• 18e ETAPE : Blagnac et arrive à Brive-la-Gaillarde, 222,5km.

On attendait les baroudeurs, on a vu les baroudeurs, mais à l’arrivée, on a surtout vu Cavendish (Sky), il a fait l’avion. C’était raccord car avant le départ la patrouille de France a survolé la course en compagnie d’un A380 (ils sont fabriqués juste à côté), et un peu avant l’arrivée on nous a montré l’aéroport de Brive.

C’est allé super vite, c’était le b*rdel pendant toute la journée, l’étape s’est terminée vers 16h20. On aurait pu avoir un Roy – Jérémy Roy (FDJ) – victorieux devant un président, mais un sujet de sa Majesté a attaqué à 200m de l’arrivée… On aurait dit Van den Broeck au sommet d’un col… mais en vachement plus efficace[1] !

Je vous fais le résumé rapide : pendant 70 bornes ça a attaqué dans tous les sens, aucun groupe ne s’est réellement détaché, tout le monde voulait être devant et les équipes n’ayant aucun de leurs membres parmi les échappés roulaient en tête du peloton pour revenir. A un moment, sous l’impulsion de Roy, 16 hommes ont réussi à former la grande échappée du jour. Allons-y pour la liste : Yaroslav Popovych (RadioShack), Yukiya Arashiro (Europcar), David Millar (Garmin), Julien Fouchard (Cofidis), Edvald Boasson Hagen (Sky), Adam Hansen et Jelle Vanendert (Lotto), Kris Boeckmans (Vacansoleil), Luca Paolini (Katusha), Rui Costa (Movistar), Nick Nuyens et Karsten Kroon (Saxo Bank), Vinokourov (Astana), Michael Albasini (Orica) et Patrick Gretsch (Argos), et bien sûr Roy.

Là encore, le peloton n’était pas décidé à laisser faire, il a contrôlé – pas plus de 3’30 d’avance – et s’est décidé très tôt à envoyer du pâté pour opérer un regroupement assez rapide de façon à permettre de nouvelles attaques (certains préféraient finir au sprint), ce que devait permettre la Côte de Lissac-sur-Couze à 10km de l’arrivée.

Pendant la course il y a eu un gros accident dans le peloton, un énorme chien noir – genre Terre-Neuve – non tenu en laisse s’est invité au milieu des coureurs, en envoyant plusieurs au sol, notamment Arthur Vichot (FDJ), Denis Menchov (Katusha), Tyler Farar (Garmin) – le mec qui est à peu près impliqué dans 75% des chutes depuis le début du Tour – et Philippe Gilbert (BMC), excédé par cette situation. Le Belge aurait pu remonter de suite sur son vélo mais il est allé faire une trotte pour aller dire ses 4 vérités au propriétaire du clébard. Le type en question tenait ENFIN son chien en laisse et serrait près de lui sa femme et sa gamine. La pauvre petite a dû être traumatisée ! Heureusement que le directeur sportif de BMC était là pour retenir son coureur sinon le père de famille prenait un gnon ! Nan mais sérieusement, venir sur le bord de la route pour voir une course cycliste avec un chien, déjà, c’est grotesque, mais alors en ne le tenant même pas en laisse, c’est limite criminel, ça ne vaut pas les clous de tapissier de l’autre jour, ça mériterait tout de même un bon mois de prison ferme.

L’image du jour… les 3 petits ânes habillés en jaune, vert et maillot à pois, juste grandiose, bravo au mec qui a fait ça.

Parlons de la fin de la course. Bon, ça a explosé à partir de la côte de Souillac à 42 bornes de l’arrivée, puis il y a eu plein de contres. Après de multiples tentatives dans tous les sens, Boasson Hagen avait une énorme pancarte dans le dos, difficile pour lui de bouger. Hansen en a mis une bonne, rejoint par Roy. Les 2 hommes ont tenu un petit moment, mais un des petits groupes qui tentaient de recoller y est parvenu, Paolini, Vinokourov et Nuyens ont réussi, ça a réexplosé, le peloton était sur le point d’avaler tout le monde. C’est reparti à 3 avec Vino qui faisait tout, Paolini qui voulait sucer les roues et Hansen qui avait déjà beaucoup donné et espérait maintenant la victoire de son sprinteur, André Greipel (il avait un bon alibi pour ne pas rouler). Dans la dernière côte il y a eu de nouveaux contres, Nicolas Roche (AG2R) et Luis Leon Sanchez (Rabobank) ont attaqué, le premier pour reprendre du temps au général, le second pour remporter l’étape. Andreas Klöden (RadioShack) a eu la même idée que l’Irlandais. Ça a bataillé jusqu’au bout, les Sky ont fait l’effort pour Cavendish, Bradley Wiggins a lui-même fait une partie du travail pour son coéquipier champion du monde. C’est seulement à quelques mètres de la ligne que l’accélération monstrueuse de Cavendish a eu raison des derniers espoirs de Roche. Une cassure dans le peloton après le 14e de l’étape a permis à Roche et à Klöden de reprendre 4 secondes au général. Il faut savoir qu’en fin d’étape il a plu. Et oui… François Hollande est venu suivre le derniers kilomètres, lui, le président de tous les… Corréziens. Partout où il passe, il fait un temps dégueulasse. Après la ligne il est allé se faire un petit bain de foule, nous offrant au passage une image ridicule. Une femme était au téléphone en train de dire à quelqu’un de sa famille ou à une amie un truc du genre «je suis à côté du Président, je vais lui serrer la main, je vais passer à la télé !», elle lui a tendu son téléphone… et il a tapé la discut’ avec la personne au bout du fil.

