Jusqu’à 36km de l’arrivée, les 5 hommes de tête – qui par moments ont été éparpillés et ont fini leur aventure à 4 – partis sous l’impulsion de Jérôme Cousin (Europcar) ont fait l’élastique pendant toute la journée. Le quintette a longtemps navigué 2 à 3 minutes devant le peloton qui ne le laissait pas prendre plus que ça. Les sprinteurs étaient extrêmement motivés à l’idée non seulement de remporter l’étape mais aussi de s’emparer du maillot jaune car en l’absence de prologue le vainqueur du jour allait forcément faire coup double (une première depuis 1967, depuis les sprinteurs n’ont jamais eu cette opportunité).

Juan Antonio Flecha (Vacansoleil), Lars Boom (Belkin), Jérôme Cousin (Europcar), Cyril Lemoine (Sojasun) et Juan José Lobato (Euskaltel) savaient que leurs chances de se jouer la victoire à Bastia étaient faibles nulles. Ils avaient tout de même 3 objectifs : le maillot du meilleur grimpeur avec une côte de 4e catégorie à environ 170 bornes de l’arrivée, le prix du combatif du jour et le sprint intermédiaire. Des points, des primes, un passage sur le podium d’arrivée, montrer le maillot à la télé pour faire la pub du sponsor… C’est mieux que rien, non ?

Il y a eu bagarre pour le maillot distinctif à leur portée … Ils nous ont fait de la piste. Oui, scène improbable, on aurait dit que pour eux l’arrivée était jugée au sommet de cette côte. Lemoine a réussi à surprendre les comparses, mais trop tôt, ça s’est regroupé, on a refait de la piste, Cousin a relancé, il s’est fait piéger par Lobato, le gars dont on se méfiait le moins. En débordant le coureur français par la droite juste avant la ligne il s’est emparé du maillot à pois et a ainsi réussi un exploit, celui de faire de son premier Tour de France un succès en ayant roulé sur quoi ? Je dirais 1% du tracé.

Autre événement assez hallucinant, les échappés ont tenté un coup de bluff inédit, ils ont décidé de tous s’arrêter en même temps (pour se vider la vessie de concert), l’écart a fondu, le peloton s’est calmé, l’écart est vite remonté à plus de 3’30. Les fuyards en avaient sans doute marre de voir l’écart plafonner, les équipes de sprinteurs ne voulaient surtout pas les reprendre trop tôt car ça aurait obligé à subir des tentatives de contre-attaques, à maîtriser des coureurs encore plus frais. Le plus simple était de laisser les 5 hommes un peu devant en les tenant à une distance suffisamment réduite pour être sûr de ne pas se louper au moment où la chasse serait lancée.

A un moment j’ai cru qu’ils avaient été repris, Cousin était resté seul devant, sans aucun doute pour gratter le dossard rouge (et la prime) du combatif de l’étape, il s’est fait un petit clm individuel avant d’être rejoint par Boom, Flecha et Lobato, puis un peu plus tard par Lemoine qui semblait pourtant avoir définitivement lâché l’affaire. Bref, on a fini par se retrouver de nouveau à 5 avec au maximum 4 grosses minutes de marges, soit… rien du tout.

Fletcha a anticipé le sprint intermédiaire pour aller chercher la prime mais a été repris et doublé par Boom. Ce dernier a continué son effort, il ne restait plus qu’une minute d’avance. Les grands sprinteurs ont aussi bataillé pour les points restants, André Greipel (Lotto) a réglé ce petit monde. Ça peut faire la différence à un moment ou l’autre du tour. Le duo Boom-Fletcha a été rejoint par les 2 Français. Où l’Espagnol Lobato est-il passé ? Il a coupé son effort, pour de bon cette fois. Le peloton l’a repris.

L’élastique a alors recommencé à se tendre, l’écart a de nouveau gonflé sans jamais être significatif, ça devenait particulièrement gonflant. Ils auront tenu longtemps sans réellement s’employer car ils le savaient, ça n’aurait servi à rien, l’échappée était folklorique. On aurait pu commencer la course à 36 bornes de l’arrivée.

On a commencé à s’organiser en tête de peloton, les RadioShack ont pris la tête pour protéger leur leader, la fin du parcours s’annonçant tortueuse. De plus, il y commençait à y avoir du vent. D’autres équipes comme Sky ont fait de même, on a eu droit à ce genre de choses pendant une dizaine de kilomètres, on sentait une grande nervosité… avant une accalmie.

A 15 bornes de l’arrivée, une star du peloton s’est rappelée à notre bon souvenir. Johnny Hoogerland (Vacansoleil), champion des Pays-Bas et spécialiste mondial des chutes spectaculaire sur le Tour de France, est parti se manger une banderole publicitaire sur le côté de la route histoire de se vautrer sur le bas-côté. Il est vrai que cette banderole était super mal placée, au ras du sol et sans barrière derrière… On en a eu une autre illustration 2 ou 3 km plus loin avec une banderole semblable et une nouvelle chute avec cette fois plusieurs coureurs à terre, dont Ryder Hesjedal, leader de Garmin, qui n’a pas dû prendre la précaution de rester dans la 1ère partie du peloton. En tête de peloton on est reste calme.

