Pour l’EdF, ce match a eu d’autres intérêts, il servi à se mettre en confiance individuellement, à travailler collectivement et… à communier avec le public de Trélazé, enchanté de pouvoir donner de la voix pour encourager les Bleues. En fin de match, c’était vraiment très sympa. Accessoirement, cette rencontre aura permis de bien se rôder avant de rencontrer la Grande-Bretagne, équipe surprenante la saison passée lors de ses JO à domicile (occasion pour laquelle elle a été constituée). Après avoir battu la France lors d’un match de préparation, elle avait obligé Céline Dumerc à réaliser des miracles pour arracher une victoire après prolongation lors de la phase de groupe des JO. Les Britanniques aussi ont débuté leur EuroBasket par 2 succès.

Samedi, la France a largement dominé la Lettonie, un score sans appel, 62-39. Défensivement, c’était bien – sauf dans le 3e QT – mais la prestation offensive avait laissé à désirer, la marge de progression apparaissait importante.

24h plus tard, si défensivement les Bleues ont encore été excellentes à défaut d’être parfaites, on a pu constater un net progrès en attaque, tout du moins par périodes car elles ont aussi connu des temps faibles dans ce domaine, en particulier au début de chacune des 2 périodes. Au cours des premières minutes du match, c’était très poussif, les équipes avaient en commun une grande maladresse et leur agressivité défensive. Après plus de 4 minutes de jeu, le score restait bloqué à 2-2. La différence a alors commencé à se creuser grâce à 3 possessions consécutives converties en paniers, par Emilie Gomis (x2) et Céline Dumerc, son premier de la compétition.

Après 7’38, Pierre Vincent a changé 4 joueuses d’un coup, exit Dumerc, Gomis, Ndongue et Gruda, seule Diandra Tchatchouang est restée sur le parquet, rejointe par Isabelle Yacoubou, Edwige Lawson-Wade, Endéné Miyem et Gaëlle Skrela. Le coaching a immédiatement produit son effet, Maljkovic a rapidement dû appeler un temps mort pour tenter de stopper l’hémorragie suite à 2 paniers français inscrits grâce à de super passes décisives. Le tableau affichait alors 12-6, 6/12 aux tirs d’un côté, 3/12 de l’autre. Ce temps mort n’a pas eu les conséquences escomptées car dans la foulée Isa Shaqoubou[1] a marqué en provoquant une faute. Si je le mentionne, c’est parce qu’elle a raté son LF. Et oui, elle peut donc rater quelque-chose ! En 2 matchs, elle a tout de même réussi 12 de ses 13 tirs et 3 de ses 4 LF…

A la fin du 1er QT, le banc français totalisait 12 points, soit 12 de plus que son homologue… Point très positif, Gaëlle Skrela, qu’on sentait assez inhibée en la voyant refuser des tirs, est enfin parvenue à se lâcher. Postée dans le corner elle a alors marqué le premier panier primé des Bleues dans cette compétition… et a remis le couvert lors de la possession suivante depuis l’autre corner.

20-8 à la fin du premier quart de la rencontre, il ne restait plus qu’à dérouler. Beaucoup de sérieux en défense, un déclic en attaque, les remplaçantes impliquées et efficaces… Il faudrait être bien exigeant pour ne pas s’en satisfaire.

Si Skrela a enchaîné en début de 2e QT en marquant une 3e fois, les Bleues ont de nouveau connu une sorte de panne offensive, on a même vu Edwige Lawson manquer 2 LF consécutifs, un petit événement en soi (une anomalie réparée par les arbitres, ils ont redonné à tirer le second). Pierre Vincent a cherché des solutions sur son banc en modifiant encore son 5, ça a en partie fonctionné, il a fini par appeler un temps mort, estimant certains réglages nécessaires, il avait vu des choses pas à son goût. Il est perfectionniste. Tout est globalement rentré dans l’ordre.

Anaël Lardy et Marielle Amant ayant chacune scoré, l’EdF comptait déjà 9 marqueuses différentes après 15’. Pendant ce temps, la Serbie restait bloquée à 11 points… Le moindre geste des slaves était empreint de précipitation, sans doute par peur de la défense française, elles se faisaient étouffer à l’image de cette violation des 24 secondes provoquée par les Bleus qui a décidé leur coach à appeler un nouveau temps mort.

