Les résultats des cyclistes britanniques aux JO depuis 2008 ont fait naître énormément de soupçons. Officiellement, ce qui s’apparente à des anomalies – des gars moyens/bons toute l’année qui deviennent monstrueux les 2 ou 3 semaines de la compétition, des pistards qui se transforment en montagnards en quelques mois, des morphologies qui changent du tout au tout, etc. – est expliqué par une recherche scientifique très poussée concernant la préparation et le matériel, par un souci permanent du détail, et par les qualités naturelles extraordinaires dont disposeraient leurs coureurs. Sky est un prolongement de cette équipe olympique avec un caractère un peu moins britannico-britannique. Le cyclisme sur piste ne leur suffisait pas, ils ont exporté leur hallucinante domination sur la route.

On retrouve quasiment la même arrogance – cette façon de vouloir donner des leçons à tout le monde en ayant pour seule légitimité des résultats surnaturels – et les mêmes façons de contrôler la course. Les points communs sont très nombreux, ça va du maillot sombre à l’absence de suspense quand ils prennent le départ d’une course qu’ils veulent gagner, en passant par la capacité des équipiers à faire le travail pour leur leader… avant de lâcher tout le monde comme s’ils n’étaient pas fatigués et supérieurs aux candidats au podium. A vrai dire, entre la démonstration de Chris Froome et celles de GrosBras[1], il y a une petite différence.

A l’époque, l’ordure texane était lancée par une équipe de mutants fonctionnant tous au carburant pour fusées, la machine était bien huilée, tout le monde était au taquet, ça roulait beaucoup trop vite pour que quelqu’un puisse attaquer, le peloton se faisait décimer par ce train, GrosBras n’avait pas besoin d’attaquer, il se contentait de finir sans décélérer, sans jamais faiblir. Il était infaillible, prévisible mais imbattable.

Cette année, en raison de circonstances défavorables, Sky ne peut compter sur une équipe complète, plusieurs de ses membres ont été pris dans des chutes ou sont hors du coup, probablement malades, peut-être ont-ils mal encaissé les conditions météorologiques très inhabituelles cette saison (depuis 6 mois le peloton cycliste a surtout eu droit au froid et à la pluie). La différence semble donc conjoncturelle, pas structurelle. Si Geraint Thomas était en pleine possession de ses moyens, si Bradley Wiggins n’avaient pas déclaré forfait sur blessure[2], l’équipe des pistards britanniques serait aussi monstrueuse que l’US Postal de la pire époque. Lors de cette première étape pyrénéenne on a découvert Peter Kennaugh, un autre pistard issu des mêmes filières, il a compensé à lui-seul les faiblesses de tous les équipiers incapables de répondre aux attentes. Non content d’avoir roulé pendant une bonne partie du Col de Pailhères en écrémant le peloton dans des proportions assez impressionnantes, il a fait toute la descente et le début de la dernière ascension. A un moment, j’ai cru qu’il avait accéléré histoire de tout donner avant de mettre la flèche et de passer le relais à Richie Porte… Une demi-heure ou ¾ d’heure plus tard il continuait à asphyxier la plupart des favoris n’ayant pas encore craqué. La suite, en revanche, est une copie conforme de ce que faisait GrosBras (lui aussi vainqueur à Ax-3 Domaines), Froome a réalisé le 3e temps de l’histoire sur cette montée derrière ceux de Laiseka (d’Euskaltel, équipe plus que louche à l’époque) et GrosBras (dopé), établis en 2001… Il est allé plus vite que GrosBras et Ulrich (la chaudière allemande) 2 ans plus tard… et plus vite que tous les autres tous les ans depuis qu’on monte jusqu’à cette station.

Que Porte ait réussi à terminer 2e, à la limite, je m’en fous, Kennaugh a beaucoup plus travaillé, l’Australien a été très fort cette saison sur les courses à étapes, s’il n’était pas lieutenant de Froome mais leader d’une équipe, on l’attendrait dans le top 10, voire le top 5. Il n’a pas énormément roulé en tête entre le moment où Kennaugh s’est garé et celui où Froome s’est envolé, donc admettons. Surtout, à la fin, il avait le visage marqué, il semblait s’être mis minable, avoir souffert. En revanche, et c’est ce qui me gêne presque le plus, le nouveau patron du Tour 2013 a franchi la ligne sans afficher le moindre signe de fatigue. Le gars porte un maillot noir (ce qui absorbe les rayons du soleil), il est à peu près le seul coureur engagé à ne pas l’ouvrir – il s’est seulement arrosé avec de l’eau à quelques reprises – pour combattre cette chaleur et ce cagnard insoutenables, mais il arrive frais comme un gardon en ayant battu les meilleurs temps de toute une tribu de cyclistes dopés y ayant fait de leur mieux ces dernières années… Rien ne vous choque ? Etre né et avoir vécu au Kenya pendant une partie de sa jeunesse n’explique rien. Quand on le voit maigre comme un haricot vert, comme Wiggins aussi (on rappelle que ce dernier était un rouleur lourd et s’est inexplicablement mué en rouleur-grimpeur très sec), s’interroger est légitime.

