être un régal… mais ça a manqué de sel.


  • 12e ETAPE : de Saint-Jean-de-Maurienne à Annonay-Davézieux, 226km.

Il s’agissait de la plus longue étape du Tour, elle comprenait 3 difficultés, 2 de première catégorie, le Col du Grand Cucheron et le Col du Granier, puis la Côte d’Ardoix (3e catégorie), mais les 2 gros morceaux du jour étaient placés en début d’étape, ce qui retirait tout intérêt à leur ascension.

Il ne restait déjà plus que 166 coureurs (Robert Gesink n’a pas pris le départ)… mais beaucoup de volontaires pour s’échapper. Certains étaient des inconscients, d’autres des courageux, mais sur une étape de profil, un groupe de bons rouleurs/grimpeurs avait toutes ses chances d’aller au bout.

Les premiers kilomètres ont été très nerveux, puis un groupe de 19 – dont 5 Français, Jean-Christophe Péraud et Maxime Bouet (AG2R), Nicolas Edet (Cofidis), Cyril Gautier (Europcar) et Jimmy Engoulvent (Saur-Saujasun) – s’est détaché, le peloton a laissé faire et a rapidement freiné, car en plus des nombreux volontaires décidés à faire partie de l’échappée – au sein de laquelle absolument personne ne représentait le moindre danger au classement général – on trouvait parmi les rescapés de la première moitié du Tour un bon paquet de coureurs rêvant d’une journée relativement tranquille après le calvaire de la veille.

N’ayant personne devant, la FDJ a mis en route en tête du peloton. C’était une étape pour un Pierrick Fédrigo. L’écart ayant pu été limité à environ 1’30 malgré la bonne entente à l’avant, des concurrents ont tenté leur chance en contre-attaque, notamment Christophe Kern (Europcar). L’écart s’est un peu réduit, mais les Sky ont décidé de bloquer le peloton. L’écart a donc doublé, passant d’une à 2 minutes, puis de nouvelles contre-attaques ont été lancées. Kern a de nouveau tenté le coup, David Moncoutié (Cofidis) aussi, de même qu’Alejandro Valverde et Rui Costa (Movistar), puis Jérôme Coppel (Saur-Saujasun).

Peut-être mécontente de ces attaques, l’équipe du leader a accéléré. Pas de chance pour ceux qui espéraient une journée pas trop violente… Les pentes du col du Grand Cucheron ont fait exploser énormément de coureurs, y compris au sein du groupe de tête, dont l’avance s’est réduite à peau de chagrin. Robert Kiserlovski (Astana), déjà à l’attaque pendant une grande partie de la grosse étape des Alpes, est reparti seul du groupe dans le but de prendre les points au sommet. Ses initiatives ont été récompensées par le titre de combatif du jour.

Dans la descente gravillonneuse, Moncoutié a chuté, il a pris cher physiquement – que du superficiel mais très étendu sur tout le côté gauche et très douloureux – mais surtout moralement. Il semblait bien parti pour rejoindre le groupe de tête. Vendredi 13 style. Inconsolable, il a dû abandonner. Il s’agissait de son dernier Tour de France.

Pendant pas mal de kilomètres, la configuration de la course a été la suivante : d’abord un groupe de 11 puis un petit groupe de poursuivants, puis le peloton, puis le gruppetto, puis des attardés. Ça s’est un peu modifié par la suite car Egoi Martinez (Euskaltel) a rejoint les hommes de tête et de nouveaux candidats à la fuite ont attaqué au sein du peloton en profitant des pentes de Col de Granier. Mauvaise surprise, Thibaut Pinot (FDJ) a eu beaucoup de mal à rester dans le peloton dans cette ascension, non pas en raison de velléités offensives mais tout simplement parce qu’il n’était pas bien. Il a fini par décrocher, Jérémy Roy est venu l’aider.

