Les 182 rescapés avaient 218km à parcourir entre Fougères et Tours, les chances de victoire d’un échappé semblaient nulles sur ce parcours sans difficulté répertoriée. On pensait bien s’emm*rder… J’ai donc seulement suivi d’une seule oreille avant de vraiment regarder la fin.

Francesco Gavazzi (Astana), Anthony Delaplace (Sojasun), Romain Sicard (Euskaltel), Manuele Mori (Lampre) et Juan Antonio Flecha (Vacansoleil) ont fait une partie de la journée devant, ils ont pris la fuite au bout d’environ 4 kilomètres, le peloton a laissé faire. Leur marge a dû atteindre environ 9 minutes avant le début de la 2e phase, celle de prise de contrôle par les équipes de sprinteurs. Il devait rester au moins 140 bornes quand elles ont commencé à faire rouler certains de leurs hommes afin de commencer à réduire l’écart. C’est allé très vite, le vent était souvent ¾ favorable voire carrément dans le dos, le peloton était souvent très étiré.

La première chute de la journée a envoyé Blel Kadri (AG2R) et Alexandre Géniez (FDJ) au sol. Impressionnant – le premier a fait un soleil, un coureur a dû baisser la tête pour éviter de se manger son vélo – mais pas de catastrophe manifeste. Plus tard, au ravito, au tour de Gatis Smukulis (Katusha) de s’étaler. Il a dû se rater en attrapant sa musette.

Il y avait un sprint intermédiaire à 52km de l’arrivée, Flecha a voulu le remporter, il a accéléré. Gavazzi étant un sprinteur il y est allé aussi (et a fini par gagner), Mori et Delaplace ont appuyé sur les pédales pour tenter de rester dans les roues, contrairement à Sicard, lâché. Le quintette est devenu un quatuor dont l’avance devait approcher 2’30. D’habitude Greipel remporte le sprint du peloton, cette fois Cavendish a battu l’Allemand. Peter Sagan (Cannondale), qui défendait son maillot vert, a été tassé par Kris Broeckmans (Vacansoleil), le Slovaque a failli finir dans les barrières, ce qui a donné lieu à une décision logique, un déclassement du Belge à la dernière place de son groupe à ce sprint et à l’arrivée (il s’est relevé dans les derniers kilomètres pour finir à 3 minutes avec une petite vingtaine d’autres, ça n’a donc rien changé de ce point de vue). Il est toutefois assez curieux de constater que le jury a sanctionné le sprint irrégulier et dangereux dans ce cas mais pas quand le coupable était Cavendish, auteur d’un coup d’épaule en plein sprint final pour balancer Tom Veelers au sol… Broeckmans n’a pas droit à la protection réservée aux V.I.P., il n’est personne.

A un moment, au cours des 30 derniers kilomètres, le vent – ou la route – a tourné, le vent est devenu vraiment défavorable. Pour les échappés, ça ne changeait rien, leur sort était déjà décidé depuis bien longtemps. Néanmoins, certains ont essayé de repartir en solo, probablement plus pour être élu combatif du jour qu’autre chose. Flecha y est parvenu (il portera le dossard rouge lors de la 13e étape), il a d’abord été suivi par Gavazzi, Delaplace ayant réagi à retardement, puis l’Espagnol a insisté seul en restant en ligne de mire d’un peloton en tête duquel roulaient des équipes n’ayant a priori rien à faire là (Sky, Oroca-GreenEdge, FDJ, Saxo-Tinkoff…). Ce bougre de Jean-Antoine Flèche a tenu un moment, jusqu’à environ 7 bornes de l’arrivée. En principe, on aurait dû voir rouler les Lotto, les OPQS et les Argos-Shimano. Ces équipes se réservaient manifestement pour le sprint.

Pour punir les Orica-GreenEdge de rouler sans raison valable, le sort leur a réservé un mauvais coup. Svein Tuft, qui était l’homme de tête du peloton, s’est vautré en passant un rond-point.

Les équipes de sprinteurs ont rapidement repris leur place après cet incident, le sprint se mettait en place, et là… le carnage du jour.

A chaque fois, ça frotte, tout le monde est nerveux, et quand on entre dans les 3 derniers kilomètres[1], ça part en sucette. Certains doivent se sentir soulagés, d’autres encore plus tendus, on assiste régulièrement à des catastrophes. En l’occurrence il semble que la roue avant de William Bonnet (FDJ) ait touché celle d’un concurrent juste devant lui (Sagan ?)… Un vrai jeu de quilles. L’accident s’est produit entre la 20e et la 30e positions en plein centre de la route, provoquant un carambolage de grande ampleur. On s’est retrouvé avec un enchevêtrement de vélos au milieu desquels étaient coincées des victimes… Par miracle, presque tout le monde s’en est sorti en un morceau, un seul concurrent a pris trop cher pour continuer l’aventure. Il ne s’agit pas de n’importe qui : Edvald Boasson Hagen (Sky), important équipier du maillot jaune, manquera à l’appel jusqu’à la fin du Tour, il a l’épaule en pièces détachées. Plus ponctuellement, on a aussi perdu Greipel et son équipe dans l’affaire, le final s’est déroulé sans eux.

Pendant qu’on comptait les victimes, les chanceux ont pu se disputer le sprint après 2 ou 3 virages censés ralentir le peloton et écrémer le paquet dans l’hypothèse d’un sprint massif. Etrangement on a vu Chris Froome prendre de gros risques en allant frotter au lieu de se contenter de rester dans les roues et de surveiller la situation pour ne pas être piégé dans une cassure qui lui aurait fait perdre quelques secondes.

OPQS a semblé très bien préparer la chose, à l’inverse Argos-Shimano a trop anticipé, Kittel s’est alors trouvé à découvert. Le double vainqueur d’étape a su sauter dans la roue de Cavendish au bon moment pour le remonter et le sauter juste à temps. Aspiration, opportunisme et puissance… l’Allemand a la recette, il en est à 3 victoires, pour le moment personne d’autre n’en a plus d’une individuelle[2]. Remonter Cavendish lancé comme un frelon, c’est fort. Ça s’est joué à une demi-roue.

Sagan a encore terminé sur le podium… On ne compte plus les places d’honneur le concernant, heureusement qu’il a déjà gagné son étape avec son magnifique coup tactique juste avant les Pyrénées, sinon il se serait peut-être pendu à force de passer tout près en ratant le gros lot. Au moins, ça lui assure le maillot vert. Personne ne lui prendra.

Bien entendu, aucun classement n’a bougé.

Les Allemands comptent déjà 5 victoires, les Français aucune. C’est pas le tout, mais il faudrait peut-être qu’on se mette à gagner, non ?

Notes

[1] Où on relève les positions et les écarts pour les reporter au classement général en cas d’accident ou d’incident mécanique ayant causé une perte de temps.

[2] Simon Gerrans en a aussi une collective.