Honnêtement, tout ceci me gonfle au plus haut point. Je vous renvoie à ce que j’ai écrit quand GrosBras a été obligé d’avouer, j’y avais fait une petite rétrospective des événements, des soupçons, des raisons pour lesquelles les faits m’ont convaincu de la culpabilité de cet individu. J’y exposais aussi ma façon d’appréhender les performances sportives qui sortent de l’ordinaire.

Il est temps de raconter cette étape longue de 195km disputée entre Castres et Ax-3 Domaines.

On commençait par 130 ou 140 de plat relatif avant les 2 premières grandes difficultés du jour, de véritables difficultés. Le Col de Pailhères (hors catégorie), point culminant du Tour 2013, est vraiment hard, beaucoup plus que la montée finale vers la station. Entre les 2, il n’y a qu’une longue descente, pas du tout de vallée.

En principe, une échappée devait partir de très loin, composée à la fois de candidats à la victoire d’étape éventuellement accompagnés d’équipiers, de chasseurs de points pour le maillot à pois, et probablement de garçons préférant faire la course à l’avant quitte à finir tranquillement. Souvent, dans cette configuration, le groupe est assez important. Cette fois, ils n’étaient que 4, partis lors des 10 premiers kilomètres sous l’impulsion d’un Castrais, Jean-Marc Marino (Sojasun). Il a été rejoint par Johnny Hoogerland (Vacansoleil), Rudy Molard (Cofidis) et Christophe Riblon (AG2R), déjà vainqueur à Ax-3 Domaines en 2010 au terme d’une longue échappée. Le double vice-champion du monde sur piste (de l’américaine en 2010 et de la course aux points en 2008) était le mieux classé au général, à 4’49 du leader, Daryl Impey (Orica-GreenEdge).

L’avance du quatuor a presque atteint 10 minutes… puis Orica-GreenEdge et Sky ont commencé à rouler ensemble (Geraint Thomas se sachant incapable d’aider dès que la route allait s’élever, il a tout donné sur le plat). Je soupçonne Impey d’avoir aidé Froome, dont il est un ami proche. Objectivement, OGE n’avait plus aucun intérêt à rouler. Compte tenu à la fois de sa maigre avance et du profil de l’étape les chances du Sud-Africain de conserver le maillot jaune étaient nulles. En agissant ainsi, le seul objectif de ces 2 équipes était de condamner l’échapper afin de faire gagner Froome à Ax-3 Domaines.

En parlant de condamner… Matteo Bono (Lampre) a abandonné au bout de quelques kilomètres. To be honest I don’t care, and I’m sure U2…[3] On se fout aussi de la Côte de Saint-Ferréol (4e catégorie), franchie en tête par Molard qui aura ainsi mis quelques euros dans la cagnotte quasiment inexistante de son équipe. Le sprint intermédiaire semblait parti pour ne pas être disputé entre les échappés, mais Hoogerland a décidé d’aller prendre les points la prime, surprenant Marino qui appuyait son relai pour y passer ni vu ni connu. Au sein du peloton les Cannondale ont accéléré en vue de l’attribution des points encore en jeu, André Geipel (Lotto) a battu Peter Sagan (Cannondale), ce qui ne change quasiment rien, l’écart au classement du maillot vert est très conséquente grâce à la grande manœuvre de vendredi.

Le spectacle auquel on a assisté m’a laissé perplexe. Il faisait une chaleur dingue, tout le monde essayait de s’arroser dès que possible, pourtant au lieu de rester tranquillement dans les roues en laissant Sky faire le travail, plusieurs équipes ont décidé de se montrer à l’avant. Belkin a aidé les Britanniques comme si Bauke Mollema voulait annoncer son ambition a priori démesurée d’aller remporter l’étape. J’ai fini par me demander si nous n’étions pas en train d’assister à un concours de zgegs. On avait 3 files de coureurs côte à côte, celle des Sky à gauche de la route, celle des Belkin au milieu, celle des Saxo-Tinkoff à droite. Ces 3 équipes voulaient manifestement montrer qu’elles avaient la plus grosse, il s’agissait de rouler en tête du peloton sans s’associer aux autres, d’imprimer leur rythme qui se voulait plus rapide que celui des voisins. Du coup, ça allait très vite, l’écart entre les hommes de tête et le peloton fondait de plus en plus rapidement, il ne faisait pas bon être victime d’un incident mécanique à ce moment.