Bref. Cette étape terminée à environ 16h20, soit une heure plus tôt que d’habitude, ne restera pas dans les mémoires, sauf dans celle de Gilbert, de la gamine dont le père a failli se prendre une droite, dans celle de Cavendish et dans celle de la dame qui pourra raconter l’anecdote du téléphone à ses amies.

En revanche, ce qui s’est passé après l’étape restera dans la mémoire de beaucoup plus de coureurs.

  • TRANSFERT : de Brive à Bonneval, 4h30 environ pour ceux qui ont dû le faire en bus.

Les 20 premiers du général ont eu droit à l’hélicoptère pour être beaucoup plus vite à l’hôtel avant le contre-la-montre de samedi, les autres ont dû faire le déplacement en bus. Dans le principe, on peut comprendre, surtout que très peu de concurrents sérieux pour la victoire dans ce chrono étaient hors du top 20, à vrai dire la plupart des meilleurs rouleurs (Cancellara, Martin, Chavanel) ont abandonné depuis un moment, on ne peut pas offrir l’hélico à tout le monde et trouver un avion pour faire Brive-Bonneval n’est pas possible. Le problème n’est pas là. Le problème, c’est d’avoir eu l’idée de mettre le clm entre Bonneval et Chartres ! C’est ridicule.

  • 19e ETAPE : clm de Bonneval à Chartes, 53,5km.

Super plat, pour véritables rouleurs, le vent semble un peu avoir tourné à un moment. Il n’y avait aucun suspense, Wiggins devait gagner, il l’a fait en mettant à la misère à son dauphin (1’16), Chris Froome devait finir 2e, il l’a fait (34s plus vite que le 3e). Au général, on pouvait s’attendre à quelques petits changements dans le top 10, ils ont été très rares car Thibaut Pinot (FDJ) a remarquablement résisté, il a bien géré son effort, a limité la casse en réussissant à finir fort (41e à 5’31 mais c’est une seconde de moins qu’Haimar Zubeldia, 6e du général). Il était menacé par Roche, il est allé beaucoup plus vite, Klöden lui a repris du temps mais pas assez. Pierre Rolland (Europcar) a pris cher, 6’14, mais il a préservé sa 8e place pour 7 secondes, Janez Brajkovic (Astana) a failli lui piquer.

Cadel Evans (BMC) a encore explosé en vol, il a décroché mentalement depuis un moment, le voir se faire doubler par Tejay Van Garderen, son jeune coéquipier (et maillot blanc) était assez pathétique, ça lui aura néanmoins permis d’avoir un point de mire et de ne pas se faire doubler au classement par Rolland et Brajkovic.

Beaucoup de coureurs n’ont pas fait le clm à fond, ça fausse la donne, on notera tout de même les performances de LL Sanchez, champion d’Espagne de la spécialité, 3e de l’épreuve, Peter Velits (Omega Pharma-Quick Step) a fini 4e, un 3e coureurs de Sky a pris la 5e place, il s’agit de Richie Porte, si d’autres Sky avaient été chargés d’allés chercher un gros temps on aurait probablement trouvé d’autres équipiers de Wiggins dans le top 10, à la place on a un Jérémy Roy 10e, un Matthieu Sprick (Argos) 12e, Anthony Roux (FDJ) 15e.

Résumé : sans surprise, hormis des bonnes pour les Français.

Cette année la dernière étape était très courte, la parade a pourtant été interminable. Je n’ai pas l’impression qu’on ait ouvert le champagne… On va directement passer aux Champs-Elysées car le défilé à 2 à l’heure dans la campagne – tant qu’à faire, autant parader en ville devant du PUBLIC, non ? – n’avait aucun intérêt.

