Le marronnier absolu du petit qui élimine le gros me saoule profondément. Perso, ça ne me fait pas rêver. Les ¾ du temps quand des amateurs affrontent un club pro, ils jouent à 11 derrière, mettent des coups en totale impunité, le tout sur une pelouse dégueulasse travaillée exprès en y faisant séjourner des sangliers au cours de la semaine. De temps en temps on voit une équipe réaliser un très beau parcours en jouant au foot, ça reste une toute petite partie des "exploits". Quant aux amateurs, s’ils sont amateurs, c’est rarement sans raison. Alors oui, ceux passés par un centre de formation ont en général de bonnes bases, ils peuvent donc parfois rivaliser pendant un temps, surtout en blindant contre des joueurs pros pas toujours motivés et inhibés par la peur du ridicule.

Sur le long terme (un championnat ou une série de plusieurs rencontres) ou simplement en aller-retour, ça se passerait bien différemment. Avec le système anglais[1] on n’aurait pas autant de surprises. Peut-on encore parler de surprises dans la mesure où tout est fait pour qu’elles surviennent ?

Non aux inversions même s’il y a 5 ou 6 divisions d’écart ! Pourquoi les joueurs amateurs sont-ils privés de Parc des Princes ou de Vélodrome à cause de ce règlement ? Ne serait-ce pas plus magique pour eux que de devoir se déplacer à l’autre bout de leur région dans un stade homologué où ils n’ont aucun repère ?
Non à l’arbitrage laxiste qui pousse certains entraîneurs à faire tourner de peur de perdre des éléments majeurs de leur effectif et fausse souvent les rencontres ! La mansuétude dont bénéficient les petits casseurs est totalement incohérente avec la sévérité extrême dont les arbitres font preuve en L1.

Même la date favorise les petits, c’est juste après la trêve, au moment où pas mal d’Africains ont rejoint leur sélection pour la CAN (ils manqueront encore pour le 16e de finale), au moment où les pelouses sont en général dans un état lamentable… Ceci dit, le calendrier est difficile à mettre en place et concernant ce point précis on peut difficilement en vouloir à la FFF, elle n’a pas d’alternative évidente. En revanche, elle pourrait se prémunir de quelques boulettes. Le pompon cette saison est que contrairement aux habitudes, les matchs se dérouleront en semaine dès les 16e de finale, d’habitude les 2 premiers tours avec des pensionnaires de L1 étaient organisés lors de week-ends, ce n’est plus le cas malgré le grand nombre de clubs amateurs encore en lice. Pour l’exposition de la compétition, c’est désastreux.

En outre, concernant la diffusion télé, on est remarquablement mal servi. Déjà, on a le Eurosport style fait d’un soutien au petit en rien voilé dans les commentaires d’un niveau presque aussi calamiteux que ceux de France Télévisions, de choix d’affiches improbables étalées du 4 jours (de vendredi à lundi) et d’une réalisation digne de celle de la télévision péruvienne en 1973. Oui, c’est bien lourd, mais on a aussi l’hallucinant multiplexe de France 3 avec une affiche principal qui apparaît de temps en temps en double fenêtre pour nous montrer les buts des quelques matchs ayant lieu en même temps (ceux qui passent sur les décrochages régionaux). Premier problème, on nous montre ces buts avec 10 à 20 minutes de retard. Assez gênant, non ? Attendez, il y a pire ! Dimanche après-midi lors du match entre Epinal et l’OL – qui a vu la qualification du club de National aux tirs au but suite à un 3-3 – les locaux ont mené 2-0 avant une rapide réduction de l’écart, puis l’égalisation à 2-2. Sur France 3, ça ne s’est pas déroulé ainsi, Epinal a mené 1-0, puis l’OL a égalisé, ensuite les Vosgiens ont planté une 2e fois mais le score a été porté à 2-2 dans la foulée. Du haut niveau… Je vous passe les émissions à la c*n style Téléfoot, les reportages dans les JT, ce genre de choses m’insupporte, plus je peux les éviter, mieux je me porte ! L’exposition de la Coupe de France ressemble au 13h de TF1, celui de Jean-Pierre Pernaut, c’est la tournée des régions et des métiers ! Un jour on va suivre le boulanger de Nœux-les-Mines, un autre un magasinier de Thaon ou un pêcheur de Plabennec… Désolé, mais comme la plupart des gens, je m’en cogne totalement !

Vous avez 3 types de personnes lors des tirages :
-les pragmatiques qui veulent passer un tour de plus donc espèrent recevoir un adversaire faible,
-les chasseurs de souvenirs qui veulent un gros pour sortir en ayant pu jouer une fois dans leur vie contre des internationaux, si possible en organisant une belle fête avec les potes (au cours de laquelle ils auront pu attraper une gonzesse attirée par le héros local),
-les abrutis espérant rencontrer une L1 en affirmant être capables de la sortir.