Pour les victimes du jour, la situation n’a fait qu’empirer. Elles se seraient très bien passé des 2 gros 3 points de Caps’ peu avant la mi-temps – dont un en fin de possession façon Londres – car les Françaises n’avaient pas besoin de ça pour creuser l’écart. Le public, lui, s’en est délecté. Parfois, une démolition en règles peut offrir un spectacle assez peu enthousiasmant pour les spectateurs et téléspectateurs. Ce n’était pas du tout le cas ici car toutes les filles restaient très sérieuses, elles ne lâchaient rien, bataillaient sur chaque rebond, protégeaient leur raquette comme des acharnées. Effort total, aucun relâchement, pas de guignolade pour faire le show

Pauvres Serbes ! Se retrouver dans cette situation contre une équipe hyper dominatrice, qui plus est soutenue par un public bouillant, ça doit être très difficile à vivre. L’expérience est peut-être formatrice, elle n’en est pas moins douloureuse. A un moment la dénommée Bojana Vulic a craqué, elle a mis un grand coup de coude aussi volontaire qu’évident et a osé contester la faute (une simple faute offensive, ça aurait dû être une technique).

38-15 à la mi-temps, que dire ?
7/26 dont 0/7 à 3pts, seulement 1/2 aux LF, 14 des 15 points venant de 3 filles, le dernier étant le seul point non inscrit par une titulaire, le double de fautes (12 à 6)… La Serbie a subi autant qu’on peut subir.
15/27 dont 4/7 à 3pts (et aux LF), 12 joueuses impliquées (moins de 6’ de jeu pour Isa et Endy) dont 11 affichaient au minimum +6 dans la colonne +/- et 10 ayant marqué entre 1 et 8 points (Diandra et Sandrine étaient les seules à 0), un total de 24 unités pour les filles sortie du banc.
Il en faut du courage pour accepter de sortir des vestiaires et de se présenter sur le parquet pour une seconde période s’annonçant au moins aussi déséquilibrée. Ou alors il faut aimer les fessées. Je n’ai pas rebaptisé "Les Braqueuses" en "Les Dominatrices" pour rien, leur spécialité est bien de coller des fessées tous les soirs…

Comme face à la Lettonie, le 5 majeur a changé au retour des vestiaires, Pierre Vincent a débuté avec Caps’, Diandra, Gaëlle, Isa et Endy (le nom de famille de Diandra est assez compliqué, je ne l’ai pas encore dans les doigts, alors je contourne le problème^^). Les premières possessions n’ont pas été bien négociées, néanmoins l’écart s’est accru… jusqu’à une sorte de petite rébellion serbe menée par Ana Dabovic, qui finalement aura mis à elle seule près de la moitié des points de son équipe lors de cette rencontre (15/32). A ce moment du match, après avoir planté un panier primé, le premier des siennes, elle en était déjà à 9pts (le score était de 40-20).

Les bonnes séquences offensives des Bleues demeurant rares pendant une bonne moitié de ce 3e QT, la Serbie est revenue plusieurs fois à -20 (il était au maximum de 25 unités), c’est à peu près le seul moment où le gouffre ne s’est pas creusé et c’est un peu comblé car ensuite la mécanique s’est de nouveau huilée, le hachoir à viande s’est remis en marche, les Serbes sont passées à la casserole, c’était soirée lasagnes à Trélazé, tout le monde s’est repu.

J’ai beaucoup apprécié de voir d’autres filles prendre leurs responsabilités. Par exemple quand Caps’ est sortie, Skrela s’est occupée de tout : super drive, feinte et joli petit tir, puis un panier en contre. Elle a fini à 14pts, son record en sélection (elle a peu de sélections, je vous l’accorde). Il n’y a pas de mystère, une fois de plus, le retour de l’intensité défensive a permis à l’attaque de reprendre des couleurs, elle a permis de lancer plusieurs contre-attaques fructueuses, une bonne série de plus (en l’occurrence un 8-0).

Dans ce QT, les Bleues ont été dans la pénalité, ça me semble ne s’être produit dans aucun des 7 autres QT joués jusqu’à présent. Les arbitres étaient tatillons dirons-nous. A vrai dire, on s’en fout, l’important n’est pas là. Valériane Ayayi et Edwige Lawson ont chacune marqué à 3 points (6/10 pour l’EdF dans cet exercice) pour faire oublier les petites erreurs de l’équipe et/ou répondre aux Serbes quand celles-ci parvenaient à ajouter quelques unités à leur maigre total.

