La 5e étape ralliant Cagnes-sur-Mer à Marseille était longue (228,5km) et comptait 5 difficultés dont seulement 4 répertoriées, étrangement la dernière ne comptait pas pour le prix du meilleur grimpeur, elle était pourtant bien réelle et pas très loin de l’arrivée. On s’attendait à la victoire d’un sprinteur sans pouvoir exclure l’hypothèse du succès d’un baroudeur car le profil était très accidenté, la route montait et descendait en permanence.

Pour l’anecdote, on signalera que plusieurs équipes ont été bloquées sur l’autoroute en se rendant au départ. Certains bus d’équipes ont dû être escortés par la garde républicaine, dont… celui d’Orica-GreenEdge. Toujours dans les mauvais coups celui-ci !

La traditionnelle échappée du jour s’est formée dès le kilomètre 0, on y trouvait 6 hommes dont 2 Europcar (Yukiya Arashiro et Kévin Réza), ainsi que Romain Sicard (Euskaltel), Anthony Delaplace (Sojasun), Thomas De Gendt (Vacansoleil), et le champion du monde espoirs en titre, le Kazakh Alexey Lutsenko (Astana). Le peloton a bien laissé faire, Orica-GreeEdge aurait eu tort de pousser l’allure si loin de l’arrivée. De ce fait l’écart a cru rapidement pour dépasser les 12 minutes, presque 13.

J’ai été un peu étonné de l’attitude des 2 membres d’Europcar, l’équipe de Pierre Rolland, le porteur du maillot à pois. Ils ont laissé Thomas De Gendt aller prendre des points sans souci. Certes, le Belge ne pouvait inquiéter le Français, mais quand vous être en surnombre dans une échappée, vous pouvez en profiter pour ramasser tout le long de la journée, et en particulier les points du maillot en possession de votre équipe. Ils auraient eu une réelle légitimité à les contester au Vacansoleil. Ce dernier est passé en tête la Côte de Châteauneuf-Grasse (3e catégorie) devant Delaplace, il a fait de même au Col de l’Ange (4e), puis l’attention s’est portée sur le sprint intermédiaire.

En général, quand dans une échappée on laisse un gars prendre tous les points d’un classement sans avoir à lutter, en retour il reste en retrait dans ce qui concerne l’autre (il y a aussi des primes en jeu). En l’occurrence, on ne la pas emm*rdé pour les grimpeurs, la logique voulait qu’il ne se mêle pas au sprint intermédiaire… pourtant il est allé battre Lutsenko. Etrange attitude.

Les équipes de sprinteurs ont bataillé pour se partager ce qui restait… sauf les Argos-Shimano. Marcel Kittel ne s’est pas mêlé au sprint remporté par André Greipel (Lotto) devant Alexander Kristoff (Katusha), Peter Sagan (Cannondale) et Cavendish.

Après ce sprint intermédiaire l’équipe Lotto a décidé d’aider Orica-GreenEdge à rouler derrière l’échappée, il restait entre 110 et 120 bornes, l’écart était encore de 9 à 10’. Plus tard, Argos-Shimano s’y est mise aussi.

Pendant ce temps à l’arrière, Nacer Bouhanni (FDJ) connaissait une nouvelle journée galère, il a compté parmi les plus malheureux du jour (il est malades, problème gastriques). Les pépins physiques et les chutes ont été nombreux lors de cette étape, RadioShack a été doublement touchée dans une chute impliquant Andreas Klöden et Haimar Zubeldia, lequel s’est cassé la main. Ils ont été attendus par Jens Voigt.

L’avance des 6 échappés a de nouveau augmenté pour de nouveau approcher les 8 minutes au passage de la Côte de la Roquebrussanne (4e catégorie) où pour une fois quelqu’un a devancé Thomas de Gendt, un Europcar – enfin ! – en la personne de Yukiya Arashiro.

Une crevaison de Romain Sicard à un peu plus de 60 bornes de l’arrivée a marqué le début de la fin de ce groupe de 6. Le Français a eu du mal à revenir sur ses camarades, et une fois revenu, pas de chance pour lui, l’explosion s’est produite. Sous l’impulsion du Belge un trio s’est formé, les 3 étrangers sont partis, le second trio 100% tricolore était sur le point de rester sur le carreau ? Réza a alors réagi, il est reparti seul pour combler l’écart et former un quatuor de tête au sein duquel Europcar était en surnombre. Le Francilien d’origine antillaise avait gardé des forces en évitant de trop s’employer depuis le début de la journée. Ses compatriotes étaient à plat, ils ont dû se relever, à 35km de l’arrivée le peloton les avalait déjà.