La marge laissée aux échappés n’a jamais atteint 3 minutes, le groupe de 12 a été réduit à 10 puis à 9 (Bouet et Gusev ont sauté, Nicki Sørensen à son tour). De nouvelles attaques de Coppel (avec Kern dans la roue) ont encore fait accélérer le peloton, ce qui semblait condamner le coup du jour. Pierre Rolland (Europcar) a été victime de ce train, le porteur du maillot à pois aussi. Comme la plupart des coureurs. Le groupe maillot jaune ne comptait pas plus d’une vingtaine de coureurs.

A un gros kilomètre du sommet, Martinez, Péraud, David Millar (Garmin), Kiserlovski et Gautier formaient la dernière poche de résistance. Le Croate est encore allé chercher les points. Pendant ce temps la tête du peloton envoyait du pâté…

Soudain, énorme surprise, Bradley Wiggins (Sky) a attaqué pour rejoindre Kern et Coppel quelques mètres devant les autres leaders. Tactiquement, c’était totalement illogique, à moins de vouloir faire passer un message du genre «je suis le patron !», d’autant que ça allait forcément revenir dans la descente et dans la longue portion de plaine avant la dernière ascension du jour, la montée de 3e catégorie un peu avant la fin de l’étape.

Au sommet, Pinot et Roy avaient entre 2 et 3’ de retard sur les leaders. Ils ont eu la chance d’être rejoints par Philippe Gilbert (BMC) puis d’intégrer un plus gros groupe.

Peter Sagan (Liquigas) a attaqué dans la descente avec Rein Taaramae (Cofidis) et quelques autres, il a fini par se détacher mais s’est relevé pour attendre un petit groupe, comprenant qu’il était en train de faire n’importe quoi à vouloir partir seul si loin de l’arrivée. Derrière les 5 hommes de tête, le groupe de contre-attaque a rapidement compté 7 éléments, dont 2 équipiers de Sagan, Koren – qui était intercalé – et Dominik Nerz, avec Kern, Sørensen, Taarame et Gorka Izagirre (Euskaltel). Eduard Vorganov (Katusha) et Yaroslav Popovych (RadioShack) ont ensuite été repris par ce groupe.

Les Orica-GreenEdge ont commencé à rouler car Matthew Goss a été en mesure de rejoindre le peloton, de même que le groupe auquel Pinot s’est accroché. Ces retours s’expliquaient par le ralentissement des Sky, ces derniers n’ayant aucun intérêt à prendre des risques dans la descente.

Ayant un coéquipier à l’avant, Kern n’avait aucun intérêt à rouler, il a donc toujours refusé de prendre des relais, Sagan a essayé de lui jouer à l’intox mais sans succès. Izagirre a fini par adopter la même attitude pour la même raison.

A la planche, les hommes de Goss ont nettement réduit l’écart jusqu’à avaler le groupe Sagan. Coup de bol pour les autres échappés, cette jonction s’est produite au moment du ravitaillement, du coup il y a eu un net ralentissement au sein du peloton, les échappés ont donc pu reprendre un peu de l’avance, et pas qu’un peu ! 11’40 ! Depuis le début d’étape c’était la guerre, en quelques instants c’est redevenu la paix des braves. Enfin du répit pour les nombreux coursiers fatigués ! La Sky a fini par remettre un peu de rythme histoire de ne pas laisser la situation partir en sucette. 10 minutes offertes en quelques kilomètres, ça suffisait largement !

Il y a eu un peu d’animation au sprint intermédiaire, André Greipel (Lotto) et Goss et Van Hummel ont battu Sagan.

Il ne s’est absolument plus rien passé jusqu’à la banderole des 4 derniers kilomètres, on a alors vu un véritable jeu de piste avec une attaque timide de Martinez puis une aussi timide du Croate, lequel a réessayé un peu après dans une montée. Péraud a voulu contrer, Millar a suivi, pas les autres, Martinez n’a pas voulu y aller. Gautier a essayé de faire l’effort mais les 2 gros rouleurs partis devant allaient être difficiles à reprendre à moins d’une bonne entente des 3 hommes. Le duo s’est relayé, dans le trio on ne faisait rien qui puisse permettre de recoller. Devant, on a joué un jeu dangereux en s’observant alors que les suivants n’étaient pas très loin. Un peu de piste pour celui qui représentera la France aux JO en VTT… Pourquoi pas ? Ce n’est pas son fort, il manque d’explosivité. Dommage que Péraud n’ait pas pu attendre encore plus longtemps pour lancer son sprint car Millar – largement favori – a pu résister et gagner. Arf. L’Ecossais était trop puissant. Gautier a pris la 4e place.