Maljkovic n’a pu se permettre de sortir toutes ses meilleures joueuses trop tôt sinon elle condamnait ses filles à une rouste d’anthologie, sans doute du -50 à -70. La démolition a finalement conservé une mesure toute relative : 30 points d’écart à la fin du 3e QT (17-10 pour la France), 44 au terme de la partie (21-7 dans le dernier QT). Tout ce temps à perdre aura donc servi aux 2 formations, Sandrine Gruda a emmagasiné un maximum de confiance en enquillant les paniers, la Serbie a pu se tester sur certaines séquences défensives plutôt efficaces.

Les "Dominatrices" ont très bien fait le travail, on peut toujours trouver à y redire, défensivement il y a parfois eu des oublis permettant des paniers en backdoor ou tirs insuffisamment contestés, on peut regretter quelques tirs faciles manqués, quelques pertes de balle évitables (en première période les arbitres ont sifflé plusieurs écrans mobiles), notamment sur des sorties de balle, mais le niveau de concentration est resté très élevé dans ces circonstances, il n’y a pas eu de relâchement, preuve en est que l’écart final est l’écart maximum. Personne n’est tombé dans la tentation très forte de se la jouer All-Star Game[2], le compteur de points de la Serbie est ainsi resté bloqué à 32 pendant grosso modo les 5 dernières minutes. La raquette française était mieux gardée que Fort Knox. Ceci dit, pendant ce temps, quelques très beaux mouvements individuels ou collectifs ont contribué à faire gonfler le butin de celles à qui le surnom de Braqueuses ne correspond plus du tout. Les filles ont pris leur pied, le public aussi, la proportion de spectateurs assis sans applaudir ni chanter lors des ultimes possessions ne dépassait pas 5%.

76-32, c’est assez phénoménal, pourtant, l’existence d’une marge de progression ne peut être niée. Les erreurs pointées du doigt par le coach sont réelles, les Serbes ont pris 13 rebonds offensifs – ça s’explique aussi par leur nombre de tirs ratés – et ont profité de 15 pertes de balles pour certaines provoquées, pour d’autres non. Bien sûr, la réussite aux tirs (58% à 2pts, 60% à 3pts, 73% aux LF) fait rêver et risque de rarement se reproduire, bien sûr il faut relativiser tout ça car l’adversité était assez faible et pas au taquet (les 12 Serbes ont toute joué 8 à 29 minutes, ça a aussi beaucoup tourné en raison des circonstances, ça ne se serait jamais produit lors d’un match serré)… mais ne faisons pas la fine bouche, ne boudons pas notre plaisir, ne cherchons pas toujours du négatif quand tout nous semble trop positif pour l’être réellement !

Tous les feux sont au vert, tout le monde joue (entre 10 et 22’ par joueuse, la plupart à 15 ou 16’), le succès vient de la force du banc[3] (54 points), les nouvelles s’intègrent très bien (même Diandra, la seule restée sans point, a très bien joué, à défaut de scorer elle a fait beaucoup d’autres choses), les filles appelées à porter l’équipe quand l’adversité sera d’un autre calibre prennent tranquillement confiance sans griller leurs cartouches, on a ainsi vu Céline et Sandrine prendre leurs marques, 4 filles différentes ont montré qu’elles peuvent marquer derrière l’arc, la défense est béton…

Quand vous constatez le rendement d’une Isabelle Shaqoubou, 10 points et 8 rebonds en moins de 17 minutes après ses 17 points de la veille en 12 minutes, vous prenez peur pour les futures adversaires victimes des Bleues !

Lundi soir, la Grande-Bretagne tente sa chance. Les Britanniques devraient offrir une opposition un peu plus sérieuse. Mais cette fois on est chez nous, pas chez elles !

Notes

[1] Sur Sport+ ils reprennent le surnom que j’ai inventé en la découvrant en 2009… 4 ans de retard !

[2] Tout pour l’attaque et le spectacle, rien pour la défense.

[3] D’où le titre, allusion à l’importance du banc qui dedans et non en dedans… et à l’effet d’une telle démonstration sur les fans des Bleues.