Au pied du Col de Pailhères les échappés précédaient le peloton d’environ une minute, soit 15 à 20% de ce dont ils avaient besoin pour espérer peut-être aller au bout. Riblon est alors reparti seul, il était à l’évidence le meilleur grimpeur des 4. Ses 3 anciens compagnons de route ont été repris en l’espace de quelques minutes.

La Sky a essayé d’imposer un train très rapide, toutefois je me demande s’il n’y aurait pas une part de bluff car si beaucoup ont été décrochés rapidement, à commencer par les sprinteurs ou encore Blel Kadri (AG2R), futur ex-porteur du maillot à pois, ça n’allait pas assez vite pour empêcher les attaques. Quand la Garmin a décidé de passer à l’attaque, elle a bien secoué le peloton, accélérant le processus de démantèlement de la Sky, dont plusieurs membres ont soit dû mettre le clignotant, soit pousser le moteur à fond trop tôt. Robert Gesink (Belkin), ancien grand espoir n’ayant jamais réellement confirmé, a réussi à s’extraire du peloton, bientôt imité par Thomas Voeckler (Europcar). Ces 2 hommes étaient suffisamment loin au général pour ne pas inquiéter Froome, par conséquent Sky n’avaient pas besoin d’aller les chercher, du moins pas tout de suite.

Le cycliste français le plus populaire semblait revenir progressivement sur Gesink mais Riblon n’amusait pas le terrain, il roulait à peu près aussi vite que le peloton, voire un peu plus vite. Sa marge par rapport au gros de la troupe a longtemps avoisiné 1’30. Ce «gros de la troupe» était de moins en moins gros, il perdait beaucoup de poids, des tas de coureurs se faisaient lâcher, les Gerrans (OGE), Coppel (Cofidis), pas bien remis de sa chute du 1er jour, ou encore des Sky, dont on ne comptait déjà plus que 5 éléments à l’avant puis plus que 4 à 37km de l’arrivée. L’écrémage continuait, Moinard (BMC) à cause d’une crevaison, les autres ont simplement défailli – ce qui est plutôt sain – à l’image de Cunego (Lampre), d’Hesjedal (Garmin), de Navarro (Cofidis), Chavanel (OPQS) ou encore de plusieurs FDJ (Géniez, Jeannesson). Après s’être accroché avec courage et détermination, l’élastique qui reliait Impey au groupe des favoris s’est rompu, le maillot jaune allait inévitablement s’offrir aux épaules d’un autre.

Pendant ce temps s’est produit un véritable événement, l’attaque de Nairo Quintana (Movistar), sorte de Greg Oden du cyclisme colombien[4]. Le grand public l’a découvert dès sa première étape de montage sur le Tour de France, il a fait très forte impression en s’envolant pour rejoindre puis doubler successivement Voeckler, Gesink puis Riblon. Il est vrai que chacun de ces 3 hommes coinçait, le premier n’était pas en grande condition, le dernier avait déjà beaucoup donné depuis le début de la journée, il a continué à se battre encore un petit moment. Tous ont été repris puis lâchés par le groupe des favoris, obligé d’accélérer en raison de la dangerosité de Quintana au classement général (à seulement 25s du maillot jaune et véritable outsider annoncé). Forcée d’en remettre une couche, la Sky a encore été affaiblie, Vasil Kiryienka et Peter Kennaugh ont même disparu de la tête de course pendant quelques instants… ils étaient en réalité partis chercher du ravito pour Porte et Froome.

Pierre Rolland (Europcar) s’est alors à son tour montré offensif, on était à environ 33km de l’arrivé, dans une des parties les plus difficiles du col, le moment semblait opportun. Le but ? Reprendre le maillot à pois et tenter de remporter l’étape. De toute façon il ne peut se contenter d’attendre, il est obligé d’attaquer, son salut passe par ce type d’initiatives. Le leader d’Europcar a donné des idées à d’autres, Igor Anton (Euskaltel) a décidé de suivre le mouvement. L’impression visuelle n’était pas comparable à celle donnée par Quintana, il n’a d’ailleurs pu prendre beaucoup de champ et a été amené à rentrer dans le rang un peu plus tard. Ces offensives ont mis en évidence une chose : le rythme imprimé par Kiryienka n’était pas fabuleux. Le Biélorusse n’a pas tenu le coup bien longtemps, Kennaugh a pris le relais et remis un gros coup d’accélérateur. Si l’écrémage au sein du groupe Froome s’est poursuivi, notamment en faisant craquer Tejay Van Garderen (BMC) – une grosse surprise – ou encore Andreas Klöden (RadioShack) et Nicolas Roche (Saxo-Tinkoff), Quintana continuait à creuser un écart désormais supérieur à une minute.

