Le PSG est une partie de mon identité, j’y suis viscéralement attaché depuis de nombreuses années, dont beaucoup, pour ne pas dire la plupart, ont été très noires. Les équipes successives, les innombrables joueurs, entraîneurs et dirigeants passés par Paris depuis une quinzaine d’années ont généré chez moi énormément d’émotions et de sentiments très divers. Pour tout vous dire, un de mes plus beaux souvenirs de supporter date de 2007 et plus précisément d’une période au cours de laquelle le club jouait sa survie. C’était en avril, la situation était dramatique au niveau sportif mais aussi extra-sportif. Un mauvais entraîneur (Guy Lacombe) et un recrutement raté avaient plombé la saison, Paul Le Guen était arrivé en janvier avec 2 de ses fidèles (Jérémy Clément et Péguy Luyindula) pour redresser une situation très délicate. En effet, le parcours en Coupe UEFA (élimination très injuste en 8e de finale contre Benfica) avait laissé des traces. L’effectif était trop limité pour disputer autant de matchs, les difficultés étaient donc physiques. Ce n’est pas tout, car un match de poule contre Tel Aviv a marqué un tournant dans l’histoire du club, cette soirée cauchemardesque a été marquée par la mort d’un habitué du Kop Boulogne. Suite à cet événement dramatique dont les répercussions perdurent, une partie du virage a été fermé pendant de nombreuses semaines, au Parc des Princes la tension était extrême, on fonçait dans le précipice sans savoir comment éviter d’y tomber. Le match qui m’a le plus marqué – de façon positive – était une affiche quelconque de championnat, un PSG-Le Mans, le 17e contre le 9e. Une victoire improbable à Lens, alors dauphin de Lyon, venait de nous permettre de sortir la tête de l’eau pour reprendre notre respiration. Rendez-vous compte de la galère dans laquelle nous étions embarqués, le club était avant-dernier avec 28 points en 29 matchs avant de se rendre dans le Pas-de-Calais. Contre Le Mans, la victoire était impérative, pour l’obtenir une sorte d’union sacrée était nécessaire. Après l’ouverture du score des visiteurs en première période, au lieu d’être consternés et de se retourner contre les joueurs, les 40 à 42000 supporters ont poussé comme rarement un public a poussé son équipe dans l’histoire du football (je n’exagère même pas). Résultat final, 2-1 avec but de la victoire marqué à 10 minutes de la fin par Amara Diané… C’était magique. J’ai tellement crié et chanté – jusque dans le bus – que pendant 3 jours ma voix était cassée. Ce succès a relancé l’équipe, celle-ci s’est alors rapidement sauvée en enchaînant de bons résultats, en particulier à domicile. La saison suivante, le maintien a été assuré à la dernière journée à Sochaux, en fin de match de surcroît, là aussi grâce à Amara Diané. Pendant plusieurs mois ont avait subi le fameux "syndrome du Parc des Princes" (une victoire en 11 matchs à domicile lors de la phase aller), c’est ensuite en remportant la Coupe de la Ligue qu’une dynamique positive s’était créée pour arracher le maintien en Ligue 1.

Je doute que vous connaissiez ces épisodes. Pourtant ils ont forgé ce que nous sommes, sans eux vous ne seriez sans doute pas à votre poste. Le Paris Saint-Germain est relativement jeune, néanmoins il a une histoire – Zlatan n’est pas au courant, qui veut se dévouer pour le lui dire ? – très riche car rien ne s’y passe de façon ordinaire.

Depuis ces événements énormément de choses ont changé au sein du club. Presque tout à vrai dire excepté quelques joueurs toujours fidèles – Sylvain Armand, Clément Chantôme et Mamadou Sakho (le petit nouveau du groupe) – plus bien sûr des employés des services administratifs ou encore du centre de formation. Le changement majeur résulte du rachat par QSI grâce auquel notre club dispose désormais de moyens extraordinaires et a pu recruter des joueurs incroyables. Zlatan Ibrahimovic, Thiago Silva, Javier Pastore… Il y a 2 ans, même dans un jeu vidéo les faire intégrer le PSG aurait été difficilement envisageable !

Voilà où je veux en venir : en tant que passionné de sport, notamment de football, beaucoup de choses m’intéressent ; en tant que passionné du PSG, une seule chose m’importe, que mon club se porte le mieux possible pendant le plus longtemps possible. Je me préoccupe donc à la fois de son état actuel, son évolution et sa pérennité. Si on gratte un peu pour regarder ce qui se cache derrière la dernière couche de peinture, on se rend compte de la réalité de la situation, elle est loin d’être celle souhaitée par les véritables amoureux du club, pas plus d’ailleurs que celle voulue par son propriétaire. Si jouissif et libérateur soit-il, le titre de champion de France 2013 ne doit pas servir à occulter les raisons de se soucier du présent comme de l’avenir. Depuis le jour où on vous a confié pour mission de conduire l’équipe vers les sommets, beaucoup de choses vont de travers. Autant le dire franchement, les dirigeants me semblent avoir commis une erreur de casting en vous recrutant.

Vous concernant, on entend souvent l’expression "grand entraîneur". Vous seriez un des plus grands en activité. Peut-être en avez-vous été un à Milan où vous avez remporté les premiers titre depuis le début de votre carrière en 2003, 8 ans après vos débuts dans la profession. Peut-être en avez-vous été un à Chelsea. A vrai dire, pour me faire une opinion sur la question, il m’aurait fallu suivre de près ces clubs quand vous étiez à leur tête. Une chose est sûre, pour le moment vous n’avez rien fait au PSG qui justifie de vous classer parmi les plus grands dans l’histoire de cette institution. C’est bien simple, l’état actuel de l’équipe n’est pas très satisfaisant, son évolution l’est encore moins, on peut douter de la façon dont le club prépare son avenir. Pour résumer la situation, depuis votre signature on est habitué au minimum, à la frustration et au court terme.