Soudain, la nouvelle totalement inattendue, dingue, hilarante, ridicule… On nous montre Le bus de l’équipe Orica-GreenEdge coincé sous l’arche de la ligne d’arrivée… à quelques minutes de l’arrivée ! On a attendu la 100e édition du Tour pour voir ça. Assez fantastique, non ? On a su plus tard ce qui s’était produit. Le conducteur s’est perdu, il a retrouvé la route et est ainsi arrivé en retard, on lui a permis d’entrer sur le tracé de la course pour récupérer ce retard, seulement au moment où il est arrivé devant la ligne d’arrivée, au moment de s’arrêter et de demander l’autorisation comme le veut le règlement, il y est allé direct. L’arche ayant été mise en configuration arrivée, donc rabaissée, la collision a été inévitable. Le conducteur du bus est vraiment passé pour un c*n, mais plus grâce, il a mis tout le monde dans une m*rde folle. Il a fallu réagir à vitesse grand V pour trouver le moyen de dégager le bus en évitant un effondrement total de l’édifice monté et démonté chaque jour.

Que faire ? Dans l’urgence, les commissaires et les organisateurs ont cherché une solution de repli, ils ont fini par décider ceci : l’arrivée serait jugée sous la banderole des 3 derniers kilomètres, un choix dicté par la présence à cet endroit d’un système de chronométrage permettant de relever les temps en cas de chute ou d’incident mécanique entre ce point et la ligne d’arrivée. Sur les images du lieu diffusées pendant la course, on voyait la banderole dans un virage et a priori pas de ligne tracée au sol (c’est passé subrepticement, je ne peux donc être affirmatif concernant l’absence de ligne). On aurait donc eu bien du mal à y juger une arrivée au sprint, de surcroît très dangereuse compte tenu de la configuration du site.

La décision a été prise et annoncée aux directeurs sportifs, ils ont dû la relayer très rapidement dans les oreillettes… Le message est passé pour certains, pas pour tous. En panique, obligés de se réorganiser très rapidement pour une arrivée qu’ils pensaient prévue plus loin, beaucoup ont voulu remonter leur leader d’équipe ou aller se placer pour le sprint, d’où un énorme b*rdel. Ça frottait énormément, les gars étaient extrêmement nerveux, c’est tombé sur la gauche dans le premier quart du peloton… Un carnage. Peter Sagan (Cannondale) n’a pu éviter le concurrent tombé juste devant lui. L’accident a fait une bonne dizaine de victime plus beaucoup d’attardés, elle s’est produite à environ 5 ou 6 kilomètres de l’arrivée à un moment où certains recevaient le contrordre. Car oui, entre-temps, on a réussi à dégager le bus et décidé d’abandonner le plan B pour revenir au plan A. Seulement cette décision dans l’urgence a été prise alors que les équipes de sprinteurs avaient lancé la machine, tout le monde n’a pas reçu l’info. Pour être clair, on a eu confirmation que l’arrivée serait jugée sur la ligne d’arrivée en voyant les coureurs passer sans lever les bras à l’endroit où on avait annoncé que serait jugée l’arrivée faute de pouvoir la juger sur la ligne d’arrivée. C’est flou ? L’effet est voulu car on était en plein flou, au milieu d’un énorme b*rdel totalement désorganisé. On a fini en pleine panique, plus personne ne savait qui était là, qui était à l’arrière, on a tout de même remarqué la présence des 2 sprinteurs d’Argos-Shimano, Marcel Kittel et John Degenkolb, en revanche il n’y avait plus de Bouhanni (FDJ) ni de Cavendish (Omega Pharma-Quick Step), Greipel a été éliminé peu de temps après par un problème mécanique, il manquait plein d’autres favoris ou outsiders pour la victoire à Bastia.

Se rendant compte de l’absence de son leader (Cavendish), Niki Terpstra a tenté de faire grosso modo le coup du kilomètre, il a pris quelques mètres d’avance, pas suffisamment. Kittel a décroché sa première victoire sur le Tour en remportant ce sprint serré dans des conditions inimaginables. Il aurait pu gagner si la concurrence n’avait été éliminée par ces péripéties, toutefois on qualifiera surtout ce succès d’opportuniste. Quand vous apprenez qui a fini dans sa roue… Alexander Kristoff (Katusha) 2e, le très jeune Danny Van Poppel (Vacansoleil) 3e à 19 ans, certaines sprinteurs mais de seconde zone, puis David Millar (Garmin), dont on se demande ce qu'il foutait là… Les gros poissons du sprint étaient tous absents. Sauf Kittel.