Les BMC ont accéléré en tête du peloton, peut-être pour faire casser Pinot. Les Liquigas ont ensuite embrayé, peut-être pour faire sauter un maximum de concurrents (sprinteurs surtout). A l’arrivée, Goss a failli envoyer Sagan au tapis avec une grosse vague méritant à l’évidence un déclassement. Le Slovaque a crié un gros «va f*nculo !» en direction de l’Australien. La chance de Goss a été que le duel ait eu lieu plusieurs mètres devant le reste du peloton, du coup il n’a été rétrogradé… que d’une place, évitant de prendre un gros éclat au classement du maillot vert. Ceci dit, il a pris l’éclat autrement, écopant pour sa faute d’une pénalité de 30 points.

Le repenti a offert à la Grande-Bretagne un 4e succès sur ce Tour, ils ne sont que 5 Britannique au départ, 4 ont gagné une étape. L’an dernier la Norvège avait cartonné avec ses 2 seuls représentants.

En plus de Moncoutié, on a perdu Tom Veelers (Argos). Plus que 164 coureurs.

  • 13e ETAPE : de Saint-Paul-Trois-Châteaux au Cap d’Agde, 217km.

La fameuse étape du 14 juillet n’avait pas été conçue de façon à permettre une victoire française. A priori elle était réservée aux sprinteurs capables de passer une bosse avec les meilleurs ou disposant d’une équipe suffisamment forte pour les ramener à l’avant après avoir limité les dégâts dans l’ascension du Mont Saint-Clair, une sorte de mur relativement court mais très dur placé à environ 25 bornes de l’arrivée. Parmi les Français qui auraient pu prétendre à quelque-chose compte tenu de leurs qualités, on peut citer Tony Gallopin (RadioShack), un des 3 Français retenus pour participer à la course en ligne aux JO, seulement il a dû se résigner à abandonner car malade depuis la journée de repos. Espérons qu’il ait retrouvé dans 2 grosses semaines la forme affichée en début de Tour afin d’être au top à Londres.

Il faisait chaud, il y avait du vent, on pouvait penser que des coups de bordures auraient lieu en fin d’étape. Il y avait de quoi faire une belle course à conditions que les coureurs en aient envie.

L’échappée traditionnelle a été lancée dès le 3e kilomètre. D’abord un groupe de 5 hommes, puis un duo s’est joint à eux, et un dernier est ensuite revenus pour former un octette. Parmi les 8 fuyards, 5 Français dont de bons puncheurs capables de gagner au sprint… A condition de ne pas être repris par le peloton. A l’avant, on trouvait Roy Curvers (Argos), Samuel Dumoulin (Cofidis), Pablo Urtasun (Euskaltel), Matthieu Ladagnous (FDJ), Michael Morkov (Saxo Bank), Jérôme Pineau (Omega Pharma-Quick Step), Maxime Bouet et Jimmy Engoulvent.

Les équipes de sprinteurs ont contrôlé, Orica-GreenEdge n’a pas voulu laisser l’écart augmenter dans de trop fortes proportions. Les Australiens pensaient Matthew Goss capable de passer le Mont Saint-Clair pour disputer le sprint, ils ne voulaient pas se faire piéger en embrayant trop tard. Les 8 hommes ont eu plus de 9’ d’avance, mais plus que 4 ou 5 minutes à plus de 100 bornes de l’arrivée, 3’50 au sprint intermédiaire où Sagan et Greipel n’ont pas eu de mal à le devancer et où Peter Velits (Omega Pharma-Quick Step) s’est mangé une barrière.