Malgré tout, beaucoup vous jugent indispensable. Pourquoi ? En raison de votre réputation, autrement dit de votre passé italien puis anglais, et non de ce que vous faites depuis bientôt 18 mois. Sans doute aussi parce que le titre de champion à sur eux l’effet de phares de voiture pour un lapin, il les éblouit.

Des joueurs médiocres ayant un palmarès fabuleux, on en trouve dans tous les sports collectifs. On peut en dire autant des très grands joueurs au palmarès maigrelet, car le palmarès, c’est aussi une question d’opportunité, il faut être entouré des personnes idoines au bon endroit au bon moment, avoir la réussite de son côté. Ainsi, Serge Blanco n’a jamais été champion de France de rugby, Allen Iverson et Charles Barkley n’ont jamais été champions NBA, Adam Morrison l’a été 2 fois (si vous ne savez pas qui est cet Adam Morrison, renseignez-vous, vous constaterez l’escroquerie), Ronaldo n’a jamais remporté la Ligue des Champions. De plus si le palmarès brut éclaire rarement sur l’influence d’un individu dans les résultats collectifs de son équipe, il ne renseigne pas plus souvent à propos de la valeur absolue de l’individu en question (très difficile à appréhender).

Ces vérités indéniables concernant les joueurs valent aussi pour les entraîneurs. En effet, des entraîneurs se voyant attribuer des mérites qui ne sont pas les leurs, on en trouve aussi. Un nom me vient tout de suite à l’esprit : Raymond Domenech.

Ces 50 dernières années, un seul homme a occupé plus longtemps que lui la fonction de sélectionneur de l’équipe de France de football (Michel Hidalgo, champion d’Europe et demi-finaliste de la Coupe du monde). Domenech a été reconduit 2 fois en ayant pourtant été calamiteux dans l’accomplissement de sa tâche. Comment l’expliquer ? C’est très simple, avoir atteint la finale de Coupe du monde 2006 lui a permis d’obtenir un crédit illimité et pérenne. Une véritable supercherie. Pour rappel, la finale n’a pas été remportée par l’équipe de France – en tant qu’Italien vous en êtes sans doute très heureux – mais surtout les Bleus ont failli ne même pas passer le premier tour dans un groupe d’une faiblesse rare comprenant la Suisse, la Corée du Sud et le Togo. Pire, ils avaient eu énormément de mal à se qualifier pour ce Mondial, sauvés du désastre par les retours de Zidane, Thuram et Makélélé. Résultat des courses, avec un effectif composé d’une quantité de joueurs figurant parmi les meilleurs à leur poste au cours de la décennie voire carrément de l’histoire (Coupet et Barthez, Thuram, Sagnol, Vieira, Makélélé, Zidane, Henry ou encore Trézéguet pour n’en citer que quelques-uns), portée par certaines de ces légendes, l’équipe de France a enchaîné 4 victoires contre le Togo, l’Espagne, le Brésil et le Portugal. La très mauvaise gestion du cas Trezegol et de la finale a été complètement passée sous silence, nous étions alors très peu à encore oser critiquer cet entraîneur éminemment critiquable. 2 ans plus tard, après avoir obtenu par miracle sa qualification pour l’Euro et s’y être ridiculisé, le football français a conservé son sélectionneur vice-champion du monde, histoire de mieux s’enfoncer lors des qualifications pour la Coupe du Monde 2010 puis en Afrique du Sud. 3 ans après, on paye encore les ravages causés par ce manque de lucidité des dirigeants de la FFF, incapables de prendre les décisions adéquates pour remettre l’équipe nationale sur la voie du succès.

Cette période noire à laquelle on a tardivement essayé de mettre fin en faisant appel à Laurent Blanc – une question de contraste, on a voulu passer du noir au Blanc – aurait pu être facilement évitée si le travail de Domenech avait été analysé à l’aune de l’état de l’équipe, de sa progression et de ce qui avait été fait pour préparer l’avenir. Les dirigeants de la FFF ont décidé de se limiter au minimum, c’est-à-dire la satisfaction de s’être qualifié pour les compétitions, peu importe comment, peu importe la suite. Ce sélectionneur a donc vécu pendant 4 ans grâce à son statut de sélectionneur vice-champion du monde, manquant plusieurs fois au passage de faire tomber les Bleus dans le ravin.

Si se hisser en finale du Coupe du Monde n’a rien de commun, en 2006 le principal mérite de Domenech a été de donner aux joueurs les clés du car pour les laisser eux-mêmes conduire l’équipe jusqu’à Berlin. En 2010 il l’a regretté, les clés ont servi à s’enfermer dans le car. Entre-temps, l’équipe avait au mieux stagné, on n’avait constaté aucune progression, bien au contraire, elle jouait plus souvent mal que bien, peinait à gagner, ne répondait pas aux attentes du public, des attentes légitimes compte tenu de la qualité des joueurs sélectionnables. En outre, la relève n’a jamais été réellement préparée. Le carnage était inéluctable dans ces conditions.

Ces derniers temps je vois certains grands clubs européens se renforcer, je vois Monaco remonter en Ligue 1 avec des moyens assez semblables aux nôtres mais des avantages rendant le club de la Principauté encore plus attractif. Fatalement, je m’inquiète car vos 17 mois au PSG ressemblent étrangement aux 6 ans de Domenech à la tête de l’équipe de France.

Domenech a su détourner l’attention avec sa communication faite pour ne laisser personne indifférent (soit on l’adorait, soit on le détestait). Si la vôtre est très différente car consensuelle (elle vous a rendu populaire auprès des journalistes et d’une partie du public), son effet est identique, elle vous évite les critiques concernant le fond, à savoir vos choix et le niveau de jeu. Pour le grand public et la plupart des médias, le discours passe avant la méthode. De mon point de vue, tout s’imbrique, il faut donc tout analyser.