On a laissé George Hincapie (BMC) et Christopher Horner (RadioShack) entrer sur les Champs en tête car c’était leur dernier Tour. Jens Voigt (RadioShack) et Danilo Hondo (Lampre) ont tenu un petit moment en tête, d’abord en duo, ensuite au sein d’un groupe de 11. Voigt s’est de nouveau détaché, cette fois accompagné de Sébastien Minard (AG2R) et de Rui Costa. Par moments aidés par d’autres équipes, les Liquigas et les Sky ont roulé tout du long mais ont eu du mal à revenir, les différents groupes ont en 20 à 30 secondes d’avance pendant presque l’intégralité des tours sur le circuit final.

Hondo s’est encore fait remarque… en tombant tout seul lors de la dernière descente des Champs, projetant Mikaël Chérel (AG2R) au sol, un accident super violent dont le Français a heureusement pu se relever.

Les échappés ont été repris à moins de 3km de la fin, les Saxo Bank étaient en tête, puis Wiggins a lui-même roulé pour Cavendish… qui a gagné, sans surprise, en sortant même Matthew Goss (Orica-GreenEdge de sa roue), et en ne permettant pas à Peter Sagan (Liquigas) de le remonter, ce dernier ayant très mal négocié le dernier virage, sans doute par manque d’habitude de cette arrivée qui devrait bien lui convenir dans le futur car c’est un sprint en montée.

Cavendish a remporté sa 3e étape sur ce Tour, la 4e en 4 ans sur les Champs, la 23e de sa carrière sur la Grande Boucle, il s’agit de la 6e victoire de l’équipe Sky – ça aurait dû être la 7e si Wiggins avait laissé Froome partir à Peyragudes, on aurait alors fini le Tour avec un quadruplé Sky, on a eu un triplé – et la 7e des coureurs Britanniques. J’ai fait une overdose de Rosbifs, de Haggis et compagnie… Et dire que les JO de Londres débutent dans quelques jours…

  • BILAN.

Soulignons d’abord que la plupart des équipes ont raté leur Tour de France et rentrent bredouilles. Celles qui s’en sont bien ou très bien sorties sont rares. Dans l’ordre on citera : Sky (doublé, 6 victoires, 2 semaines en jaune et le titre), Europcar (3 belles étapes, maillot à pois), Liquigas (3 étapes et le maillot vert, essentiellement grâce à Sagan, podium pour le leader de l’équipe), Lotto (3 victoires), FDJ (2 victoires, beaucoup de places d’honneur et la révélation française du Tour), RadioShack (victoire dans le prologue, une semaine en jaune et victoire au classement par équipes). Luis Leon Sanchez (Rabobank) et Alejandro Valverde (Movistar) ont sauvé le cyclisme espagnol de la catastrophe et leur équipe du zéro absolu. Garmin s’en sort aussi avec une victoire. Le bilan est contrasté chez BMC, le flambeau a été transmis à la nouvelle génération par un Cadel Evans déjà périmé. L’Australien a bien fait de gagner le Tour de France 2011, c’était l’occasion ou jamais… Sur les 153 coureurs qui ont terminé l'épreuve, pas mal sont passés totalement inaperçus.

Certaines autres équipes ont eu l’occasion de se montrer, jamais elles n’ont pu gagner. On va éviter de s’étaler sur la loose. La Saxo Bank a évité la catastrophe grâce au prix du super-combatif remis à Chris Anker Sørensen. C’est une belle arnaque, ceci pour 2 raisons :
-je suis sûr que les votants ont oublié qu’il y avait 2 Sørensen dans l’équipe, d’un jour à l’autre ce n’était pas le même, on a vu souvent un Sørensen de Saxo Bank à l’avant, mais Nicki a été quasiment aussi actif,
-et si maintenant on est récompensé pour avoir eu le courage de finir une étape avec la main défoncé et des doigts à moitiés coupés… parce qu’on a été assez stupide pour vouloir retirer EN ROULANT un bout de journal coincé dans ses rayons, c’est que les votants ont mal compris, ils ont voté pour le super c*n du Tour, pas le super-combatif !
Perso j’aurais choisi parmi Voeckler, Sagan et Kessiakoff (pas Morkov dont les attaques n’avaient pour but que d’être super-combatif).

Le seul maillot à avoir été véritablement disputé est le blanc à pois rouge, celui du vainqueur du classement de la montagne. Thomas Voeckler (Europcar) et Fredrik Kessiakoff (Astana) ont longtemps lutté pour l’obtenir, le Français n’en ayant pourtant fait un véritable objectif qu’assez tard.