Comme le peloton revenait très vite (à peine 2’ d’avance à plus de 60km de l’arrivée), certains membres de l’échappée ont accéléré. Morkov a contré et est parti seul. 63 bornes dans le vent avec le très gros mur au programme ? Injouable. Le Danois a fait un grand numéro de clm individuel, il a bénéficié d’un net ralentissement du rythme en tête de peloton pour refaire un peu le trou. Son effort lui a permis d’être élu combatif du jour.

On pouvait s’y attendre l’espérer, des coups de bordure ont été tentés dans la partie venteuse propice à cela (à environ 35km de l’arrivée), les BMC ont mis le feu en tête de peloton, disloquant celui-ci en plusieurs parties. C’était guerre après une très longue période de paix relative.

Pendant que ça allait très vite, il y a eu un gros gadin à l’arrière, Anthony Roux (FDJ) a pris cher, Fredrik Kessiakoff (Astana) est allé au sol.

Sur le Mont Saint-Clair, ça a envoyé du pâté, tous les échappés ont été repris, Romain Zingle (Cofidis) a tenté de partir seul, Denis Menchov (Katusha) et Cadel Evans (BMC) ont pu s’extraire du peloton, Wiggins a dû prendre lui-même la chasse à son compte car Evans, Nicolas Roche (AG2R), Jurgen Van den Broeck (Lotto) et Menchov étaient partis. Cette montée était un véritable mur ! Evans a encore accéléré, mais au train, faisant craquer beaucoup de monde. Manifestement il cherchait à jouer le podium… Chris Froome (Sky) s’est accroché, tout comme Peter Sagan, en revanche la plupart des Français ont cédé. Ceci dit, il n’y avait pas réellement de trou, le reste du peloton était en file indienne en raison de l’étroitesse de la route.

Michael Albasini (Orica-GreenEdge) a attaqué dans la descente, suivi par Kevin De Weert (Omega Pharma-Quick Step). Ça n’a pas fonctionné.

Astarloza (Euskaltel) a tenté de contrer en bas de la descente, sans succès, les Sky ont repris la tête et fait le train. Encore un coup de pétard mouillé ? Pas obligatoirement. On s’est regardé pour savoir qui était dans le petit groupe de tête, qui n’y était pas, autrement dit connaître l’identité des coureurs pouvant être éliminés et s’il y avait un intérêt à aller vite devant.

Vinokourov (Astana) a essayé de partir seul, Albasini est parti le rejoindre. Le coureur d’Orica-GreenEdge espérait sans doute empêcher Sagan de s’adjuger une 4e victoire.

Les RadioShack ont pris en charge la poursuite, il ne restait plus grand monde dans leur groupe, peu de sprinteurs, mais André Greipel a pu le réintégrer. Du coup, les Lotto ont mis la gomme. Dans les 4 derniers kilomètres il y a eu de nouvelles bordures, il aurait pu y avoir des dégâts mais les coureurs pris dans la cassure ont tout de suite réagi.

Luis Leon Sanchez (Rabobank) a profité du regroupement en tête pour placer un contre à moins de 3km de l’arrivée, étrangement les Sky ont eux-mêmes refait le travail en tête. Pour Edvald Boasson Hagen ? Matthieu Sprick (Argos) a tenté de partir, Wiggins s’est alors lui-même mis à la planche pour emmener le champion de Norvège. Greipel était trop fort, il a battu Sagan d’un petit rien, les 2 hommes en sont à 3 victoires chacun.

2 Français ont fini dans le top 6, Sébastien Hinault (AG2R) 4e et Julien Simon (Saur-Saujasun) 6e. Le prix des couillons du jour est pour Orica-GreenEdge. Avoir autant roulé pour un mec qui a fini dans un gruppetto, c’est malin. Ce n’est pas une première, un membre de cette équipe avait aussi joué contre son camp en replaçant Cavendish (Sky) dans un sprint en début de tour, permettant au Britannique de l’emporter.

  • 14e ETAPE : de Limoux à Foix, 191km.