Commençons par évoquer les résultats.

Qu’avez-vous fait de cet effectif d’une qualité très supérieure à celui de chacun des 19 autres clubs de L1 ? Vous avez échoué en Coupe de la Ligue à Saint-Etienne contre une équipe ayant cadré 1 tir en en 120 minutes. Vous avez échoué 2 fois en Coupe de France, à domicile face à l’OL puis à l’extérieur sur la pelouse d’un club en lutte pour son maintien. Un de vos deux grands faits de gloire est d’avoir été éliminé – oui, une élimination est devenue un fait de gloire – sans perdre face au grand Barça. Enfin… le "grand" Barça battu à Milan puis miraculé au retour, le "grand" Barça exténué et privé face à nous de cadres très importants (dont Messi pendant environ 110 minutes sur 180), le "grand" Barça humilié à l’aller comme au retour par le Bayern quelques jours après avoir mis fin à notre épopée. Que de regrets ! Nous devions passer ce tour cette saison, c’était peut-être l’année ou jamais. Avant le titre de champion, vous étiez devenu fournisseur officiel de frustration.

Champion de France… On attendait ce titre depuis si longtemps… L’obtenir la deuxième – ou seconde ? – saison après le retour au sommet, c’est beau. Il y a un an, ce titre aurait été encore plus beau, seulement malgré 40 points, la meilleure défense, une dynamique très positive, un calendrier allégé et un effectif renforcé, le 20 mai, le trophée a pris la direction du sud. L’échec a été retentissant. Je l’ai encore en travers de la gorge. Vous n’en êtes pas forcément le principal responsable. Du moins, vous n’en êtes pas le seul responsable. Leonardo a choisi de faire une révolution en pleine saison en recrutant un entraîneur réputé mais dont les connaissances concernant le club et le championnat étaient bien maigres, pour ne pas dire faméliques. Fort logiquement, les chances d’être champion en fin de saison diminuaient drastiquement. Cette crainte s’est avérée juste.

Je tiens à être clair, vous avez remporté 2 fois la Ligue des Champions en tant qu’entraîneur, vous y êtes parvenu dans un certain contexte, avec certains joueurs, bravo à vous. Personne ne remet en question ces faits, en revanche le doute subsiste concernant votre capacité à obtenir ces résultats dans un autre contexte avec d’autres joueurs. Si hormis avec l’AC Milan vous n’y êtes jamais parvenu, ni auparavant avec un autre club italien, ni ensuite avec Chelsea (vainqueur de la compétition la saison ayant suivi votre éviction), ni avec le PSG, ce n’est peut-être pas un hasard. A vrai dire, vous auriez pu soulever 18 fois le trophée de champion d’Europe, ça n’aurait rien changé à l’affaire, vous n’auriez pas pu être l’homme idoine au moment M au sein d’un effectif, d’un club et d’un championnat qui vous étaient tous étrangers avant d’y débarquer. Face à cette situation, vous avez pris le problème à l’envers en cherchant à adapter l’équipe à vos principes au lieu de chercher à vous adapter à un groupe de joueurs dont vous n’aviez pas appréhendé les caractéristiques.

Etrangement, vos choix semblaient traduire une volonté obstinée de vous démarquer de votre prédécesseur. Vous avez agi comme si vous étiez forcé de tout reprendre à zéro, de tout démolir pour construire à partir de rien. Le 4-2-3-1 fonctionnait avec votre prédécesseurs, vous l’avez abandonné pour un 4-3-3 ne correspondant pas du tout aux qualités des joueurs à votre disposition, dans lequel ils n’avaient aucun repère. Il a fallu bricoler, faire jouer certains éléments contre-nature et se priver de leurs qualités pour les faire entrer dans ce système. Face à Montpellier au Parc, le match qui devait nous propulser vers le titre, tout a été fait à contre-sens. Tactiquement, on ne pouvait pas faire pire et plus défensif, pourtant le PSG n’a jamais encaissé autant de buts qu’en cherchant à assurer une base défensive solide au lieu de chercher à imposer sa supériorité. Résultat, lors de cette rencontre, malgré l’égalisation in extremis d’Hoarau, les Héraultais ont pris confiance. Comme par la suite la tendance s’est confirmée, ils ont gagné la course en profitant de nos défaillances.

Tout le monde commet des erreurs. En revanche, tout le monde ne met pas 11 mois à les corriger. Selon la presse, sans la victoire à domicile contre Porto, les dirigeants auraient mis à exécution leur "menace" de vous démettre de vos fonctions. On rapporte également que cet épisode pèserait lourd dans la balance au moment de décider de rester ou de partir. Est-ce la vérité ? Si la réponse est oui, veuillez les féliciter de ma part les responsables de cet ultimatum. Avec 5 points de retard sur Lyon (4 points pris lors des 5 derniers matchs... la seule victoire étant le 4-0 le plus affligeant de l'histoire du club), une élimination en Coupe de la Ligue, des prestations catastrophiques depuis trop longtemps, ils devaient absolument vous obliger à réagir. Sans eux, auriez-vous abandonné ce funeste 4-3-3 au profit d’un système beaucoup plus équilibré ? J’en doute. Nous étions nombreux à appeler de nos vœux un retour à la raison, un 4-4-2 ou un 4-2-3-1 correspondant aux qualités de nos joueurs, un système au sein duquel chacun pourrait facilement retrouver ses marques, une organisation qui évite de trop prendre l’eau sur les côtés en limitant le travail des défenseurs latéraux, les nôtres n’étant pas d’un niveau hors du commun. Fallait-il être un génie pour comprendre ces évidences ? Si oui, le PSG compte des centaines de milliers de génies parmi ses supporters.