Quintana est passé en tête au sommet, suivi environ 30 secondes plus tard par Rolland (redevenu maillot à pois virtuel avec 6pts d’avance sur le Colombien), puis par Mikel Nieve (Euskaltel), sorti pour prendre des points. Le peloton est passé 55 secondes après l’homme de tête.

La descente a fait des ravages à l’avant comme à l’arrière.

A l’avant, Quintana y a perdu environ la moitié de son avance (d’environ 1 minute elle s’est réduite à grosso modo 30 secondes), ce qui a permis à Rolland de le rejoindre à 9km de l’arrivée.

A l’arrière, à mon grand désarroi, Thibaut Pinot (FDJ) a été décroché. Dernier rescapé de son équipe au sein du groupe des leader, il n’a pu être aidé par personne et a été totalement incapable de s’accrocher à la roue de Nicolas Roche. L’Irlandais a su profiter de cette descente longue et difficile – encore plus difficile avec cette chaleur car le goudron a fondu à certains endroits – pour réintégrer le reste de peloton mené tout du long par Kennaugh. On le savait, le jeune Français n’est pas un grand descendeur, une chute dans sa jeunesse provoque toujours chez lui beaucoup d’appréhension quand il est confronté à cet exercice. Une fois décroché, il a encore plus perdu ses moyens. Quand la tête n’y est plus, les jambes ne suivent pas. Pour ne rien arranger il a subi un problème mécanique en bas de la descente. Il a fini à 6 minutes ! Pour lui le classement général est à oublier (toute l’équipe était orientée vers cet objectif), il va devoir se remettre dedans pour aller gagner une belle étape de montagne… Celle du Ventoux ne comporte aucune descente… J’dis ça comme ça…
Au passage, en plus de la piste et du VTT, ajouter du ski dans la formation des jeunes coureurs me semble nécessaire.

Le duo de tête a eu une durée de vie très courte, Quintana est reparti seul dès que la route s’est de nouveau élevée, il a regardé Rolland, lui a peut-être même parlé… et a accéléré sèchement. Le Français n’a pas pu suivre, il a ensuite subi la nouvelle accélération des Sky, ou plutôt de Richie Porte, dernier équipier de Froome encore présent. L’Australien n’a pas fait les choses à moitié, il a fait exploser Michal Kwiatkowski (OPQS), le maillot blanc, John Gadret (Cofidis) aussi, puis une ribambelle d’anciens vainqueurs, d’outsiders et de candidats au top 10. On peut citer Cadel Evans (BMC), Andy Schleck (RadioShack), Dan Martin (Garmin) ou encore Pierre Rolland, puis Jean-Christophe Péraud (AG2R), Michael Rogers (Saxo-Tinkoff) et le duo Anton-Nieve. Porte a aussi fait passer Joaquim Rodriguez (Katusha) par la fenêtre. (^^)

Rapidement, on s’est retrouvé avec un quintette formé de 2 Sky (Porte et Froome) accompagnés par 2 Saxo-Tinkoff (Kreuziger et son leader, Contador) et un invité surprise – du moins c’est mon point de vue – en la personne d’Alejandro Valverde, n°1 de la Movistar dont un des hommes, Quintana, restait seul en tête, du moins pour le moment. Le Colombien a été repris à 5 bornes de l’arrivée.

Soudain, stupeur, les 2 Sky sont partis, puis Froome s’est envolé tout seul ! On aurait dit une moto, en roulant il faisait un bruit de moteur : Froome Froome Froome !… Contador était incapable de suivre. Calé dans la roue de son lieutenant, il coinçait et a même été lâché par les Movistar.

On s’est alors retrouvé avec une configuration de course assez illisible, il y en avait partout, on ne savait plus vraiment qui était où hormis concernant les 5 ou 6 premiers de cette étape. Après avoir fourni un effort intense pour lancer le dernier étage de la fusée puis être resté quelques instants dans les roues pour reprendre son souffle, Porte s’est permis d’attaquer Quintana et Valverde pour repartir seul. C’était assez hallucinant. Un peu plus bas dans la montée vers Ax-3 Domaines, un petit regroupement s’est opéré, Contador a été repris puis lâché par Nieve et Mollema. Kreuziger a même été obligé d’attendre son patron… C’est fou comme depuis sa suspension le niveau du Condor a baissé ! Aurait-il changé son régime alimentaire et arrêté le steak de bœuf espagnol ?

