Il y a 3 ans, lors de la 11e étape du Tour 2010, Mark Renshaw, alors poisson-pilote – pour ne pas dire homme de main – de Cavendish (HTC Columbia à l’époque), avait été mis hors course suite à des coups de casques assénés à Julian Dean afin d’ouvrir la porte à son patron lors d’une arrivée au sprint. Le Britannique avait alors gagné grâce au geste dangereux et anti-fair-play de son fidèle serviteur.

Renshaw n’avait fait tomber personne, il avait juste agi de façon violente et dangereuse pour forcer ses concurrents à s’écarter ou à ralentir. Aujourd’hui, Cavendish, frustré de constater son incapacité à battre les sprinteurs allemands, a délibérément balancé un énorme coup d’épaule à Tom Veelers (Argos-Shimano) pour l’envoyer au tapis. Si le Néerlandais n’avait pu se relever en un seul morceau, Cavendish se prenait un coup de pied au c*l et risquait de devoir répondre de son acte devant la justice. Mais là, RIEN. On se croirait en foot quand la Commission de discipline de la LFP suspend des mecs 10 matchs parce qu’un tacle en retard a pété une jambe… Bien sûr, si le même geste a moins de conséquences grâce à une plus grande solidité du tibia de sa victime, ce sera 1 ou 2 matchs, pas plus, et aucun si on omet volontairement de le convoquer. Les membres des jurys de ce genre attendent toujours un drame pour sévir, ils oublient la répression et la prévention, leur préférant le laxisme et l’injustice. Ils fonctionnent principalement à la tête du client.

Intéressons-nous maintenant à l’étape. Après avoir fait la liaison en avion après l’arrivée à Ax-3 Domaines, le Tour a fait relâche une journée à St-Nazaire. Lors de cette 10e étape il s’agissait de traverser la Bretagne jusqu’à Saint-Malo. Le départ a été donné à Saint-Gildas-des-Bois pour 197km parcourus au milieu d’une foule impressionnante. Cadel Evans a même expliqué sur Twitter qu’il n’a trouvé aucun endroit où se vider la vessie en raison de la présence continue de spectateurs tout au long du parcours ! Par chance, s’il faisait toujours aussi beau, la température était un peu plus clémente que dans le sud.

Pendant une grande partie de la journée, l’ennui a pris le dessus. Un quintette est parti dès le 1er kilomètre composé de Julien Simon (Sojasun), Jérôme Cousin (Europcar), Luis Angel Maté (Cofidis), Juan José Oroz (Euskaltel) et Lieuwe Westra (Vacansoleil). Le premier nommé a initié l’échappée – il était sur les terres de son sponsor – et a été le dernier à tenter une contre-attaque mais n’a pas été récompensé par le prix du combatif du jour, une récompense attribuée à Cousin. Celui-ci s’est fait remarquer à la fois par son obstination à rouler à fond en fin d’étape quand le peloton fonçait sur l’échappée pour l’avaler à quelques kilomètres de l’arrivée… et par sa moustache. Et oui, le port obligatoire du casque empêche les fantaisies capillaires, mais pas toutes les fantaisies pilaires.

Pendant environ 170 bornes on le savait, il n’allait rien se passer hormis une mini-bataille sans grand intérêt au sprint intermédiaire où Maté a attaqué pour prendre quelques euros – Cofidis avait une cagnotte ridicule, la 2e plus faible des 22 équipes – et a ainsi pu devancer Westra 2e à cause d’une réaction trop tardive, lui aussi voulait sprinter. A l’avant du peloton, les Cannondale ont préparé le sprint pour Peter Sagan, il a été battu par André Greipel (Lotto) qui l’a surpris en partant de l’autre côté de la route… A peu près comme tous les jours en somme.

On était dans de la transition classique, le "spectacle" était soporifique au possible avec toujours ce peloton mené par les OPQS, les Argos et les Lotto, 3 équipes alliées pour maîtriser l’écart et s’assurer de finir au sprint, toujours ces 5 proies promises à l’abattage… Juste pour l’anecdote, la seule difficulté du jour, la Côte de Dinan (4e catégorie) a été passée en tête par Westra qui a attaqué au pire pour assurer le coup. Ça n’a pas grand intérêt, je vous l’accorde.