Selon le fameux théorème de Chapatte[1] la victoire des échappés était tout à fait possible. D’ailleurs le théorème semblait se confirmer pour la ixième fois : encore plus de 7’ d’avance à 60 bornes, plus de 6’ à 50 bornes (OPQS est alors venu aider), plus de 5’ à 40 bornes. Le souci pour le quatuor était d’avoir encore 2 difficultés à passer. La Côte des Bastides (4e) leur a coûté cher, les équipes de sprinteurs allaient très vite, l’écart s’est mis à fondre, au sommet de la côte – où De Gendt est passé en tête – à 30km de l’arrivée, il n’y avait plus que 3’20. Sous la banderole des 20 bornes, ils avaient encore 2’26 de marge, seulement la route n’était pas horizontale…

Le Col de la Gineste constituait la dernière opportunité de faire sauter le sprinteur kazakh, Réza a donc tenté une première attaque, sans résultat. Un peu plus tard, Arashiro a essayé à son tour, puis de nouveau Réza. On s’attendait à ce genre d’offensives des 2 Europcar, peut-être trop pour qu’elles aboutissent au résultat espéré.

A l’avant de peloton, beaucoup d’équipes roulaient – y compris AG2R… pourquoi ? – sans donner l’impression d’être très organisés. Plusieurs sprinteurs avaient du mal à suivre, ils semblaient sur le point de décrocher. Une chute importante s’est produite dans cette montée à hauteur de la 25e ou 30e position du peloton, sur la gauche de la route. La vitesse était assez modérée mais beaucoup de coureurs ont été concernés, soit en se ramassant à l’image de Christian Vande Velde (Garmin), le plus durement touché, soit en étant obligé de mettre pied à terre comme Rolland ou Kittel.

Les échappés avaient vent de face, ils ont commencé à se regarder un peu trop, ce qui a mis fin à leurs derniers espoirs. Avec un Tony Martin (OPQS) en locomotive surpuissante du peloton, le sort des fuyards faisait de moins en moins de doute, l’écart a fondu à une vitesse folle. Dans la montée – qui était assez longue et aurait vraiment mérité d’être répertoriée) – on a vu Arthur Vichot (FDJ) se placer en première position ainsi que Pierrick Fédrigo avec Thibaut Pinot dans la roue, comme si Bouhanni se sentait mieux. J’ai surtout l’impression qu’il a voulu se convaincre que ça allait mieux.

La descente était longue, large, facile et rapide, Lutsenko en a profité pour attaquer, Réza est reparti pour le suivre, Arashiro est resté dans la roue du dernier membre du quatuor. Le premier duo est resté devant, le second a vite été avalé par un peloton mené par Sylvain Chavanel (OPQS), grand descendeur.

Omega Pharma-Quick Step a travaillé remarquablement, l’organisation était parfaite, Cavendish était bien placé et protégé. Réza a été repris à 5 bornes, Lutsenko quelques centaines de mètres plus loin. Il y avait un peu de vent de face avant l’ultime virage précédent la ligne droite d’arrivée. Le sprint a été parfaitement préparé, Sojasun, Lotto et Argos-Shimano ont tenté d’emmener leurs finisseurs mais OPQS a été trop bien lancé sur orbite son champion. Cavendish a fait très forte impression, il était facile, intouchable.

Le Britannique a devancé Edvald Boasson Hagen (Sky), Peter Sagan 3e et Greipel 4e, décrochant donc sa 24e victoire sur le Tour de France, soit une de plus qu’André Darrigade.

Pendant que les sprinteurs se disputaient la victoire, un poisson-pilote s’est quasiment arrêté en plein milieu de la route, il s’est relevé après avoir fait son job, devenant ainsi une sorte d’ilot directionnel mobile. Qui plus est, la route rétrécissait. Ça a fait boum. Le poissard du jour, Nacer Bouhanni, qui compte tenu de son état n'aurait sans doute pas dû tenter d'aller disputer le sprint, est tombé à cause de ce gars, il y a eu un carnage, Maxime Bouet (AG2R) a pris cher, Ryder Hesjedal (Garmin) a une côte cassée, Jurgen Van den Broeck (Lotto) a pris un sérieux coup au genou… ça va laisser des traces.

Aucun maillot n’a changé de titulaire, De Gendt a été élu combatif du jour, Gerrans est toujours en jaune, Kwiatkowski en blanc, Rolland à pois, Sagan en vert.

Demain, on devrait avoir une nouvelle étape de transition, on en a souvent eu qui arrivaient à Marseille et à Montpellier, d’habitude c’est plutôt en fin de 2e voire en 3e semaine, un autre scénario est donc envisageable, surtout qu’on annonce du vent. Bordures en perspective ?

Notes

[1] Les équipes de sprinteurs reprennent environ 1’ aux échappés par tranche de 10km.