Reprenons dans l’ordre.

La session de l’après-midi a débuté par le 800m féminin… Sans Française. Camille Muffat a battu le record du monde lors des Championnats de France la semaine dernière, elle a d’autres priorités à Chartres. Lotte Friis a remporté la course, c’était prévu. Katinka Hosszu n’a pris que la 8e place, on ne peut pas gagner tout le temps. Notons qu’une des médailles est revenue à une Britannique engagée lors de la série nagée le matin.

La durée des championnats (4 jours) fait que les 50m sont organisés selon un format en 3 étapes (séries, demies, finale) étalées au cours de la même journée (matin, début de session de l’après-midi, fin de session de l’après-midi). Il faut y ajouter les relais, en l’occurrence le 4x50m 4 nages… mixte. Une première peut-être inspirée par le relais mixte de biathlon, épreuve créée il y a quelques saisons et de plus en plus mise en avant par l'IBU. Lors des séries le matin l’équipe de France a difficilement arraché sa qualification, on a donc décidé de modifier sa composition pour la finale. L’idée du relais 75% clan Manaudou a été abandonnée. On y reviendra un peu plus bas car 3 des 4 nageurs retenus pour disputés la finale étaient d’abord engagés sur l’aller-retour en dos et en papillon.

Jérémy Stravius et Benjamin Stasiulis ont dominé leur demi-finale du 50m dos, le premier a été très impressionnant en contrôlant. En l’absence de quelques concurrents sérieux dont Camille Lacourt mais surtout Stanislav Donets, on attendait l’Amiénois sur la première marche du podium, pourquoi pas avec son ancien coéquipier en club, les 2 hommes ayant réalisé le meilleur et le 3e temps des demies. Le départ et la coulée sont les spécialités de l’école d’Amiens, on l’a encore vu, y compris chez ces demoiselles. Le 50m papillon (en grand bassin) a révélé Mélanie Henique il y a 2 ans avant de récidiver de façon éclatante l’an dernier, elle participait à la 2nde demi-finale en compagnie d’Anna Santamans. Henique a remporté sa course en établissant elle aussi le meilleur temps des qualifiés pour la finale (record perso). En revanche Santamans s’est arrêtée là.

Il n’y avait pas de Français en finale du 400m 4 nages car ils n’ont pu passer les séries (ils étaient 3 engagés). Laszlo Cseh a décroché son 15e titre européen en petit bassin[1]. Sur 200m brasse (F), là encore l’équipe de France n’était pas représentée, en revanche en finale du 100m brasse on retrouvait Giacomo Perez-Dortona. 7e qualifié donc complètement à l’extérieur, le Marseillais a tout donné et a réussi à créer la surprise en montant sur la 3e marche du podium. Cette médaille de bronze arrachée à la Hugues Duboscq – le Normand a souvent décroché des récompenses en s’arrachant caché dans un couloir extérieur – en explosant son record perso derrière est la première individuelle de sa carrière après son premier titre en relais jeudi. Le moustachu de l’équipe de France a manqué l’argent au centième de seconde près, il est parti fort, sans pression, et s’est accroché tout du long. L’Italien Fabio Scozzoli a été titré logiquement.

Perez-Dortona a ouvert la chasse aux médailles, Charlotte Bonnet a suivi. Qualifiée pour la finale du 100m NL avec le meilleur temps, la Niçoise a plongé au couloir 4. On espérait l’or tout en sachant que le niveau était relevé. Certes, tout le monde n’était pas là, par exemple Camille Muffat est en principe plus rapide, mais peu importe, l’histoire retiendra les médailles, pas qui était dans le bassin. Elle a pris un peu de retard lors des premières longueurs et n’a pu le combler. Jeanette Ottesen est partie très vite, peut-être la jeune Française (17 ans, plus jeune concurrente de la finale) a-t-elle été un peu surprise ou piégée, elle a fait l’effort pour rester dans le coup sans pouvoir recoller. La Russe Veronika Popova en a profité, elle a coiffé la Danoise sur la fin (et a plus pleuré sur le podium que Cesar Ciélo^^), Bonnet a pris le bronze. Une première finale individuelle internationale pour une première finale internationale[2], c’est une belle perf, on ne le dira jamais assez.