Pendant plusieurs mois les coups d’éclat de Zlatan n’étaient pas seulement utiles, ils étaient indispensables pour espérer gagner les matchs. L’animation offensive était incompréhensible, voire inexistante. L’animation défensive était particulièrement bancale, les adversaires se régalaient à utiliser nos failles. Depuis la réinstauration du 4-4-2, si la qualité de jeu est globalement meilleure, l’inconstance reste la règle. Défensivement en revanche, il n’y a pas photo, la moyenne de buts encaissés en L1 a presque été divisée par 2, on est passé de 12 buts encaissés lors des 15 premières journées (il y a eu 2 exceptions dans ces 15 matchs mais il s’agissait de compositions bricolées) à 9 buts encaissés en 21 matchs, soit 0,8 par match avant et 0,43 après le changement d’organisation.

On remarque toujours les mêmes défauts, notamment un niveau d’implication aléatoire, on se demande parfois si ça n’en ennuierait pas certains d’être là. En outre, c’est récurrent, le PSG ne joue quasiment jamais tout un match à fond en étant maître des événements pendant 90 minutes, y compris face aux adversaires les plus faibles. Normalement, quiconque entre sur le terrain avec le maillot rouge et bleu devrait avoir pour intention d’éviter à ses adversaires d’avoir des regrets, ceux-ci devraient rapidement comprendre qu’ils n’ont aucune chance de s’en sortir à bon compte. Or dans les faits, beaucoup de ces adversaires ont quitté le terrain avec des regrets en ayant vraiment eu l’impression d’avoir laissé passer une chance réelle de ne pas perdre… quand ils n’ont pas eux-mêmes laissé des regrets aux Parisiens. Quand l’équipe a la possibilité d’enfoncer un adversaire en assurant le spectacle et en inscrivant plus de 4 ou 5 buts, elle ne le fait pas, en général elle s’arrête de jouer, certains ne courent même plus, et vous, vous laissez sur le terrain ceux qui attendent le coup de sifflet final au lieu de donner leur chance aux affamés ou aux jeunes en quête d’expérience. Tous les grands clubs européens parviennent à réussir des sets de tennis, pas nous. Pourquoi ? Pourquoi faire aussi peu tourner ? Pourquoi faire aussi peu confiance aux remplaçants au risque de les démotiver ? Vous savez pourtant pertinemment à quel point impliquer l’ensemble de son effectif est important dans le football moderne si on veut être performant d’août à mai. Pourquoi ne pas continuer à faire jouer en coupe ceux qui ont bataillé lors des tours précédents pour décrocher la qualification ? On a payé ces choix lors des 2 coupes et contre le Barça. Au retour, le principal souci a été le manque de fraicheur physique, après l’égalisation nos joueurs n’avaient plus les ressources pour remettre le feu, ils étaient déjà carbonisé. Vous avez trop usé vos titulaires.

En vous montrant injuste avec les remplaçants, lesquels faisaient pourtant de leur mieux à l’image de Nenê et d’Hoarau, vous avez provoqué le départ de soldats très importants. Leur absence a été particulièrement préjudiciable au cours de la seconde partie de la saison quand Lucas et Ménez ont été blessés, quand la forme de Lavezzi a commencé à décliner dangereusement, et plus généralement quand l’enchaînement des rencontres générait une grande fatigue chez les cadres de l’équipe. Vous auriez notamment pu relancer Gameiro pour de bon, a fortiori après avoir reconnu devant la presse qu’il méritait plus de temps de jeu… Non. Les fois où il a débuté, vous avez continué à le sortir au bout d’une heure de jeu (depuis 1 an vous lui avez une seule fois laissé l’opportunité de s’exprimer pendant 90 minutes). Ainsi, à Troyes, entre un Lavezzi exténué et un Gameiro encore frais, vous avez préféré sortir le second, dont la prestation n’était pas pire que celle de l’Argentin, devenu le champion des face à face ratés. Les fois où vous l’avez fait entrer en jeu vous attendiez très tard, notamment à Annecy en Coupe de France.

On nous parle de concurrence, seulement au PSG elle n’est pas loyale. Au lieu de créer une émulation qui tirerait tout le monde vers l’excellence, votre gestion de l’effectif crée un sentiment d’injustice patent. Fort logiquement, ça crée un malaise dans le vestiaire. Comment auriez-vous réagi dans la situation de Jérémy Ménez à l’arrivée de Lucas ? Vous chantiez ses louanges en conférence de presse, il s’était imposé au poste d’attaquant à côté de Zlatan, et soudain, à peine arrivé, sans aucun temps d’adaptation, Lucas est devenu immédiatement titulaire. A partir de la signature de Beckham, Chantôme a été transformé en milieu droit. Les exemples sont nombreux. De même l’été dernier vous préfériez systématiquement un Lavezzi hors de forme à Nenê ayant su se montrer indispensable depuis 2 ans. Nous sommes très nombreux à ne toujours pas comprendre la décision de se priver de Nenê (ou de l’utiliser n’importe où sauf à son poste de milieu gauche). Vous l’avez snobé comme Domenech l’a fait à Ludovic Giuly à l’époque où Messi était son remplaçant à Barcelone. Combien de fois les Hoarau, Gameiro, Nenê et autres Ménez vous ont-t-ils sauvé la mise ? Ce manque de reconnaissance doit être particulièrement blessant.

On comprend d’autant mieux les états d’âmes des remplaçants quand on vous écoute parler.