Le maillot vert a été facilement remporté par Peter Sagan, nettement supérieur à ses concurrents potentiels en étant pourtant pas le meilleur sprinteur du lot mais en compensant largement par d’autres qualités, notamment lors des arrivées en côté, il est allé chercher des points lors des sprints intermédiaires et même à l’arrivée d’étapes de montagne en se glissant dans les échappés. Finalement les circonstances de course – les chutes de sprinteurs la première semaine – n’ont pas eu une influence décisive sur le classement, il était juste au-dessus du lot car infiniment plus polyvalent que Cavendish et Greipel qui ont gagné autant d’étapes que lui.

Le maillot blanc du meilleur jeune n’a pas réellement fait l’objet d’une grosse bataille, Rein Taaramae (Cofidis) l’a porté un temps avant d’exploser, Tony Gallopin (RadioShack) aurait pu tenter de se battre pour l’obtenir mais il a dû abandonner, malade, du coup ça s’est résumé à un vague duel entre les 2 révélations du Tour, Tejay Van Garderen, le Ricain, et Thibaut Pinot, encore beaucoup plus jeune. Le Ricain – à qui Maurice Greene habillé en short et t-shirt un peu façon touriste allemand au camping dans le Sud – a de belles qualités clm, je suis plus sceptique quant à son réel niveau en montagne, je pense qu’en cas de véritable bagarre il sauterait relativement vite. Le Français peut encore beaucoup progresser dans les chronos, il a gagné une étape en moyenne montagne, a terminé 2e et 4e lors des 2 arrivées au sommet dans les Alpes et les Pyrénées, c’est un pur grimpeur, il n’a que 22 ans, on a le droit de croire en lui pour l’avenir…

Le maillot jaune… une mascarade, on ne va pas s’attarder là-dessus, c’était un Tour promis à un rouleur, un spécialiste de la poursuite sur piste a gagné, Froome a pris la 2e place en ayant 2 fois eu l’occasion de montrer qu’il méritait mieux, d’abord vers La Toussuire, puis vers Peyragudes, à chaque fois l’image du cyclisme a été écornée. A vrai dire, hormis Froome, qui m’a semblé être un cyborg, j’ai l’impression d’avoir vu beaucoup de coureurs assez humains dans le sens où pas un seul n’a échappé à la défaillance, tous ont été vus à la peine au moins une fois, y compris Wiggins, incapable de suivre son équipier dans la haute montagne, en général quand un coureur faisait un grand numéro un jour il le payait le lendemain. La fin du dopage ? Certainement pas, mais une chose est claire, on ne voit plus le même cyclisme qu’il y a quelques années. On peut le constater, beaucoup d’éléments corroborent ce constat : les absences font du bien (celle de Contador notamment), ceux qui ont été suspendus pour dopage reviennent nettement moins forts, un vent nouveau arrive avec un changement de génération dont la déchéance – relative – d’Evans est le symbole tout comme la révélation du talent de Thibaut Pinot, les défaillances sont devenues chose courante, y compris chez les leaders[2], d'où des écarts importants au classement général, les vitesses moyennes sont inférieures aux habitudes, le peloton a souvent affiché un réel besoin de souffler lors des étapes de transition, le rythme était en général moyennement soutenu au sein du groupe maillot jaune dans la plupart des ascensions, ça n’accélérait en général que dans la dernière…

Même les affaires de dopage traditionnelles des jours de repos accréditent la théorie du changement, on en a d’abord eu une d’une gravité nettement moins importante qu’annoncé au départ, celle concernant Rémy Di Grégorio (Cofidis), puis une assez mystérieuse concernant Fränk Schleck (RadioShack).

Sky a cadenassé la course, on s’est ennuyé ferme, les Français ont été les seuls à se battre pour sauver le 99e Tour de France, leurs 5 victoires et la nouvelle épopée de Voeckler ont bien limité les dégâts. Le tracé était très moyen, pour ne pas dire loupé, contrairement à l’an dernier, et la sélection des équipes a eu pour conséquence de nous offrir un Tour pauvre en véritables grimpeurs.

Cette édition restera la plus grande de l’histoire du cyclisme britannique, la plus formidable pour le cyclisme slovaque, un bon cru pour le nôtre, quand nos jeunes sprinteurs très prometteurs prendront le départ, ça pourrait être encore mieux. Sera-ce l’année prochaine pour le 100e Tour de France ? Le départ avec 3 étapes en Corses, un clm par équipes à Nice puis des étapes de montagne mythiques devrait avoir une autre gueule et nous permettre… de nous régaler.

Notes

[1] J’explique la référence : plusieurs fois le Belge a attaqué au sommet des cols pour aller chercher des bidons ou pour attaquer mollement dans les descentes.

[2] Faut-il le rappeler, l’escroc GrosBras n’a pas eu une seule défaillance lors des 7 fois 3 semaines de ses 7 Tours gagnés !