On va se limiter aux bonne nouvelles, il y a eu du "déchet" dû à la fois au nombre d’engagés et aux particularités de la salle (les finales se déroulent en effectifs réduits). Pas mal de Français sont passés à la trappe sans avoir pu passer les différentes étapes menant à la finale. Je vais aussi éviter de mentionner les horreurs. 4e, au bout du compte, c’est assez horrible, sur le coup la déception est grande et si un des médaillés se fait choper par la patrouille en général ça génère plus de rancune que de joie, la breloque obtenue a posteriori n’ayant pas du tout le même goût. A la limite, 5e, c’est mieux.

Je vais immédiatement signaler la faute de goût monumentale du nouvel équipementier de la fédé, Asics. Vraiment, ce short noir avec un haut bleu uni, c’est naze. On sent que les gars ne se sont pas fait chi*r pour les dessiner, un bulot aurait été plus créatif. Avoir quitté Adidas a coûté leur contrat individuel de sponsoring à pas mal d’athlètes, beaucoup se trouvent sans équipementier, les temps sont durs, alors si en plus on se retrouve avec des tenues aussi pourries, on risque vite de regretter cette alliance nouvelle avec la marque japonaise…

Les championnats ont duré 3 jours, de vendredi à dimanche, Antoinette Nana Djimou a une nouvelle fois parfaitement lancé l’affaire en réussissant à conserver son titre du pentathlon, un succès dû à ses performances sur 60m haies et au lancer du poids puis au saut en longueur (son dernier essai à 6m32 lui a permis de prendre une avance indispensable). Le saut en hauteur raté (1m75) à cause d’une douleur au genou n’a ainsi pas eu trop de conséquences, mais il s’en est fallu de peu. La Biélorusse Yana Maksimava n’a pas été exceptionnel lors du 800m final, seulement Antoinette a été loin de son meilleur niveau, il lui a fallu se sortir les tripes pour préserver 8 misérables points d’avance après la dernière des 5 épreuves (elle en avait 88 avant ces tours de piste) !
Un 3e titre européen[1]… Bien sûr elle figure parmi les tauliers.

Dans la foulée Pascal Martinot-Lagarde a décroché une nouvelle médaille de bronze sur 60m haies après l’avoir déjà réussi aux Mondiaux en salle l’an dernier à l’occasion de sa première sélection chez les séniors.

Un autre jeune qui s’affirme peut déjà être classé parmi les tauliers. Jimmy Vicaut a été impérial en séries, pas très bon en demi-finale, ça l’a énervé, il voulait être bien meilleur en finale… 6"48, meilleure performance mondiale de l’année, le tout à la photo-finish. Il a devancé le Britannique James Dasaolu pour environ l’épaisseur d’une chips. On les a départagés aux millièmes. A tout juste 21 ans, le plus jeune finaliste mondial de l’histoire du 100m a déjà un beau palmarès : champion d’Europe et vice-champion du monde du 4x100m, vice-champion d’Europe du 100m et première Français champion d’Europe du 60m.

Une médaille d’argent s’est ajoutée au bilan de la 2e journée, celle d’Eloyse Lesueur, 24 ans, championne d’Europe en plein air il y a quelques mois. Après avoir longtemps rencontré des difficultés à montrer le jour-J l’étendue de ses capacités, elle a réussi à débloquer la machine qui désormais semble bien lancée. Eloyse a été l’auteur d’un super concours avec un excellent premier saut grâce auquel elle a pu se lâcher, prendre des risques avec les marques Darya Klishinaet certes échouer derrière la Darya Klishina, déjà titrée à Paris il y a 2 ans. Le morphotype n’est pas le même, l’élève de Renaud Longuèvre vient du sprint, elle est beaucoup plus puissante que son adversaire… La jeune Russe est une grande blonde longiligne (1m80, moins de 60kg même toute mouillée) plutôt bien servie par la nature, et c’est un euphémisme. On l’imaginerait bien au saut en hauteur, d’ailleurs ça aurait été sympa, elle n’aurait pas concurrencé la native de Créteil… Son saut à 7m01 au premier essai – en réponse aux 6m85 de la Française – aurait pu tuer le concours, les efforts d’Eloyse l’ont maintenu en vie : 6m87 puis 6m90… Taper 3 fois le record de France lors du même concours, on se doit d’applaudir, dans ces circonstances la médaille d’argent est très belle et porteuse d’espoirs. On peut désormais la considérer comme nouveau membre de la confrérie des tauliers.

Dimanche après-midi on a eu droit à un splendide feu d’artifice ! Dans l’ordre : argent, or, or et bronze, bronze, pour finir avec cette "dinguerie" à la perche.