Vous avez été pris à plusieurs reprises en flagrant-délits de mensonge. On peut citer la fois où vous avez annoncé la blessure de Nenê alors qu’il n’était pas lui-même au courtant de ses pseudo-soucis physique (ça faisait tache). Outre les louanges concernant Ménez et Gameiro ou encore les déclarations concernant votre volonté de vous appuyer sur des joueurs français dont serait issu le capitaine, toutes assez rapidement ou immédiatement contredites par les faits, d’autres propos pour le moins étranges ont troublé votre discours. Ainsi la veille du match de coupe contre Evian vous annonciez l’indisponibilité de Pastore, blessé, pourtant le lendemain il était titulaire. Citons aussi les reproches faits à Ménez au sujet de son attitude à l’égard de l’arbitre lors de PSG-Nice. Le dimanche suivant vous adoptiez presque la même en protestant avec beaucoup de véhémence à l’encontre de M. Thual puis de M. Castro quelques jours plus tard.

Le cinéma de ces dernières semaines concernant votre décision de rester ou non et les incertitudes relatives à votre avenir est tout simplement exaspérant. Tout ceci fait particulièrement douter de votre sincérité, on a l’impression d’être pris pour des idiots, nul doute qu’au sein de l’effectif certains ont la même impression. Ce flou n’est pas innocent dans la poussée de nervosité de ces dernières semaines. Déjà en novembre, vous étiez le premier à parler de crise, attisant l’incendie en excitant les journalistes au lieu de chercher à étouffer les flammes. A Paris, prononcer le mot crise revient à se tirer une balle dans le pied. Manque d’expérience de la Ligue 1 ?

Ces derniers temps, les joueurs interrogés expriment tous leur envie que vous restiez. J’aimerais juste voir un jour un footballeur souhaiter ouvertement le départ de son entraîneur sans avoir l’absolue certitude de voir son vœu se réaliser. Peut-être un fou ou un suicidaire s'y aventurera-t-il un jour. En 2008, plusieurs internationaux français étaient sortis du bois pour soutenir Domenech, des titulaires et des remplaçants dont la simple présence dans la liste des 23 était extrêmement discutable. Ils avaient été écoutés par le président de la FFF. Quelques mois plus tard, les mêmes lui plantaient un couteau dans le dos. Leurs propos étaient évidemment intéressés, un changement de sélectionneur aurait remis en cause leur statut et leurs privilèges. Comment un joueur bénéficiant de ce genre de statut et certain de garder sa place même s’il est mauvais pourrait-il souhaiter publiquement le départ de son entraîneur ?

Le phénomène est actuellement observable chez nous. Plusieurs ont déjà commencé à exprimer leur souhait de vous voir rester… Forcément ! Des joueurs comme Thiago Motta et Zlatan ont le droit de décider s’ils jouent, vous leur demandez l’autorisation de les sortir ! Ils ont les clés du bus… Pourquoi voudrait-il que vous partiez ? Ceci dit, méfiez-vous car certains événements le prouvent, ils sont capables des pire trahisons. A Annecy, vous avez expérimenté à votre tour la sensation de se faire planter un coup de couteau dans le dos par ses protégés, les supporters ont aussi ressenti la douleur. Motta et Zlatan étaient Brutus – ça leur correspond bien – et vous étiez Jules César.

En somme un dirigeant ne devrait jamais prendre en compte ces prises de position publiques, excepté éventuellement celles des remplaçants. En général, quand ils se sentent traités justement, c’est bon signe. En l’occurrence, au PSG, les abonnés au banc ne respirent pas la joie de vivre, on l’a constaté trop souvent par des réactions d’humeur une fois poussé à bout ou par des envies de départ. Que l’atmosphère soit devenue pesante, que gérer un effectif trop nombreux soit compliqué, on peut l’admettre facilement. Le purger de quelques éléments inutiles était logique, seulement vous êtes allé beaucoup trop loin, vous avez affaibli l’équipe pour vous simplifier la vie.

Parmi les 2 ou 3 arguments récurrents de ceux qui espèrent votre maintien, on trouve le besoin de stabilité. Quelle stabilité ? Ce concept est-il compatible avec une situation dans laquelle il faudrait remplacer tous les ans 6 ou 7 éléments n’acceptant plus leur sort ? Si en plus les joueurs condamnés à finir au placard ou à être transférés sont les plus attachés à nos couleurs, ceux dont on n’a jamais à se plaindre de la motivation, les gardiens du temple, ceux dont la présence permet de justifier d’avoir "Paris" dans le nom du club, on fonce droit dans le mur. Tous les clubs vainqueurs de la Ligue des Champions possédaient ce type d’éléments. Tous sans exception.

En outre, rappelons-le, la stabilité est positive seulement si on stabilise une bonne situation. L’actuelle est trop bancale et trop peu satisfaisante pour être pérennisée. J’ai en effet beaucoup d’autres sujets à aborder.

Votre capacité d’adaptation en cours de matchs ressemble étrangement à celle de Domenech. Sa spécialité était de ne pas utiliser ses 3 changements, vous avez également vos classiques. Combien de fois ai-je été atterré par votre attentisme et votre manque de réactivité face aux problèmes rencontrés par l’équipe ou par un de ses éléments en particulier ? Combien de fois ai-je tremblé à cause de vos remplacements en fin de matchs aboutissant régulièrement à finir avec 6 défenseurs sur le terrain ? Combien de fois ai-je été désagréablement surpris par cette passion pour le bricolage aboutissant à utiliser des joueurs à des postes où ils ne pouvaient pas donner le meilleur d’eux-mêmes ? Le bricolage pouvait se concevoir à l’époque récente où il chaque euro comptait, désormais on a les moyens de faire les choses sérieusement, on est aussi en droit d’aller chercher un jeune en cas d’hécatombe dans le groupe pro. Par exemple pour la réception de Rennes, en l’absence de Jallet et Van der Wiel, Zoumana Camara a été titularisé à un poste où on possède notamment un international U20 (Youssouf Sabaly) et le capitaine de nos U19, international dans toutes les catégories de jeunes (Jordan Ikoko). Ça ressemblait à un petit suicide. En outre j’espère que dans les manuels destinés aux jeunes entraîneurs on analyse désormais ce que vous avez fait à Nice il y a quelques mois et à Auxerre la saison dernière pour leur expliquer ce qu’il ne faut surtout pas faire. Dans les 2 cas vos choix avaient complètement déstabilisé l’équipe, le remodelage de la défense ne s’imposait pas, vous avez appuyé sur le bouton d’autodestruction.