Le jeune Allemand a fait un très gros coup : victoire d’étape, maillot blanc (il a 22 ans), maillot vert, et bien sûr maillot jaune. Lobato (maillot à pois… il le perdra dès dimanche dans l’étape de moyenne montagne) et Cousin (combatif du jour) ont été les 2 autres récompensés de cette étrange étape inaugurale.

Y aurait-il eu d’autres chutes encore dans le final ? Possible. On a fait les comptes à l’arrivée. Chris Froome (Sky), déjà victime d’une crevaison avant le départ réel, semble avoir été légèrement touché, comme Alberto Contador (Saxo-Tinkoff) et beaucoup d’autres. Geraint Thomas (Sky) est aussi une des victimes, Froome a peut-être perdu un lieutenant important. La liste serait très longue à établir et tout le monde a été finalement crédité du même temps, les commissaires ayant étendu la règle des 3 derniers kilomètres dans la mesure où ils étaient eux-mêmes en grande partie responsables des incidents, leur décision et contre-décision ayant provoqué cette panique. Cette mansuétude est logique, tout le monde s’y attendait.

On verra au cours des prochains jours qui va ressentir les effets de ces chutes, Tony Martin (Omega Pharma-Quick Step) n’aura pas à attendre, il a pris très cher, son abandon est quasi inéluctable, il a perdu connaissance après l’arrivée, est parti en ambulance. Ça fait un gros rouleur de moins pour le clm par équipe de Nice.

Le premier gros coup de gueule de ce Tour est celui de Marc Madiot, patron de l’équipe FDJ, il a envoyé du très lourd à l’encontre du président du jury des commissaires. Selon lui, une fois la première décision prise, revenir dessus était dangereux, très grave, cet Espagnol envoyé par l’UCI devrait dégager… Un peu extrême le Madiot ! (De mon point de vue, les oreillettes y sont aussi pour quelque chose, sans elles on aurait tout simplement arrêté ou ralenti la course quelques instants pour que la direction de course fasse directement passer la consigne auprès des concurrents.)

A mon tour de pousser un coup de gueule ! Les médias et le fumier que je surnomme GrosBras depuis déjà quelques années[1] ont décidé de remettre le dopage sur le devant de la scène juste avant le départ, comme si c’était le moment d’éclabousser de la m*rde du passé tous ceux qui dans le présent se battent pour un cyclisme propre.

Que la commission d’enquête sénatoriale sur l’efficacité de la lutte contre le dopage ait décidé de publier ses conclusions le 18 juillet (jour de la grande étape alpestre) est une put*in de honte, un scandale. Avant la course une délégation de coureurs a rencontré Mme le ministre des sports pour demander que la date soit repoussée afin de ne pas chercher à nuire gratuitement au cyclisme et au Tour. Le rapporteur de cette grosse commission a bien évidemment refusé. La liste des dopés du Tour de France 1998 promise par les sénateurs aurait pu être dévoilée il y a ou dans plusieurs semaines. Il y a 365 jours cette année, 364 lors desquels n’aura pas lieu l’étape de l’Alpe d’Huez, 322 sans étape du Tour (en comptant les jours de repos comme des étapes), comme par hasard ils ont choisi leur date… 15 ans après… En plein milieu de la 100e édition… A part chercher à nuire à l’image du cyclisme, du sport en général, d’un monument national (le Tour de France) et même de notre pays, quel est leur but ?

Ces parlementaires élus par suffrage indirect – ils ne peuvent donc être sanctionnés par le peuple – agissent à la façon de a gros c*nnard en quête de célébrité. C’est affligeant. Si vous voulez faire du buzz, montrez-vous en slip dans l’hémicycle du Palais du Luxembourg, vous seriez presque moins consternants ! Peut-être agissent-ils ainsi pour donner l’impression de travailler, mais agir à la façon de la pire presse de caniveau ne les honore pas, ils n’aident pas à faire avancer les choses. Avoir fait filtrer le nom de Laurent Jalabert – mon Dieu ! je suis tombé de ma chaise en… constatant que certaines personnes ont été surprises par cette annonce – quelques jours avant le début de l’épreuve est déplorable.

C’est un peu comme envoyer un mail à tout ton répertoire pour annoncer à ta sœur que son mari allait sans elle dans des clubs libertins avant leur mariage, une information dont elle se doutait et se foutait, ceci une semaine avant la réunion de famille prévue pour fêter leurs 15 ans de mariage et les 100 ans de mamie… On se demande juste ce que tu as à y gagner hormis une brouille avec sa famille et une réputation – justifiée – de fouille-m*rde (et/ou fouteur de m*rde).

Dimanche, belle étape… une affiche de derby corse sans carton rouge. Du moins on l’espère.

Notes

[1] Lance Armstrong. RRRRRRRrrrrr Ptttt ! (Cette onomatopée correspond au bruit d’un crachat.)