Quand on analyse une rencontre on peut tailler un joueur, dire qu’il n’a pas le niveau, mais on parle du niveau du club ou de la compétition. De là s’imaginer capable de prendre sa place en apportant une plus-value, il y a un grand pas à ne surtout pas faire. Ces individus qui sautent à pieds joints dans cet écueil manquent totalement de lucidité !

Triste sort que celui d’une coupe bientôt centenaire devenue une occasion en argent – à ma connaissance le trophée est en argent – d’exprimer jalousie, haine et rancune à l’encontre de joueurs professionnel systématiquement accusés de gagner trop d’argent. Tirer sur les footballeurs est bien vu en France, surtout depuis l’épisode du bus. Les mesures fiscales du Gouvernement retoquée par le Conseil constitutionnel, en particulier l’imposition à 75% sur les revenus supérieurs à 1 million d’euros était en réalité une taxe anti-footballeurs, seules personnes concernées à ne pas pouvoir fuir à l’étranger pour y échapper (sauf à se faire transférer et à appauvrir la Ligue 1, une catastrophe économique de plus pour la France). Sur les joueurs présents dans ce fameux bus, combien sont actuellement sous contrat avec des clubs français ? 8 mais aucun n’a été un protagoniste majeur du dossier. Si on y ajoute les internationaux Français ayant souvent été montrés du doigt, style Nasri, on se rend compte qu’hormis M’Vila, les anti-modèles pour la jeunesse n’évoluent pas sur les terrains de France et ne paient donc pas leurs impôts chez nous. On n’a vraiment aucune raison de chi*r sur ceux ayant résisté à l’attraction de l’herbe qui pousse chez nos voisins, elle est beaucoup plus vertes en Angleterre, en Espagne et même en Allemagne. Les footballeurs professionnels sont la main-d’œuvre d’une industrie très lucrative pour l’Etat et les organismes sociaux, une industrie grâce à laquelle beaucoup de gens vivent, et qui nourrit… le foot dans son ensemble, car il est notamment la vitrine de ce sport. A-t-on intérêt à couvrir sa vitrine de rejets issus de la digestion ?

Pourtant quand des amateurs tapent des pros, c’est la fête, on peut vomir ou déféquer sur ces derniers, les rabaisser. Personne ne s’en prive. Ça peut être de bonne guerre entre rivaux (par exemple quand l’OM se fait humilier par une CFA, les Parisiens ont le droit de se moquer), mais il faut savoir raison garder, éviter par exemple de tomber dans la bêtise consistant à systématiquement encenser les petits quand bien même auraient-ils passé leur temps à charcler tout ce qui passait près d’eux.

Régulièrement des entraîneurs ou joueurs de ces petits clubs se croient soudain supérieurs parce qu’ils ont réussi à passer ce tour dans des conditions les favorisant à l’excès… Accuser des mecs de se prendre pour des stars quand on est soi-même du genre à mettre des lunettes de soleil avant de se regarder dans une glace – histoire de ne pas s’éblouir – est risible. Avez-vous noté combien de fois ces longs parcours ont été accompagnés d’une descente dans la division inférieure ou d’une saison galère dans leur championnat ? Les lendemains déchantent souvent chez les "héros" de la coupe.

Autre grand classique, les dirigeants se plaignant que les professionnels n’aient pas laissé l’intégralité de la recette (le règlement de la Coupe de France en attribue une partie au club visiteur, ça lui permet notamment de financer le déplacement). Comme si un euro pour un club de L1 en déficit valait moins qu’un euro pour un club de CFA qui a réalisé la plus grosse recette de son histoire grâce… à la réception de ce club pro. Nancy est obligé de faire partir plein de joueurs, Troyes a dû se faire prêter des jeunes par des concurrents afin d’avoir un effectif suffisant pour évoluer en L1. Pour eux, quelques milliers d’euros seraient l’équivalent d’un carambar pour le commun des mortels ? Les dirigeants de ces petits clubs ont manifestement un sens des réalités complètement biaisé par leur perception envieuse du monde professionnel. Pour qui se prennent-ils à vouloir donner des leçons ? Si en plus ça se termine quelques mois plus tard par la découverte d’une très mauvaise gestion et le plongeon du club dans les affres d'un lourd déficit creusé par des décisions calamiteuses... L'argent fait souvent tourner les têtes.

En réalité, la magie de la Coupe de France, c’est surtout ça, elle réussit à faire pousser des melons en janvier…

Notes

[1] Tirage intégral me semble-t-il, donc on joue chez celui tiré en premier, match rejoué sur le terrain de l’autre club en cas de nul et si encore un nul alors prolongation et tirs au but.