J’écris cette lettre à la première période du singulier mais l’emploi de la première personne du pluriel serait justifié car je sais ne pas être le seul à penser ceci. Nous sommes beaucoup plus nombreux que la plupart des médias veulent bien le dire. Leur tendance à propager une pensée unique et à sélectionner quels points de vue ont le droit de s’exprimer n’est pas nouvelle. La publication sur un site de supporter d’une lettre pour vous demander de rester en est un bel exemple. Sa reprise par les sites officiels de grands médias et la façon dont ça a été présenté sont risibles. Une initiative individuelle a été présentée en tant que voix de tous les supporters du club.

Je serais curieux de savoir quelle proportion des supporters parisiens est satisfaite du jeu collectif de l’équipe. Collectivement, l’équipe de 2003-2004 dirigée par Vahid Halilhodzic était infiniment plus convaincante et constante bien que nettement moins impressionnante faute de talents. Hormis peut-être 4 joueurs (Juan Pablo Sorin, Pedro Miguel Pauleta, Gabriel Heinze et éventuellement un autre), ses membres n’auraient probablement même pas figuré sur une feuille de match 9 ans plus tard, ils auraient partagé le canapé de Siaka Tiéné les jours de match. La comparaison est facile, le 4-4-2 était la règle, après un très mauvais départ une machine de guerre s’était mise en place, la seconde période était létale à nombre d’adversaires qui une fois l’ouverture du score encaissée étaient rarement en mesure de s’en remettre… 20 buts encaissé et 72 points marqués lors des 33 derniers matchs de la saison en L1 pour finir 2e du championnat entre le grand OL d’Edmilson, Essien ou encore Juninho et l’AS Monaco finaliste malheureux de la Ligue des Champions. Ce PSG de combat était presque invincible, il avait notamment remporté la Coupe de France, avait enregistré une série de 21 matchs sans défaite et 3 victoires contre l’OM en 3 matchs, avait su renverser des situations improbables (comme être mené 2-0 chez soi à la 88e minute d’un match de coupe et s’imposer 3-2 en prolongation).

Si à l’époque le spectacle n’était pas toujours grandiose, on rentrait rarement chez soi déçu car personne ne se contentait du minimum. Tout le monde se donnait à fond en permanence. En tant que supporter, si je devais choisir entre une victoire 1-0 obtenue par une équipe de guerriers en bataillant du coup d’envoi au coup de sifflet final et une victoire 1-0 obtenue par une équipe composée de joueurs hyper talentueux qui en font le moins possible pour se préserver en vue du match suivant, j’opterais pour la première. Que le PSG fasse de temps en temps des matchs de la seconde catégorie, on peut le concevoir, seulement on y a eu droit beaucoup trop souvent. Avec notre effectif, on ne devrait pas se satisfaire de jouer pendant une période et de gérer pendant l’autre, contre la plupart des équipes on devrait confisquer le ballon, étouffer nos victimes, leur faire subir une pression permanente, les faire exploser. Ça s’est produit lors de certaines rencontres, trop peu en comparaison du nombre de prestations médiocres ou mauvaises. La combativité est constante lors des grandes affiches, aléatoire lors des rencontres moins excitantes. Les capacités de nos joueurs sont sous-exploitées. D’où cette frustration répétitive.

Ne nous voilons pas la face, cette saison le championnat de France était faible. Les résultats en Ligue des Champions et en Europa League en sont une illustration parmi d’autres. Excepté en 2006 et 2007 quand la domination lyonnaise était écrasante, on a rarement vu un dauphin si peu impressionnant. Avec +8 de différence de buts à 2 matchs de la fin, l’OM est déjà assuré de conserver sa position au classement. C’est effrayant et – heureusement – inédit.

Bien évidemment, dans cette configuration, ne pas être sacré champion aurait eu des allures de catastrophe industrielle. A cause d’un début de saison très inférieur aux attentes, le titre a été acquis "seulement" au soir de la 36e journée. Dans un championnat où va débarquer un Monaco surpuissant, où le LOSC risque de répondre présent dès la première journée après quelques mois de rodage, où l’OM aura eu les moyens de se renforcer, conserver notre titre sera une affaire autrement plus ardue. A-t-on une réelle avance sur l’AS Monaco ? J’en doute fortement. Un recrutement impressionnant et un calendrier allégé faute de qualification européenne peuvent permettre aux Monégasque de combler rapidement le petit retard dû au décalage entre la signature de nos stars et des leurs, qui auront peut-être besoin d’un temps d’adaptation.

Depuis le passage en 4-4-2, toutes compétitions confondues, le bilan brut est excellent : 20 victoires, 7 nuls, 2 défaites… Rassurant en vue de la saison prochaine ? Pas si on se souvient des réceptions de Lille, de Marseille (en championnat), de Valence ou même d’Ajaccio. Pas si on se remémore les déplacements à Sochaux, à Reims, à Saint-Etienne, à Annecy (les 2), ou encore à Troyes. On a eu droit à tout : léthargie, fébrilité, nervosité, manque de lucidité ou d’efficacité… d’où de grosses erreurs individuelles et/ou collectives très coûteuses, des pertes de points idiotes ou éliminations contre moins forts, de nombreuses occasions gâchées, des cartons évitables, une mauvaise image, et j’en passe. 4 des matchs nuls ont été concédés lors des rencontres les plus importantes de la phase retour, les 3 dernières de Ligue des Champions et le quart de finale de Coupe de France.