Kevin Mayer a décroché sa première médaille internationale chez les seniors. Le faire à 21 ans[2] en épreuves combinées n’est pas donné à tout le monde. Je le voyais réussir un gros coup aux JO, il s’est loupé, ce n’est pas bien grave, ce genre d’expérience permet d’apprendre. Lors de cet heptathlon, il a multiplié les SB et PB, ses 5m20 à la perche et sa victoire au poids lui ont permis de se placer idéalement avant la dernière épreuve. S’il a tout tenté pour décrocher l’or, le principal était de ne pas se faire piquer sa 2e place. Le moment le plus drôle de la journée a été le 1000m quand Jérémy Lelièvre, l’autre Français (très bien embarqué avant de louper la hauteur et de faire un zéro à la perche), a maladroitement tenté de jouer le lièvre pour son compatriote (ce qui ne les a pas empêché de réussir leur course, ils en ont pris les 2 premières places). Le leader (un Néerlandais, Eelco Sintnicolaas) avait trop de points d’avance pour perdre sa place.

Pendant cette course Renaud Lavillenie a fait son show et a assuré la médaille d’or, on va revenir.

Sur 1500m, on a vu à la fois un taulier et un jeune faire beaucoup mieux que simplement honnorer leur sélection. Mahiedine Mekhissi-Benabbad et le jeune Simon Denissel – qui n’est pas beur… Denissel… (désolé^^) – ont décroché respectivement l’or et le bronze, ceci de haute lutte. MMB, vient du 3000m steeple, il court de temps en temps sur d’autres distances, notamment pour travailler sa vitesse. Denissel est resté dans le top 3 pendant presque l’intégralité des 4 derniers tours (il a par moments eu le tort de courir dans le 2e couloir au lieu de tenir la corde), MMB s’est replacé à 2 tours de l’arrivée, le Turc – importé d’Afrique de l’est – Ilham Tanui Özbilen a mené quasiment jusqu’au bout, il s’est fait déborder par l’intérieur lors des derniers mètres, il s’est vraiment arraché de façon admirable. Pendant ce temps, Denissel a "juste" bataillé pour rester sur le podium après avoir pris quelques mètres d’avance en faisant longtemps jeu égal avec ses 2 devanciers.

Décrocher une première médaille pour sa première sélection, c’est une bonne habitude que prennent de plus en plus de jeunes en intégrant l’équipe de France. Monter sur la boîte, c’est chose très classique chez MMB, il ne faudrait pas pour autant sous-estimer la valeur de la chose. La constance au plus haut niveau est tout aussi remarquable que le résultat brut. Depuis 2008 il a cumulé 2 médailles d’argent aux JO, 3 titres européens (TCC), une médaille mondiale.

Myriam Soumaré a été la plus surprenante du lot. 7"07 en demi-finales du 60m, personne ne l’avait venu venir ! Son record personnel a explosé. En finale elle a réussi un aussi bon départ malheureusement elle n’a pu résister aux retours de la Bulgare Tezzhan Naimova et l’Ukrainienne Mariya Ryemyen, départagées à la photo (7"10 chacune, 1 centième de plus pour Myriam). Ça reste une médaille heureuse car sur un 60m encore plus que sur un 50m en natation, l’écart est trop infime à l’arrivée pour ruminer quand on est dans les 3.

On en arrive au cas Lavillenie. Taulier de l’équipe de France ? Carrément président de l’association des tauliers de l’athlé européen. Pour une fois, on ne parlera même pas des Allemands car ils ont pris très cher, ils sont montés sur le podium sans avoir été en mesure de contester la supériorité du Français (ils sont restés bloqués à 5m76). D’habitude ils le poussent dans ses retranchements, cette fois Renaud a pratiquement son concours tout seul. 5m61, 5m76, 5m86, 5m91, 5m96 et 6m01, tout au premier essai, presque toujours en mettant des valises. Samsonite et Louis Vuitton seraient d’ailleurs intéressées pour en faire le représentant de leur marque. Comme Lavillenie est un spécialiste de la finition en or, Vuitton semble tout indiqué. Un étui Vuitton pour ses perches, ça aurait de la gueule…

Champion olympique, quintuple champion d’Europe (2 fois en plein air, 3 fois en salle), champion du monde en salle… Depuis son éclosion il y a 4 ans il n’a "échoué" qu’aux Championnats du monde en plein air… Avec tout de même 2 médailles de bronze à la clé. Des échecs de ce genre, beaucoup en rêveraient ! Dans son palmarès il faut ajouter la Ligue de Diamant – un peu l’équivalent du Globe de Cristal en athlétisme – remportée 3 fois (elle va débuter sa 4e saison), des MPM en pagaille, de dizaines de meetings (dont une grosse douzaine en Diamond League et Golden League)…