Une étape de montage sabotée, ça donne le triste spectacle vu en ce 15 juillet sur les routes pyrénéennes. Décevant, très décevant. Pourtant il y avait vraiment le matos pour voir un beau combat.

L’image du jour aurait pu être celle Cavendish roulant en tête du peloton dans la dernière ascension du jour. OK, c’était le début de la montée, mais quand même ! Ce n’est vraiment pas allé vite, c’est même allé très lentement. Une course d’escargots. Le Col du Portel (2e catégorie) en début d’étape n’allait à l’évidence avoir aucun impact sur la bataille pour le classement général, la probabilité était en revanche très grande qu’il joue un rôle dans la formation de la traditionnelle échappée du jour. Thomas Voeckler (Europcar) est passé en tête devant Kessiakoff, le porteur du maillot à pois. C’était la guerre entre ceux qui voulaient être devant.

Un groupe de 11 a fini par se former en plusieurs fois, on y trouvait quelques habitués des échappées et quelques gros clients : Gorka Izagirre, Philippe Gilbert, Cyril Gautier, Eduard Vorganov, Peter Sagan, Sébastien Minard (AG2R), Sandy Casar (FDJ), Martin Velits (Omega Pharma-Quick Step), Sergio Paulinho (Saxo Bank), ainsi que 2 Rabobank, Luis Leon Sanchez et Steven Kruijswijk.

Les échappés ont parfaitement profité de leur bon de sortie, ils ont creusé l’écart, ont eu plus d’un quart d’heure d’avance, personne n’a contesté à Sagan les points du maillot vert… A un moment Gautier a subi un problème mécanique, il a dû se démener pour retrouver sa place parmi ses 10 compères. Le Tour de France en mode ennui. 2 difficultés de 1ère catégorie étaient au programme, le Port de Lers (sommet à environ 65km de l’arrivée), il a été escamoté, et le Mur de Péguère (encore environ 38 bornes à avaler après l’avoir passé).

Quand les pentes sont devenues drues, le groupe a explosé, ils n’étaient que 4 à résister en tête, Sagan s’est bat pour revenir au train, Minard n’est pas parvenu à le suivre. Casar a accélèré à 1km du sommet car il ne pouvait se permettre de finir dans un groupe avec Sagan – énorme pancarte dans le dos du Slovaque – et ou Gilbert – aussi nettement plus puissant – contre qui il n’aurait eu aucune chance au sprint. Il a décroché tout le monde, mais pas de beaucoup, a basculé au sommet avec seulement quelques secondes d’avance suivi par 2 duos. La descente n’était pas super technique, elle était sèche, pas idéale pour maintenir un écart. Casar aurait dû finir seul sur le plat, la mission semblait impossible.

Dans le peloton – toujours à ¼ d’heure derrière donc dans la montée – Evans a tenté une attaque, Wiggins l’a suivi avec Froome dans sa roue, les meilleurs étaient encore là. Le Mur de Péguère porte bien son nom, des pentes à vous décoller la roue avant, une route très étroite, un monde fou…

Au bout de 2 ou 3 minutes de guéguerre, Richie Porte (Sky) est venu se mettre en tête pour faire le train, la sélection était faite, ça allait pourtant assez lentement (pente oblige).

Un triste épisode du Tour 2012 s’est déroulé lors des derniers mètres de la montée et dans la descente. Evans a crevé et a dû attendre une roue au sommet, faute d’être dépanné par sa voiture ou pas un BMC (ses rares équipiers n’ont pas vu son problème)… Il a dû attendre un autre équipier pendant une éternité, mais le premier arrivé à son secours… était dans la même situation, roue arrière crevée ! Finalement Moinard est arrivé et a pu lui donner sa roue… C’était la panique. La perte de temps était considérable ! Les voitures n’étaient pas là, bloquées plus bas.

Certains ayant dû remarquer qu’Evans avait un problème mécanique, alors ils ont levé le pied. Pierre Rolland avait déjà attaqué dans la descente, on l’avait déjà vu tenter des coups de ce genre dans les Alpes, il partait un peu avant le sommet, cette fois il n’a pas pu s’envoler plus tôt faute d’une route assez large pour doubler (il était en 2e ou 3e ligne donc ne pouvait voir ce qui se passait derrière). La tête du groupe maillot jaune a rejoint le Français qui est aussi vite reparti.