Outre le manque de progrès collectifs évidents mis à part ceux dus mécaniquement au changement d’organisation, je suis marqué par le manque de progrès individuels.

La saison dernière Ménez avait un problème de comportement, il contestait sans cesse et prenait carton sur carton. Depuis il s’est bien amélioré dans ce domaine suite à une prise de conscience personnelle notamment due à une mésaventure à l’Euro, en revanche, il reste très inconstant et n’a pas gagné en efficacité devant le but. Cette saison, c’est au tour de Verratti d’être insupportable avec sa une tendance prononcée à commettre des fautes idiotes, à râler 10 fois par match auprès des arbitres et à garder le ballon de façon exagérée avant de faire une passe. Ces problèmes sont récurrents depuis son arrivée, il n’a jamais été remis en place ou alors de façon totalement inefficace car il se comporte toujours comme un petit c*n. Il n’a absolument pas évolué.

Le seul à avoir clairement progressé est Matuidi, il avait déjà commencé à franchir un palier avant votre arrivée, et je soupçonne l’influence de Claude Makélélé d’être en bonne partie responsable de ce changement de dimension.

Peut-être que d’autres ont progressé mais sans avoir l’opportunité de le montrer. Temps de jeu et confiance en soi sont les 2 facteurs décisifs… Pour ces raisons, vous avez même freiné l’évolution de certains joueurs comme Sakho, Gameiro, Chantôme ou même Pastore qui paraissait souvent perdu dans l’ancienne organisation avant d’être exilé sur un côté puis l’autre. Maintenant, ça va mieux, il retrouve quelques repères, néanmoins il était encore plus décisif lors de sa première demi-saison au club.

Heureusement que Sakho est aussi très fort mentalement, il a su rebondir après avoir été poussé au fond du trou la saison dernière, ce qui lui a fait manquer l’Euro. Il rêvait depuis toujours de disputer la Ligue des Champions au Parc des Princes avec son club de cœur, mais vous ne l’avez pratiquement pas utilisé dans cette compétition, moins que Van der Wiel par exemple. A Porto et à Valence, il a été le meilleur des 4 défenseurs, mais ensuite, au lieu de le reconduire à une période où son "concurrent" multipliait les erreurs grossières, vous l’avez seulement fait entrer en jeu à la toute fin du 8e de finale retour pour préserver le score. J’ai eu mal pour lui ! Quand Alex s’est fait doublement éliminer comme un bleu sur l’action du penalty de Barcelone, je n’ai pas seulement eu mal pour Sakho.

Si le choix de titulariser Alex était motivé par le fameux argument de "l’expérience", ça confirme bien une chose, votre manque de volonté de préparer l’avenir du club. Sakho, 23 ans, 199 matchs professionnels avec le PSG dont 4 finales de coupes et 22 rencontres européennes, 13 sélections en équipe de France A (plus 34 dans les autres catégories dont 15 chez les Espoirs)… manque d’expérience à vos yeux. Manifestement pour vous ça ne compte pas, il faut avoir plus de vécu en Ligue des Champions. Je m’interroge : pour un défenseur, l’expérience du banc vaut-elle celle du terrain ? On est en droit d’en douter. En résumé, si vous ne le faites pas jouer ces matchs, il restera inexpérimenté à vos yeux, c’est le serpent qui se mord la queue. N’essayeriez-vous pas de le pousser dehors comme vous l’avez fait avec Nenê entre autres ? On tient là un défenseur réellement impressionnant, il a tout pour être le joueur emblématique du club, est en avance sur Lilian Thuram et Marcel Desailly au même âge. Alex, 32 secondes au 100 mètres, vif comme une moule accrochée à son rocher, fait plutôt penser au Desailly de l’Euro 2004.

Dans les faits, depuis 2 ans, seul le recrutement a donné lieu à l’intégration de jeunes dans le groupe pro (Verratti, Lucas et Pastore, âgé de 22 ans au moment de sa signature). Rabiot a pris part à 9 rencontres pour un temps de jeu équivalent à un peu moins de 4 matchs complets, Conte, Ongenda et Coman ont chacun fait une brève apparition et n’ont pas été appelés dans les 20 – donc a fortiori pas dans les 18 – quand on n’y trouvait que 4 joueurs offensifs pour 4 postes. Depuis qu’il est président, Nasser Al-Khelaifi n’a cessé de répéter l’objectif de promouvoir le centre de formation, a-t-il oublié de vous prévenir en personne ? Nos jeunes dominent leurs catégories depuis déjà plusieurs saisons, faut-il attendre une épidémie de variole ou un carnage de la Commission de discipline pour que vous leur donniez une chance de s’aguerrir et de montrer s’ils ont la capacité de franchir le fossé qui sépare les grands espoirs des professionnel ?

Comprendre que la signature de Beckham n’a pas été motivée par l’apport sportif de ce grand joueur de la décennie passée n’a rien de bien compliqué. Dans quelle mesure prépare-t-on l’avenir en préférant à Chantôme ou même à Rabiot un joueur de 37 et maintenant 38 ans dont le niveau n’a plus rien de commun avec ce qu’il était il y a quelques années ? Rabiot est parti pour progresser, il ne pouvait se contenter de rester sur le banc ou en tribunes sans avoir foulé la pelouse au cours du week-end avec les pros, la réserve ou même les U19. Sans avoir un temps de jeu extraordinaire, la superstar anglaise – j’ai beaucoup de respect pour Beckham, seulement il n’a apporté aucune valeur ajoutée sur le terrain – a déjà plus joué lors de la phase retour que le grand espoir âgé de 20 ans de moins au cours de la phase aller.