Dimanche, à voir la marge sur son énorme saut à 6m01, il semblait clairement pouvoir envisager d’aller encore plus haut. Etant très motivé par l’idée de marquer l’histoire de son sport, il a demandé que la barre soit placée à 6m07 car le record du monde en catégorie "je ne m’appelle pas Sergueï Bubka" est de 6m06. Il faut le savoir, depuis l’époque des records de l’Ukrainien, les règles ont beaucoup changé, tant concernant le matériel que la façon de sauter. Par exemple on a instauré des limites concernant les perches, réduit la taille des taquets (également modifié leur forme) et le temps autorisé pour sauter ou encore interdit de remettre la barre avec les mains, ce que certains ne se privaient pas de faire. En résumé, sauter à plus de 6 mètres est beaucoup plus compliqué qu’avant – le Français n’y était plus parvenu depuis 2 ans – et je ne parle même pas de la lutte antidopage car si entre 1984 et 1994 (période lors de laquelle Bubka a battu au total plus de 30 fois ses records du monde) elle n’était pas comparable à ce qui se fait actuellement, je ne peux décemment pas accuser à partir de rien une légende de l’athlé. Qu’il ait été formé à l’école de l’URSS et ait sauté des barres pratiquement jamais tentées depuis 20 ans peut conduire à s’interroger, mais à quoi bon ? Ces questions seraient vouées à rester sans réponse, alors revenons-en à notre concours.

Quand Renaud Lavillenie a passé 6m07 à son 3e et dernier essai, c’était magique, il était fou de joie, le public a réagi comme si cet exploit était celui d’un Suédois car le moment auquel ces spectateurs venaient d’assister était historique, c’était totalement fou. Au bout de quelques secondes, incompréhension totale, drapeau rouge, saut non-validé. Mais pourquoi ? Parce que si la barre a légèrement sauté sur ses taquets et est restée perchée à plus de 6 mètres du sol, elle reposait désormais d’un côté sur son taquet et de l’autre sur la partie métallique à laquelle est fixée le taquet. Selon le règlement – débile – si la barre n’est plus sur ses taquets, le saut n’est pas validé. Le cas de figure auquel on a assisté est extrêmement rare, il a été causé par un défaut de conception du matériel. Jamais cette foutue partie métallique où est accrochée le taquet ne devrait avoir une partie sommitale plate et si large. En l’occurrent, si elle était arrondie ou pointue au lieu d’être plate et de mesurer à vue de nez 2 centièmes, la barre serait retombée d’un côté ou de l’autre, elle aurait donc fini soit sur le tapis, soit sur les taquets, on aurait évité cette situation embarrassante pour l’athlétisme. Je doute que l’image de l’athlétisme soit servie par ce genre de péripéties. L’IAAF mec en avant les records[3] mais pond des règlements débiles qui empêchent les athlètes de les battre proprement. Notons-le, si la barre avait rebondi 8 fois en faisant 3 fois le tour d’elle-même pour finalement rester en équilibre instable au bout des taquets, on lui aurait accordé son record. Là elle a à moitié sursauté une fois, est restée bloquée à 6m08 ou 6m09 sur une petite partie métallique mal conçue, mais ça ne compte pas… Excusez-moi de le dire ainsi, mais c’est d’une stupidité consternante, une put*in d’escroquerie, un vol, une sod*mie règlementaire, une violation de morale, une gigantesque injustice. Le juge aurait pu s’abstenir de faire payer à l’athlète quelque-chose dont il n’est pas responsable (en l’occurrence la forme de la partie en question) et personne n’aurait rien dit, il aurait évité de gâcher la fête, de faire passer le Français du rire aux larmes avec une telle violence. Voir un perchiste sacré champion d’Europe avec un saut validé à 6m01 finir allongé sur le sol en pleurs est assez choquant en soi, ça ne sert pas l’athlé. Quelques minutes plus tard les juges ont disqualifié le relais britannique car un de ses membres, bousculé dans un virage, a eu UN appui hors de la piste, ceci sans en tirer aucun avantage (bien au contraire, il a perdu une place dans l’incident). Le Polonais, qui l’avait tassé, a tiré les fruits de cette décision en gravissant une marche supplémentaire sur le podium. Respecte-t-on les athlètes ? Parfois, on se le demande.

Comment ne pas conclure en félicitant cette belle équipe d’avoir fort bien honoré la mémoire d’Yves Niaré, vice-champion d’Europe en salle du lancer du poids il y a 4 ans. En plus d’être un super athlète, c’était un homme particulièrement apprécié dans le milieu de l’athlé, un vrai type bien qui inspirait la sympathie. Son décès en décembre dernier dans un accident de la route a marqué tout le monde, l’hommage qui lui a été rendu était empreint d’une grande sincérité, il n’y avait rien de forcé, si leur DTN n’avaient pas pris l’initiative de lui dédier ces championnats les athlètes l’auraient probablement fait par eux-mêmes.

Notes

[1] Elle est championne d’Europe 2012 de l’heptathlon (donc en plein air).

[2] Il est né 2 ou 3 semaines avant Vicaut.

[3] Ça donne parfois lieu à des situations grotesques, par exemple une des Chinoises dopées à la fameuse soupe de tortue est entrée au Hall of Fame de l’IAAF parce qu’elle répondait à un des critères essentiels, celui d’avoir battu au moins un record du monde, en revanche Marie-Jo Pérec n’y est pas car elle n’a jamais pu taper les records de filles propulsées au carburant pour fusées.