Dans le peloton, on a décidé d’attendre les retardés. Il faut dire qu’à force de se regarder ils ont pu comprendre le problème, ou du moins une partie du problème : les crevaisons se multipliaient. Evans a dû changer 2 autres fois de roue, Wiggins a eu un problème mécanique (il a changé de vélo), on a vu Kiserlovski au sol dans la descente, aucune image de l’accident ne permet de savoir ce qui a pu se passer, il semblerait qu’il se soit empalé sur un concurrent tombé à cause d’une crevaison.

Pendant ce temps, Rolland était seul à une distance indéterminée du peloton. Certains lui reprochent d’avoir voulu profiter des crevaisons, seulement il ne pouvait absolument pas deviner ce qui se passait. Comment l’oreillette aurait-elle pu fonctionner ? Rolland n’était suivi par aucune voiture, celle d’Europcar en tête de course était très loin devant, la suivante était sur l’autre versant du col très loin derrière, en montagne avec des arbres partout, ça ne pouvait pas passer. En prime les motos de la télé ont aussi crevé, personne ne savait exactement ce qui se passait.

On a fini par savoir qu’un – ou des – taré a jeté sur la route des tas de clous de tapissier un peu avant le sommet du Mur de Péguère, peut-être aussi dans la descente, il est aussi possible que les voitures et les vélos aient embarqué une partie de ces clous qui auraient été ainsi pu se répandre sur la route. Cet acte gravissime de sabotage a tué la course, il aurait pu tuer un coureur, c’est un moindre mal. De nombreuses motos, voitures et bien sûr un nombre incalculable de vélos ont été victimes de ces clous placés après le passage de l’échappée.

Rolland a été repris, il était seul contre un peloton – mené par les Lotto – qui a fini par se reformer, n’avait quasiment aucune indication concernant son avance, beaucoup trop de plat à faire seul pour réaliser l’opération espérée. S’il avait été au courant de tout, il aurait sans doute évité d’attaquer, mais attention, il ne faudrait pas oublier certaines choses. On a l’impression que l’application des fameux codes du peloton est à géométrie variable. Donnons des exemples :
-A-t-on attendu Rolland quand il a été victime d’une chute à quelques kilomètres de Metz ?
-A-t-on attendu Valverde et Van den Broeck au pied de la Planche des Belles Filles quand ils ont eu des ennuis mécaniques ?
Dans les 2 cas ont aurait pu, la guerre n’était pas réellement enclenchée. Si la volonté affichée par les Sky de neutraliser tout de suite après avoir basculé est due uniquement à la crevaison d’un seul concurrent, à savoir Evans, elle n’est pas justifiable car un simple incident de course ne peut engendrer ce genre de réactions, ce serait à la tête du client. Si les Sky ont été immédiatement mis au courant de l’épidémie, là oui, leur attitude était logique.

Le peloton a terminé en roue libre, une situation assez affligeante. Ce sabotage d’un taré a tué la course. Oublions donc le peloton pour nous intéresser à l’échappée.

Dans la descente Casar a été rejoint par Sagan et par le Basque, Sanchez et Gilbert ont du faire un gros effort pour recoller. La victoire allait donc se jouer dans ce groupe de 5. Quand Luis Leon Sanchez a attaqué à environ 11km de l’arrivée, personne n’est allé le chercher, mais le quatuor a continué à tourner en jouant battus. L’Espagnol est allé franchir la ligne seul, les autres ont été piégés. Ils n’étaient plus que 4 Rabobank encore en course, dont la moitié dans l’échappée, le plus malin a triomphé. Depuis le début du Tour, le cyclisme espagnol avait surtout brillé par les gadins de ses représentants, il a enfin sorti la tête de l’eau. Sagan avait une trop grande pancarte pour gagner, ça faisait une prise au vent… Il a battu Casar au sprint pour la 2e place 47 secondes après Sanchez. Le Slovaque s’est consolé en assurant le maillot vert, sa 2e place lui assure définitivement sauf abandon. Les autres membres de l’échappée sont arrivés intercalés, le peloton a mis des plombes à se pointer à l’arrivée. 18 minutes 15 secondes…

  • 15e ETAPE : de Samatan à Pau, 158,5km.