Préparer l’avenir, c’est aussi s’inscrire sur la durée, s’engager pour tout un cycle. Le simple fait d’hésiter à rester ou à partir devrait vous disqualifier. Pour construire ce genre de projets il faut une implication quotidienne, une motivation à toute épreuve. Si vous deviez rester en contrepartie d’une revalorisation salariale, le message envoyé n’aurait rien de très positif, vous feriez office de roi des mercenaires alors que le club a tout intérêt à faire oublier cette image de nouveau riche seulement attirant grâce à ses capacités financières. Pour durer, il faut des joueurs et un entraîneur attachés à l’institution qu’ils servent. Car oui, ils doivent servir et non se servir de l’institution qu’est le PSG. Si vous jouez à mettre la pression sur les dirigeants pour obtenir tous les pouvoirs sportifs, c’est presque pire, donner les pleins pouvoirs à une seule personne est très dangereux, a fortiori si elle n’est pas profondément attachée au club et risque de faire passer ses intérêts avant ceux de l’institution.

J’en suis convaincu, le PSG a besoin d’autre chose, pas forcément d’un entraîneur star. D’ailleurs qui remplace Sir Alex Ferguson ? Quelqu’un de respecté mais au palmarès vierge. Qu’était Guardiola avant de s’élever au rang d’icône à Barcelone ? Seulement un ancien grand joueur, il n’avait entraîné que la réserve. Jürgen Klopp dirigeait un club modeste avant d’exploser à Dortmund (il a même été relégué en 2e division allemande avec Mayence). Qu’était Jupp Heynckes avant de reprendre les rênes du Bayern Munich ? Un ancien grand entraîneur devenu has-been faute d’avoir décroché le moindre titre significatif depuis sa victoire en Ligue des Champions en 1998 avec le Real Madrid.

Les dirigeants ne doivent pas vous croire indispensable, ils ne doivent pas paniquer en essayant de trouver un remplaçant, surtout pas se limiter à la liste restreinte des vedettes de la profession. Seule la compétence et la compatibilité homme/club permettent une franche réussite. Il faut envisager sereinement la situation et chercher qui a le meilleur profil pour diriger le PSG actuel. Arsène Wenger aurait pu faire l'affaire s'il ne s'était pas disqualifié de la course, il faut donc se tourner vers une solution moins conventionnelle. En observant ce qui se fait et s’est fait ailleurs on peut trouver de bonnes idées.

Pour trouver une personnalité respectée dans le monde du foot et dotée d’une connaissance indéniable du football français, de la Ligue 1 et en particulier du PSG, il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin. Claude Makélélé répond à ces critères. En tant qu’ancien capitaine du club il a la légitimité pour entraîner un jour le PSG, son palmarès personnel et la trace laissée là où il est passé impressionnent quiconque s’intéresse au football. Certes, hormis avoir été votre adjoint, il n’a aucune expérience d’entraîneur, ça a de quoi dissuader, néanmoins il a eu la chance de côtoyer une série de professionnels reconnu au cours de ses 20 ans de carrière : à Nantes il a connu Jean-Claude "Coco" Suaudeau (et Raynald Denoueix me semble-t-il), Rolland Courbis à Marseille, Victor Fernandez au Celta Vigo, Vicente del Bosque au Real Madrid à l’époque des "Galactiques" , Claudio Ranieri, José Mourinho et Avraham Grant à Chelsea dans un contexte ressemblant à celui que nous vivons depuis l’arrivée de QSI, puis Paul Le Guen, Antoine Kombouaré et vous au PSG. En principe, en lui trouvant une sorte de super-adjoint tacticien sur le modèle Klinsmann/Löw ou Guardiola/Vilanova, ou alors quelqu’un de très expérimenté du type entraîneur professeur dans la veine de Suaudeau – son modèle – qui lui transmettrait son savoir pendant quelques saisons, il n’y a pas de raison que ça se passe mal. Depuis 5 ans on a pu constater pas mal de choses laissant percevoir en lui les traits d’un entraîneur, il a su se montrer ferme dans son discours quand c’était nécessaire, défendre ses joueurs les fois où ils étaient injustement attaqués, a toujours évité de parler pour ne rien dire, a aidé plusieurs joueurs à progresser (selon leurs propres témoignages), etc. Même son rôle, son positionnement sur le terrain et son évolution personnel en tant que joueur (il a débuté milieu offensif avant de reculer à un poste central) le prédisposent à devenir entraîneur. Si Laurent Blanc et Didier Deschamps ont chacun eu besoin de seulement 2 saisons pour écrire les premières lignes de leur palmarès sans avoir la moindre expérience d'adjoint, Makélélé est capable de faire au moins aussi bien, voire mieux car son temps d'adaptation au club serait forcément réduit, il y travaille depuis 5 ans. Pour rappel, à la fin de sa 3e saison à Monaco, Deschamps était finaliste de la Ligue des Champions...

Nos dirigeants sont-ils capables d’envisager une solution en apparence osée ou insisteront-ils pour prendre quelqu’un en fonction de sa réputation et de son palmarès sans avoir plus de garanties quant à sa réussite dans le contexte parisien ? L’avenir la dira… Si vous partez. De toute façon, vous ne resterez pas indéfiniment à Paris. Reste à savoir si vous comprendrez que dans l’intérêt des deux parties, mieux vaut éviter de repousser d’une saison le moment de la séparation. Autant éviter de ralentir la bonne conduite du projet parisien et du projet madrilène dans l’hypothèse où vous signeriez au Real.

Cette lettre me semblant être assez longue ainsi, je vous épargne le paragraphe débutant par «Si jamais à mon grand damne vous décidiez de rester à Paris…», d’autant que je préfère ne pas imaginez cette situation.

Je vous souhaite tout de même bonne chance pour l’avenir, je suis sûr qu’au Real vous serez adoré par les joueurs et les journalistes. Passer après Mourinho, c’est arriver en terrain conquis !


GLOBULE ROUGE ET BLEU, supporter du PSG pour l'éternité.