A un moment, la situation était si incompréhensible que j’ai pris le parti d’arrêter de tout noter pour me contenter d’attendre le passage de chacun sur la ligne d’arrivée.

Froome a fini façon contre-la-montre, Porte s’est classé 2e à 51", il n’a pas cherché à s’économiser pour faire son travail d’équipier ces prochains jours, à croire que Sky veut faire un doublé comme l’année dernière… L’Australien est 2e au général, j’ai un léger doute concernant sa capacité à conserver cette position, s’il était leader d’une autre équipe peut-être, en étant lieutenant au sein d’une équipe affaiblie, la situation se prête moins à faire 1 et 2, Porte risque d’avoir un peu trop de travail pour en plus jouer sa carte perso. Toujours est-il que, symboliquement, pour la concurrence le coup est dur à encaisser. Moralement les autres ont de quoi être touchés, j’ai peur qu’ils se contentent rapidement de se disputer les accessits en n’essayant même pas d’attaquer Froome.

La suite du classement de l’étape est assez – pour ne pas dire très – étonnante : Valverde 3e à 1’08, suivi de Mollema 2 secondes plus tard, précédent lui-même un autre Belkin, à savoir Laurens Ten Dam, passé totalement inaperçu avant de surgir à l’arrivée pour prendre la 5e place à 1’16 du vainqueur. Autant être clair, je n’aurais parié la moindre piécette sur la présence de ces Néerlandais dans le top 5 de l’étape et du général après la première arrivée au sommet. Ensuite on retrouve Nieve à 1’34 puis un premier groupe à 1’45, un quatuor composé de Kreuziger, Contador, Quintana et Anton. Joaquim Rodriguez a terminé 11e à 2’06, il était tout seul, Rui Costa (Movistar) est arrivé avec le 1er Français, Jean-Christophe Péraud, 13e à 2’28. La belle perf française du jour est celle de son jeune équipier, Romain Bardet, 14e à 2’34, dans le même temps que Dan Martin et Andrew Talansky (Garmin), Jakob Fuglsang (Astana) et Michael Rogers.

Froome est en jaune, Sagan reste en vert, Kwiatkowski (20e à 3’27) a perdu son maillot blanc au profit de Quintana (élu combatif du jour), Rolland (22e à 3’47) portera le maillot à pois mais en étant devancé par Froome au classement (ils sont à égalité de points). Entre ces 2 hommes on a vu arriver Schleck à 3’34, seulement 2e coureur de son équipe (Haimar Zubeldia l’a devancé de 30 secondes).

Je ne vais pas faire tout le classement, sachez juste que Cadel Evans a pris très cher, 4’13, Ryder Hesjedal 8’15, Tejay Van Garderen 12’15 (!!!!!), Damiano Cunego 14’27… Ces gars ont pourtant de sacrées références sur les grands tours.

Si Impey a cédé le maillot jaune à son ami Froome, il a néanmoins fait honneur à cette distinction en se battant jusqu’au bout. 35e à 7’50, c’est très correct. Voeckler n’ayant rien à défendre mais tout à espérer ces prochaines semaines, il ne s’est pas donné plus que de raison, il a fini à près de 22 minutes, soit bien avant le gruppetto, ou plutôt les gruppetti, dont le dernier a fini à plus d’une demi-heure. Rohan Dennis (Garmin) est arrivé seul bien en galère à 38’45…

Le classement général ressemble beaucoup à celui de l’étape, du moins en ce qui concerne le premier, on ne va pas s’étendre dessus.

Bon… comme prévu c’est plié, c’est mort, sauf accident Froome a gagné. Déjà. Doit-on le féliciter ou se plaindre qu’il ait tué tout suspense ? C’est bien gentil de vouloir montrer les muscles d’entrée, mais la glorieuse incertitude du sport, on en fait quoi ? Avec Sky, elle n’existe plus. F*ck !

Notes

[1] Lance Armstrong.

[2] Enfin… ça ressemble vraiment à une blessure diplomatique, personne n’avait trop envie de devoir faire cohabiter Froome et Wiggins pendant ce Tour.

[3] Le gars s’appelle Bono, il fallait que je place U2… Même comme ça.

[4] Pas du tout en raison de sa carrure ou de sa propension à se blesser mais juste parce qu’à 23 ans il en fait 40 de plus, il a l’apparence d’un vieux.