Typiquement une étape pour baroudeurs. Court donc nerveux, vallonné donc fatiguant, pas favorables à des équipes de sprinteurs soit décimées, soit épuisées par les 2 premières semaines, donc pas forcément plus rapides que des échappés décidés à aller se battre pour la victoire.

Sans surprise, le début d’étape a été une grosse baston, tout le monde voulait attaquer, il serait plus facile de faire la liste de ceux qui n’ont pas essayé de s’échapper que celle des gars qui ont tenté de prendre la poudre d’escampette. Wiggins a subi un problème mécanique au cours des premiers kilomètres, il a presque balancé son vélo dans le fossé pour en prendre une autre.

Un premier trio s’est détaché sous l’impulsion d’Arthur Vichot (FDJ), accompagné par Daniel Oss (Liquigas) et Kevin De Weert, ce dernier été remplacé par Dries Devenyns, son coéquipier (Omega Pharma-Quick Step). Qui dit attaque dit contre-attaques, le trio a été repris par un autre avec notamment Matthieu Sprick.

A l’avant du peloton, ça envoyait du pâté, les 6 hommes n’ont jamais pu se détacher très franchement, au moment du regroupement il y a eu des… contres, Devenyns est reparti, Fédrigo et Nicki Sørensen (Saxo Bank) l’ont rejoint, 2 duos sont sortis du peloton pour recoller, Dan Martin (Garmin) et Vinokourov ont réussi à se joindre la tête de la course, un trio a eu plus de mal mais y est parvenu. Le coup a encore fait long feu, Vino, Fedrigo et Sørensen ont réessayé, ça n’a pas marché.

Ce début d’étape a été un éternel recommencement, dans presque chaque attaque on trouvait un Astana et/ou un FDJ. Un nouveau groupe s’est formé, cette fois à 5, on y trouvait Bert Grabsch (OP-QS), Andriy Grivko (Astana), Yukiya Arashiro (Europcar), David Millar et Rui Costa, ils n’ont pas pu faire un véritable trou bien que restant longtemps à l’avant, il y a encore eu de nouveaux contres, c’était infernal. Les Sky ont essayé de bloquer la course mais dans le peloton ont n’avait rien à faire des demandes répétées de Boasson Hagen, dressé sur son vélo les bras écartés pour demander la paix. Avec son maillot à dominante blanche de champion de Norvège, on aurait dit qu’il hissait le drapeau blanc…

Il a fini par y avoir un regroupement général, on venait de faire 60 bornes à la planche, c’est alors reparti pour un tour ! Thomas Voeckler a pointé son nez en tête – il avait déjà essayé beaucoup plus tôt – avec une nouvelle fois Fédrigo et Dries Devenyns, un nouveau quintette s’est formé comprenant aussi Christian Vandevelde (Garmin) et Samuel Dumoulin. Les Sky ont décidé ENFIN de faire barrage en tête du peloton après avoir repris un Lampre. Fin des hostilités.

Nicki Sørensen a tenté de partir en chasse-patate quand les hommes de tête avaient déjà 45s d’avance. Une attaque à contretemps.

Le peloton s’est quasiment arrêté, en un peu plus de 10 bornes l’échappée a pris plus de 6 minutes d’avance. Sorensen plafonnant à une grosse trentaine de secondes, la Saxo Bank s’est mise à rouler très fort en tête du peloton pour forcer la main au quintette, le message était clair : soit vous attendez notre homme, soit on condamne votre échappée. L’équipe danoise a dû se créer quelques inimitiés, tout le monde au sein du peloton avait envie de souffler. Le message est bien passé et le chasseur de patates a été invité à se joindre à la fête en tête, au grand soulagement de tout le monde. 6 hommes en tête, un écart de nouveau stabilisé à 6’30, et roulez jeunesse !