Cette médaille de bronze a aussi permis de débloquer le compteur des filles, car jusqu’alors les hommes avaient été les seuls à s’inviter aux cérémonies protocolaires.

Quelques minutes plus tard, Laure Manaudou a tenté de l’imiter ou de faire mieux sur 100m dos. Sa dernière médaille internationale avait été obtenue en petit bassin sur cette distance, c’était en 2008 à Rijeka après son échec pékinois et avant sa première retraite. Plusieurs fois championne d’Europe sur cette distance, l’icône de la natation française était en tête à mi-parcours, elle n’a pu suivre la jeune Daryna Zevina (jolie Ukrainienne née le 1er septembre 1994) mais a décroché une belle médaille d’argent (le temps était nettement meilleur pour obtenir le bronze à Rijeka). Il lui restera le 50m dos pour décrocher l’or (et en principe le relais 4 nages), ce qu’elle aurait aimé faire aussi en lançant le relais mixte mais on va le voir plus bas, stratégiquement une autre solution a été jugée préférable.

Mehdy Metella ou Romain Sassot ? En principe un des 2 devait monter sur le podium du 100m papillon. Le frère de la vice-championne olympique d’Athènes n’a pas lâché la 3e place et a obtenu lui aussi sa première médaille pour sa première finale chez les seniors. Au passage le Guyanais a pulvérisé son record perso. Sassot a fini 5e, il n’a pas de regret à avoir. Nouveau titre pour la Russie.

Mélanie Henique, première chance… après s’être arrosée abondamment avec une bouteille d’eau, la papillonneuse est montée sur le plot, a plongé, mais Ottesen est mieux partie, l’Amiénoise a dû se battre pour décrocher une nouvelle médaille de bronze. Il n’y a pas de regret à avoir compte tenu de la perf de la Danoise (MPM). Aliaksandra Herasimenia a pris l’argent en battant la Française d’un dixième).

On a enchaîné avec la finale du 50m dos, Jérémy Stravius briguait sa 3e médaille en 2 jours, il avait Benjamin Stasiulis à côté de lui. Et comme espéré l’or l’attendait au bout de son aller-retour en regardant le plafond, avec un très bon temps de surcroit. Jérémy Stravius s’affirme comme un véritable taulier de l’équipe de France malgré son échec individuel lors de la dernière saison en grand bassin. Stasiulis n’a pas connu le même succès, il a échoué à la 5e place à moins d’un dixième du podium.

Pour finir, le 4x50m 4 nages mixte. On a choisi de mettre les 2 hommes lors des 2 premiers relais afin de ne pas prendre de retard et de permettre aux filles d’éviter de subir les vagues. Toutes les nations n’ont pas eu la même tactique (ça dépend aussi du niveau de vos nageurs, si votre meilleur dossiste est nul mais que vous avez une fille très forte en dos, il serait stupide de lancer le garçon). Le matin on avait tenté une autre stratégie avec au départ Cloé Credeville (dos), puis Florent Manaudou en brasse, Justine Bruno en papillon et Fred Bousquet pour conclure en crawl. Cette option s’est avérée mauvaise, la qualification a été obtenue d’extrême justesse avec le 8e temps (9 centièmes de mieux que la première équipe éliminée), il a fallu réfléchir à autre chose. L’idée de base pour la finale était l’enchaînement suivant : Laure Manaudou, Florent Manaudou, Fred Bousquet, Anna Santamans. Comme il s’agissait de la première du relais mixte, on n’avait aucun recul, mais on a vite appris. En réalité, c’est comme sur un 4x200m en grand bassin, lancer le meilleur en premier permet d’avoir de l’avance, de faire la course en tête et de ne pas nager dans les remous, de surcroît ça galvanise ceux qui plongent avec une avance à conserver plutôt qu’un trou à combler en ayant peur de se faire rattraper. Pour cette raison, les 2 premiers relais ont été assurés par les hommes.