On espérait un peu d’animation car les 25 à 30 derniers kilomètres étaient annoncés périlleux car très ventés, on longeait le littoral, les routes n’étaient pas des plus faciles. En résumé, tout le monde s’attendant à des bordures, les leaders voulaient tous être devant, ça commençait donc à aller très vite, la nervosité gagnait le peloton. A Cancale, les Saxo-Tinkoff ont décidé de sérieusement accélérer pour tenter de créer ces fameux éventails. Cette tentative sentait la loose, elle était beaucoup trop téléphonée, tout le monde s’y attendait, il était impossible de surprendre qui ce que soit.

Compte tenu du vent, les tentatives de contre-attaques au sein du groupe d’échappés étaient vouées à l’échec, on a vu Oroz en tenter une, il n’a pu creuser d’écart, les spectateurs ne lui procuraient pas un abri suffisant. On a vu Westra se relever, certains ont hésité à relayé, puis on est reparti de plus belle. De toute façon, c’était cuit depuis le départ de la course, ils n’ont jamais eu leur chance. Ils sont restés en ligne de mire longtemps pour être rattrapés à moins de 6km de l’arrivée à un moment où Orica-GreenEdge roulait en tête.

Pendant cette fin d’étape très nerveuse, les chutes – habituelles – se sont multipliées. Juan Antonio Flecha (Vacansoleil) et quelques autres sont tombés en passant un rond-point, Svein Tuft (OGE) Andrew Talansky (Garmin) y ont eu droit à leur tour à un moment où les 2 premiers du peloton étaient… un seul Sky immédiatement suivi de Chris Froome. Etrange. Saxo-Tinkoff en a remis une couche. Le rythme élevé en a fait craquer certains, du moins il a fait se décider pas mal de coureurs non concernés par le classement général à se relever. A une quinzaine de bornes de l’arrivée, ils ne risquaient pas l’élimination.

La Garmin puis Orica-GreeEdge ont roulé avant la prise de pouvoir par les équipes de sprinteurs, en pole à tour de rôle. Un coup OPQS, un coup Lotto, un coup Argos, un coup OGE (qui doit croire posséder un sprinteur de top qualité)… Finalement OPQS, un temps bien placé, s’est fait déborder par Lotto qui emmenait avec les Argos en embuscade. Le sprint a été lancé très tôt, Veelers a décéléré après avoir fait son taf – comme le font tous les équipiers dans la même situation – juste avant le dernier virage situé assez près de la ligne. A ce moment, Griepel partait à pleine puissance sur la gauche de la route (avant de tourner à gauche), c’est pourquoi Cavendish, mal placé, a voulu partir à gauche pour sauter dans sa roue. Veelers, qui n’avait rien demandé et n’empêchait pas Cavendish de passer, a alors eu droit à un grand coup d’épaule au niveau du bras, il lui était totalement impossible de rester en équilibre sur son vélo, la chute était inéluctable… à 50 ou 60km/h… Le Britannique a alors continué son sprint en se jetant dans le sillage de Marcel Kittel (Argos-Shimano).

A l’arrivée, c’était très confus, on ne savait pas trop quel Argos était tombé, lequel avait gagné. Finalement il s’agit bien d’une victoire de Kittel, sa 2nde sur le Tour, Greipel a été battu d’une roue, il est peut-être parti 50m trop tôt, Cavendish a pris la 3e place au lieu d’être exclu, Sagan a fini 4e et attention, grosse surprise, William Bonnet (FDJ) 5e ! Depuis le début de cette 100e édition du Tour de France, on n’avait pas encore vu le moindre Français dans le top 5 d’une étape (hors clm individuel avec les 2 Français d’OPQS).

Mercredi, c’est clm individuel, je déteste ça, on sait déjà que Tony Martin doit gagner – Cancellara n’étant pas là, en principe ça ne peut échapper à l’Allemand – et que Froome va démonter ses adversaires pour la victoire finale. Vivement jeudi. Ou plutôt vivement samedi.