Etrangement, Sky a remis en route assez rapidement, peut-être pour Cavendish, mais avec 3 côtes au programme, pas sûr que le Britannique soit à l’arrivée avec tout le monde. Il est possible que le groupe échappé ait réduit sa dépense d’énergie pour être en mesure de rivaliser plus tard avec le peloton.

A un moment la Lotto a essayé de ramener le peloton, voyant rapidement que leurs efforts ne suffiraient pas faute d’aide d’une autre équipe, ils ont calmé le jeu. Greipel est trop dominant dans les sprints massifs pour que d’autres veuillent finir les étapes au sprint.

Voeckler a pris les 4 points distribués lors des 3 petites difficultés du jour, ça pourrait lui servir plus tard pour le classement de la montagne, il n’y a pas de petit profit. Il n’y aura pas eu lutte, tout comme au sprint intermédiaire, du coup on s’est pas mal ennuyé jusqu’à l’explication finale.

Sørensen a été le premier à flinguer, il l’a fait en ayant en vue la banderole des 10 kilomètres. Il a essayé plusieurs fois. Ça n’a pas fonctionné, c’est devenu de la piste très loin de l’arrivée, plusieurs accélérations ont été tentées, celle de Fedrigo a été très franche, il est parti, seul Vandevelde a pu réagir, les autres se sont regardés, les Français ne voulaient pas rouler sur un compatriote et de toute façon Dumoulin était presque à sec. Sørensen a été obligé de faire l’effort. Il restait 6 gros kilomètres.

Les 4 de derrière ont tous essayé de se décaler pour rejoindre les hommes de tête sans ramener les autres. Le duo tournait bien, c’était peine perdue pour le quatuor, sauf grosse mésentente. Voeckler et Sørensen ont fini par se détacher, Dumoulin était trop juste pour revenir sur Devenyns, peu importe, il ne s’agissait plus que de se disputer les places d’honneur.

Fédrigo a maitrisé très tranquillement la fin de l’étape et gagné le sprint en puissance, l’Américain n’a jamais en mesure de déboîter pour le doubler. Voeckler a pris la 3e place au sprint.

Fédrigo avait déjà gagné 3 fois sur le Tour, notamment 2 fans la région, à Tarbes et au même endroit, à Pau, une étape avec de grosses difficultés loin de l’arrivée, c’était 2010, j’avais annoncé sa victoire la veille. Cette fois je me suis contenté de l’annoncer dès qu’il est sorti la 2nde fois. Le seul qui en principe pouvait battre le FDJ en cas d’arrivée groupée était Dumoulin, il n’avait pas peur des autres, il lui suffisait de contrôler. Cette étape a manqué de suspense… Il faut savoir que Fédrigo revient de loin, il a eu la maladie de Lyme, une sal*perie transmise par les tiques. Son année 2011 a été pourrie par ce problème de santé.

Cette étape a été marquée par 6 abandons. Sylvain Chavanel (OP-QS) est monté dans sa voiture assez tôt, c’était prévu, il est malade depuis un bout de temps, il aurait même dû dire stop beaucoup plus tôt afin de se soigner en prévision des JO, on a peut-être perdu une médaille dans cette affaire. Arf.

Encore au complet avant cette étape, Europcar a perdu 2 hommes d’un coup, d’abord Vincent Jérôme puis Giovanni Bernaudeau, le fils du patron. En outre Yauheni Hutarovich (FDJ) a préféré l’abandon au hors-délais, la motivation de l’abandon de Kenny van Hummel (Vacansoleil) est sans doute la même, je ne sais pas ce qu’il en est concernant Brett Lancaster (Orica-GreenEdge), mais il a suivi le mouvement.

Le peloton ne compte plus que 156 éléments (sur 198) avant la dernière ligne droite… qui ne sera pas droite, très pentue, bien hard. La journée de repos ne sera pas de trop avant les 2 grandes étapes pyrénéennes.