Quelques minutes seulement après sa victoire sur 50m dos, Jérémy Stravius s’est de nouveau présenté au départ. Qu’a-t-il fait ? Il a battu le record de France en nageant nettement plus vite que lors de sa course individuelle. Vous en connaissez beaucoup des mecs qui se donnent à fond pour décrocher un titre individuel et dans la foulée parviennent à se dépouiller pour l’équipe au point de réussir une performance encore plus impressionnante que quand c’est seulement pour leur pomme ? Ce mec est le coéquipier ultime, c’est un modèle, il mériterait un prix spécial en reconnaissance de son attitude irréprochable et même admirable. Il a loupé la qualification individuelle pour les JO, peu importe, Christian Donzé – le DTN, décédé tragiquement il y a quelques semaines – lui a fait confiance en le repêchant pour les relais, alors l’Amiénois a bossé très dur pour ne pas le décevoir et rendre service à la France. Dans sa situation beaucoup auraient rechigné à s’entraîner comme des forcenés pendant des mois. Aux Championnats d’Europe en grand bassin il n’a pas joué la carte perso, contribuant ainsi au titre sur 4x100m avec Leveaux, Bernard et Bousquet. Aux JO, compte tenu de sa perf le matin il pouvait légitimement s’attendre à disputer la finale du 4x200m après avoir déjà été écarté – plus logiquement cette fois – suite aux séries du 4x100m dont il a eu la médaille d’or mais en tant que remplaçant utilisé. L’a-t-on entendu se plaindre ? Jamais.

Pour lui, ces championnats sont à la fois un moyen de se faire plaisir après cette année difficile et frustrante, un moyen de se relancer, d’emmagasiner de la confiance, de remercier ses partenaires et ses soutiens (son club, ses sponsors, etc.) mais aussi une occasion formidable de partager avec le public et ses amis. Ce 4x50m mixte ainsi composé lui a permis de disputer une course avec Mélanie Henique, son amie (très proche, petite, mais pas petite amie, ou alors ils sont très très forts en cachoteries^^) avec qui il s’entraîne à Amiens. La papillonneuse sort d’une année horrible, il a aussi fait de son mieux pour elle.

Après le parcours héroïque de Jérémy Stavius en dos, Florent Manaudou a assuré un gros relais en brasse pour satelliser l’équipe, Mélanie Hénique – un peu entamée par sa finale – puis Anna Santamans – plus fraiche – ont envoyé tout ce qu’elles avaient, les autres équipes ont pu se rapprocher (3 dixièmes au départ quand la Niçoise a plongé) mais pour finalement se faire de nouveau décrocher. A l’arrivée l’écart est supérieur à la seconde.

L’histoire retiendra que le premier titre européen en relais mixte est revenu à la France.

A peine sorti de l’eau, Jérémy Stravius est monté sur le podium pour recevoir sa 3e médaille, celle du 50m dos.

Dans la foulée c’était au tour de Mélanie Henique de recevoir le bronze du 50m papillon.

Et pour finir la session, les Amiénois sont remontés sur le podium pour recevoir les médailles d’or. Manaudou et Stravius ont 3 titres chacun, le second a aussi remporté une médaille d’argent. Lors des 2 derniers jours ils peuvent encore en décrocher… Combien ? Je vous le dis dimanche soir.

Notons aussi que :
-Grégory Mallet a pris la 3e place de sa série du 100m NL, il s’est dépouillé. Vladimir Morozov s’est baladé… Yannick Agnel s’est qualifié 2e de la seconde demi-finale, soit le 3e chrono derrière les 2 Russes (Mallet 5e).
-Sophie De Ronchi participera à la finale du 200m 4 nages, elle a réalisé la 5e performance des demi-finales.

J’ai préféré vous épargner le chapitre sur les séries du matin, notamment les éliminations parce que 2 autres Français étaient allés plus vite.

Notes

[1] Plus 11 en grand bassin pour seulement 1 titre mondial… mais un total de 51 médailles olympiques, mondiales et continentales.

[2] Elle a déjà été médaillée en relais.